Abraham 2
Nous reprenons aujourd’hui ce cycle d’Abraham au chapitre 15 du livre de la Genèse, soit dix ans après les promesses de Genèse 12, mais nous n’avons toujours pas de descendance !
C’est à ce point précis qu’intervient le texte de Genèse 15, un des chapitres les plus importants de la Bible. Il s’agit d’un texte fondamental qui nous permet de comprendre toute la suite de l’histoire de la rédemption. Les auteurs du Nouveau Testament citent d’ailleurs régulièrement des extraits de ce chapitre.
- La promesse d’une descendance
Comme nous le retrouverons fréquemment dans la Genèse, Dieu réitère souvent ses promesses et il le fait de manières de plus en plus précises et élargies. C’est ce qui se produit pour Abram, par rapport à sa descendance.
- Il a d’abord appris qu’il serait le père d’une nombreuse postérité : « Je ferai de toi une grande nation » (Genèse 12,2),
- Puis que Dieu donnerait un pays à cette descendance : « À ta descendance je donnerai ce pays. » 12,7)
- En Gn 13,16, la promesse est renouvelée et d’une certaine façon élargie : « Je rendrai nombreuse ta descendance, autant que la poussière de la terre ».
Pourtant, en ce début de chapitre 15, la foi du patriarche semble chanceler, Abram se plaint. Il doute et du coup il imagine des solutions humaines. « Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je m’en vais sans enfant, et l’héritier de ma maison, c’est Élièzer de Damas. » Abram dit encore : « Tu ne m’as pas donné de descendance, et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier. »
Et Dieu va répondre en renouvelant une fois de plus la promesse : « Ce n’est pas lui qui sera ton héritier, mais quelqu’un de ton sang » et pour donner un signe plus grandiose encore que la poussière de la terre », Dieu fait sortir Abram de sa tente et lui dit: « (…) « Contemple le ciel et compte les étoiles, si tu en es capable. Et il ajouta : Tes descendants seront aussi nombreux qu’elles ». L’image des étoiles est encore plus grandiose ! C’est un signe parlant qui vise à renforcer la foi d’Abram.
Et de fait, en 15,6, nous avons la mention de la foi d’Abram : C’est la première fois que nous rencontrons la question de la foi dans la bible.
Avec Noé, nous avions découvert un homme qui marchait avec Dieu en vivant avec lui une relation personnelle et une intimité qui lui permettait d’entendre Sa voix : et d’agir en fonction de ce que Dieu lui disait.
Avec la foi d’Abraham, il ne s’agit pas d’une vague confiance en Dieu, ni une sorte de foi un peu floue. C’est vraiment la foi dans l’impossible. Humainement Abraham ne peut pas avoir d’enfant puisque Saraï est non seulement âgée mais aussi stérile.
L’auteur de l’Épître aux Hébreux cite plusieurs fois Abraham comme un exemple de foi, notamment en référence à cet acte de foi impressionnant : « C’est par la foi qu’Abraham a obéi lorsque Dieu l’a appelé et qu’il est parti pour le pays qu’il devait recevoir en héritage. Et il est parti sans savoir où il allait. » (Hébreux 11.8)
On commence à comprendre que le fait de croire en Dieu, dans la bible, va être de cet ordre-là. Après avoir saisi par la foi la promesse concernant l’héritier, Dieu s’engage plus positivement au sujet de l’héritage lui-même.
- « Je suis le Seigneur, qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te donner ce pays en héritage. » (Pour Moïse ce sera le Dieu qui t’a fait sortir d’Egypte.) Dans la Bible, Dieu signe souvent en rappelant ses actions, elles agissent ainsi comme des signes pour dire qui il est et manifester sa puissance et sa Gloire, que ce soit sur Terre et dans le Ciel.
- Et là, Dieu met le paquet et s’engage totalement dans une véritable alliance avec Abraham, en lui donnant alors un signe probant, fondé sur un sacrifice.
Le Seigneur lui dit : « Prends-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. » Abram prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Comme les rapaces descendaient sur les cadavres, Abram les chassa. Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux tomba sur Abram, une sombre et profonde frayeur tomba sur lui ».
Nous assistons ici à une alliance, telle qu’on en pratiquait dans l’antiquité : lorsque deux parties concluaient une alliance, la coutume était de couper des animaux en deux moitiés séparées, puis les deux personnes marchaient entre les moitiés (Jérémie 34,18). Cela signifie que la même chose (être coupé en deux) leur arriverait s’ils n’honoraient pas leur accord.
Ici, Dieu ordonne à Abram de prendre cinq animaux. Cinq est le nombre divin représentant la grâce et la volonté de Dieu. Il symbolise LA GRÂCE, LA BONTÉ et LA FAVEUR DE DIEU envers les humains et serait mentionné 318 fois dans les Écritures. ! Les animaux choisis dans cette circonstance sont ceux-là mêmes que la loi désignera plus tard comme pouvant, être offerts en sacrifice.
« Les rapaces » représentent le royaume des ténèbres qui veut arrêter ce que Dieu veut faire.
« Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux s’empara d’Abraham, une sombre et profonde frayeur le saisit. Nous avons déjà rencontré un sommeil mystérieux au début de la Genèse : celui d’Adam, pendant que Dieu créait la femme ; en se réveillant, il avait trouvé Eve, cette créature nouvelle qui lui était destinée.
Cette fois, c’est Abraham qui au moment où il reçoit une promesse et entre dans une histoire d’Alliance avec Dieu, sombre dans un sommeil mystérieux ; manière de nous dire que l’homme et Dieu ne sont pas à égalité dans l’œuvre d’Alliance ; c’est Dieu qui a toute l’initiative.
- Une sombre et profonde frayeur. Abraham s’est endormi sous l’impression sinistre que lui a laissée le présage les oiseaux de proie. C’est par l’explication de cet incident, que Dieu annonce : « Sache-le bien : tes descendants seront des immigrés dans un pays qui ne leur appartient pas. On en fera des esclaves, on les opprimera pendant quatre cents ans. Mais la nation qu’ils auront servie, je la jugerai à son tour, et ils sortiront ensuite avec de grands biens. Quant à toi, tu rejoindras tes pères dans la paix. Tu seras enseveli après une heureuse vieillesse. Tes descendants ne reviendront ici qu’à la quatrième génération, car alors seulement, la faute des Amorites aura atteint son comble. » (Gn 15,14-17)
Ces lignes ont été écrites par quelqu’un qui connaissait déjà la suite de l’histoire, puisqu’elles annoncent l’Egypte.On est en train de faire un lien entre la Genèse et l’Exode. De même qu’Abraham a dû sortir d’un pays pour en avoir un autre, le peuple, avec Moïse, sortira à nouveau d’un pays pour en avoir un autre.
- Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les quartiers d’animaux. » « Un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les quartiers d’animaux » : c’est la présence de Dieu qui est symbolisée par le feu, comme souvent dans la Bible.
Dieu sait que l’homme est incapable de tenir les termes de l’alliance, alors, pour assurer à Abraham qu’il ira jusqu’au bout de sa promesse d’une descendance quoiqu’il arrive, c’est Dieu qui accepte de passer entre les morceaux (sous la forme du feu), les deux fois. Une fois pour Lui, une fois pour Abraham. C’est comme s’il disait à Abraham qu’il s’engage sur sa vie. Dieu restera fidèle à son alliance, quels que soient les exils et les épreuves qui marqueront l’histoire personnelle et collective.
L’étendue de l’héritage : versets 18-21
Dieu maintenant décrit un élément spécifique de l’alliance : les dimensions de la terre promise à Abraham et à sa descendance.
2) Agar et Ismaël
Après la promesse et l’alliance du chapitre 15, il ne manque plus que l’enfant promis par Dieu. La foi d’Abram est bien réelle, mais c’est sans compter les doutes de Saraï. Et c’est là qu’advient la chute.
Le chapitre 16 raconte comment Saraï décide de prendre les choses en main, préférant suivre une coutume ancienne, lui permettant de préserver sa place d’épouse tout en assurant une maternité. Elle donne sa servante Agar à Abram, dans l’espoir d’avoir un fils, la coutume voulait en effet que l’enfant né de la servante était adopté par l’épouse en titre, devenant l’enfant du couple stérile.
Et l’histoire dérape très rapidement : enceinte, Agar devient désagréable avec sa maîtresse, qui le lui rend bien, si bien qu’Agar finit par s’enfuir. Elle est rattrapée dans le désert par un ange du Seigneur qui lui dit : « Je te donnerai une descendance tellement nombreuse qu’il sera impossible de la compter. (…) Tu es enceinte, tu vas enfanter un fils, et tu lui donneras le nom d’Ismaël (c’est-à-dire : Dieu entend) ».
Abram a quatre-vingt-six ans lorsque Agar donne naissance à Ismaël (Gn 16,16). De manière générale, Ismaël est considéré comme l’ancêtre des Arabes ainsi que de la lignée menant au prophète de l’islam Mahomet.
- L’alliance avec Abraham (Alliance Abrahamique)
C’est à proprement parler, la seconde grande alliance de Dieu avec les hommes. La première était l’alliance avec Noé (Gn 9) ; la troisième sera l’alliance avec Moïse (Ex 24).
La cérémonie racontée en Genèse 15 nous montrait la nature inconditionnelle de l’alliance entre Dieu et Abram. Il s’agissait d’une promesse que Dieu seul s’engageait à tenir et Dieu avait fait s’endormir Abraham pour éviter qu’il ne passe aussi entre les morceaux.
L’alliance dépend donc de Dieu seul pour son accomplissement. C’est bien une alliance inconditionnelle. Dieu a fait des promesses à Abram sans rien lui demander en retour.
Toutefois, treize années plus tard, 24 ans après la promesse du départ, la question de la descendance n’est pas réglée car le Seigneur ne l’entend pas de la façon imaginée par Saraï. Une nouvelle fois, le Seigneur se manifeste à Abram qui a quatre-vingt-dix-neuf ans :
« Je suis le Dieu-Puissant ; marche en ma présence et sois parfait. »
On pourrait penser qu’à 99 ans : Abram a atteint une vraie sagesse humaine. Mais Dieu lui demande d’être au-delà de la seule sagesse humaine. Abram doit être d’une autre perfection que la seule sagesse humaine, celle que donne la présence du Seigneur. Voilà pour Dieu les devoirs de l’alliance, la conception de l’élection. Et c’est cela qui marque l’âme juive, bien sûr il s’agit d’accomplir ce que tout homme doit faire, mais il faut faire plus. Il faut accomplir les devoirs de l’alliance, parce que Dieu le demande, à travers ses commandements, il faut se dépasser. C’est pourquoi la torah est nécessaire : obéissance. 613 commandements : 248 positifs : tu feras et 365 négatifs : tu ne feras pas.
Dans ce chapitre Dieu précise de quel type d’Alliance il va s’agir : l’Alliance (12 emplois ici sur 85 dans l’Ancien Testament) :
– J’établirai mon alliance entre moi et toi (v2)
– Voici l’alliance que je fais avec toi (v4)
– J’établirai mon alliance entre moi et toi, et après toi avec ta descendance (v7)
– Toi, tu observeras mon alliance, toi et ta descendance après toi, de génération en génération (v9)
– Et voici l’alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire toi et ta descendance après toi : tous vos enfants mâles seront circoncis (v10)
– Cela deviendra le signe de l’alliance entre moi et vous (v11)
– Mon alliance deviendra une alliance éternelle (v13)
– Le mâle dont la chair du prépuce n’aura pas été circoncise, celui-là sera retranché d’entre les siens : il aura rompu mon alliance (v14)
– J’établirai mon alliance avec lui, comme une alliance éternelle avec sa descendance après lui (v19)
– Quant à mon alliance, c’est avec Isaac que je l’établirai (v21)
En résumé, le thème central de l’Alliance, c’est donc une descendance nombreuse d’où sortiront des rois et une terre, les deux biens essentiels pour le bonheur d’un nomade.
C’est ce même jour que Dieu donne un nouveau nom, une nouvelle identité à Abram : « Tu ne seras plus appelé du nom d’Abram, ton nom sera Abraham, car je fais de toi le père d’une multitude de nations. » Dieu ajoute une lettre, la lettre H, la lettre du souffle, de l’esprit : paternité spirituelle. Ce nom nouveau qui donne aussi la nouvelle mission d’Abram signifie père d’une multitude.
Et de même que l’Alliance avec Noé et toute l’humanité était signifiée par l’arc-en-ciel (9,12-13), l’Alliance avec Abraham et sa descendance est signifiée par une marque dans la chair, la circoncision. En Israël, elle devient un signe d’appartenance au peuple élu. Tous vos enfants mâles âgés de huit jours seront circoncis, les enfants nés dans la maison, ou les enfants étrangers qui ne sont pas de ta descendance mais sont acquis à prix d’argent. Né dans la maison ou acquis à prix d’argent, tout mâle sera circoncis. Inscrite dans votre chair, mon alliance deviendra une alliance éternelle. L’incirconcis, le mâle dont la chair du prépuce n’aura pas été circoncise, celui-là sera retranché d’entre les siens : il aura rompu mon alliance » (Gn 17,10-14). ce qui explique pourquoi Dieu s’est mis en colère contre Moïse en Exode 4.24-26, parce que celui-ci n’avait pas circoncis son fils.
Il est important de relever que le nouveau nom d’Abram est donné alors que Dieu institue le rite de la circoncision : C’est au moment où l’on circoncisait l’enfant qu’on lui donnait son nom (Luc 1.59 ; Luc 2.21).
15 « Dieu dit encore à Abraham : « Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras plus du nom de Saraï ; désormais son nom est Sara (c’est-à-dire : Princesse). Je la bénirai : d’elle aussi je te donnerai un fils ; oui, je la bénirai, elle sera à l’origine de nations, d’elle proviendront les rois de plusieurs peuples. »
4. L’apparition des 3 hommes à Mambré,
- L’Éternel apparaît pour confirmer la proche venue de l’héritier.
L’apparition à Mambré a été considérée comme une première Annonciation : Sarah est âgée et stérile, l’enfant annoncé par lequel passe la promesse d’« une grande nation », est donc miraculeusement conçu à l’instar de Jésus non selon la chair mais selon l’Esprit.
Quant aux trois Anges apparus à Abraham et Sara, la tradition chrétienne y verra une anticipation de la Trinité.
Abraham avait reçu la certitude que l’enfant de la promesse naîtrait de Sara (17,17). Trois mois plus tard (verset 18, 12), la même promesse est adressée à Sara. Mais elle doute encore, se sachant trop âgée.
Le rire devient la réaction non contrôlée de sara, face à l’irruption de l’inattendu. Il exprime à la fois la peur, l’incrédulité, l’envie et la surprise.
Au chapitre précédent, c’est Abraham qui s’était mis à rire : « Abraham se jeta face contre terre et il rit. » (Genèse 17,17). Et les parents donneront à l’enfant de la promesse le nom d’Isaac, dont la racine est hébraïque signifie « rire ».
b) L’intercession : versets 22-33
Au verset 16, la scène change, alors que « Les hommes se levèrent pour partir et regardèrent du côté de Sodome. Abraham marchait avec eux pour les reconduire. »
Pour les accompagner. Le scheik arabe accompagne encore aujourd’hui les hôtes auxquels il vient de donner l’hospitalité.
Dieu informe Abraham de son intention de détruire Sodome et Gomorrhe en raison du péché qui règne dans ces villes. Abraham, pense à Loth et aux justes qui pourraient se trouver dans ces villes. C’est un vrai marchandage qui commence. « Vas-tu faire périr le juste avec le coupable ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? »
Dieu accepte mais Abraham continue la négociation se disant qu’il a peut-être été trop optimiste. Il passe à 45, puis 40, 30, 20,10… On sait que Sodome sera détruite car il n’y aura même pas les 10 justes.
– C’est dans ce texte que nous trouvons le fondement biblique de la prière d’Israël. Les Juifs doivent être au moins 10 pour une prière liturgique à la synagogue. Il faut être 10 pour être écouté devant Dieu.
– En intercédant pour les justes de Sodome, Abraham agit vraiment comme un collaborateur de Dieu pour le Salut. Il est porteur de la bénédiction de Dieu.
– Les Pères de l’Eglise reprocheront à Abraham de n’être pas descendu jusqu’à un seul juste. Jérémie le fera en demandant à Dieu de pardonner à la ville s’il trouve un seul juste dans Jérusalem (Jr 5,1).
5. Isaac le fils de la promesse
- La naissance
Isaac naît au chapitre 21, après vingt-cinq ans d’attente. Abraham a cent ans, Sarah quatre-vingt-dix ans, Ismaël a 13 ans. Il est circoncis 8 jours après.
Mais aussitôt la promesse accomplie, une nouvelle épreuve est imposée au patriarche : qui doit accepter l’éloignement de son fils ainé et manifester par là, sa foi aux promesses qui concernent le plus jeune.
b) Le sacrifice d’Isaac (ou ligature) Gn 22,1-19
Nous avons tous en tête ce texte scandaleux, à faire chuter dans la foi, dans lequel nous lisons que Dieu demande à Abraham de lui sacrifier son fils. Tellement scandaleux qu’il ne sera lu que très tard dans les écoles juives. Aujourd’hui, encore, dans les écoles juives, il n’est pas lu avant que le Juif atteigne 37 ans, qui passe dans la tradition pour être l’âge d’Isaac au moment du sacrifice.
Nous pensons souvent qu’Isaac était enfant au moment du sacrifice, en fait il devait avoir 37 ans.
Sara est décédée âgée de 127 ans (Gn. 23.1). Par un simple calcul, nous savons qu’à la mort de Sara, Isaac avait trente-sept ans et Abraham cent-trente-sept. Isaac s’est marié à l’âge de quarante ans et par son mariage, il été consolé de la mort de sa mère (Gn. 24.67). La durée séparant la mort de sa mère et son mariage est de trois ans. Si nous supposons que Sara était déjà décédée au moment du sacrifice d’Isaac, alors nous pourrions dire que le sacrifice se produisait quand Isaac avait un âge compris entre trente sept et quarante ans. Mais, vu que chronologiquement le récit de la mort de Sara vient juste après celui du sacrifice d’Isaac, nous admettons que Sara était encore vivante à ce moment-là. Une vielle tradition rapporte qu’elle serait morte sur le coup en apprenant la nouvelle du sacrifice de son fils Isaac.17 Notons qu’il n’est plus jamais parlé de Sara et d’Isaac ensemble, ni d’Abraham et de Sara ensemble. Ainsi, Isaac pourrait avoir trente-sept ans au moment de son sacrifice, comme au moment de la mort de sa mère.
Comment entendre cet épisode ?
Dieu a-t-il réellement demandé à Abraham de sacrifier le fils de la promesse ? Voulait-il tester sa foi ?
Abraham, dans le contexte de l’époque, s’est-il senti en devoir d’offrir Isaac ? l’autzur biblique a-t-il voulu montrer que Dieu désapprouvait les sacrifices humains ?
Ce qui est certain c’est que les sacrifices humains avaient été introduits en Israël par des Juifs idolâtres qui offraient des enfants en sacrifice au dieu cananéen Moloch. Ils estimaient en effet que ces rites étaient des holocaustes plus précieux que tous ceux qu’on offrait d’ordinaire. Ils créaient entre la divinité et ceux qui les offraient un lien plus fort et plus étroit que tous les autres sacrifices, car, en offrant son fils, on offrait une partie de soi-même. On se rendait parfaitement compte de l’énormité de l’acte et l’on espérait secrètement que les forces ainsi mises en jeu parviendraient à contraindre le dieu s’il ne voulait s’exécuter de bonne grâce.
– Par ailleurs, on était convaincu que les enfants sacrifiés étaient divinisés.
Ces sacrifices humains étaient contraires à tout l’esprit de la religion d’Israël et ils étaient condamnés par la loi. C’est pourquoi on a pu voir dans l’histoire du sacrifice d’Isaac, une mise en garde contre de pareils sacrifices. Dieu a le droit de réclamer le fils qu’il a donné, mais il ne veut pas qu’il soit mis à mort. Dieu fera remplacer par un bélier.
Dans ces versets finalement, le personnage principal c’est Abraham, on ne s’intéresse pas vraiment à Isaac. Ce qui est mis en évidence, c’est l’attitude religieuse d’Abraham.
Au verset 12 : « Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »
Rapport à Dieu : Abraham fait ce que Dieu lui demande et du coup, on commence à comprendre ce qu’est la vraie foi d’Abraham. Il savait que Dieu trouverait une route impossible entre les deux extrêmes :
– c’est par Isaac que tu auras une descendance
– offre Isaac sur la montagne
Ces deux choses sont incompatibles, et la foi d’Abraham c’est de croire que dans l’impossible humain, Dieu peut faire jaillir une route inattendue.
Les Pères de l’Église insistent donc sur la pédagogie divine : cet événement préfigure simplement un père prêt à sacrifier son fils, son unique. Cette exigence insoutenable de Dieu pour Abraham, Dieu se l’infligera dans le Nouveau Testament, en envoyant son Fils sur la croix.
b. La vocation d’Israël
Pour la tradition juive, Isaac est vraiment une figure d’Israël passée par l’épreuve, notamment au cœur de l’exil, c’est-à-dire quasiment dans sa propre mort, israël étant celui qui est offert en sacrifice. Et au fond, tout Israélite va se retrouver dans cet Isaac offert en sacrifice mais qui deviendra aussi le lieu de la fécondité du peuple puisque c’est par lui que le peuple va naître de cette descendance.
Il est révélé à tout israélite qu’il a la capacité à vivre un don parfait, une sorte d’offrande
C’est un des textes dans lequel se manifeste le plus la foi d’Israël en la résurrection. On ne pouvait pas être plus près de la mort d’Isaac et pourtant il est celui par lequel la bénédiction va pouvoir s’accomplir. Ce texte est lu par la tradition rabbinique comme étant un véritable texte d’espérance en la résurrection.
Après avoir marié son fils, le patriarche s’éteindra dans la paix en ayant vu la réalisation de la promesse. Ses fils l’enterrèrent près de Sarah, à la caverne de Macpela. Jacob, vers la fin de son séjour en Égypte, nous apprend qu’Isaac et Rébecca, et Léah, une de ses femmes, y avaient aussi reçu leurs propres sépultures (Gn 49,31); il demande donc, à ses fils de ramener ses os en Canaan et de les déposer à côté de ceux de ses pères, à Macpéla (Gn 50,13). De tous les ancêtres de cette première période de l’histoire du peuple hébreu, seule Rachel, épouse bien-aimée de Jacob, fut enterrée à Bethléem (Gn 35,19) et Joseph, à Sichem.
Trois grandes religions actuelles, soit le Judaïsme, l’Islam et le Christianisme, vont prier sur ces tombes patriarcales, situé maintenant en plein cœur de la ville d’Hébron, au sud de Juda.