29e Dim TO – C
Je voudrais ce dimanche m’arrêter sur la 1ère lecture qui nous relate la 1ère bataille entre le peuple d’Israël et Amalec. Cette bataille, ce n’est pas seulement un fait du passé, mais c’est une réalité que nous pouvons tous connaître dans notre vie, c’est ce qu’on l’appelle le combat spirituel.
- Qui est l’ennemi ? Amalec est le petit-fils d’Esaü (Gn 36, 12), le frère jumeau et rival de Jacob, souvent présenté comme l’ennemi héréditaire d’Israël. Un commentaire raconte que lorsqu’Amalec voulut attaquer Israël, un ange alla le voir et lui dit : « Pourquoi fais-tu cela, tu sais bien que Dieu est avec son peuple ! Il vient de réduire à néant l’Egypte et ses chars. Tu ne crois pas que tu vas vaincre le peuple de Dieu à la tête de ta bande de pillards ! » Amalec répondit : « Je ne combats pas Israël pour le vaincre, mais pour le faire douter ». Le combat contre Amalec peut donc aussi être lu comme la lutte contre le relâchement de la fidélité dans ma vie, dans la vôtre.
Selon la tradition, la seule raison de l’attaque d’Amalec est sa haine des Juifs : l’antisémitisme. Plus tard, tous les grands ennemis d’Israël qui agiront par antisémitisme seront considérés comme les descendants d’Amalec :
- Haman, dans le livre d’Esther qui voulut exterminer tous les Juifs, est Amalec
- Hadrien, l’empereur antisémite (117-138) qui crucifiait indistinctement les juifs qui le saluaient et ceux qui ne le saluait pas, est Amalec. Lorsque les conseillers d’Hadrien s’étonnèrent de l’incohérence criante de ses actions, Hadrien répondit, « Ne cherchez pas à m’apprendre comment je dois traiter mes ennemis. »
- Hitler est Amalec
- Où se passe cette bataille dans la Bible ? Le livre du Deutéronome nous apprend (Dt 25, 17-18) qu’Amalec a attaqué Israël par haine gratuite et de façon déloyale en s’en prenant par derrière aux plus faibles : les enfants et les vieillards. Amalec intervient également dans un moment de murmure du peuple d’Israël qui remet en cause le projet de Dieu, pourquoi donc nous a-t-il fait monter d’Egypte ? Pourquoi n’avons pas assez à manger, à boire ? Dieu va répondre à chacune de ces demandes par la manne, le vol de cailles qui va s’abattre sur le campement et le rocher rempli d’eau qui permettra d’abreuver les hommes et le bétail en plein désert. Mais ces murmures et ces révoltes vont fragiliser le peuple de Dieu et l’ennemi va en profiter. Finalement, c’est une règle spirituelle, l’adversaire attaque toujours à l’endroit et au moment où je suis le plus faible.
- Que fait Moïse ? Dans cette lutte contre Amalec, le combat est à la fois militaire et spirituel. Il délègue à son serviteur Josué le choix des hommes avec lesquels il combattra dans la plaine, tandis que lui, monte sur la colline avec le bâton de Dieu. Le bâton de Moïse n’est pas utilisé ici pour foudroyer Amalec, mais pour implorer le Seigneur. Moïse se tient sur le sommet de la colline non seulement pour rencontrer Dieu, mais aussi pour que le peuple le voit et soit encouragé par sa prière.
- La signification du bâton de Moïse Au départ, ce bâton de berger est un instrument de travail et de son autorité pour guider le troupeau, c’est l’extension de sa main pour empêcher les brebis de s’égarer. Lorsque Dieu appelle Moïse à aller en Egypte pour rencontrer Pharaon, il l’assure de sa présence en lui demandant de jeter son bâton au sol. Celui-ci se transforme alors en serpent. Moïse en a peur, mais Dieu lui dit : « Etends ta main et saisis-le par la queue ». Normalement, on ne prend jamais un serpent par la queue sinon il se retourne et mord la personne. Mais là Moïse agit par obéissance : il surmonte sa peur et fait preuve d’autorité. Voici que le serpent redevient un bâton. En faisant par la foi, Moïse réalise qu’il n’a pas à avoir peur, qu’il a autorité. En Egypte, la couronne des pharaons était surmontée d’un cobra dressé et gonflé, prêt à attaquer et à cracher son venin sur ses ennemis. En demandant à Moïse d’attraper le serpent par la queue, Dieu lui révèle de manière symbolique que le pharaon ne pourra rien contre lui.
Dans une prière ancienne j’ai découvert que le bâton de Moïse était considéré comme le doigt de Dieu. Lors des dix plaies d’Egypte, Moïse demanda à Aaron son frère de se servir de son bâton pour frapper les eaux du Nil qui furent changées en sang dans tout le pays d’Egypte. Quand Aaron étendit le bâton sur les rivières, les marécages et les ruisseaux, des grenouilles en sortirent au point qu’elles envahirent tout le pays. Etc. Avant le passage de la Mer des joncs, Moïse étendit le bâton et divisa les eaux, ce qui permit au peuple de traverser et d’être sauvé des Egyptiens qui étaient à leurs trousses.
- La réalité de la prière : Dans le passage de ce dimanche, nous voyons que la bataille s’est menée dans la plaine, mais elle a été gagnée par la prière de Moïse sur la colline. C’est le bâton de Moïse, le doigt de Dieu, qui a remporté la victoire, mais ce dernier a eu besoin du soutien de ses collaborateurs pour mener le combat spirituel. Même un géant comme Moïse a eu besoin d’aide. Jésus lui aussi a demandé à ses plus proches disciples d’être avec lui lorsqu’il menait le combat de la prière au Jardin des Oliviers, pour rester dans la volonté de Dieu avant son arrestation. Lui aussi avait besoin de soutien, mais ses disciples se sont endormis (Mt 26, 40). Josué a été vainqueur au fil de l’épée parce que Moïse est resté sur la colline les mains tendues vers le ciel. Nous avons besoin de nous encourager les uns les autres dans les combats que nous devons mener.
- Quelques questions sur les combats spirituels que j’ai à mener :
- Qui est mon Amalec (mon ennemi intérieur) que je dois vaincre actuellement (mon écran télé que je regarde 4 à 5h par jour, une mélancolie lancinante que je cultive, de idées noires liées à une jalousie, un divorce qui se passe mal, des rancunes tenaces, des addictions liées à la pornographie, à l’alcool, aux jeux d’argent, …) ? Nous devons savoir nommer notre Amalec pour pouvoir le combattre
- Est-ce que je prends de la hauteur pour voir quels sont les moyens à ma disposition ? Ou est-ce que je me contente d’être minimaliste ? « A quoi bon… »
- Est-ce que je suis persévérant dans la durée ? Le père Veyssière, gardien de la grotte de la Sainte Beaume disait qu’il y a des choses qu’il fait savoir demander durant 30 ans !
- Est-ce que comme Moïse je cherche du soutien : une pierre pour m’asseoir et des bras pour ne pas être seul ?
- Ai-je conscience que le bâton de Dieu, le doigt de Dieu, c’est l’aide de l’Esprit Saint qui me donne l’autorité de Jésus dans mes combats ? Dans le nom de Jésus, je chasse cet esprit de jalousie, de mélancolie, de colère, … en moi.