Joseph et ses frères
Introduction
Nous avions laissé Jacob, de retour en Canaan avec femmes et enfants. (sauf Rachel qui meurt en mettant Benjamin au monde, sur la route du retour), la rencontre d’aujourd’hui portera principalement sur ses fils, d’où le titre : « Joseph et ses frères ».
12 fils qui, par la suite, donneront leur nom aux 12 tribus qui composeront le peuple d’Israël. Jésus, par la suite, choisira douze apôtres, montrant ainsi le lien entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.
Nous allons nous pencher pour cela sur les chapitres 37 à 50 de la Genèse, qui ont ceci d’intéressant, c’est qu’ils terminent ce premier livre de la Bible et qu’ils vont nous fournir la transition vers le livre suivant qui est l’Exode.
Il me semble important pour cela que nous revenions rapidement sur la façon dont le Seigneur a posé les bases de l’histoire du Salut.
- Retour sur la Genèse
Un moyen souvent utilisé pour cela, c’est de repartir des différentes généalogies qui rythment les chapitres. Nous les avons plusieurs fois survolées. Le tableau ci-dessous, devrait vous aider à nous repérer :
| 2.4 | Telle fut l’origine du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés. | Création |
| 5,1 | Voici le livre de la descendance d’Adam | Noé |
| 6,9 | Voici l’histoire de Noé | Déluge |
| 10,1 | Voici la descendance des fils de Noé, | Babel et la dispersion |
| 11,10 | Voici la descendance de Sem. | Terah A partir de là |
| 11,27 | Voici la descendance de Tèrah. | Abraham |
| 25,12 | Voici la descendance d’Ismaël, | |
| 25,19 | Voici l’histoire d’Isaac, | Esaü et jacob |
| 36,1 | Voici la descendance d’Ésaü | |
| 37,2 | Voici l’histoire de la descendance de Jacob. | Joseph |
- Sur fond bleu : Nous avons l’histoire des toutes premières préparations en vue de la formation du peuple élu. 11 chapitres, qui couvrent, si on additionne tous les âges, plus de 2600 ans d’histoire, et qui forment comme un prologue au récit d’Abraham et de sa famille. D’après le chapitre 5, il se serait écoulé, de la création au déluge, 1656 années ; le total des années vécues par les dix premiers hommes, d’Adam à Noé.
- Pour la période suivante, on compte 365 ans du déluge à la vocation d’Abraham, 215 d’Abraham à la descente en Égypte ; enfin, le livre de l’Exode fixe à 430 ans la durée du séjour en Égypte. Le total de ces chiffres donne, de la création à la sortie d’Égypte, 2666 ans.
A partir de là, la Genèse cessait d’être l’histoire générale de l’humanité pour devenir d’abord l’histoire de l’élection d’Abraham et de sa famille et du peuple Hébreu. Les chapitres qui suivent se déroulant sur 300 ans (quatre générations).
Si le Pentateuque est le fondement de toute la Bible, c’est sur la Genèse, comme sur une fondation indispensable, que repose le reste du Pentateuque. Et ce sont justement Joseph et ses frères, qui par une succession d’événements dont se servit la Providence, vont permettre que le peuple de Dieu se retrouve en Egypte.
Joseph est donc un personnage à part, le personnage de transition entre le dernier des patriarches et le législateur que sera Moïse.
- Particularités sur le personnage et l’histoire de Joseph (en jaune sur le tableau)
L’histoire de Joseph se distingue des récits précédents.
- Son nom n’apparaît pas dans la liste, qui nomme Dieu « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ».
- Tout au long du cycle de Joseph, Jacob est toujours en vie, et les frères seront présents jusqu’à la fin du récit.
- A la différence de ce qu’ont vécu ses 3 ancêtres, Dieu n’apparaît pas à Joseph pour communiquer verbalement avec lui comme Il l’a fait avec les trois patriarches. Joseph ne reçoit aucune intervention divine visible. Il ne reçoit aucune révélation nouvelle. Les révélations précédentes suffisent au but que Dieu se proposait. Le grand peuple promis aux patriarches est fondé avec ces douze fils de Jacob, et si l’édifice, pour s’élever, a toujours besoin de la bénédiction et de la protection du Ciel, de nouvelles révélations ne lui sont pas nécessaires.
- Par contre, si les révélations précédentes suffisaient, un enseignement moral est nécessaire et ce sera un des rôles de la vie de Joseph : Dieu récompense la vertu du sage et la Providence tire le bien en dépit du péché des hommes.
- Les songes et l’interprétation des rêves dont Joseph est doté, sont néanmoins une forme de communication divine –
- Les patriarches officiels sont les pères d’une nation entière, et pas juste d’une partie du peuple. Les descendants de Joseph représentent seulement une des 12 tribus puisqu’il est l’un des 12 fils.
- Autre point particulier, le cycle de Joseph se passe à l’étranger, principalement en Egypte. C’est ce qu’on appelle un cycle de diaspora. Le récit établit ainsi la légitimité de l’Israélite qui vit en diaspora. Joseph est l’image de l’immigré qui non seulement réussit en terre étrangère, mais en plus qui va être l’objet du salut de ceux qui sont restés au pays.
- L’histoire de Joseph se suffit à elle-même, et elle va ainsi faire le pont entre les récits des Patriarches et le récit de l’Exode.
La descendance de Jacob.
« Voici l’histoire de la descendance de Jacob » (Gn 37,2). Elle se fera en deux grandes sections :
- La famille de Jacob en Canaan. Préparation de la descente en Égypte (chapitres 37 à 45).
- La famille de Jacob en Égypte (chapitres 46 à 50)
- La famille de Jacob en Canaan. Préparation de la descente en Égypte (chapitres 37 à 45).
- Joseph, le fils de dix-sept ans … »
« Joseph, âgé de dix-sept ans, faisait paître le petit bétail avec ses frères. Le jeune homme accompagnait les fils de Bilha et les fils de Zilpa, femmes de son père. Il fit part à leur père de la mauvaise réputation de ses frères. Israël, c’est-à-dire Jacob, aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu’il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique de grand prix. En voyant qu’il leur préférait Joseph, ses autres fils se mirent à détester celui-ci, et ils ne pouvaient plus lui parler sans hostilité » (Gn 37,3-4).
- Cette précision sur l‘âge de Joseph nous est nécessaire pour comprendre qu’il s’agit d’un adolescent qui n’a pas atteint l’âge de la majorité et de l’autonomie. L’âge de ses frères, lui, n’est pas précisé
- Le prénom de Joseph est la traduction d’un mot hébreu qui signifie : … « Dieu ajoutera ». Avec Joseph, Rachel avait un fils … mais elle en voulait un autre ! Ainsi le nom de Joseph est-il porteur de l’annonciation de la naissance de Benjamin.
- La jalousie règne et il y a de quoi. Joseph rapporte à son père les mauvaises paroles de ses frères. Il est le préféré et en plus ça se voit. La tunique en est une illustration. Dès que l’élection se manifeste, il y a de la violence, (Caïn, Abel, Esaü et jacob et ça continue. Jalousie présente en permanence ; la bible ne le cache pas ; le cœur de l’homme est jaloux, même à l’intérieur du peuple de Dieu.
- Les songes : il a des songes et il en parle. Et en plus, pas n’importe lesquels, puisqu’il est question de se prosterner devant lui.
- les gerbes
- le soleil, la lune et onze étoiles se prosternent devant lui
- Joseph est vendu par ses frères
La jalousie et le ressentiment des 10 frères sont si forts qu’ils envisagent de le tuer et qu’ils le jettent dans une citerne. Quand en levant les yeux, une caravane passe près d’eux, Juda le quatrième fils, propose un plan qui résout plusieurs problèmes d’un seul coup : vendre Joseph comme esclave à la caravane qui s’en va en Égypte, pour vingt pièces d’argent.
Et ils rapportent la tunique de Joseph, après l’avoir tachée du sang d’un animal à leur père, le laissant tirer ses propres conclusions. Jacob est inconsolable :
- Il a perdu sa Rachel bien-aimée quelques années plus tôt.
- Maintenant son fils préféré a été tué.
- Sans Joseph, il semble qu’aucun de ses fils ne puisse continuer la responsabilité spirituelle spirituel de la famille.
Ses fils et ses filles se sont éventuellement inquiétés parce qu’il était inconsolable et qu’il avait l’intention de pleurer jusqu’à sa mort quand il pourra être avec son fils perdu. C’était très hypocrite de leur part considérant ce qu’ils avaient fait.
Et nous apprenons à la fin du chapitre 37, que Joseph est vendu en Égypte à Putiphar, un dignitaire de Pharaon. Le plan de Dieu est à l’œuvre…
- Le contexte familial (Juda) Gn 38
Rien à voir avec ce qui précède. Voilà un chapitre qui a été ajouté par la suite.
Ce morceau contient le récit d’un fait spécial qui paraît interrompre l’histoire de Joseph ; il n’est rattaché au contexte que par une indication chronologique très vague : en ce temps-là.
Nous sommes à un moment délicat dans l’histoire du peuple choisi et nous apprenons dans ce chapitre 38 que Juda décide de quitter l’enceinte familiale et prend une femme cananéenne, Shoua.
Si le rédacteur de la Genèse lui a assigné cette place, ce n’est pas seulement pour compléter les renseignements généalogiques sur la famille de Juda, maïs afin de montrer par un exemple précis, combien il est urgent d’arracher la famille patriarcale à l’influence cananéenne qui commence à l’envahir. De cette manière, un jour tout nouveau est jeté sur l’histoire de Joseph en Égypte : il est l’instrument choisi de Dieu pour préparer cette migration devenue indispensable. Et c’est ainsi que ce morceau rentre dans l’histoire de Joseph, dans laquelle il est intercalé.
Juda et Shoua ont trois fils : « Elle devint enceinte et enfanta un fils qu’on appela Er. Elle devint encore enceinte et enfanta un fils qu’elle appela Onane. Elle devint enceinte une troisième fois et enfanta un fils qu’elle appela Shéla » (Gn 38,3-5).
Petit détail qui révèle l’influence grandissante de cette femme sur son mari, c’est elle qui donne le nom du deuxième et du troisième enfant.
Le fils aîné se marie avec Tamar qui est choisie par Juda. Mais il déplaît à Dieu et meurt avant d’avoir un enfant. Dans ce cas, la loi du lévirat devait s’appliquer c’est-à-dire qu’elle devait épouser le frère de son mari, afin de lui assurer une descendance. Elle épouse donc Onân, mais ce dernier qui savait que la descendance ne serait pas à lui, s’arrange pour qu’elle ne devienne pas enceinte. Il en est puni et meurt à son tour.
Juda a bien un troisième fils, mais il est encore trop jeune. Le droit de Tamar est bafoué, elle va se battre pour que justice lui soit rendue. Elle se voile le visage et se débrouille pour croiser la route de son beau-père. Lorsque Juda la voit, il la prend pour une courtisane et il va avoir une relation avec elle. Il lui laisse en gage un cordon et un bâton.
Quelques mois, plus tard, Juda apprend que sa belle-fille est enceinte et que l’enfant à venir est le fruit de la prostitution. Comme Tamar a toujours le gage que lui a laissé Juda, elle pourrait le dénoncer publiquement, mais elle adopte une attitude plus discrète. Elle se contente de faire parvenir à Juda le cordon et le bâton laissés en gage en disant : « C’est de l’homme à qui appartient ces objets que je suis enceinte. »
Par son geste, elle se défait de la seule preuve qui pouvait la protéger. Juda aurait pu en effet garder son gage, maintenir son accusation et rien n’aurait empêché que Tamar soit brûlée.
Et c’est à ce moment de l’histoire, que Juda va avoir l’attitude qui fera de lui le patriarche qui le fera entrer dans la généalogie du messie. Tamar met au monde des jumeaux, et l’un d’eux, Péretz, est l’ancêtre de David.
C’est bien Juda qui est considéré comme l’héritier de la promesse, alors qu’il n’est que le quatrième fils de Jacob, parce que les trois aînés se sont mal comportés. C’est ce que nous confirme la généalogie de Jésus en saint Matthieu. « GENEALOGIE DE JESUS, CHRIST, fils de David, fils d’Abraham. Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères, Juda, de son union avec Thamar, engendra Pharès et Zara, Pharès engendra Esrom, Esrom engendra Aram, Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naassone, Naassone engendra Salmone, Salmone, de son union avec Rahab, engendra Booz, Booz, de son union avec Ruth, engendra Jobed, Jobed engendra Jessé, Jessé engendra le roi David. »
Pourquoi avoir ici cette histoire de Tamar ?
- Juda est celui qui sauva la vie de Joseph du puits (Gn 37,26-27). Jésus descend de cette tribu !
- Pérets est l’ancêtre de David et, par conséquent, de Salomon et de Jésus de Nazareth. Donc, Tamar fut une aïeule du Messie !
- Joseph chez Putiphar
Après Abraham, Isaac et Jacob, Joseph se retrouve donc en Egypte, pays qui pratique le polythéisme.
Après avoir été vendu par ses frères, il subit une nouvelle fois l’humiliation d’être vendu comme un objet. Il devient alors l’esclave de Putiphar, haut fonctionnaire égyptien, chef de la police du royaume. C’était chose commune en ce temps-là de castrer les hauts fonctionnaires pour éviter qu’ils interfèrent avec le harem du roi ou qu’ils n’organisent un coup d’État pour commencer leur propre dynastie. Putiphar était-il eunuque ? On ne peut l’exclure, mais cela expliquerait la suite de l’histoire.
Chez Putiphar, « Le Seigneur était avec Joseph, et tout lui réussissait ; il vivait dans la maison de son maître, l’Égyptien. Ce dernier vit que le Seigneur était avec Joseph et faisait réussir tout ce qu’il entreprenait. Joseph trouva grâce aux yeux de son maître qui l’attacha à son service : il lui donna autorité sur sa maison et remit entre ses mains tout ce qu’il possédait. Dès que l’Égyptien eut confié cette charge à Joseph, le Seigneur bénit sa maison, à cause de Joseph, et la bénédiction du Seigneur s’étendit sur tout ce que possédait l’Égyptien, sa maison et ses champs. Il abandonna entre les mains de Joseph tout ce qu’il possédait et ne s’occupa plus de rien, sinon de la nourriture qu’il prenait. Joseph avait belle allure et il était agréable à regarder » (Gn 39,2-6).
Difficile de faire plus et mieux. Joseph est béni par Dieu et Putiphar aussi, du même coup. Et il en est tout à fait conscient.
- Il l’attacha à son service : il lui donna autorité sur sa maison. Premier degré d’élévation
- Il abandonna entre les mains de Joseph tout ce qu’il possédait et ne s’occupa plus de rien. Deuxième degré d’élévation
Cette section nous donne aussi une description du physique et du caractère de Joseph (ce que la Bible ne donne que rarement) : « Joseph avait belle allure et il était agréable à regarder » (Gn 39,6).
Mais voilà que l’épouse de son maître lui fait des avances qu’il refuse. (les raisons en sont un peu plus claires si effectivement Putiphar est eunuque). Joseph résiste.
Pour se venger, elle l’accuse de la faute qu’il n’a pas commise et il se retrouve en prison.
Il est probable que Putiphar, comme chef de la police du royaume, avait la surintendance de la prison d’État et c’est là qu’il fit enfermer Joseph. Cette citadelle était fort vaste et renfermait, outre les prisons, les demeures des soldats et plusieurs temples.
- Joseph en prison
Après l’élévation que Joseph avait obtenue graduellement, cette rechute subite dans l’état le plus misérable, devait être particulièrement difficile, d’autant plus pénible qu’elle était injuste.
Même en prison, Joseph garde une attitude honnête et droite, confiant en son Dieu. « Mais le Seigneur était avec lui, il lui accorda sa faveur et lui fit trouver grâce aux yeux du chef de la prison. Le chef de la prison remit entre les mains de Joseph tous les prisonniers : tout ce qui se faisait, c’est Joseph qui le faisait faire. Le chef de la prison ne s’occupait en rien de ce qui était confié à Joseph car le Seigneur était avec lui, et ce qu’il entreprenait, le Seigneur le faisait réussir » (Gn 39,21-23).
Nous retrouvons les mêmes mots que dans la maison de Putiphar. A nouveau Joseph obtient la confiance de ses supérieurs et se voit confier des responsabilités qui l’élèvent. Putiphar a-t-il eu des doutes sur son épouse ?
Le chef des gardes confia aussi à Joseph l’échanson et le panetier du roi d’Égypte (pharaon), qui étaient enfermés dans la prison. Et une nuit, tous deux eurent un songe. Les Égyptiens attachaient une grande importance aux songes, qu’ils envisageaient comme des révélations du dieu Thoth. Les prêtres avaient normalement seuls le droit d’en donner l’interprétation et c’était une de leurs fonctions les plus importantes. Ne pouvant avoir un prêtre pour interpréter leur songe dans la prison, Joseph est amené à le faire :
- L’échanson : « J’ai rêvé qu’une vigne était devant moi. Elle portait trois sarments. Elle bourgeonnait, fleurissait, puis ses grappes donnaient des raisins mûrs. J’avais entre les mains la coupe de Pharaon. Je saisissais les grappes, je les pressais au-dessus de la coupe de Pharaon et je lui remettais la coupe entre les mains. »
Joseph lui dit : « Voici l’interprétation : les trois sarments représentent trois jours. Encore trois jours et Pharaon t’élèvera la tête, il te rétablira dans ta charge, et tu placeras la coupe entre ses mains, comme tu avais coutume de le faire précédemment quand tu étais son échanson.
C’est un message de grâce que Joseph lui présente : il obtiendra trois jours plus tard le pardon pour ses fautes passées.
- Le chef des panetiers est impressionné par l’interprétation favorable du songe de son collègue. « Moi, j’ai rêvé que je portais sur la tête trois corbeilles de gâteaux. Et dans la corbeille d’au-dessus, il y avait tous les aliments que le panetier fabrique pour la nourriture de Pharaon, et les oiseaux picoraient dans la corbeille au-dessus de ma tête. »
Joseph répondit : « Voici l’interprétation : les trois corbeilles représentent trois jours. Encore trois jours et Pharaon t’élèvera la tête, il te pendra à un arbre, et les oiseaux picoreront ta chair. »
Ces songes se réalisent, selon ce que Joseph avait dit.
Joseph demande à celui qui sera libéré de l’aider à sortir de prison quand il retournera au palais, mais celui-ci l’oublie et Joseph demeura en prison encore deux ans.
f) Joseph vice-roi
Deux ans plus tard, c’est au tour de Pharaon d’avoir deux drôles de songes que personne dans le royaumene pouvait expliquer.
« Voici, il se tenait près du fleuve. Et voici, sept vaches belles à voir et grasses de chair montèrent hors du fleuve, et se mirent à paître dans la prairie. Sept autres vaches laides à voir et maigres de chair montèrent derrière elles hors du fleuve, et se tinrent à leurs côtés sur le bord du fleuve. Les vaches laides à voir et maigres de chair mangèrent les sept vaches belles à voir et grasses de chair. Et Pharaon s’éveilla. Il se rendormit, et il eut un second songe. Voici, sept épis gras et beaux montèrent sur une même tige. Et sept épis maigres et brûlés par le vent d’orient poussèrent après eux. Les épis maigres engloutirent les sept épis gras et pleins. Et Pharaon s’éveilla. Voilà le songe. Le matin, Pharaon eut l’esprit agité, et il fit appeler tous les magiciens et tous les sages de l’Egypte. Il leur raconta ses songes. Mais personne ne put les expliquer à Pharaon » (Ge 41,8).
C’est alors que le chef des échansons qui avait côtoyé Joseph en prison parla de lui et on le fit appeler. il prédit à l’Égypte sept années de fertilité, suivie de sept autres années de famine.
l’interprétation de Joseph était en même temps une réfutation de Pharaon et de sa vision du monde et une indéniable confirmation du Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob. En Egypte Pharaon était considéré comme un être divin qui pouvait influencer d’autres divinités à travers l’utilisation de la magie, afin d’assurer le cycle de la vie tel que les Egyptiens le connaissait. Les rives du Nil et ses cultures étaient les expressions du pouvoir impérial de fertilité, et cela permettait à Pharaon de générer et de garantir la vie.
L’échec du Nil et de son système de production de la vie signifiait que l’empire ne possèdait pas en lui-même le pouvoir de la vie. Joseph présente à Pharaon une vision alternative – Dieu seul est divin et souverain. C’est pourquoi le monopole de Joseph dans l’interprétation des rêves, était subversif pour l’empire ; en effet, même les hommes les plus brillants de Pharaon ne pouvaient faire la même chose. Ces rêves affirmaient que seul Dieu connaît et décide du futur.
Émerveillé par l’interprétation de son rêve et son savoir, Pharaon fait de Joseph son grand vizir, intendant de ses biens, puis vice-roi. Et c’est une nouvelle ascension pour Joseph, qui le place au nombre des personnages officiels les plus proches du souverain
On sait que Joseph est devenu vice-roi d’Égypte en l’an 2229 du calendrier biblique, c’est-à-dire en l’an -1531
Il est dorénavant puissant. Il gère les récoltes afin de faire des stocks dans la perspective de la famine à venir. Si bien que lorsque les années de « vaches maigres » surviennent, l’Égypte est non seulement à l’abri de la famine mais peut même revendre à prix d’or son surplus aux nations voisines. (41, 39-44).
Le pharaon lui donne en mariage Asnath, jeune fille d’une famille sacerdotale. Avant le début de la famine, elle eut deux fils : Manassé et Éphraïm (41, 50-52).
- La famille de Jacob en Égypte (chapitres 46 à 50)
- Historicité de l’histoire de Joseph en Egypte
Les historiens se sont penchés sur cette période de l’histoire égyptienne, car si le Joseph de la bible a vraiment été premier ministre, (Il occupera cette fonction quatre-vingts ans), il devait être fait mention de lui dans des documents historiques ou archéologiques.
Or, le fait que ce nom ne soit mentionné nulle part a longtemps laissé penser, que ce personnage biblique n’avait, en réalité, jamais existé si ce n’est dans les récits hébreux.
- Les Hyksos étaient des Cananéens qui s’installèrent en Egypte à partir de l’an 1800 avant J-C et dominèrent l’Egypte pendant environ 150 ans, jusqu’à leur expulsion vers l’an 1550. Cela rend d’autant plus réaliste qu’un pharaon Hyksos ait pu choisir le patriarche Joseph, sémite lui aussi, comme vice-roi.
L’absence d’archives égyptiennes mentionnant un vice-roi nommé Joseph peut s’expliquer par le manque d’informations disponibles sur cette période, censurée par les successeurs et ennemis des Hyksos.
- La somme versée pour son achat correspond au prix moyen des esclaves dans la seconde moitié du second millénaire av. J-C, ce qui permet de situer l’époque approximative de son existence, entre moins 1700 et 1550 avant Jésus-Christ, une époque troublée de l’histoire égyptienne.
- Un indice matériel figure dans l’un des derniers versets de la Genèse, où il est précisé que le roi d’Egypte permit à Joseph d’aller enterrer son père Jacob en Canaan « avec des chars et des cavaliers » (Gn 50, 9). Or l’introduction du char en Egypte remonte précisément au temps des Hyksos : cet élément fait de la seconde période intermédiaire une limite antérieure pour l’entrée en Egypte de la famille de Jacob.
- Joseph retrouve ses frères
Vingt ans ont passé :
- treize pendant lesquels Joseph était chez Putiphar puis la prison
- sept pendant lesquels il supervise l’approvisionnement pour Pharaon.
Le but du Seigneur est de préserver le clan de Jacob et pour cela il va se servir de la position de Joseph.
La famine touche tout le Proche-Orient. De tous les pays on arrive en Egypte, pour acheter du grain. Jacob qui est toujours vivant et chef de sa famille, apprend que l’on vend du blé en Égypte, il y envoie donc ses fils, sauf Benjamin, de peur qu’il ne lui arrive malheur.
Les fils arrivent en Égypte au milieu des autres personnes qui s’y rendent. Genèse 42 rapporte la rencontre entre Joseph et ses frères. Quand il les aperçoit, Joseph les reconnaît immédiatement, mais eux ne le reconnaissent pas (il est parti à 17 ans, il en a maintenant 37 ou 38, il est vêtu comme un dirigeant égyptien). Ils se prosternent devant lui avec soumission et respect. Pour Joseph, le rêve qu’il avait eu vingt ans plus tôt vient de s’accomplir et prend tout son sens.
Il se comporte vis-à-vis d’eux comme un inconnu, se montre volontairement dur et distant, –
- affectant de les considérer comme des espions, même s’ils s’en défendent.
- cherchant à cacher son émotion, car c’est un moment éprouvant pour le cœur sensible de Joseph.
- voulant les éprouver afin qu’ils se dévoilent un peu, pour voir si le mal qui les a poussés à le vendre domine encore en eux
- espérant que les angoisses qu’il leur fait endurer, les fassent réfléchir à ce qu’ils lui ont fait subir à lui. Ils savent bien quel est le sort généralement réservé aux espions !
- désirant des nouvelles de son père et de son jeune frère Benjamin, il veut les interroger, Joseph apprend alors que son père et son frère sont vivants et que la famille est intacte. Les frères parlent pudiquement de ce frère « disparu ». Ils disent : « Il n’est plus » (Gn. 42,13).
Joseph les emprisonne ensemble, durant trois jours. Finalement, le troisième jour, il vient leur dire : « Faites ce que je vais vous dire, et vous resterez en vie, car je crains Dieu. Si vous êtes de bonne foi, que l’un d’entre vous reste prisonnier au poste de garde. Vous autres, partez en emportant ce qu’il faut de blé pour éviter la famine à votre clan. Puis vous m’amènerez votre plus jeune frère : ainsi vos paroles seront vérifiées, et vous ne serez pas mis à mort. » (Gn 42, 18-20).
La stratégie de Joseph porte du fruit car ils se souviennent alors de Joseph et se disent l’un à l’autre : « Certainement, nous sommes coupables à l’égard de notre frère ; car nous avons vu la détresse de son âme, quand il nous demandait grâce, et nous ne l’avons pas écouté ; c’est pourquoi cette détresse est venue sur nous » (Gn 42,21).
Les reproches de l’aîné, Ruben, qui croit que Joseph est mort, vont accentuer l’exercice : « Ne vous ai-je pas parlé, disant : « Je vous l’avais bien dit : “Ne commettez pas ce crime contre notre jeune frère !” Mais vous ne m’avez pas écouté, et maintenant il faut répondre de son sang. » Comme il y avait un interprète, ils ne se rendaient pas compte que Joseph les comprenait.
Joseph est touché de voir ce travail de Dieu dans le cœur de ses frères. Alors il se retire pour pleurer. Ensuite il revient près d’eux et leur parle. Mais s’il se réjouit secrètement de ce qu’un travail de repentance ait commencé, il n’en laisse rien paraître. Parmi eux, il choisit Siméon et le fait enchaîner sous leurs yeux. Il sera gardé prisonnier en Égypte. Puis il charge ses frères d’une abondance de blé et leur fait remettre des provisions pour le chemin. Il fait aussi secrètement placer l’argent, présenté en paiement, à l’entrée de leurs sacs. Puis il les laisse repartir en exigeant qu’ils reviennent avec leur plus jeune frère
- Retour en Canaan
Ils s’en vont donc, mais à l’étape du soir, ils découvrent l’argent dans leur sac, ce qui les saisit de peur, et ils déclarent : « Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? » (Gn 42,28).
De retour chez eux, ils racontent à leur père tout ce qui s’est passé. Jacob pleure une nouvelle fois la mort de Joseph et la perte de Siméon. Mais il refuse de laisser partir Benjamin.
Mais la famine persistant, Juda intervient et rappelle l’inutilité de se rendre en Égypte sans se soumettre à la condition posée par le gouverneur du pays. Il engage sa propre vie, et Jacob finit par céder (Genèse 43,1-10).
- Deuxième séjour en Egypte
En voyant ses frères revenir avec Benjamin, Joseph demande à ses serviteurs d’abattre un animal et de préparer un repas pour que ses frères puissent manger avec lui (Genèse 43.15-17). Ils sont surpris de voir qu’ils sont classés en fonction de leur âge, et Benjamin a reçu cinq fois plus de nourriture que les autres frères (Gn 43,31-34).
Quand Jacob avait appris la mort de Joseph, Benjamin était devenu son favori et fait l’objet de sa faveur particulière. Joseph tente donc d’évaluer ce qu’il en est de la jalousie de ses frères et de quoi ils sont capables? Le lendemain, il simule un vol et fait porter le chapeau à Benjamin. L’attitude des frères envers Benjamin est assez révélatrice de leur changement. Plutôt que de le jalouser, ils vont vouloir le protéger, Juda en tête, qui prend sa défense dans un vibrant plaidoyer. Deux traits en ressortent :
- il est responsable. Il s’était porté garant de son frère et il compte bien tenir parole.
- Il ne veut pas lui causer un chagrin supplémentaire à son père, estimant que cela lui serait sûrement fatal et il est prêt à se sacrifier.
Un Juda responsable, qui se sacrifie pour le chouchou de son père, se fait du souci pour les autres et fait craquer Joseph qui pleure comme une madeleine. On se demande si on est en face du même homme qu’aux chapitres 37-38.
Voyant que le cœur de ses frères a changé, Joseph fait sortir tous ses serviteurs et se met à pleurer ouvertement. Alors, il se fait connaître à ses frères. Il les rassure en leur disant de ne pas avoir de crainte à cause ce qu’ils avaient fait, car Dieu l’a envoyé en Égypte afin de les préserver. Plus tard, après la mort de leur père, il leur réaffirmera son pardon, en disant que, même si ses frères avaient eu l’intention de lui faire du mal, Dieu l’avait changé en bien. Après s’être fait connaître à eux, Joseph renvoie ses frères auprès de Jacob, pour faire venir le reste de la famille à Goshen, afin de se rapprocher de lui et qu’il puisse pourvoir à leurs besoins (Genèse 45.9-47.12).
Jacob est venu vivre en Égypte avec sa famille. Avant de mourir, il a béni les deux fils de Joseph et rendu grâce à Dieu pour sa bonté : « Je ne pensais pas revoir ton visage et voici que Dieu me fait même voir ta descendance ! » (Genèse 48.11) Jacob a donné la bénédiction de l’aîné au plus jeune des deux fils de Joseph (versets 12-20). Par la suite, dans l’histoire d’Israël, les tribus d’Éphraïm et de Manassé, les deux fils de Joseph, étaient souvent considérées comme deux tribus distinctes. La descendance de Jacob a vécu 400 ans en Égypte, jusqu’à l’époque de Moïse. Quand Moïse a fait sortir Israël du pays d’Égypte, il a pris les ossements de Joseph avec lui, ainsi qu’il l’avait demandé (Genèse 50.24-25, voir aussi Exode 13.19).
Joseph mourut en Egypte à l’âge de 110 ans. Cette notation est très significative : elle se réfère à un fait spécifiquement égyptien, celui de l’âge idéal. Son corps fut embaumé et déposé dans un sarcophage selon la coutume égyptienne (Genèse 42 à 50). Plus tard, selon les consignes de Joseph, les Israélites ramenèrent ses ossements en Canaan et l’ensevelirent près de Sichem, aujourd’hui Naplouse (Exode 13,19 ; Josué 24,32). pharaon donna à Joseph la permission d’aller en Canaan pour l’enterrer.