Le roi Salomon

Le roi Salomon

Le roi Salomon

Introduction

Nous avions évoqué lors de notre dernière rencontre, la fin du règne de David, marquée par le péché et ses conséquences douloureuses, mais aussi par la belle façon dont le roi avait su reconnaître ses fautes et obtenir le pardon de Dieu.

Parmi les conséquences douloureuses nous avions évoqué la mort du premier enfant de Bethsabée. Un autre enfant était né de cette union avec l’ancienne femme d’Ourias le Hittite : Salomon. A la base, le garçon n’était pas l’héritier du trône, mais David avait promis à Bethsabée que c’était lui qui lui succèderait.

David, sentant ses forces le quitter, avait fait oindre Salomon en urgence, alors qu’un autre de ses fils, Adonias était en train de se faire proclamer roi.

Salomon est réputé pour sa sagesse et sa richesse. Son règne marque l’âge d’or du royaume d’Israël.

Pour ceux et celles qui veulent aller plus loin, vous retrouverez ce que nous allons vous raconter : au 1er Livre des Rois et dans le 2e Livre des Chroniques. Les auteurs de ces deux livres se seraient inspirés d’une « Histoire de Salomon » qui aurait été perdue.

La tradition attribue également à Salomon plusieurs écrits intégrés au canon de la Bible :

  • le Cantique des Cantiques (le Cantique des Cantiques. De Salomon. Elle, 1-1)
  • le Ps. 127
  • le livre des proverbes (Proverbes de Salomon, fils de David, roi d’Israël. Proverbes 1:1).
  • Un livre de philosophie biblique, l’Ecclésiaste dans lequel le roi réfléchit sur sa vie et ses expériences.

L’amour des femmes et le désir de leur plaire conduira néanmoins Salomon à finir sa vie dans l’idolâtrie.

Pour ceux qui aiment comparer les religions, on retrouve Salomon dans le coran, mais en tant que prophète.  Le roi dont nous allons vous parler a également fait l’objet de nombreux films.

  1. L’avènement de Salomon et l’affermissement de son règne, (chapitres 1 et 2)

Le nom Salomon, Shlomo en hébreu, vient de la racine shalom, qui signifie la paix. Pourtant son règne débutera en versant le sang pour venger son père de certains de ses ennemis et pour faire face à de nombreuses intrigues au sein de son royaume. Par la suite, à la différence de David, les années de règne de ce 3e roi d’Israël (970 à 931 av. J.-C), vont être pacifiques.

Salomon est un tout jeune homme lorsqu’il succède à son père, à peine vingt ans. Il avait épousé très jeune une étrangère (Ammonite), ce qui entre parenthèse était un péché en Israël (Deut 23,3). Le fruit de cette union sera Roboam, le 4e roi d’Israël (1 Rois 14,21, 31).

Une fois monté sur le trône, Salomon veut contracter une union plus appropriée à sa nouvelle position. C’est alors qu’il épouse la fille du roi d’Égypte, le plus puissant royaume du monde, à l’époque. Cette princesse égyptienne devient la reine proprement dite. Ce mariage permet à Salomon de signer un traité avec le pharaon qui fixe les frontières méridionales de son royaume, contribuant ainsi à la paix.

a)     La sagesse de Salomon

a.1 Le jugement

Salomon aimait le Seigneur, rappelle le Livre des Rois, et il aimait offrir de nombreux sacrifices. C’est pourquoi il se rend un jour à Gabaon, un des lieux sacrés les plus importants à l’époque, et il immole alors sur l’autel un millier de bêtes en holocauste… (1 R 3,5-9). La nuit suivante, Dieu lui apparaît en songe et lui demande ce qu’il doit lui donner. Salomon, conscient de la lourde responsabilité qui est la sienne, répond :

« Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père ; or, je suis un tout jeune homme, ne sachant comment se comporter, et me voilà au milieu du peuple que tu as élu ; c’est un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut ni l’évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? »

Cette demande plut au Seigneur car Salomon, contrairement à ce qu’aurait fait un grand nombre de personnes dans cette situation, n’a pas choisi l’argent ni la gloire ou la puissance, mais la sagesse et le discernement. Le Seigneur lui dit alors : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. De plus, je te donne même ce que tu n’as pas demandé, la richesse et la gloire, si bien que pendant toute ta vie tu n’auras pas d’égal parmi les rois. Et si tu suis mes chemins, en gardant mes décrets et mes commandements comme l’a fait David, ton père, je t’accorderai de longs jours ».

Immédiatement après ce passage, l’auteur biblique, sans doute pour illustrer et confirmer la grandeur de la sagesse accordée à ce roi, raconte ce jugement désormais célèbre, de ces deux femmes qui se disputent un nouveau-né.

Deux femmes accouchent en même temps. Mais l’enfant de l’une d’elles meurt rapidement par étouffement. Les deux femmes se disputent alors pour s’approprier le nouveau-né survivant. Elles demandent l’intervention du roi Salomon pour déterminer à laquelle l’enfant sera confié. Le roi ordonne à l’un de ses soldats de couper l’enfant survivant en deux moitiés, chaque femme recevant une moitié. Salomon pense ainsi que la vraie mère, par sentiment maternel, refusera le sacrifice de son enfant. Et c’est ce qui se passe. L’une des mères accepte le verdict du roi alors que l’autre le rejette et préfère renoncer à demander l’enfant. Salomon fait remettre l’enfant à la mère qui avait refusé le meurtre du nouveau-né.

a-2 L’organisation du Royaume

  • Salomon organise son royaume. Pour cela, comme son père, il s’entoure de hauts fonctionnaires et de conseillers mais il crée de nouvelles fonctions (maître du palais, chef des préfets et chef de la corvée). La famille du prophète Nathan est très influente dans ce cabinet. Salomon crée ensuite un corps de fonctionnaires (lévites), dévoués au service de l’État. Il institue des écoles pour les former. (Il avait inventé l’ENA)
  • Le territoire israélite est divisé en douze préfectures dirigées par un préfet. Deux de ces préfets se marient avec des filles de Salomon.
  • Chaque préfecture devait assurer l’entretien de la cour royale pendant un mois, charge assez lourde à cause du développement du harem royal, du nombre des hauts fonctionnaires. D’autres revenus proviennent de cadeaux du domaine royal, géré par le maître du Palais,
  • De plus, le roi contrôle le commerce international : caravanes du désert (encens, aromates), commerce de haute mer dans des expéditions conjointes avec les Phéniciens (produits et animaux tropicaux, or, blé, huile, cèdre, cyprès, aide technique).
  • Salomon nomme à la tête de l’armée l’ancien chef de la garde personnelle de David. L’effort de modernisation porte sur les chars, peu utilisés dans le passé et la construction de places fortes.

La renommée du roi se répand, et bientôt de tous les peuples l’on vient entendre sa sagesse (1 Rois 4,29-34). On lui attribue 3 000 sentences, et la composition de 5 000 cantiques.

Pendant ses 3 années de vie publique, Jésus évoquera la Sagesse de Salomon, en faisant remarquer qu’il l’a dépassé (Luc 11,31).

b) La Maison de Dieu Construction du temple et la dédicace. 1R, 5-8

b-1 La construction du temple

Quatre ans après son accession au trône, le royaume est organisé, la paix règne, il peut se consacrer à la construction du Temple pour y installer l’arche d’alliance et répondre ainsi au vœu de son père.

Cette construction du Temple est un moment important dans l’histoire d’Israël car elle inaugure une nouvelle période pour le peuple de Dieu. Depuis la sortie d’Égypte, l’existence d’Israël avait été agitée par des guerres et des troubles continuels, et avait eu un caractère plus ou moins instable et nomade. Avec Salomon commence une période de possession tranquille de la Terre promise.

L’emplacement choisi pour la construction du temple, est le mont Moriah, endroit très symbolique puisque c’est là qu’Abraham avait offert Isaac et que David avait offert un sacrifice en réparation du recensement. Vous vous souvenez que nous avions évoqué ce point, lors de notre dernière rencontre, sacrifice qui avait permis que la peste s’arrête au bout d’une journée. Aujourd’hui, c’est l’emplacement de la mosquée d’Omar.

Le début des travaux est indiqué d’une manière très précise : 480ans après la sortie d’Egypte et ils dureront un peu plus de sept ans.

De façon très symbolique aussi, l’érection du temple eut quelque chose de très solennel par le silence religieux qui fut observé. En effet, David avait reçu de Dieu les plans et les détails de la construction, et les avait transmis à son fils. Les pierres avaient déjà été façonnées dans une carrière, de telle sorte qu’elles n’avaient plus qu’à être posées et assemblées en arrivant. On n’entendit dans la Maison ni marteau, ni pic, ni aucun outil de fer.

Chaque détail avait été pensé :

Diapo 2 L’ensemble de la construction formait une esplanade carrée de 300m de côté, fermée par un puissant mur de soutènement en maçonnerie.

Le temple à proprement parler se tenait au centre. Il mesurait soixante coudées de long, (33, 6 m), vingt coudées de large (11, 2 m) et trente coudées de haut, sa hauteur (16, 8 m).  Sur les faces extérieures des murs latéraux étaient adossés trois étages de cellules servant aux prêtres et au stockage des réserves.

Diapo 3 L’intérieur du bâtiment était divisé en trois pièces successives : le vestibule ou porche d’entrée, la grande salle de culte ou lieu saint et le saint des saints. Elle était isolée du reste par un rideau et seul le grand prêtre avait le droit d’y pénétrer une fois par an. (Ce rideau qui se déchira au moment de la mort de Jésus)

Le Saint des Saints était un cube de vingt coudées (12m) de côté et 12 m de hauteur, entièrement recouvert d’or. Seul le grand prêtre entrait une fois par an. Les parois intérieures étaient recouvertes de planches de cèdre entièrement revêtues d’un placage en or et sculptées de motifs de kéroubim et de palmiers. Les portes intérieures et extérieures étaient taillées en olivier et ornées de diverses figures réhaussées d’or.

Là se trouvait l’Arche d’alliance, installée sur deux longs brancards. À l’intérieur de l’Arche, on avait placé les deux Tables de la Loi. Elle était encadrée par deux kéroubim (anges à tête d’enfant, représentant les qualités de Dieu), en bois d’olivier recouvert d’or. Chaque aile de kéroubim mesurait cinq coudées, (2,80m). La hauteur des kéroubim était de dix coudées (5,60m). Ils étaient placés au centre de la pièce. L’aile du premier touchait l’un des murs, et l’aile de l’autre touchait l’autre mur ; et au milieu de la pièce, leurs ailes se touchaient, aile contre aile. Une table d’or (dite propitiatoire) était placée sur l’Arche,

Une fois par an, le propitiatoire était aspergé de sang par le souverain sacrificateur pour la purification des péchés (Lévitique, 16:14-17) Dans le Nouveau Testament, l’Épître aux Hébreux fait mention du propitiatoire, à travers l’action du Christ dans le sanctuaire ( Hébreux 9).

Diapo 4 On entrait dans le saint des saints par la pièce appelée le saint. On y trouvait un autel d’or, une table d’or, deux rangées de 5 chandeliers d’or ainsi que divers accessoires sacrés.

Diapo 5 Près de l’entrée était placée ce que l’on appelait la mer d’airain, une grande cuve portée par douze taureaux d’airain, Elle était posée sur douze bœufs regardants, trois par trois, les quatre coins de l’horizon. Ce bassin était destiné à la purification des prêtres (les lévites). Ils y lavaient leurs mains et leurs pieds et étaient ainsi qualifiés pour accomplir leur service et demeurer où demeurait l’Éternel. Immense 2000 mesures.

Sur les côtés, dix autres chaudrons de bronze étaient disposés sur des châssis roulants. Pour honorer Yahvé (Dieu), les fidèles apportaient des présents (végétaux et animaux). Ces offrandes, après avoir été purifiées grâce à l’eau contenue dans des bassins de bronze, étaient brûlées (holocaustes) par les prêtres sur l’autel construit devant le Temple.

Le chapitre 9 de la lettre aux Hébreux nous explique la valeur de ce que le Christ est venu apporter à ces rites de l’Ancienne Alliance :

Ce Temple était finalement assez petit mais magnifique. Plus tard, celui que connaîtra Jésus, construit par Hérode sera beaucoup plus grand. Mais pour l’époque c’était déjà grandiose.

b-2 La dédicace

Les travaux durèrent 7 ans, alors qu’il fallut 13 ans pour réaliser son palais qui était beaucoup plus grand.)

Mais le roi attend 11 mois pour inaugurer le Temple pour deux raisons.

Au jour fixé, les prêtres installèrent l’arche d’Alliance dans le saint des saints, et juste après, un miracle se produisit, la nuée lumineuse remplit le Temple de l’Éternel (1Rois 8.10), comme dans le désert avec Moïse. Ce fut la preuve que Dieu était désormais présent en ce lieu. Dieu avait donc décidé d’y habiter.

Puis le roi bénit toute l’assemblée d’Israël et prononça une belle prière qui proclamait les vérités de la foi israélite.

La Bible mentionne que ce jour-là, il fit immoler 22 000 bœufs et 120 000 moutons

Maintenant que Salomon est plus âgé, Dieu lui renouvelle les mêmes avertissements et les mêmes promesses : « Si tu marches devant moi comme a marché David, ton père, d’un cœur parfait et en droiture… J’affermirai le trône de ton royaume sur Israël à toujours » (1 Rois 9,4-5).

b3 – L’organisation du culte rendu à Dieu

Avec l’inauguration du nouveau temple commence l’organisation liturgique qui n’avait pu jusqu’alors s’établir compte-tenu des conditions trop modestes du temple de Silo.

Sous Salomon, un grand prêtre est placé à la tête des autres et une hiérarchie instituée. Les sacrifices jouant un rôle important, dans le Judaïsme ancien, des lois et des obligations furent établies afin de répondre aux exigences sacrificielles.

C’est grâce à l’existence du Temple et de cette organisation que Jérusalem devient véritablement la capitale du pays. A chaque fête, les pèlerins affluaient de tout le pays pour assister au culte rendu pour les fêtes de la Pâque, des récoltes, des tentes qui étaient grandioses. (Cf Jésus, en juif pieux, s’y rendra d’où les nombreuses mentions que nous avons de ses passages au Temple).

Ce premier temple fut détruit lors du siège de Jérusalem par l’armée babylonienne de Nabuchodonosor II en l’an 587 avant JC.

c) Jérusalem ville de premier ordre,

Salomon voulut ensuite fortifier sa capitale et il se construisit ensuite son palais. Cette maison était une place d’armes destinée à la protection du roi ; trois cents gardes y veillaient, armés de lances d’or et de boucliers d’or, escortant le roi quand il se rendait au temple. 

Salomon déploya un soin particulier dans l’aménagement de la salle de justice ou il donnait audience et rendait ses arrêts. Il considérait les fonctions de juge comme un des attributs les plus essentiels et un des plus saints devoirs de la royauté.

C’est encore là qu’il recevait les envoyés de nombreux pays, venus pour lui rendre hommage ou pour nouer des alliances avec lui. Un palais spécial était affecté au roi, à sa domesticité et à ses femmes. Mais la princesse égyptienne, son épouse privilégiée, eut sa maison à part. Selon toute apparence, Salomon bâtit aussi un aqueduc pour les besoins de Jérusalem et du temple ; l’eau provenait des abondantes sources d’En-Etam, à trois lieues au sud de la ville.

 

d) La reine de Saba

La renommée du roi Salomon est si grande qu’elle parvient jusqu’à la reine de Saba qui habite très loin au sud, dans un pays qui correspond au Yémen et à l’Ethiopie d’aujourd’hui.

Sa venue à la cour est l’un des épisodes les plus connus de la Bible. On en trouve également une version chez l’historien Flavius Josèphe dans ses « Antiquités juives ».

À peine arrivée, la reine de Saba éprouve Salomon par une multitude de questions et d’énigmes que malheureusement la Bible n’a point rapportées. A la grande surprise de la reine, Salomon va résoudre tous ses problèmes sans hésitation. La reine émerveillée confiera : « Ce que j’ai entendu dire sur toi et ta sagesse dans mon pays était donc vrai !

Je n’ai pas voulu croire ce qu’on disait avant de venir et de voir de mes yeux, mais vraiment on ne m’en avait pas appris la moitié : tu surpasses en sagesse et en prospérité la renommée dont j’ai eu l’écho ».

Si la Bible reste discrète, un texte de la tradition éthiopienne – La Gloire des Rois, datant du XIVe, raconte qu’elle refusa une demande en mariage de Salomon mais inspirée par Dieu, la sagesse de Salomon aurait donc converti la reine.

A en croire ce document éthiopien du XIVe siècle, elle aurait eu avec le roi Salomon un fils, Ménélik Ier, premier empereur d’une longue dynastie qui ne s’éteindra qu’au XXe avec la destitution de l’empereur Haile Sélassié en 1974. Les juifs d’Ethiopie, appelés les falashas, seraient les descendants de cette liaison.

  • 2.     Fin du règne de Salomon

Salomon va avoir 50 ans et 30 ans de règne, pris par certaines passions, il s’écarte progressivement de Dieu. Il commence à tirer orgueil de sa gloire. Qui plus est, à cette époque on ne croit pas encore à une vie éternelle et cela ne l’incite pas à rester fidèle à Dieu.

Ce changement d’attitude se manifeste progressivement par un comportement identique à celui des rois païens environnants : l’amour de la chair, la sensualité et la bonne table et la démesure dans les richesses au point d’en oublier les bontés de Dieu.

La Bible nous dit en effet que Salomon avait 700 femmes et 300 concubines, dont beaucoup étaient des étrangères qui étaient arrivées avec leurs idoles et leur clergé. La Bible ne lui fait pas le reproche d’avoir eu tant de femmes, c’était la coutume. La Bible lui reproche de s’être laissé progressivement entraîné dans l’idolâtrie par ces femmes, ce qui a beaucoup irrité Dieu (1 Rois 11,1-13). Pour leur faire plaisir, le roi va même bâtir un haut lieu pour Kemosh, le dieu de Moab, auquel on immolait des enfants par le feu et pour Moloch, le dieu des Ammonites. Salomon va même leur offrir des sacrifices, toujours pour faire plaisir à ses épouses.

Le drame est que la dégradation lamentable de sa vie morale et spirituelle, va avoir des répercussions sur tout le peuple. Les israélites vont suivre les pratiques idolâtres et syncrétistes dans lesquelles s’était engouffré leur roi et ce mélange de pratiques religieuses va durer plusieurs siècles.

De plus, le Peuple commence aussi à se rebeller de devoir toujours payer des impôts et des taxes pour entretenir la maison royale et bâtir ces temples dédiés aux divinités étrangères. Et après 40 ans de règne, c’est le désenchantement général. Ce jeune homme sage, qui avait si bien prié en demandant la sagesse, est tombé très bas, au point d’être rejeté par le Seigneur.

David, son père, avait commis des fautes graves, mais il s’était humilié devant Dieu. Après sa chute, ses premiers mots avaient été : « J’ai péché contre l’Éternel ». Il en est, hélas, tout autrement avec Salomon. Et même au moment où Dieu lui dit : « Parce que tu as fait cela, et tu n’as pas gardé mon alliance et mes statuts… je t’arracherai certainement le royaume », on ne voit pas chez lui de sursaut intérieur qui le fasse regretter ses fautes et demander pardon. Il est trop riche, trop imbu de lui-même, il est allé si loin qu’il ne peut revenir en arrière.

L’endurcissement de son cœur entraîne la colère de Dieu contre Salomon.  La paix, fruit caractéristique de son règne, est détruite. A la fin de sa vie, Salomon traverse une période qui abonde en troubles, en séditions, en entreprises de déstabilisation contre son trône. Des nations, comme l’Égypte, qui s’honoraient autrefois de son alliance, soutiennent ses pires ennemis.  Et quelques siècles plus tard, ce sera la destruction de Jérusalem suivie de la captivité à Babylone. 

Salomon connut un règne paisible, et Dieu lui accorda la sécurité alentour, pour qu’il élève une maison consacrée à son nom et qu’il établisse un sanctuaire à jamais.

Ben sirac 47,14-22 « Comme tu étais sage dans ta jeunesse ! Tel un fleuve, tu débordais d’intelligence ; ta pensée s’est répandue par toute la terre, que tu as remplie d’énigmes et de paraboles. Ta renommée est parvenue jusqu’aux îles lointaines. Tu as été aimé parce que tu étais pacifique. Tes chants, tes proverbes, tes paraboles et tes interprétations ont fait l’admiration du monde entier.

Au nom du Seigneur Dieu, celui qui est appelé le Dieu d’Israël, tu as amassé l’or, comme de l’étain et, comme du plomb, tu as accumulé l’argent. Mais tu t’es vautré dans le plaisir avec les femmes et tu as été asservi dans ton corps. Tu as terni ta gloire, tu as profané ta race, au point d’amener la colère sur tes enfants et provoquer des regrets par ta folie. Ainsi la souveraineté fut partagée en deux et d’Éphraïm sortit un royaume rebelle.

Mais le Seigneur ne renonce pas à sa miséricorde, il ne détruit aucune de ses œuvres, il ne fait pas disparaître les descendants de son élu, il ne supprime pas la postérité de qui l’a aimé. »

Conclusion

Cette histoire de Salomon nous montre que lorsque l’on a beaucoup reçu, c’est plus difficile de rester humble et fidèle jusqu’au bout car l’orgueil peut très subtilement gagner le cœur humain. A la différence de son père David qui a commencé comme simple berger et qui est mort en souverain plein de sagesse, Salomon, lui, a hérité d’un Royaume déjà stabilisé par son père. Mais il n’a pas su conserver les fruits de ce travail.

L’histoire de Salomon est malheureusement très actuelle, le pape François en commentant la vie de ce roi, nous adresse quelques avertissements :

Salomon ne commit « pas une apostasie du jour au lendemain, c’était une apostasie lente » par les femmes qui ont détourné son cœur. C’est pour cela que le Seigneur lui a fait ce reproche : “Tu as détourné le cœur. » Pour nous, le danger, nous dit le pape François, c’est de glisser lentement, d’être anesthésié, de relativiser les choses, de perdre notre fidélité à Dieu. Par moment, nous ressemblons à Salomon. Lui, sous l’influence de ses femmes, a sacrifié aux faux dieux et nous, nous entrons en négociation avec l’argent, la vanité, l’orgueil. Nous glissons vers la mondanité et nous nous disons en nous-mêmes, pour nous justifier : « après tout, les autres le font aussi. Je sais que ce n’est pas l’idéal, mais pourquoi pas moi ? »

« Pensons à ce péché de Salomon, à la façon dont ce sage béni par le Seigneur est tombé, lentement, anesthésié vers l’idolâtrie et les mondanités et comment il a emporté dans sa chute son royaume. Demandons au Seigneur la grâce de comprendre et de nous arrêter à temps, quand notre cœur commence à s’affaiblir et à glisser. » Cf Pape François

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