3e dimanche TO A –
Parmi les paroles mémorables de certains moines que l’on appelle les apophtegmes des pères du désert : il y a celle où un jeune moine vient demander à un autre plus âgé : « qu’est-ce qui est le plus difficile dans la vie de quelqu’un qui a choisi de tout quitter pour suivre Jésus ? » :
– Est-ce la pauvreté ? Le vieux moine répond : « On n’était pas plus riches quand nous étions plus jeunes, avant d’entrer dans la vie religieuse… »
– Est-ce la chasteté ? Le vieux moine réfléchit et dit : « Non, car avec le temps généralement ces choses-là se calment »
– Alors est-ce l’obéissance ? Après un temps de silence, le vieux moine dit : « Ce n’est pas l’obéissance non plus, car au fur et à mesure, on y arrive »
Etonné de ces réponses, le jeune frère, repose sa question : « Mais alors, qu’est-ce qui est le plus difficile dans la vie de moine ? »
– L’ancien se met alors à pleurer : « le plus dur dans la vie d’un moine c’est de persévérer dans la Parole de Dieu ! »
Je ne sais pas si vous savez qu’aujourd’hui, nous célébrons le dimanche de la Parole de Dieu. Beaucoup de catholiques disent que : « la messe c’est ennuyeux parce que c’est toujours la même chose ». C’est à la fois vrai au niveau du rite, de l’ordonnancement des choses, mais c’est faux au niveau des lectures, puisqu’elles changent tous les dimanches et qu’elles ne reviennent que tous les trois ans. Pour comprendre l’importance de l’écoute, prenons l’exemple d’un repas :
– Je peux écouter l’autre parce je suis poli, je n’ai pas le choix, mais je ne pense qu’à une chose : « vivement que ça se termine, que je passe à autre chose ».
– Autre hypothèse, je prends plaisir à écouter ce que l’autre veut me partager. Cela me nourrit et me fait du bien ! Je m’enrichis de cet échange.
Si certains d’entre vous se reconnaissent dans ce que je viens d’énoncer, posons-nous la question : « n’en suis-je pas là en quelque sorte avec Dieu ? ».
Quelle est la phrase qui revient à la fin de chaque lecture ? – « Parole du Seigneur ». Quelle est la phrase que le prêtre ou le diacre proclame après l’évangile : « Acclamons la Parole de Dieu ! » et l’assemblée répond : « Louange à Toi, Seigneur Jésus ! ».
Vous vous souvenez peut-être de cette phrase de st Augustin : « quand tu pries, tu parles à Dieu ; quand tu lis la Bible, c’est Lui qui te parle ». Parfois, frères et sœurs, en sortant de la messe, nous ressemblons à ces couples qui discutent et dont l’un dit à l’autre : « Au fait, qu’est-ce que tu viens de me dire ? » surtout quand l’index a épluché l’écran du smartphone.
Si le Pape François nous invite à célébrer le dimanche de la Parole de Dieu, et non pas le dimanche de la Bible, c’est qu’il y a une différence entre les deux.
– La Bible est un ensemble de textes qui se trouvent probablement dans votre bibliothèque, avec peut-être un peu de poussière dessus…
– La Parole de Dieu, c’est ce que nous venons de lire, c’est cette lumière qui éclaire notre vie, qui est vivante ! Ce n’est pas un texte du passé, même s’il a été écrit il y a longtemps. C’est un texte qui nous rejoint, aujourd’hui.
La semaine dernière, lors de ma retraite à Lourdes, nous avons relu l’évangile de st Jean : c’était passionnant ! Il y a plein de choses que j’ai découvertes et mieux comprises. Souvent, on peut écouter un texte 15 ou 20 fois et un jour, l’Esprit Saint permet un déclic. Tenez, mardi dernier, nous avons fêté st Antoine du Désert. Voici ce qu’en dit son biographe :
« Moins de six mois après le décès de ses parents, Antoine se rendait comme d’habitude à l’église. Il réfléchissait sur le fait que dans les Actes des apôtres, les premiers chrétiens, pour suivre Jésus, vendaient leurs biens et donnaient l’argent pour les nécessiteux. Alors qu’il pense à l’espérance du ciel, il entre dans l’église au moment de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres ; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux ». L’extrait de la Bible était devenu Parole de Dieu pour Antoine qui fit ce qu’il venait d’entendre et qui se retira dans le désert. Il eut ce jour-là convergence de l’appel entre ce que l’Esprit Saint mit dans le cœur et les pensées d’Antoine et ce qu’il entendit à la messe. « L’Esprit et l’épouse disent : « viens » ! » (Ap 22, 17).
Pour terminer, quelques phrases conclusives à la lumière de ce que je viens de vous dire :
– Le christianisme n’est pas une religion du Livre, c’est la religion de la Parole : cette parole qui nous est adressée personnellement par Dieu en Jésus Christ. Ces mots sont écrits pour nous. Pour rencontrer le Christ, il faut nous laisser toucher par la Parole. « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ » (st Jérôme).
– Ce qui nous manque, à nous catholiques c’est une culture d’intimité avec la Bible. Chez nous souvent la Bible est sacralisée, inaccessible alors que chez nos frères et sœurs protestants et évangéliques, elle est accessible, lue, cornée, soulignée, abîmée, connue, citée et … vécue.
« Le plus dur dans la vie d’un moine c’est de persévérer dans la Parole de Dieu !
La Parole de Dieu me permet de faire dans ma vie les diagnostics nécessaires, comme les fameux points de contrôle obligatoire de la visite technique de ma voiture. Quand je lis ma vie à la lumière de la Parole de Dieu, elle me révèle ce qui est blessé, malade ou cassé en moi. Elle me montre combien Jésus vient me guérir par les sacrements. Nous avons un Christ médecin, qui nous veut debout. Dimanche prochain, ce que je vous souhaite, c’est de lire la Parole de Dieu avant de venir à l’église et de prier pour le diacre, le prêtre ou l’évêque qui prêchera : « Seigneur, éclaire-le pour qu’à travers ses paroles, Tu m’éclaires ».