13e Dim du TO A

13e Dim du TO A

Nous sommes un peu surpris qu’en seulement 4 versets, Jésus utilise huit fois la première personne (« plus que moi », « pas digne de moi », « à cause de moi »). Dans certaines discussions, les gens qui ne parlent que d’eux ont le don de nous agacer. Si on n’y prend pas garde, on pourrait croire que Jésus agit comme gourou qui cherche absolument à attirer l’attention sur lui. Je vous propose donc d’explorer plusieurs pistes qui vont éclairer le verset : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37).

  • La première piste, c’est le premier des dix commandements : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force, et ces passages de l’Ancien Testament qui présentent le Dieu des Israélites comme un Dieu jaloux. Cela nous permet de comprendre que Jésus situe le degré d’exigence envers sa personne au même niveau que ce que les Juifs avaient l’habitude de le vivre vis-à-vis du Dieu de Moïse. 
  • La deuxième piste, c’est de resituer l’extrait dans son contexte qui est celui de l’envoi des disciples en mission. Jésus ne leur ment pas, il énonce clairement que les temps seront difficiles car les épreuves viendront aussi de notre propre famille et de notre entourage direct :
    • « Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 35-37). On ne peut donc lui rester fidèle que si on accepte par moment d’être en complet décalage avec sa propre famille (les convertis issus de l’islam ou ceux provenant de familles ouvertement athées).
  • La troisième piste, c’est d’avoir une bonne compréhension du verbe aimer, qui en français est un verbe piégé puisque nous n’avons qu’un verbe pour tout dire : le chat aime la souris, Julien aime Amandine, mon papa aime les belles voitures ou que le Christ a tellement aimé les hommes, qu’il a donné sa vie pour eux en mourant sur la croix. Pour marquer les nuances quand on parle de l’amour, la langue grecque utilise deux verbes différents : philein et agapân
    • Le premier, philein, désigne un amour naturel : on aime sa famille parce qu’elle nous construit, on aime ses amis parce qu’on trouve chez eux des intérêts partagés. C’est donc un amour fondé sur le sentiment, un amour dépendant de la personne qui l’inspire : les membres de la famille ou les amis. C’est l’amour philia.
    • Le second, agapân, exprime un amour d’une tout autre nature, un amour qui dépend non pas de la personne aimée, mais de la personne qui aime. C’est l’amour agapê.
    • Vous avez souvent assisté à des mariages durant lesquels on vous a lu le texte de l’apôtre Paul quand il dit : « L’amour prend patience, l’amour rend service, l’amour ne jalouse pas, (…) il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais » (1ere épître aux Corinthiens, 12, 31-13, 8).
    • Quand l’Evangéliste met dans la bouche de Jésus le verbe aimer, il choisit philein. Jésus veut donc montrer à ses disciples qu’il existe une autre façon d’aimer, supérieure à la première, parce que c’est celle de Dieu.

C’est pourquoi il nous invite à dépasser nos attachements sentimentaux, sans les renier, mais en leur donnant une nouvelle dimension.

            Maintenant que nous avons vu ces trois pistes ou ces trois éclairages, posons-nous la question : de quel amour faut-il aimer Jésus ? Dans l’évangile, c’est clair, il veut un amour total et absolu qui peut nous surprendre voire nous choquer. Mais cette demande que Jésus nous fait pour obtenir la 1ère place ne signifie pas que le père doit cesser d’aimer son fils, ou que la fille rejette ses parents. Jésus a lui-même été un fils docile et obéissant, il a rendu son fils à la veuve de Naïm et a demandé au jeune homme riche d’honorer ses parents.

            Aimer le Christ et Le préférer, c’est donc faire en premier ce qu’il désire et, dans bien des cas, son désir est que nous aimions parents, enfants, conjoints, etc. Cependant il arrive que le désir du Christ ne soit pas le même que celui de nos parents. Il suffit de penser à saint François d’Assise, dont les projets du père étaient à mille lieux de ceux de son fils une fois converti, si bien que François décide de lui remettre jusqu’à ses habits et que devant sa nudité, c’est l’évêque qui va le recouvrir pour qu’il ne soit pas en tenue d’Adam, dans le plus strict appareil ! Par opposition, on peut évoquer le cas de sainte Thérèse de Lisieux dont le papa s’est bien gardé d’interdire l’entrée au carmel malgré son jeune âge.

            Lorsque Jésus nous demande de le préférer, il nous rend un immense service : il nous empêche de nous créer des idoles. Ne pas idolâtrer ses enfants c’est ne pas absolutiser l’affection qu’on leur porte. Ceci évite de douloureux réveils. Combien de parents ne vivent que pour leurs enfants, leurs petits dieux, à qui ils cèdent tout et de qui, plus tard, ils exigeront tout. Ils se réservent de belles souffrances pour leurs vieux jours, quand ils verront ces chers trésors s’arracher à leur possessivité.

            Jésus n’a rien d’un gourou qui voudrait capter toute l’attention de ses disciples sur sa propre personne. Son objectif est de nous aider à ordonner nos différentes affections. L’amour prioritaire que nous accordons à Jésus nous permet d’éviter plusieurs écueils : l’idolâtrie, l’indifférence, l’amour captatif, calculateur ou possessif. En réécoutant cet extrait de l’évangile, demandons à Jésus de purifier notre amour.            

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