Le livre de Judith

Le livre de Judith

Le livre de Judith

Ou comment une femme fragile réussit à sauver Israël

Introduction
Le pape François, récemment, invitait à lire le Livre de Judith, « une femme courageuse » en disant : « Je voudrais que toutes nos mamies nous laissent l’héritage de la sagesse, pas de l’argent ».

Seulement trois livres bibliques portent le nom d’une femme : les livres de Ruth, Judith et Esther. Ruth découvert l’an dernier, Esther que nous n’aurons sans doute pas le temps de découvrir et celui de Judith qui est à l’ordre du jour.

Judith, nom qui est le féminin de Juda ; avait été autrefois porté par l’une des femmes d’Esaü. Il signifie : « la Juive ». C’est le courage de Judith qui a inspiré le nom de la dame de cœur dans les jeux de cartes.

Le texte, tel que nous pouvons le lire aujourd’hui, est probablement la traduction en grec d’un original araméen ou hébreu, aujourd’hui perdu. En effet, en plus du témoignage de saint Jérôme qui affirme avoir travaillé, à contre cœur d’ailleurs, sur un original araméen, on relève de nombreuses tournures hébraïques.

C’est à nouveau un livre deutérocanonique, il n’est donc pas reconnu comme canonique dans les Églises issues de la Réforme.

On ne sait pas pourquoi il a été rejeté : hypothèses :

  • Trop bienveillant par rapport à Samarie
  • Conversion d’un ammonite, originaire d’un peuple ennemi
  • Mort d’Holopherne, mauvaise image de la femme
  1. Un livre faussement historique :

Le livre commence ainsi : « C’ETAIT L’AN DOUZE du règne de Nabuchodonosor, roi des Assyriens à Ninive la grande ville. » Cherchez l’erreur !

• Nabuchodonosor a été roi des Babyloniens, et non des Assyriens

• Ninive a été détruite avant son arrivée au pouvoir.

  • Béthulie, la ville de Judith, n’existe pas. Son nom : « la maison de Dieu », est un symbole. L’auteur la place aux confins de la Samarie, face à la plaine d’Esdrelon, la fameuse vallée de l’Harmagheddon où l’apocalypse situe le grand combat de la fin des temps ; c’est le lieu du dernier combat.

Nous pourrions dire que ce récit est une parabole.

(Nabuchodonosor, roi des Babyloniens, capitale Babylone… Il a abattu l’Empire assyrien entre 612 et 609. Envahit la Judée en -597, date de la première déportation à Babylone.)

-597, -587Exil à Babylone par Nabuchodonosor
-538Retour d’exil à Babylone
-538 à -333Période perse (- 417 : second Temple terminé)
-333 à -134Période hellénistique (grecque, Alexandre le Grand)
-134 à -63Période offrant plus d’indépendance
-63 à 324La période romaine

L’hypothèse la plus probable est que ce texte a été écrit à la période grecque et le roi Nabuchodonosor, n’est autre que la transposition littéraire d’Antiochos IV Épiphane. Le cadre historique de l’aventure est donc totalement fictif. L’auteur a commis intentionnellement ces erreurs car il désirait que l’on s’intéresse, non à l’historicité, mais à la morale de son récit : encourager les Juifs dans une période où ils sont menacés par un danger venu du monde païen, au temps troublé des Maccabées. Au chapitre 4, le livre de Judith évoque d’ailleurs le principal haut fait de Judas Maccabée : la purification du Temple de Jérusalem et de son autel, en 165 ou 164 av. J.-C, après leur profanation puisque le roi Antiochos avait consacré le sanctuaire des Juifs à Zeus. « Depuis peu tout le peuple de Judée avait été rassemblé et les ustensiles, l’autel et la maison de Dieu avaient été consacrés après leur profanation (Judith 4, 3) ».

Evènement qui correspond à l’instauration de la fête de Hanoucca toujours célébrée chaque année par les Juifs.

Ce cadre purement fictif a l’avantage d’encourager l’existence nationale qui est en danger, mais aussi le culte du vrai Dieu, sans risquer la persécution.

  • Les personnages au fur et à mesure où le texte les présente

a)     Nabuchodonosor et Holopherne,

Le livre s’ouvre sur la guerre : en effet les chapitres 1 à 7 qui constituent la première partie du livre sont même parfois violents. Nabuchodonosor, un vrai tyran sanguinaire, a décidé de se venger de tous les peuples qui ont refusé de le soutenir dans une guerre qu’il avait décidé de mener contre l’un de ses ennemis.

On nous parle d’extermination, de blessés qui rempliront les ravins ; des fleuves qui déborderont de cadavres, de sanctuaires anéantis. Pour le lecteur du récit, supposé bien connaître les traditions bibliques, il représente d’une certaine façon, tous les ennemis d’Israël. Or être ennemi d’Israël, c’est être ennemi de Dieu.

Nabuchodonosor a donc décidé de se venger de « toute la terre », lui-même se considérant comme « le Seigneur de toute la terre » (2,5), autrement dit, l’égal de Dieu.

Et en plus, il a un général terrible, Holopherne, un véritable Attila, tuant, brûlant et forçant les populations à adorer Nabuchodonosor comme un dieu. Tous les pays tombent sous ses coups, les uns après les autres, et le voilà qui arrive en Judée.

« Les fils d’Israël, habitants de la Judée, apprirent tout ce qu’Holopherne, le général en chef de Nabuchodonosor, roi des Assyriens, avait fait aux nations, et la manière dont il avait dépouillé tous leurs sanctuaires et les avait livrés à l’anéantissement. Ils furent saisis d’une grande, très grande crainte devant lui, et ils furent bouleversés pour Jérusalem et pour le Temple du Seigneur leur Dieu. » (Jdt 4,1-2)

Le rédacteur, force un peu le caractère tyrannique de ce général, ça ne fera que mettre en valeur l’action de Judith, plus tard dans le livre.

Les Judéens se préparent à résister. Ils s’organisent et crient vers Dieu « ils crièrent d’un seul cœur vers le Dieu d’Israël » (Jdt 4,12.1) Et le Seigneur entendit leur voix, (v 13).

« Leurs bonnets étaient couverts de cendre ils criaient vers le Seigneur, de toutes leurs force, le suppliant de visiter avec bonté toute la maison d’Israël. » (4,15). Cette répétition nous suggère qu’ils criaient avec insistance.

En apprenant qu’Israël cherchait à lui résister, Holopherne entra dans une violente colère et convoqua un conseil de guerre, avec tous les chefs des pays limitrophes de la Judée, présumant que les Ammonites et les Moabites qui étaient voisins des Hébreux, sauraient le renseigner.

  • Achior

C’est alors qu’apparaît un personnage intéressant : Achior. Il est le chef de guerre des Ammonites, ennemi de longue date des Hébreux. C’est donc un païen. Dans un long discours (ch.5), il va expliquer à Holopherne tout ce que Dieu a fait pour son peuple Israël au cours de l’histoire : 5, 6-21

  • Dieu leur dit d’aller au pays de Canaan. Ils s’y installèrent et furent comblés d’or, d’argent et de troupeaux en surabondance.
  • L’Egypte où ils devinrent une grande multitude, que nul ne pouvait dénombrer.
  • la sortie d’Égypte et le passage de la mer Rouge
  • L’installation en Terre Promise
  • L’Exil pour avoir été infidèle
  • « Or, maintenant qu’ils sont revenus vers leur Dieu, ils sont remontés de la terre où ils avaient été dispersés, ils ont repris possession de Jérusalem où se trouve leur sanctuaire, ils se sont installés dans la région montagneuse, car elle était déserte. Maintenant donc, maître et seigneur, s’il y a dans ce peuple quelque égarement, s’ils pèchent contre leur Dieu, nous examinerons avec soin s’il y a bien chez eux cette occasion de chute, puis nous monterons et nous les combattrons. Mais si cette nation n’a pas transgressé sa Loi, que mon seigneur les évite, de peur que leur Seigneur et leur Dieu ne les couvre de son bouclier. Nous serions alors accablés d’outrages devant toute la terre. » (5, 19-21)

Un fondement théologique très juste : si Israël commet des fautes, son Dieu le livre aux armées païennes, mais s’il est irréprochable, aucune armée ne pourra le vaincre, car le Seigneur le protégera.

Ce discours irrite Holopherne selon lui, Nabuchodonosor est un dieu bien plus puissant que le Dieu d’Israël (Judith 6, 2). « Qui donc est Dieu, sinon Nabuchodonosor ? C’est lui qui enverra sa force et les exterminera de la face de la terre, et leur Dieu ne les délivrera pas ! » (6,2)

Et il se débarrasse d’Achior en le livrant aux Juifs de Béthulie. Ces derniers lui font bon accueil. Achior finira même par se convertir et demander la circoncision (14,10).

Holopherne donna l’ordre à toute son armée de se mettre en marche vers Béthulie. Le rédacteur dresse un tableau terrible de l’envahisseur, un nombre incroyable de guerriers : « Ce jour même, tous les guerriers se mirent en marche : une armée sur pied de guerre, composée de cent soixante-dix mille fantassins et douze mille cavaliers, sans compter l’équipement et la foule considérable des hommes qui les accompagnaient à pied. » (7,2)

Ils bloquent les sources qui alimentent la ville. Dès lors, ce qui importe à Holopherne c’est d’être informé de leur péché quand il se produira, car alors, Dieu cessera de les soutenir et les habitants de Béthulie tomberont entre ses mains. Il se dit en effet que confrontés à la faim, les Israélites vont bien violer les interdits alimentaires.

Si les Israélites sont bien près de pécher, ce n’est pas dû à la faim, mais à la soif, et pire encore, ils s’apprêtent à commettre une faute plus grave que de manger des choses interdites : les Israélites sont bien près de se rendre, car après 34 jours de siège, le désespoir règne dans la ville, les gens manquent d’eau. Ils sont à bout de force et de munitions. Les habitants envisagent de se rendre dans un délai de 5 jours si aucun secours ne leur parvient.

  • Judith                                                                                                                                                                     

Et voici Judith. C’est une femme qui est ici le personnage principal et l’artisan du salut pour tout le peuple. Elle est la seule à ne pas perdre la tête dans la détresse générale. « En ces jours-là, Judith apprit ce qui s’était passé ». (8,1)

 « Judith était fille de Merari, (…) Elle avait pour mari Manassé, de la même tribu qu’elle et du même clan ; il mourut à l’époque de la moisson de l’orge. Judith vécut chez elle dans le veuvage trois ans et quatre mois. Elle s’était fait une tente sur sa terrasse. Elle avait mis sur ses reins une toile à sac et elle portait des vêtements de veuve par-dessus. Elle jeûnait tous les jours de son veuvage, excepté la veille et le jour du sabbat, la veille et le jour de la nouvelle lune, et les jours de fête et de réjouissance de la maison d’Israël. Elle était belle et très séduisante. Manassé, son mari, lui avait laissé de l’or et de l’argent, des esclaves, garçons et filles, des troupeaux et des champs, dont elle gardait la disposition. Elle ne donnait prise à aucune critique, car elle craignait Dieu profondément. » (Jdt 8,1-8)

Dès les premiers versets, elle casse tous les clichés :

  • elle est veuve :  elle échappe à toute tutelle masculine dans un cadre matrimonial. C’est une femme libre. Judith possède aussi une expérience qui va lui permettre de mener à bien sa mission. Elle n’a pas eu d’enfant mais ne s’est pas remariée
  •  elle est belle et riche, gouvernant sa maison de manière indépendante
  • elle craint Dieu  et vit retirée du monde, mais elle se tient au courant de la situation.

3- Judith passe à l’action

  1. Elle intervient auprès des anciens

Alors que la cité est désemparée, prête à se rendre, elle est la seule à ne pas perdre la tête dans la détresse générale. Elle reste ferme et courageuse ; s’oppose farouchement à la reddition et comprend que cette épreuve est une raison de plus pour s’appuyer sur Dieu et que la vraie foi est celle qui mène à des décisions courageuses. Alors elle décide d’inviter les anciens de la ville. Ils viennent et l’écoutent. Par sa sagesse et sa piété, elle raffermit les chefs de Béthulie.

Mais en fait, leur espérance est bien pauvre. Ils ne font qu’espérer la pluie. Judith, elle, leur annonce plus que cela. Sans leur aide elle conçoit un plan audacieux, sans rien dire de la façon dont elle envisage les choses. : « Je vais accomplir une action dont le souvenir parviendra aux fils de notre race, de génération en génération. Avant la date où vous avez dit que vous livreriez la ville à nos ennemis, le Seigneur visitera Israël par ma main. » (8,33).

  • La prière de Judith (Chapitre 9)

D’abord, elle commence par prier. « Judith se jeta face contre terre, répandit de la cendre sur sa tête et ne garda que le sac dont elle était revêtue. ». Elle se tourne vers Dieu et en appelle à sa justice et à sa toute-puissance. 

1 : « Judith se jeta face contre terre, répandit de la cendre sur sa tête et ne garda que le sac dont elle était revêtue. »C’est une attitude d’humilité, de deuil et de pénitence, notamment ce  » sac  », vêtement de pénitence, en poil de chèvre ou de chameau
2 : « Seigneur, Dieu de mon père Siméon, tu as mis dans sa main l’épée pour punir des étrangers qui avaient souillé une vierge en dénouant sa ceinture, qui l’avaient déshonorée en mettant sa cuisse à nu, qui l’avaient outragée en profanant son sein. Toi, tu avais dit : « C’est inadmissible », et pourtant, ils le firent.Elle n’en appelle pas au Seigneur, Dieu des armées. Elle invoque le Dieu de Siméon. Dans la Genèse, on raconte l’histoire de Dina, la sœur de Siméon qui avait été violée par le fils du roi. Acte si inadmissible, qu’il justifiait les représailles terribles qui eurent lieu contre le peuple de cet homme.  
3 :  » Aux uns les chars, aux autres les chevaux / à nous d’invoquer le nom du Seigneur notre Dieu / Eux, ils plient, ils s’effondrent /nous debout, nous résistons  » (Ps 20 [19], 8-9).Judith ne peut répondre par le même arsenal : Devant l’ampleur des profanations Dieu ne peut que rendre justice
4 : Car ce n’est pas dans le nombre que réside ta force, ni ton pouvoir en des hommes vigoureux. Mais tu es le Dieu des humbles, secours des opprimés, protecteur des faibles, refuge des délaissés, sauveur des désespérés. Oui, toi, Dieu de mon père, Dieu de l’héritage d’Israël, maître du ciel et de la terre, créateur des eaux, roi de tout ce que tu as créé, oui, exauce ma supplication ! Donne-moi un langage trompeur pour blesser et meurtrir ceux qui ont tramé de cruels projets contre ton alliance, ta Demeure consacrée, le mont Sion et le domaine de tes fils. À ta nation entière, à toutes les tribus, donne de reconnaître et de comprendre que tu es, toi, le Dieu de toute puissance et force : en dehors de toi, il n’en est pas d’autre pour couvrir de son bouclier la race d’Israël.Prière adressée à un Dieu tout puissant, qui écoute les délaissés et qui va
montrer sa puissance grâce à Judith. qui évoque le Magnificat La titulature développée dans les v. 11-12 est un véritable credo qui énumère dix des attributs du Seigneur qu’elle invoque. Dieu des humbles et roi de toute la création, il est  » Dieu de mon père, Dieu de l’héritage d’Israël  ». Les v. 13-14 appliquent cette titulature à la situation présente :  » Exauce ma prière, fais que ma parole et ma tromperie blesse […] et que l’on reconnaisse que nul autre que toi ne veille sur la race d’Israël  ».
  • Judith se rend dans le camp d’Holopherne (Ch 10)

Nous avions vu Judith se jetant face contre terre, avec de la cendre sur la tête et revêtue d’un sac. Maintenant, nous la voyons transformée en une femme séduisante, parée de tous ses bijoux.

Elle quitte la ville avec sa servante et un sac de provisions et se rend au camp ennemi qui garde la source qui alimente Béthulie. Pour se faire accepter elle se présente comme une déserteuse prête à tout pour sauver sa vie. Et ça fonctionne.

Pendant son séjour, Judith ruse pour ne pas manger de la nourriture impure, rester fidèle aux commandements, tout en cherchant à séduire Holopherne. Les commentateurs se sont posés la question de savoir si la ruse de Judith n’était pas un manque de vertu. Nous pouvons au moins dire que ses intentions sont droites, sauver Béthulie et ses habitants.

Au terme de trois jours, les événements se précipitent. Holopherne n’en peut plus de savoir Judith dans le voisinage. Il la désire de plus en plus et l’invite à sa table

  • La décapitation

Judith se rend avec sa servante et du vin dans la tente d’Holopherne. Elle le séduit, l’enivre… et ça marche. Enivré par sa présence, il se sert du vin en abondance. « Holopherne était sous son charme ; il but du vin en très grande quantité, comme il n’en avait jamais bu en un jour depuis sa naissance. » (12,20)

Quand finalement tout le monde se retire pour le laisser seul avec Judith, il s’effondre sur le lit, ivre mort. Sur ce lit, Holopherne avait programmé un viol. Judith, elle y a programmé un assassinat.

Au moment de passer à l’acte, Judith se tourne vers Dieu : « Fortifie-moi en ce jour, Seigneur Dieu d’Israël. » Elle frappa deux fois sur son cou de toute sa vigueur et lui ôta la tête. » (13,7-8)


De nuit, « elle sortit, remit la tête d’Holopherne à sa suivante, qui la mit dans le sac à provisions. Elles sortirent toutes les deux ensemble, comme à l’accoutumée, pour aller à la prière » (9b-10a), et ni vu ni connu, elles quittèrent le camp et regagnèrent Béthulie avec la tête d’Holopherne dans leur panier à provisions.

« De loin, Judith cria aux gardiens des portes : « Ouvrez, ouvrez donc la porte ! Il est avec nous, Dieu, notre Dieu, pour déployer encore sa vigueur en Israël et sa force contre ses ennemis, comme il l’a fait aujourd’hui aussi. » (13,11)

« Tous les gens accoururent, du plus petit jusqu’au plus grand, car le retour de Judith leur paraissait incroyable ; ils ouvrirent la porte et accueillirent les deux femmes ; ils allumèrent un feu pour faire de la lumière et firent cercle autour d’elles. Judith leur dit d’une voix forte : « Louez Dieu, louez-le, louez Dieu car il n’a pas écarté sa miséricorde de la maison d’Israël mais cette nuit, par ma main, il a écrasé nos ennemis. « Puis elle retira la tête de sa besace, la leur montra et dit : « Voici la tête d’Holopherne, général en chef de l’armée d’Assour, et voici le voile sous lequel il gisait dans son ivresse ! Le Seigneur l’a frappé par la main d’une femme. Oui, vive le Seigneur, qui m’a gardée dans le chemin où j’ai marché, car mon visage n’a séduit cet homme que pour sa perte : il n’a pas commis avec moi le péché qui m’aurait souillée et déshonorée. » (13,11-16)

Ce récit haut en couleur rappelle l’exploit du jeune David face à Goliath. Ce n’est pas par la force que la victoire est emportée, mais bien par la foi dans le Dieu d’Israël.

« À elle seule, une femme de chez les Hébreux a couvert de honte la maison du roi Nabuchodonosor » (14,18)

4. La tactique militaire de Judith (14, 1-4).
Maintenant, Judith propose une stratégie en cinq étapes.

– Étape n° 1 : suspendre la tête d’Holopherne au créneau du rempart.  (1 S 17, 54 : Goliath par David)
Étape n° 2 : prendre chacun ses armes et sortir de la ville.

Étape n° 3 : se donner un chef et feindre de descendre.

Étape n° 4 : les Assyriens iront réveiller Holopherne et trouveront le cadavre décapité.

Étape n° 5 : ils fuiront, vous les poursuivrez et vous les abattrez.


5. La conversion d’Akhior (14, 5-10).
En conclusion de son discours, Judith demande à rencontrer Akhior. La rencontre semble avoir avant tout une visée pratique : seul à connaître Holopherne vivant (voir Jdt 5, 5 – 6, 13), Akhior est le seul à pouvoir reconnaître sa tête.

« Mais auparavant, appelez-moi Akhior, l’Ammonite, afin qu’il voie et reconnaisse celui qui a méprisé la maison d’Israël, celui par qui il avait été envoyé vers nous comme un homme voué à la mort. On invita donc Akhior à sortir de chez Ozias. Sitôt arrivé, lorsqu’il vit la tête d’Holopherne dans la main d’un homme parmi l’assemblée du peuple, il tomba face contre terre, le souffle coupé. » (14, 5-6) Au point qu’ « En voyant tout ce que le Dieu d’Israël avait accompli, Akhior crut en Dieu, sans réserve. Il se fit circoncire, et fut admis définitivement dans la maison d’Israël. » (14,10).


C’est ici pour l’auteur l’occasion d’exprimer son point de vue concernant la conversion – et la circoncision – d’un Ammonite, malgré les dispositions du Code deutéronomique qui excluent de l’assemblée d’Israël Ammonites et Moabites (Dt 23, 4). (Rappelez-vous l’histoire de Jonas Pour Jonas, le fait d’aller vers les païens, est un déshonneur. Il ne veut pas que Dieu puisse pardonner à des humains que lui, considère comme les pires pécheurs.)

Un païen peut  » croire fermement en Dieu, se faire circoncire et s’agréger à la Maison d’Israël. C’est nouveau en Israël cette vision universaliste  » presque évangélique  ». Au v. 11, dès que le jour se lève, les habitants de Béthulie mettent en œuvre les directives de Judith.

.Celle-ci refusa toujours de se remarier. Elle atteignit un âge très avancé de 105 ans et vieillit dans la maison de son mari.

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