Epiphanie

Epiphanie

« Nous avons vu son étoile » : Dans la Bible et dans la vie de l’Eglise, il est parfois surprenant de voir comment Dieu s’y prend pour se révéler aux personnes avec lesquelles Il souhaite entrer en relation, en s’adaptant à leur personnalité et leurs dispositions naturelles :

  • Les bergers par exemple, ont été appelés par un ange : leurs ouvertures aux textes sacrés leur ont permis d’accueillir son message ;
  • Les mages furent interpelés par une étoile, objet habituel de leurs recherches scientifiques.
  • Les vieillards Syméon et Anne ont été illuminés intérieurement par Dieu et ont reconnu mystiquement l’identité de l’Enfant Jésus dans le Temple,
  • Plus tard, c’est par une simple invitation : « Venez et suivez-moi », que le Christ a appelé Pierre et les autres apôtres.
  • Pour François d’Assise, il a fallu une défaite militaire, un an d’emprisonnement et l’appel de Jésus dans la chapelle de st Damien,
  • Marguerite-Marie ALACOQUE avait prononcé un vœu de virginité à l’âge de 5 ans. A 18 ans, Jésus s’est révélé à elle pour lui rappeler son vœu.  

Cela signifie que Dieu est capable de s’adapter aux dispositions de chacun et d’ébranler les certitudes les plus construites. Il serait donc faux de penser que Dieu nous traiterait avec moins de faveur que les mages. St Matthieu nous dit qu’un seul appel du ciel a suffi pour qu’ils se mettent en route : « Nous avons vu l’étoile et nous sommes venus ». Essayons d’apprendre d’eux cette promptitude d’esprit et de pas faire la sourde oreille !

Comme st Augustin ou st Charles de Foucauld, Dieu parle à la conscience de notre âme pour l’appeler à abandonner nos mauvaises habitudes, nous suggérer de nous bonifier en priant davantage, en consacrant plus de temps à ses enfants, en allant voir un prêtre pour nous confesser, en visitant quelqu’un, en nous réconciliant avec tel autre, en jouant la carte de l’apaisement. Les mages ont répondu à l’appel de Dieu et ont été largement récompensés. Il n’y a pas de raisons que nous ne le soyons pas. Malheureusement, ni les grands prêtres, ni les scribes, ni Hérode lui-même ne les ont suivis pour se rendre à Bethléem.

« Hérode fut bouleversé » : Hérode est citoyen romain de par son père. Il conquiert le royaume de Judée par une guerre civile et fait le siège de Jérusalem à l’aide de 6 légions romaines. Il est nommé roi en – 37, par l’empereur mais il n’est pas de la descendance de David. Il se construit une généalogie à laquelle personne ne croit pour justifier qu’il est de la lignée de David. Son déficit de légitimité va motiver toute sa politique. Pour plaire aux Romains, il fait construire la ville de Césarée ; pour plaire au peuple, il démolit le Temple et le reconstruit en l’embellissant.

Pour certains, il est Hérode le Grand, pour d’autres, il est Hérode l’impie, le Méchant car sur les 70 membres du Sanhédrin, il fait éliminer les 2/3, il fait tuer son beau-frère Aristobule que le peuple verrait comme futur roi et grand-prêtre. Egaré par sa sœur Salomé, il condamne sa belle-mère à mort et sa propre femme Mariamne qu’il adore pourtant. Il fait tuer ses deux fils issus de sa 1ère femme alors qu’il les avait envoyés étudier à Rome. A la fin de son règne, il élimine ses opposants politiques ainsi que son 3e fils Antipater.

« Les regagnèrent leur pays par un autre chemin » : Ce n’est donc pas surprenant que les mages, après adoré l’Enfant, ne soient pas retournés à Jérusalem. Pourtant, ils auraient pu y bénéficier des largesses du Roi :  une ou plusieurs bonnes nuits de sommeil, des présents, de bonnes compagnies féminines, des mets et des vins excellents, des réserves pour le voyage retour. Ils ont cependant préféré renoncer à tout cela plutôt que de trahir le secret du cœur dont ils ont été gratifiés et d’aller à l’encontre du songe qu’ils ont reçu. La rencontre avec le nouveau-né les a changés du tout au tout. Ils ont eu à cœur de « Ne pas donner pas aux chiens ce qui est sacré ; de ne jeter pas leurs perles aux pourceaux, de peur qu’ils ne les piétinent » (Mt 7, 6), phrase que Jésus dira 30 ans plus tard. Ils sentent que les intentions d’Hérode ne sont pas droites. Comme dit le psaume 54, « Il montre un visage séduisant, mais son cœur fait la guerre ; sa parole est plus suave qu’un parfum, mais elle est un poignard ». (Ps 54, 22).

Dans mon ministère de prêtres, j’ai souvent constaté combien il était nécessaire pour des convertis récents de couper avec certaines habitudes du passé et de ne plus fréquenter les compagnies toxiques, ceci afin de garder le cœur pur pour Dieu. Ce fut parfois au prix de grands sacrifices, d’incompréhensions et de beaucoup de moqueries. Mais c’est bien là le sens des paroles du NP : « pour que ton règne arrive, ne nous laisse pas entrer en tentation, délivre-nous du Mal ».

« Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe » : A la suite des mages et de l’attitude d’Hérode et de son entourage, la question qui se pose à nous pourrait être : qu’est-ce que j’offre à Jésus et qu’est-ce que je lui refuse ? Si pour nous Jésus est Roi, alors comme les mages offrons-Lui l’or en Lui disant : « Jésus règne en tout lieu ; soit roi en moi » ! Si pour nous Jésus est Dieu, alors comme les mages offrons-lui l’encens, « Jésus Tu es mon Seigneur ». Si pour nous Jésus est vrai homme, alors comme les mages offrons-lui la myrrhe, en reconnaissant que Jésus a assumé notre chair, une chair que je suis aussi appelé à mortifier par l’abstinence et les sacrifices pour qu’elle ne me conduise pas au péché. Car la myrrhe, empêche la chair morte de pourrir. Si nous vivons ainsi à l’écoute de la voix divine, un jour nous aurons la joie non plus d’entrer dans l’étable de Bethléem pour adorer l’Enfant Dieu mais de Le voir en plein ciel Qu’il en soit ainsi !

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