Assomption 2021
Je souhaite aborder avec vous aujourd’hui la figure de saint Louis-Marie Grignon de Montfort dont le Père Olivier Maire était un disciple, et à travers lui, parler de Jean-Paul II qui nous a laissé la devise « Totus Tuus ». Je terminerai par le fait que nous aussi, nous sommes invités à apporter Jésus auprès de nos frères.
Cinq ans après l’assassinat dans son église du père Jacques HAMEL le 26 juillet 2016, à Saint-Étienne-du-Rouvray, l’Eglise catholique qui est en France vient de vivre une nouvelle épreuve avec le meurtre du Père Olivier Maire. Il était connu d’un certain nombre de personnes de la vallée, surtout celles qui participent au pèlerinage des Montfortains au mois d’avril, chaque année, avec le départ qui se fait depuis nos villages. Ça a été mon cas à travers les différents pèlerinages que j’ai pu faire avec les élèves du Collège de Zillisheim, dans le cadre du Lien Montfortain où les adolescents donnaient un coup de main pour brancarder les malades.
Vendredi soir, je me suis donné un peu le temps, peut-être avez-vous fait pareil, de visionner les principales étapes de la messe de funérailles de ce religieux. Elle était remarquable au niveau de l’exécution des chants qui étaient d’une grande profondeur. Beaucoup étaient tournés vers la Vierge Marie. Les prises de parole étaient épurées, rien de larmoyant. Tout le monde a cherché à rester digne.
Au niveau des interventions, ce sont les prises de paroles des deux frères du défunt Stéphane et Jérôme qui m’ont le plus marqué : « Olivier va terriblement nous manquer à tous. Fidèle à son esprit, nous ne jugerons pas. Nous nous inspirerons de lui pour surmonter cette épreuve, dans l’amour de Dieu et de la Vierge Marie ».
Le Père Olivier Maire était montfortain, disciple de saint Louis-Marie Grignon de Montfort, un prêtre qui a vécu 43 ans seulement, de 1673 à 1716. Il est décédé jeune, complètement donné à son ministère d’apôtre.
Commençons d’abord par situer qui est Saint Louis-Marie Grignon de Montfort et son lien avec la Vierge Marie. Ensuite nous verrons comment éclairer l’assassinat du père Olivier et le drame qui a été le sien.
Depuis l’enfance le Père Grignon de Montfort avait une grande dévotion pour la Vierge Marie. Durant ses études il a découvert la place de la Marie dans ce que nous appelons le mystère de l’incarnation : il a médité la grâce et la joie de Noël. Il en est arrivé à la conclusion que si Jésus est venu au monde par Marie, nous nous devons d’aller à Jésus par Marie. Marie a été l’ascenseur par lequel Jésus, le Fils de Dieu est descendu jusqu’à nous. Et le Père de Montfort dit que cet ascenseur a très bien marché du haut vers le bas, qu’il nous faut nous aussi, prendre l’ascenseur du bas vers le haut, pour devenir réellement enfant de Dieu et être divinisés nous aussi.
Le Père de Montfort était un prédicateur de feu autour du rosaire : prière simple et accessible à tout le monde. Il était très pédagogue et touchait les cœurs et les esprits, et invitait les personnes à renouveler l’engagement de leur baptême, surtout en s’attachant à la Trinité et en renonçant, bien sûr, au Mal. Il évangélisait beaucoup à travers la chanson, car c’était l’outil le plus populaire de l’époque. Il prenait des mélodies très connues, aimées des gens et composait des paroles chrétiennes que les gens, ayant la mélodie en tête, puissent apprendre les paroles et avoir ainsi une véritable catéchèse.
Avec son tempérament, il a eu beaucoup d’échecs. Sur son diocèse il a été persona non grata. En 1706, il est mis à la porte du diocèse de Poitiers, il est un peu perdu, il se pose des questions sur le sens de sa mission et il décide d’aller à Rome à pied, en passant par le sanctuaire de Notre-Dame de Lorette. Et là, il s’offre au pape Clément XI qui le renvoie en France avec le titre de « missionnaire apostolique »
Parmi les messages du Père de Montfort, il y aura toujours la question de ce que nous avons reçu et de ce que nous donnons aussi, au niveau de la foi, de nos talents, de notre intelligence. « Qu’est-ce que vous avez fait de votre vie ? ». Et il interrogeait sur le fait qu’ayant reçu la foi, qu’est-ce que nous donnons de cette foi et du temps dont nous disposons tous, et au moins, qu’est-ce que nous en faisons ?
Tout récemment, il y a 5 ans, il y a eu à l’occasion du tricentenaire du décès du Père de Montfort, je rappelle, 1716, donc en 2016, il y a eu plusieurs émissions faites sur les Montfortains, avec notamment une interview du père Olivier. Dans cette interview que l’on peut retrouver sur KTO, ce prêtre expliquait que Louis-Marie Grignon de Montfort avait une dévotion extraordinaire :
- Pour l’eucharistie,
- Pour le pauvre : il voyait dans le pauvre la personne même du Christ. Quand il rencontrait un pauvre, il retirait son chapeau. Il voulait exprimer ce respect dû à la personne du pauvre. Son action en faveur des pauvres, c’était de leur redonner leur dignité.
Alors quand on connaît un peu l’itinéraire du Père Olivier, on se souvient qu’il n’a pas été qu’en France. Il a été à Rome, il est allé en Ouganda où il était en contact d’une très grande pauvreté. Et quand on réfléchit à ce qu’il a dit il y a 5 ans, en précisant que le père de Montfort avait le souci du respect de la personne du pauvre et que son action était de leur redonner leur dignité, on comprend un peu mieux pourquoi ce migrant avait été accueilli dans cette communauté Montfortaine.
Quand on regarde aussi le reportage de 2016, on voit qu’il y a à Saint-Laurent sur Sèvres, un grand établissement scolaire qui s’appelle Saint-Michel-Saint Gabriel. Dans cet établissement, les élèves du lycée qui le voulaient, pouvaient avoir des ateliers d’apprentissage du français avec des migrants. Sur le reportage il s’agit de deux érythréens qui étaient hébergés dans la branche féminine créée par le père de Montfort : les Sœurs de la Sagesse.
Si je dis cela, c’est que cet assassinat, nous ne devons pas le voir avec nos lunettes franco-françaises. Nous ne devons pas en tant que chrétiens, entrer dans le débat politique que nous avons pu entendre, même si, de fait, des questions se posent, mais nous devons voir plus haut. L’accueil de ces migrants et de ce migrant-là, il est dans l’ADN des Montfortains. C’est leur charisme. Ça fait partie de leur charisme.
Nous, c’est peut-être quelque chose qui nous gênerait profondément. Eux, pas du tout. Parce que c’est en fidélité à leur fondateur, qu’ils ont choisi de vivre, cette vocation d’accueil. Ils se situent donc au-delà des différentes polémiques que l’on a pu entendre dans les journaux ou sur les réseaux sociaux. Mais ça n’empêche pas de se poser des questions, et je m’en pose, justement en lien avec cette première lecture que nous venons d’entendre, dans le livre de l’Apocalypse. Ce combat de la femme qui enfante… ce petit garçon, cet enfant mâle et le dragon. Ce combat qu’il y a entre le Mal et le Bien, où Dieu intervient. De fait nous pouvons nous interroger sur le fait qu’incendier une cathédrale est un geste symbolique fort. Ce migrant aurait pu incendier une salle polyvalente ou mettre le feu à un bureau de poste. Il choisit un symbole chrétien fort. Il aurait pu tuer un agent de police ou un receveur X ou Y de tel service de l’Etat. Non, il tue un prêtre et c’est là où personnellement je m’interroge : quel esprit habitait son cœur. N’y aurait-il pas là aussi, quelque chose d’un combat spirituel très fort !
Le Père de Montfort a donné naissance à trois branches :
- Une branche masculine prêtres, les Montfortains
- Une branche laïque, les frères de Saint-Gabriel
- Une branche féminine, les filles de la Sagesse.
En 1993, nous avons célébré dans notre pays, le 1500e anniversaire du baptême de Clovis : Jean-Paul II est venu en France, en différents endroits : à Reims bien-sûr, à Paris aussi. Mais également il est allé prier à St Laurent-sur-Sèvres, devant les deux fondateurs : le Père de Montfort et également la fondatrice des filles de la Sagesse.
En fait, il y a une histoire entre le Père de Montfort et Jean-Paul II. Quand il était jeune prêtre, Karol Wojtyla s’était posé des questions sur la place de la dévotion mariale, question que l’on retrouve encore dans l’Eglise parfois. Il avait peur que sa dévotion à Marie l’éloigne du Christ et soit un obstacle. C’est en lisant le traité de la Vraie dévotion à Marie du Père de Montfort, qu’il a compris et qu’il a eu les réponses à toutes ses questions. Il a compris de l’intérieur le P. de Monfort, sa profondeur de son enseignement, il en a retenu deux mots qu’il a repris dans sa devise épiscopale et papale : Totus tuus ; toute la pensée du Père de Monfort tient en ces deux mots. Tout à toi (Marie). C’est ce qui a donné naissance à la consécration de Jésus par Marie, que certains d’entre vous connaissent et prient régulièrement peut-être et que nous entendons parfois quand nous faisons une retraite dans les Foyers de charité, fondés par Marthe Robin.
Nous avons à nous poser cette question, c’est le père Olivier Maire qui développe cela dans une de ses homélies : quelle est finalement la 1ère personne à avoir dit Totus Tuus à la Vierge Marie ? Ce n’est pas saint Joseph, mais c’est le Fils de Dieu lui-même, c’est Jésus. Parce que, quand il s’est incarné, Jésus s’est donné tout à sa mère, quand le Verbe s’est fait chair dans le sein de la Vierge Marie. Ce n’est pas juste une partie de Jésus ou 50% de Jésus. C’est en fait, tout Jésus, qui s’est donné à Marie. Totus Tuus, tout à toi. Cela doit nous aider à comprendre que la vie chrétienne qui est liée à notre baptême, s’est de mettre nos pas dans ceux du Verbe Dieu et de nous donner tout entiers à Marie pour qu’elle nous enfante à la vraie Vie.
Parfois, certains pensent qu’il suffit de faire des exercices de piété : allumer une bougie, dire un chemin de Croix, se rendre dans un petit oratoire, aller dans une église pour prier ou réciter le chapelet chez soi. Certains pensent qu’être chrétien, c’est demander à Marie une protection particulière. C’est vrai ! Mais quand on suit le Père de Montfort, on se rend compte que c’est plus, c’est en fait se consacrer à Dieu par Marie.
C’est là que je voudrais terminer avec l’Évangile que nous avons entendu à la messe. L’Évangile de la Visitation où Marie, portant Jésus en elle, se rend chez Élisabeth. Et cette femme qui était stérile et qui a caché sa grossesse et qui en est au sixième mois, ressent au contact de sa jeune cousine, une joie incroyable parce que Marie lui apporte Jésus.
Derrière cette question, si nous avons compris le sens de la consécration à Marie, si nous lui disons « tout à toi », la question c’est « Et moi, ayant Jésus en moi, j’apporte la joie. Est-ce que dans ce que je vais dire et faire, la présence du Christ sera plus importante ou diminuera ? Ou sera peut-être inexistante. Est-ce que dans mes paroles, dans mon attitude le Royaume de Dieu va avancer ou grandir ou bien, parce que j’aurai été susceptible ou orgueilleux, la situation finalement aura été pire chez cette personne qu’avant. Ou alors, à cause de moi, le degré de tristesse sera plus grand qu’avant que la personne ne vienne à moi.
Ou est-ce que, grâce à moi, comme c’est le cas dans l’Évangile, Jésus aura pu toucher un cœur et la joie et la paix seront plus grandes dans la personne que j’ai rencontrée ?
Cela touche vraiment les dispositions de cœurs avec lesquelles nous allons au contact des frères et sœurs. Que ce soit dans le couple pour ceux et celles qui sont mariés, avec les enfants pour ceux qui sont parents, ou les petits enfants pour ceux qui sont grands-parents. Dans le travail aussi ou le bénévolat, comment est-ce que j’apporte Jésus à mes frères ? Et cette question frères et sœurs, elle nous appartient à chacun et à chacune.
Alors demandons au Seigneur, par l’intercession du Père de Montfort, de comprendre tout ce que signifie ce « Tout à toi », pour qu’à l’image de l’Évangile, nous puissions apporter Jésus à ceux qui en ont besoin. Amen.