2e Dim après Pâques
Fête de la divine miséricorde
Homélie du Dimanche de la Miséricorde 2021 (Jean 20, 19-31)
Je voudrais m’arrêter avec vous ce matin sur la mention des portes verrouillées qui revient à deux reprises dans l’évangile : « C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs. Huit jours plus tard (…) les portes étaient verrouillées ».
Frères et sœurs, prenons le temps de regarder quelles sont les portes que nous verrouillons et les raisons de nos peurs ? Quels sont nos enfermements ou nos replis sur nous-mêmes à cause de nos craintes : peur de l’avenir, peur d’entreprendre, peur d’être trahi, peur par rapport à la scolarité des enfants, petits-enfants, peur de perdre la santé, l’autonomie quand vient le grand âge, peur d’être seul, peur de la mort, …
Que dit Jésus à ses disciples paralysés par la peur ? Il les salue à deux reprises en leur donnant sa paix : « Shalom », « La paix soit avec vous ». Pour que la joie emplisse autant le cœur des disciples et qu’ils en parlent avec un tel enthousiasme à Thomas, c’est qu’ils ont dû être profondément touchés par la paix qui émanait de Jésus.
Récemment, j’ai été témoin de salutations entre deux personnes qui n’étaient pas empreintes de paix. Ni les paroles, ni les traits du visage, ni la tension nerveuse qui transparaissait dans le corps ne donnait envie de s’attarder. Chez Jésus au contraire, tout transpire la paix.
Le mot « Shalom » qu’il utilise, n’est pas seulement un souhait de paix, mais un don : le don de cette paix que Lui seul peut transmettre, et qui est le fruit de sa victoire radicale sur le mal. Entre les deux salutations, Il se fait reconnaître en montrant ses mains et son côté : les traces de ses plaies qui attestent qu’Il est non seulement le Crucifié revenu à la vie, mais que ses blessures ne sont pas des motifs d’accusations mais des marques de pardon. Il y a parfois des personnes accidentées par la faute d’un tiers qui montrent sans cesse la béquille ou la canne qu’elles utilisent comme un objet d’accusation : « c’est de sa faute » ! Jésus n’est pas dans ce cas de figure. Il ajoute au contraire : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus ».
Cette parole du Christ est d’une logique implacable, elle vient de quelqu’un qui connaît le cœur humain, car il l’a créé. Impossible d’obtenir la paix de l’âme, de la conscience, la paix du cœur, la paix intérieure, si l’âme est enténébrée dans le péché avec son cortège de culpabilité et de remords.
Vous avez sans doute remarqué que notre monde occidental ne dispose pas d’une grande santé nerveuse. Les angoisses, les désespoirs, le mal-être, la tentation du suicide jonchent les rues de notre société. Les psychologues et les psychiatres n’ont jamais autant travaillé que ces derniers mois. Certaines écoles disent : « Dépassez votre état, ne vous écoutez pas », et d’autres affirment : « Ecoutez-vous, acceptez votre histoire, soyez vous-mêmes, déculpabilisez-vous ».
Bien souvent ces conseils ne suffisent pas à installer la paix dans le tréfonds de l’âme, parce que l’âme est obstruée par le souvenir de fautes passées ou présentes, d’actes mauvais qui ont été commis et qui ont eu des conséquences graves. Les ténèbres de l’âme pèsent lourd et reviennent de manière lancinante dans la conscience. Des médecins vont jusqu’à affirmer que certaines maladies se développent à cause d’anxiétés ou d’angoisses non mises en lumière et de fait non résolues.
L’être humain a non seulement besoin de lumière, mais il est fait pour la lumière, il a besoin de se sentir léger et irréprochable. Malheureusement, ce ne sont pas les médicaments qui libèrent la personne de ce qui l’oppresse. Si bien que pendant des années, l’homme va trainer son sac à dos remplis de péchés, chargé de mécontentements, nervosités contre soi, contre les autres, disant à qui veut l’entendre que sa vie ne vaut pas grand-chose. On lui répond qu’il est dépressif ! Non, il n’est pas dépressif, il est broyé par le mal dont par moment il est partiellement responsable. Jésus lui dit : « En te libérant de tes péchés Je te renouvelle, Je te donne ma paix ». Rien ne nous libère davantage qu’une bonne confession faite dans le secret absolu couronnée par la voix du prêtre qui dit de la part de Jésus : « je te pardonne tous tes péchés ». C’est comme si Jésus disait : « C’est par mon cœur et par l’absolution que je verse mon pardon sur le monde pour que les âmes soient libérées de leur mauvaise conscience ».
Peut-être que ce matin, l’un ou l’autre d’entre vous se reconnait dans ce que j’évoque. Une des questions pourrait-être : quelle paix recherches-tu ? Ou encore quels moyens utilises-tu pour avoir la paix ?
- La tranquillité du pêcheur au bord de son étang ou de la Doller ?
- La tranquillité de la personne qui fume un joint qu’elle appellera pour se donner bonne conscience : consommation thérapeutique pour déstresser ?
- La force ou la punition pour que tes enfants te laissent en paix quand tu ne veux pas être dérangé ? La colère ou la mauvaise humeur pour que ta femme ou ton mari ne vienne pas te demander un peu de ton temps ? La fuite dans le travail le travail ou le sport pour que ton conjoint ne te pose aucune question ?
L’évangile nous montre que même si tout est verrouillé au plus profond de toi, ce n’est pas un problème pour que Jésus te rejoigne. Les verrous et la peur ne sont une difficulté pour lui ! ce qui compte, pour Jésus, c’est que tu aies besoin de Lui, qu’à l’exemple de Thomas, Tu te laisses approcher par Jésus. Il vient à la rencontre de Thomas, des autres apôtres et, aujourd’hui, vers chacun de nous, et ne demande pas « qu’as-tu fait ? », mais « m’aimes-tu », comme Il le demanda à Pierre après la résurrection. La miséricorde comme vocation : Saint Thomas, touchant l’homme et reconnaissant Dieu : « mon Seigneur et mon Dieu », crut et fut confirmé avec les autres apôtres dans la vocation d’annoncer l’Évangile de miséricorde : « Comme le Père m’a envoyé, moi je vous envoie ». A partir de ce moment, le « vent » de Dieu porta les disciples jusqu’aux extrêmes frontières de la terre et jusqu’au martyr.