Jour de Noël

Jour de Noël

Jour de Noël 2022

Cette semaine, j’ai entendu sur KTO, le récit de la conversion de Philippe Guillard une nuit de Noël. Il a d’ailleurs écrit un livre qui s’intitule :  « Et le ciel s’est ouvert » (Editions des Béatitudes). En creusant, j’ai découvert que plusieurs personnages célèbres avaient reçu un cadeau spirituel, le soir ou le jour de Noël de la même année en 1886.

  1. Pour Thérèse de Lisieux, ce fut la guérison de son hyper hypersensibilité, à l’orée de ses 14 ans car elle pleurait pour un rien.

La nuit de Noël 1886, de retour de la messe, Thérèse s’apprête à tirer les cadeaux de ses souliers, placés au pied de la cheminée. Son père, fatigué par la cérémonie, murmure : « Enfin, heureusement que c’est la dernière année ! »  Thérèse qui entend cela a le cœur transpercé. Ses sœurs s’attendent à ce qu’elle fonde en larmes et se disent que Noël va être gâché à cause de la maladresse de leur papa et de l’hyper susceptibilité de leur sœur.  Or Thérèse monte dans sa chambre, sèche ses larmes et redescend en riant. Elle a reçu une force qui ne la quittera plus. « En cette nuit lumineuse, Jésus le doux petit Enfant, changea la nuit de mon âme en torrents de lumière… » Elle dira qu’à partir de là commencera la troisième période de sa vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des grâces du Ciel… En un instant l’ouvrage qu’elle n’avait pu faire en 10 ans, Jésus le fit se contentant de sa bonne volonté qui jamais ne lui fit défaut.

De l’amour de Jésus qui brûle en elle, Thérèse va passer à l’amour des âmes qui sont à sauver. Elle comprendra le cri de Jésus sur la Croix : « J’ai soif » comme étant la soif d’amour de Jésus. C’est ce qui la fera prier pour le criminel Pranzini, afin que ce dernier se convertisse avant d’être guillotiné. Par ses lectures, dont l’Imitation de Jésus-Christ, elle comprend que la terre n’est rien, que le Ciel est tout. « Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir, et depuis lors je fus heureuse ! »

  • Charles de Foucauld fut touché par la grâce de Noël à 28 ans :

C’est à l’âge de 16 ans qu’il perd la foi. « Je demeurai douze ans sans rien nier et sans rien croire, désespérant de la vérité, et ne croyant même pas en Dieu, Aucune preuve ne me paraissant évidente. (…) Après son départ de l’Armée, il explore secrètement le Maroc où il rencontre des musulmans dont la ferveur le saisit. « L’islam a produit en moi un profond bouleversement. La vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu, m’a fait entrevoir quelque chose de plus vrai que les occupations mondaines. » Il est tenté par cette religion musulmane qui le « séduit à l’excès ». Mais de retour à Paris, il redécouvre le catholicisme par l’entremise de sa cousine germaine, Marie de Bondy.

En cette année 1886, quelque chose a changé chez Charles de Foucauld. « Mon Dieu, si vous existez ; faites que je vous connaisse ! » Quelques semaines avant Noël, alors qu’il voulait se renseigner et converser sur la foi, l’abbé Huvelin le fit s’agenouiller et se confesser. Commença son chemin de conversion. La nuit de Noël 1886, il entendra ce prêtre dire : « Jésus, vous avez tellement pris la dernière place que personne n’a pu vous la ravir. » Il comprend, émerveillé l’humilité de Dieu qui se fait le plus petit. Le Très-haut se fait le Très-bas. En 1888, Charles de Foucauld part en Terre sainte et il passe Noël à Bethléem.  Ce pèlerinage renforce sa vocation à imiter Jésus, à Le suivre dans son effacement et son humilité, dans la vie de Nazareth… Il épouse alors la foi chrétienne aussi radicalement qu’il l’avait délaissée, découvre dans l’Eucharistie le mystère du don et de l’amour. Pas immédiatement – « Moi qui avais tant douté, je ne crus pas tout en un jour ». « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui. »

  • Pour Paul Claudel (1868 – 1955), le jour de Noël fut le don de la foi à 18 ans,

Sa mère est presque aussi insensible à la pratique religieuse que son père anticlérical. C’est donc par convenance qu’il accomplit les deux premiers sacrements. Adolescent, il ne se considère pas croyant. Son entrée au fameux lycée ne fait qu’accentuer ce mode de vie éloigné de la spiritualité. « A dix-huit ans, je croyais donc ce que croyaient la plupart des gens dits cultivés de ce temps ». « Je vivais d’ailleurs dans l’immoralité et, peu à peu, je tombai dans un état de désespoir. La mort de mon grand-père, que j’avais vu de longs mois, rongé par un cancer à l’estomac, m’avait inspiré une profonde terreur et la pensée de la mort ne me quittait pas. J’avais complètement oublié la religion et j’étais à son égard d’une ignorance sauvage. Paul Claudel se tourne du côté de la poésie et de la beauté de la nature.

Le 25 décembre 1886, il se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël. « Il me semblait que dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettantisme supérieur, je trouverais un excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents. C’est dans ces dispositions que, j’assistai, avec un plaisir médiocre, à la grand’messe. Puis, n’ayant rien de mieux à faire, je revins aux vêpres. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable.

Que les gens qui croient sont heureux ! Si c’était vrai, pourtant ! C’est vrai ! Dieu existe, Il est là. C’est quelqu’un, c’est un être aussi personnel que moi ! Il m’aime, Il m’appelle ». Mais le fait de prier en secret lui devient intolérable

En apprenant la conversion tardive de Charles Baudelaire, autre poète qu’il admirait, il se décide, enfin, en 1889, à voir un prêtre mais il en sort profondément déçu. Un an plus tard, et il trouve un autre prêtre qui sera son directeur spirituel, et dont il se sentira redevable jusqu’à la fin de ses jours. Le 25 décembre 1890, Paul Claudel boucle la boucle : il communie, pour la deuxième fois de sa vie et à Notre-Dame, là même où il fut touché par la grâce quatre années plus tôt, et où auront lieu ses obsèques soixante-cinq ans plus tard.

La grâce de Noël 1886 n’est pas uniquement à voir comme un événement du passé. Jésus n’est pas un personnage de l’Antiquité, Il est vivant et continue d’être agissant dans nos vies. Fêter Noël, c’est accueillir une grâce unique et personnelle qui est destinée à chacun d’entre nous. Peut-être la recevrons-nous de façon massive ou quasi imperceptible. Ce qui compte, c’est que nous ayons le désir de demander un cadeau à Jésus et que nous Le laissions agir dans notre vie.

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