Moïse 3
- Le don de la Loi (Ex 19-31)
- Le Sinaï, montagne de Dieu (Horeb)
« Le troisième mois qui suivit la sortie d’Égypte, jour pour jour, les fils d’Israël arrivèrent dans le désert du Sinaï » (8 sur la carte).
Ce 3e mois, c’est en fait 50 jours après avoir franchi la Mer Rouge, c’est ce qui sera la fête de la Pentecôte. Il faut comprendre la façon dont les Juifs comptent : le jour commence la veille au soir, à la première étoile et tout jour commencé est compté. Le 3e jour pour la résurrection, on compte le vendredi, le samedi et le dimanche.
Là c’est la même chose, la sortie d’Egypte s’est faite au milieu du mois de Nissan et nous sommes un mois et demi après.
Le peuple a rejoint le Sinaï. Le mot « Sinaï » désigne tantôt la montagne, tantôt le désert au sud-est de la péninsule du même nom. Ici, c’est de la montagne dont il s’agit. « Ils y établirent leur camp juste en face de la montagne. » (C’est comme s’il n’y avait qu’une montagne, nous sommes censés la connaître, c’est là que Dieu avait dit à Moïse de retirer ses sandales. « C’est sur cette montagne que vous me rendrez un culte ». Cette montagne est un espace sacré qui appartient à Dieu, rappelons-nous que dans l’antiquité, mettre sa sandale sur une terre, c’est en faire acte de propriété.
Le Sinaï va servir de cadre pour tous les événements relatés dans la suite de l’Exode ainsi que dans les deux livres suivants, le Lévitique et les Nombres.
A peine arrivé à la montagne, Moïse, qui a quand même 80 ans, monte vers Dieu, la colonne de nuée ayant indiqué la présence du Seigneur. Le Sinaï est assez haut, on se dit qu’il avait de bonnes jambes.
Avant même qu’il arrive au sommet, Dieu l’appelle et lui donne ses ordres. Il s’agit des préparatifs de l’alliance qui va être conclue.
Pour cela, le Seigneur invite à se rappeler comment, par pure grâce, il a fait sortir les Hébreux d’Égypte. Il illustre cela par l’image de l’aigle, symbole de la puissance et de la majesté divines. Grâce à la forte envergure de ses ailes puissantes, il est l’oiseau par excellence, capable de planer pendant des heures sur les hauteurs. Dieu s’est comporté comme une maman aigle. Il s’est occupé de tout. Il les a nourris, abreuvés et leur a accordé la victoire contre les Amalécites qui les avaient attaqués par traîtrise.
Il fallait qu’Israël se souvienne de toutes les merveilles. Il fallait qu’ils se souviennent de tout l’amour dont Dieu les avait entourés dans le Désert, les guidant, les protégeant, les nourrissant, leur donnant son eau, afin qu’aucune faiblesse, aucun souci ne les retarde dans leur marche vers Lui.
Il fallait qu’ils se souviennent, car aujourd’hui Dieu voulait continuer par une merveille encore plus grande, faire de ce petit clan, son peuple, un peuple privilégié entre tous.
- La nouveauté de l’alliance avec Moïse ou alliance du Sinaï
L’alliance que le Seigneur veut conclure avec son peuple à la montagne de Sinaï se préparait depuis longtemps dans le cœur de Dieu puisqu’elle n’était que l’accomplissement des promesses faites aux patriarches. Les choses se sont faites progressivement, mais maintenant, nous assistons vraiment à la naissance d’Israël en tant que peuple de Dieu. Dans le jardin de la Genèse, Dieu avait créé l’humanité (représentée par Adam et Eve) pour un pacte d’amitié ; au Sinaï Dieu va créer Israël pour établir une alliance d’amour, etd’un groupe tribal, faire une nouvelle nation appelée à faire briller la lumière divine dans le monde qui l’entoure, à être une nation sainte, mise à part des autres, pour que tous sachent qu’ils adoraient le Seigneur, le Dieu qui demeure fidèle à son alliance.
Et pour cela, Dieu qui jusqu’à présent, n’avait rien demandé en retour sinon de lui faire confiance, propose à Israël un autre type de relation qui consiste à obéir à une Loi, ce qui est totalement nouveau. Les alliances bibliques que nous avions rencontrées avec Noé ou Abraham, étaient des alliances unilatérales, c’est à dire que Dieu, promettait ses bénédictions dont l’accomplissement ne dépendaient pas de leurs bénéficiaires.
Avec Moïse, c’est une alliance conditionnelle que le Seigneur propose à Israël. Dieu va donner à son peuple une Loi, et le peuple va devoir la mettre en pratique. C’est donc un accord bilatéral qui va engager les deux parties : si Israël obéit, Dieu les bénira, mais s’ils désobéissent, Dieu les punira.
Je me souviens d’une époque, après 68 et après concile, où il ne fallait plus au catéchisme, parler des 10 commandements. Ne voyons pas seulement dans ce mot Loi ou commandement une liste de règles, d’obligations, mais le mode d’emploi de la liberté, et non l’inverse. Et cette alliance va mettre la nation d’Israël à part de toutes les autres nations, en tant que peuple élu de Dieu, par lequel le Seigneur a choisi de bénir le monde, faisant d’Israël « un royaume de prêtres et une nation sainte » (Exode 19,6). Moïse se retrouve comme médiateur entre Dieu et le peuple. Ce qui ne va pas être facile.
« Moïse revint et convoqua les anciens du peuple, il leur exposa tout ce que le Seigneur avait ordonné. Le peuple tout entier répondit, unanime : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique. » Et Moïse rapporta au Seigneur les paroles du peuple » (Ex 19, 7-8).
La condition de l’obéissance, est spontanément acceptée par le peuple, Moïse remonte dans la montagne pour porter la réponse à Dieu.
- Les préparatifs de l’Alliance dans la pureté et l’humilité.
« Le Seigneur dit à Moïse : « Va trouver le peuple et fais-le se sanctifier aujourd’hui et demain ; qu’ils lavent leurs vêtements et se tiennent prêts pour après-demain, car, après-demain, le Seigneur descendra aux yeux de tout le peuple sur la montagne du Sinaï » (Ex 19, 10-11).
Vous vous rappelez peut-être qu’avant le départ de la Pâque, Dieu avait pris le temps d’avertir et de préparer son peuple en lui prodiguant même des conseils culinaires et vestimentaires. Il se passe ici quelque chose de semblable. Un évènement important va avoir lieu, le peuple doit être prêt à le vivre. Pour cela, tous les Israélites doivent laver leurs corps et leurs vêtements.
C’est une préparation qui semble de nature extérieure ; mais chacun doit comprendre que c’est la purification du cœur par la repentance, que Dieu a en vue. La tradition juive dit que Dieu purifia son peuple de toute faute et de toute infirmité, afin qu’il soit prêt à prononcer son « Oui » au Sinaï
- La grande théophanie
« Le troisième jour, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs, une lourde nuée sur la montagne, et une puissante sonnerie de cor ; dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple hors du camp, à la rencontre de Dieu, et ils restèrent debout au pied de la montagne. La montagne du Sinaï était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu ; la fumée montait, comme la fumée d’une fournaise, et toute la montagne tremblait violemment. La sonnerie du cor était de plus en plus puissante. Moïse parlait, et la voix de Dieu lui répondait. Le Seigneur descendit sur le sommet du Sinaï, il appela Moïse sur le sommet de la montagne, et Moïse monta vers lui » (Ex 19,16-20).
A cet endroit du texte, nous lisons que l’alliance est scellée le 3e jour. Nous avons expliqué la façon dont les Juifs comptent les jours. Ce troisième jour que nous rencontrons à plusieurs endroits dans la bible, AT et NT prend un sens symbolique très fort, en lien avec l’Alliance qui va se dérouler au Sinaï.
Nous pensons bien sûr à la résurrection du Christ mais le récit de Cana commence aussi par « Le 3e jour il y eut des noces à Cana de Galilée ». Cela nous montre l’importance des paroles de la Vierge Marie. En effet, si le 3e jour est celui de l’Alliance et qu’en plus les noces sont elles-mêmes une alliance, nous comprenons que lorsque Marie dit : « Faites tout ce qu’il vous dira », c’est une nouvelle alliance qui est établie, dont le Christ sera le véritable époux.
Quant à la résurrection le 3e jour : c’est vraiment dans le Jour de la Résurrection que cette nouvelle alliance sera définitivement scellée.
Les éclairs, la fumée, la fournaise, le tremblement de terre : ces manifestations naturelles amplifiées, accompagnent souvent le Seigneur lorsqu’il se révèle aux hommes. Le tonnerre est associé à la voix de Dieu. Les Israélites ont expérimenté un spectacle son et lumière si effrayant que les Israélites ont craint pour leur vie. Dieu était là, même s’ils ne l’ont pas vu.
Ce spectacle grandiose n’avait pas pour but de terroriser le peuple, car Dieu n’était pas là pour cela, mais bien de leur enseigner la crainte et le respect à Son égard, afin qu’ils ne pèchent pas (verset 20).
3- Le code de l’Alliance (20 à23)
a) Un ensemble de 613 commandements
A partir de là, s’ouvre une longue série de prescriptions : 613 commandements furent donnés à Moïse, 365 « tu ne feras pas », égaux au nombre de jours dans l’année solaire, et 248 « tu feras », correspondant aux parties du corps.
Dans ces 613 cdts, nous avons le code de l’Alliance 50 commandements.
Dans le code de l’Alliance nous trouvons le décalogue (10 commandements), qui constitue le cœur de la Loi, comme des poupées russes.
C’est sur ce décalogue que nous allons essentiellement nous pencher. Il constitue le socle de ce qui permet la relation de Dieu avec son peuple et la vie en harmonie.
b) Le décalogue (10 commandements)
« Alors Dieu prononça toutes les paroles que voici : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque en vain son nom. Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié. Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient » (Ex 20,2-17).
La numérotation de ces paroles varie suivant les traditions juives, catholique ou orthodoxe. Voici l’ordre du CEC.
| I Envers Dieu | II Envers le prochain |
| C’est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte Tu ne prononceras le nom du Seigneur ton Dieu à faux Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier | Honore ton père et ta mère. Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. Tu ne convoiteras rien de ce qui est à ton prochain. |
En Deut 5 nous en aurons une autre version. Le but pour nous aujourd’hui n’est pas de nous attarder sur chaque verset, mais d’en saisir la cohérence générale.
- « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage » (v. 2) : constitue un résumé de l’histoire du Salut. Dieu rappelle qui il est. Le peuple ainsi libéré doit recevoir et mettre en œuvre la loi pour demeurer libre et ne pas retomber en esclavage.
Il en découle le « premier commandement » : « Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. » (v. 3) Israël doit son existence et son identité à Dieu seul et rien à d’autres divinités.
- Les versets 8 à 11 invitent à respecter le sabbat. L’ordre est ici donné de manière positive : « souviens-toi », la justification de ce jour de repos est donné par le récit de la création où Dieu s’est reposé le septième jour. Un jour béni qui donne tout son sens au travail de l’homme durant la semaine.
- Puis le commandement suivant est également formulé de façon positive pour honorer père et mère.
- Les commandements suivants concernent le respect de la vie, de la vie conjugale, des biens et de la communication.
- Le dernier commandement porte sur l’interdiction de la convoitise qui constitue la racine des autres maux indiqués.
Après avoir donné ces « dix paroles », les chapitres suivants continuent à détailler ce que cela implique dans la vie de tous les jours,
– au niveau de la législation sociale ( La manière de traiter les esclaves, les motifs de mise à mort, les cas de coups et blessures, la responsabilité de chacun par rapport à ses travaux ou à ses animaux, les cas de vols et dédommagements, la question de la dot et du mariage, magie et idolâtrie. La solidarité avec les étrangers, immigrés, veuves et orphelins.
– et tout ce qui touche à au culte et aux prêtres.
c) la conclusion de l’Alliance (Chapitre 24)
« Le Seigneur avait dit à Moïse : « Monte vers le Seigneur et prends avec toi Aaron, ses deux fils Nadab et Abihou, et soixante-dix des anciens d’Israël. Vous vous prosternerez à distance. Moïse, seul, s’approchera du Seigneur. Les autres ne s’approcheront pas et le peuple ne montera pas avec lui. » Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes ses ordonnances. Tout le peuple répondit d’une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique » (Ex 24,1-3).
Une 2e fois, le peuple s’engage, avec les mêmes paroles.
« Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur. Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël » (Ex 24,4) ;
Nous étions jusque-là dans l’oralité et maintenant nous passons à l’écrit. Le but de l’écrit, pour le peuple que Dieu s’est choisi, c’est de conserver et de bien se rappeler les paroles divines, de pouvoir les méditer et de les faire entendre.
Une 3e fois, au verset 7, le peuple promet : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons ». Le verset 8 poursuit : « Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. »
Nous comprenons ici que ce don de la loi n’est pas simplement quelques paroles données mais une alliance scellée dans le sang. Jésus reprendra ces paroles : « Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28). Ce sera la nouvelle alliance.
Au verset 12, le Seigneur dit ensuite à Moïse de monter vers lui sur la montagne. Il va donner les tables de pierre, et il y restera 40 jours. On a signé l’alliance, mais Dieu a encore des choses à dire.
- Le veau d’or et le renouvellement de l’Alliance
a. Le veau d’or – Ex 32,1-29
Mais voilà que tout cela est interrompu par le drame du veau d’or. Moïse reçoit les ordres de Dieu, sur le Sinaï, et cela dure… Alors le peuple commence à manquer de confiance. Ils ont peur de ne plus revoir Moïse, et sans lui, plus d’expérience religieuse extraordinaire, de sensation forte. C’est le quotidien qui se réinstalle, sans rien voir ni entendre… Où est passé Moïse ? Et où donc est Dieu ?
Le peuple avait pourtant bien entendu la parole lui disant : « C’est moi le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude : Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi. Tu ne te feras pas d’idole… Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas. » (Ex 20,2-5).
Mais, un peu comme nous, Israël a la mémoire courte et oublie les prodiges que Dieu a fait pour eux. Ils pressent Aaron, le frère de Moïse de leur construire une idole en or, en fondant les pendants d’oreille, les bracelets et les colliers en or qu’ils avaient emportés avec eux. Avec l’or fondu, ils construisirent un veau, afin de l’adorer comme le taureau Apis qui était adoré en Égypte. Ils attribuent à ce dieu, ce que le Dieu tout-puissant a été capable de faire.
Dieu n’a pas fini de donner ses indications que l’alliance est déjà rompue. Cela se reproduira régulièrement dans tout l’AT.
Le péché du Veau d’Or n’était pas seulement un acte de rébellion contre Dieu. C’était le résultat d’idées fausses sur le mode de relation entre l’homme et Dieu. Trop habitués aux signes reçus par l’intermédiaire de Moïse, ils ne croyaient pas possible de pouvoir se tourner directement vers Dieu. Il leur fallait quelque chose de tangible, ou quelqu’un comme Moïse, pour pouvoir les relier à Dieu.
La tradition juive dit que Hour, le chef de la tribu de Juda qui secondait Aaron et Josué, en particulier dans le combat contre les Amalécites, se serait opposé au peuple qui demandait son idole et il aurait été assassiné. Cela expliquerait pourquoi il disparaît de la bible. Et si effectivement les choses se sont passées ainsi, on comprend mieux pourquoi Aaron, qui voulait sauver sa peau, se serait soumis à leur demande.
Mais lorsque Moïse redescend de la montagne, tenant en main les deux tablettes de l’alliance et qu’il aperçoit le veau d’or élevé dans le camp et entend les chants, c’est lui maintenant qui entre dans une grande colère. Il lance les tablettes qu’il tenait en mains et les met en pièces, puis il saisit le veau, le jette au feu, le réduit en poussière qu’il éparpille à la surface de l’eau et fait boire cette eau aux Israélites pour leur faire percevoir l’amertume de ce qu’ils ont commis. (Cf Ex 32,15, 19-20).
Seuls les fils de Lévi s’étaient tenus à l’écart, restant fidèles au Seigneur. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils furent choisis plus tard pour le service spécial de son sanctuaire : mais ce jour-là, ils durent frapper par l’épée les trois mille hommes du peuple instigateurs de la révolte. (Exode 32.25-28).
Moïse dit à Aaron : « 21 Qu’est-ce que ce peuple t’avait donc fait, pour que tu l’aies entraîné dans un si grand péché ? »
Aaron rejette la faute sur le peuple : « Que mon seigneur ne s’enflamme pas de colère ! Tu sais bien que ce peuple est porté au mal ! 24 Je leur ai dit : “Ceux d’entre vous qui ont de l’or, qu’ils s’en dépouillent.” Ils me l’ont donné, je l’ai jeté au feu, et il en est sorti ce veau. »
L’histoire du roi Jéroboam qui érigea deux veaux d’or et une Ashéra (mère de Baal), racontée dans le chapitre 12 du premier livre des Rois, est reprise par l’auteur biblique du chapitre 32 du livre de l’Exode. Cet auteur veut certainement, dans un récit polémique de perspective sudiste, condamner l’idolâtrie des veaux et des taureaux dans le royaume d’Israël, notamment dans le sanctuaire royal le plus important de Béthel où la vénération du veau d’or (animal symbole du dieu cananéen concurrent Baal), détourne le peuple du culte du véritable dieu
Moïse tient compte de l’avertissement sévère de l’Éternel et installe la Tente hors du camp. Il va sans dire que le peuple a dû être consterné de voir Moïse aller s’installer aussi loin d’eux comme s’ils étaient pestiférés. Et en effet, ils l’étaient, spirituellement parlant. Leur rébellion offensait Dieu qui s’était éloigné d’eux afin de ne pas les exterminer.
On comprend facilement pourquoi les Israélites sont affligés, car l’Éternel les a déjà appelés peuple rebelle à trois reprises. Mais c’est ici la première fois qu’ils expriment un quelconque remords. Alors en signe de deuil ils ôtent leurs bijoux qui de toute façon étaient associés aux faux dieux d’Égypte. Ces parures étaient comparables à un pendant qui représente un des signes du zodiaque, ou à un porte-clés avec la figurine d’un saint, censé porter bonheur, ou une patte de lapin accrochée au rétroviseur. Ces trucs n’ont l’air de rien, mais en réalité c’est de l’idolâtrie.
Cette dernière parole eut un heureux effet, car les fils d’Israël se dépouillèrent de leurs ornements, en signe de deuil et de repentance. A cela s’ajoute un fait d’une immense portée : la tente d’assignation.
b. Le renouvellement de l’Alliance –
« Le Seigneur dit à Moïse : « Taille deux tables de pierre, semblables aux premières : j’écrirai sur ces tables les paroles qui étaient sur les premières, celles que tu as brisées. Sois prêt pour demain et monte dès le matin sur la montagne du Sinaï. Tu te placeras là pour moi, au sommet de la montagne. Que personne ne monte avec toi ; que personne même ne paraisse sur toute la montagne. Que même le petit et le gros bétail ne soient pas conduits au pâturage devant cette montagne. » Moïse tailla deux tables de pierre semblables aux premières. Il se leva de bon matin, et il gravit la montagne du Sinaï comme le Seigneur le lui avait ordonné. Il emportait les deux tables de pierre. Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR » (Ex 34,1-5).
Mais Dieu renouvelle son Alliance. Moïse est invité à tailler à nouveau deux tables de pierre (v. 1 à 4). Dieu redonne son nom mais il va en ajouter un peu au verset 6 « il passa devant Moïse et proclama le Seigneur le Seigneur Dieu tendre et miséricordieux lent à la colère plein d’amour et de vérité qui garde sa fidélité jusqu’à la la millième génération, supporte faute, transgression et péché… ».
Dieu avait déjà donné son nom à Moïse sur la montagne et cette fois, il complète, c’est un Dieu lent à la colère et plein d’amour. Le Dieu de l’alliance est un Dieu qui veut renouveler l’alliance quand elle a été rompue et qui est donc un Dieu de grâce.
« Lent à la colère et plein d’amour » est une expression qui reviendra souvent dans les Psaumes.
Nous avons vraiment trois temps dans ce que nous découvrons aujourd’hui :
- il y a le don de l’Alliance
- il y a la rupture d’alliance
- et il y a le renouvellement d’alliance
En fait tout cela ne fait qu’un seul récit tout ça se passe à peu près au même moment, comme si l’alliance portait déjà en elle le renouvellement de l’alliance.
L’alliance contient à la fois la loi la rupture par rapport à la loi et le renouvellement de la loi. Jean-Baptiste ne dira rien d’autre au Jourdain : commencez par reconnaître votre péché, que vous avez rompu l’Alliance et alors vous pourrez rentrer dans la Nouvelle Alliance. Mais rentrer dans la Nouvelle Alliance exige de reconnaître qu’on a rompu l’ancienne voilà et tout ça est prévu ici par Dieu qui connaît bien l’homme.
- La construction de la demeure (Chapitres 35 à 40)
L’Alliance est renouvelée, donc on va pouvoir commencer à construire la demeure comme le Seigneur avait demandé, demeure qui va permettre à Dieu d’habiter au milieu de son peuple, 16 chapitres, pour ce qui sera la tente de la rencontre.
vidéo de 3 minutes :
Moïse a terminé son travail, nous reprendrons en septembre
Durant tout le temps que fut menée cette œuvre colossale, l’attitude du peuple fut très positive. Les Israélites firent preuve de bonnes dispositions intérieures, d’une grande générosité, et d’une prompte obéissance. Le texte dit : Ainsi fut achevé tout le travail (Comme dans la Genèse) pour le tabernacle, la tente de la Rencontre ; les Israélites avaient tout exécuté selon les directives que l’Éternel avait données à Moïse ; c’est ainsi qu’ils agirent (Exode 39,32).
Ce dernier chapitre de l’Exode constitue la conclusion non seulement de la construction du Tabernacle, mais encore de l’ensemble du livre. On y retrouve en effet le thème central de la présence de Dieu au milieu de son peuple, une présence d’abord promise puis réalisée puisqu’il vient littéralement habiter au milieu d’eux. En cela, Dieu a rendu encore plus étroite l’alliance faite jadis avec leurs pères. Un avenir radieux, qui s’appelle la Terre Promise, s’ouvre dorénavant devant Israël.