ABRAHAM 1
- Introduction.
- Une généalogie
Après la création de l’homme et de la femme et l’apparition du péché dans le monde, nous nous sommes attardés la fois dernière sur le déluge et la personne de Noé.
Rappelez-vous, la méchanceté des hommes était devenue telle sur la terre, que Dieu avait fini par regretter sa création au point de la détruire et de changer de disposition.
Avec Noé, l’homme juste et sa famille, nous avons découvert ce qui est en fait la première histoire de salut de la bible. Nous nous étions arrêtés au chapitre 9, ayant appris que Noé était mort à l’âge de 950 ans.
Le mal va revenir dans la descendance de Noé, mais Dieu a promis, il n’y aurait plus de grande destruction. Avec Abraham aujourd’hui, Dieu va changer de mode de Salut. Il va choisir non seulement un homme, mais aussi son clan, sa famille, et le peuple qui en naîtra pour être signe de Salut, afin de sauver l’humanité. C’est ce qu’on appelle l’élection.
Vous vous rappelez peut-être, qu’au chapitre 5, nous avions eu une première généalogie qui allait d’Adam à Noé. Dix générations pour nous préciser que c’était bien la même histoire familiale qui allait se poursuivre.
En Gn 10 et 11, nous trouvons une nouvelle grande généalogie. Elle présente les descendants de Noé qui vont progressivement peupler toute la terre et être à la base d’une nouvelle humanité, en se focalisant sur les descendants de Sem et aboutir à Abraham, avec ceci de particulier c’est qu’avec les noms de personnes nous trouvons des noms de nations : Babel, Assour (la Syrie), Canaan, comme si les nations s’organisaient autour de la descendance de Noé et plus particulièrement avec son fils Sem, duquel naîtra Abram.
Nous sommes bien dans la continuation de la généalogie qui commence au chapitre 5 et qui relie, par un fil conducteur, les grandes époques de l’histoire du monde ancien, la création et la chute, le déluge, la vocation d’Abraham.
Remarquons encore que cette généalogie, comme celle du chapitre 5, présente dix chaînons jusqu’au personnage à l’histoire duquel elle sert d’introduction, c’est-à-dire :
- 10 générations entre Adam et Noé
- 10 générations entre Noé et Abraham.
Selon son habitude, l’auteur de la Genèse indique d’abord les races qui ont été éliminées de l’histoire du royaume de Dieu, pour finir par celle d’où sortira la branche élue. Des deux races sont éliminées :
- Celle de Japheth est placée la première, parce que c’est avec elle que les Israélites ont eu le moins de relations
- Celle de Cham.
En parcourant cette généalogie des chapitres 10 et 11, nous constatons aussi qu’à mesure que l’humanité s’éloigne de ses origines, la longévité va en s’abaissant : à part Sem, aucun des patriarches postérieurs au déluge ne dépasse la moitié de la vie des premiers patriarches (soit 500).
- La tour de Babel
Gn 11,1-9 : 9 versets se sont insérés dans cette généalogie, c’est l’épisode de la tour de Babel que nous connaissons tous plus ou moins.
Cet épisode de la fameuse tour, nous rappelle que ces textes ont été écrits au moment de l’exil à Babylone. De fait, en hébreu, la ville de Babylone et la fameuse tour de la Genèse portent le même nom : Babel.
Quand ils étaient en exil, Babylone symbolisait pour les Juifs la ville où se réunissaient et se démultipliaient collectivement les maux humains
- L’orgueil et la démesure des hommes avec la grande ziggourat de la ville
- Le siège des idoles, la ville par excellence où règne la corruption et la décadence qui éloignent de Dieu.
- La volonté impériale qui visait à rassembler toutes les nations en un seul empire gigantesque et unique : un seul pays, un seul peuple et une seule langue.
Et Dieu va freiner tout cela, en empêchant que les hommes se comprennent.
- Le cycle d’Abraham dans la Bible
Avec Abraham, dont nous parlent les chapitres 12 à 25, nous quittons une première partie de la Genèse, composée des récits imagés de la création, du déluge ou de la tour de Babel dans lesquels étaient données des réponses aux questions fondamentales sur l’existence.
Nous passons aujourd’hui à une deuxième partie, le cycle des patriarches, composée de récits qui vont mettre en relation Dieu et un groupe humain particulier que Dieu s’est choisi : le peuple hébreu, en la personne d’Abraham, choisi par Dieu, pour accueillir la bénédiction divine et la transmettre à sa descendance, le peuple hébreu, et par lui, à toute l’humanité. Cette seconde partie nous mènera d’Abraham aux 12 fils de Jacob (qui prendra plus tard le prénom d’Israël).
Le récit d’Abram se situe toutefois bien dans la continuité de Babel. Le départ de la famille d’Abraham se situe dans le mouvement de dispersion qui suit la diversité des langues. Il quitte lui aussi la Chaldée de Babel, pour se rendre à Harrân.
Ces récits reposent comme souvent, sur toute une tradition orale. Mais le fait que leur rédaction remonte à l’époque de l’exil, influence leur auteur. Israël sait très bien que son exil est lié à la rupture de l’Alliance avec Dieu, telle que la fixaient les 10 commandements. L’objectif est de redonner confiance au peuple et de lui donner des raisons de ne plus jamais désespérer.
Et pour cela, il était important de rappeler que Dieu s’était totalement engagé dans cette alliance avec Abraham et ce, bien avant l’alliance avec Moïse et le don des 10 commandements. Elle ne repose donc pas uniquement sur l’obéissance à la loi.
Alors on se ressaisit de cette histoire pour redonner courage au peuple, fortifier sa foi et son espérance, et lui permettre de retrouver son identité en lui rappelant son élection.
Genèse 12 à 25,11
12 Début de la vie d’Abraham) appel + Egypte
13 Séparation d’avec Loth + promesse
14 Abraham, le pays & ses habitants) les 5 rois
15 Alliance
16 Ismaël
17 Abram et Saraï changent de nom L’alliance
18 – 19 (Visite à Manré + destruction de Sodome
20 Abraham et Sarah chez Abimelek
21 Isaac)
22 Sacrifice et nouvelles bénédictions
23 Abraham, le pays & ses habitants), mort de Sara + achat Macpéla
24 Séparation d’Abraham d’avec Isaac) mariage d’Isaac
25,1-11 fin de la vie d’Abraham.
- Qui est Abram qui deviendra Abraham ?
Descendant de Sem, un des fils de Noé, Abram, nom d’origine mésopotamienne, signifie (« le Père est exalté »), Il recevra par la suite de Dieu le nom d’Abraham qui signifie « père d’une multitude de nations ».
Il est cité 313 fois dans l’AT ; 74 fois dans le Nouveau, presque autant que Moïse. Il sert en effet de personnage clé, pour faire comprendre la foi et le plan de Salut de Dieu.
Dans les évangiles, Jésus fera souvent référence à Abraham, il affirmera même sa propre préexistence en disant en Jean 8,58 : « Avant qu’Abraham ne soit, je suis ». Cela nous montre l’importance du patriarche dans la pensée juive.
L’Evangile de Mt commence par une généalogie qui fait remonter la lignée de Jésus jusqu’à Abraham. Ce lien établit que Jésus est l’accomplissement des promesses faites par Dieu à Abraham. Il montre comment le plan de Dieu, trouve son aboutissement en Jésus.
Abram est originaire de Chaldée. Il est le fils de Terah et d’Amatlaï. Il a deux frères, Nahor et Haran. Ce dernier meurt en laissant un fils, Loth. Abram épouse sa demi-sœur, Saraï, qui est stérile. Elle a le même père, Terah et pour mère Tassa.
Abram est un homme riche, éleveur de bétail. C’est un nomade.
- L’élection d’Abraham – Gn 12,1-9a. 2.
- Un nouveau plan de Salut
Nous sommes à environ 1850 ans avant la naissance de Jésus, les peuples se sont répartis sur la terre, comme nous l’a montré la généalogie du chapitre précédent. La seule famille de Noé avait donné naissance à une humanité nouvelle. Dieu, maintenant, nous l’avions annoncé dans l’introduction, change son mode de Salut. Il choisit un homme en particulier, son clan, sa famille, et le peuple qui naîtra de lui pour le mettre à part et être signe de Salut et sauver les hommes. C’est l’élection.
Donc à partir de maintenant, c’est non seulement l’histoire d’une famille qui va nous être donnée, mais avec elle, l’histoire d’un peuple tout entier. C’est vraiment le plan de Salut de Dieu qui se dessine avec Abraham qui va devenir le père de tout ce peuple choisi.
b) Une promesse
Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 1-3)
Nous avons ici ce qu’on appelle la vocation d’Abraham.
- Quitte : La première chose qu’il est appelé à faire, c’est à quitter. En hébreu, le terme quitter signifie « pars pour toi ». Il y a derrière cela l’idée que lorsque Dieu appelle Abraham, ce n’est pas un simple renoncement qu’il lui demande, mais c’est une aventure dans laquelle Abraham va lui aussi trouver son compte. Il sera bénéficiaire de la requête de Dieu : « tu deviendras une bénédiction ».
- et va vers le pays que je te montrerai : Ici Dieu ne lui dit pas qu’il va lui donner un pays. Il va lui dire : « va vers le pays que je te montrerai. » Abraham ne sait pas encore ce qu’il trouvera dans ce pays.
Le terme montrer est important dans la bible, exactement « lui faire voir ». Dieu va faire voir l’objet de la promesse qui est en l’occurrence un pays.
Nous avons ensuite une promesse, ce n’est pas encore une alliance. La promesse est unilatérale, Dieu ici ne demande rien en retour. L’alliance dans la bible sera toujours bilatérale, pas forcément symétrique, mais avec un engagement des deux parties. Nous avons cette idée qu’Abraham, qui reçoit ici cette promesse, reçoit un don. Il y a une gratuité de l’initiative de Dieu. Cela nous dit des choses sur l’identité d’Israël, c’est que si Israël est choisi comme grande nation, ce n’est pas d’abord pour ses compétences ou sa puissance mais par pure gratuité.
Dans ce passage de la vocation d’Abraham, nous avons, au total, 7 bénédictions :
- 1.Je ferai de toi une grande nation : Nous avons même une double promesse puisqu’il y a à la fois un pays dont on ne sait pas grand-chose et une grande nation qui va naître d’Abraham. Donc si on lui parle d’une grande nation, c’est qu’il y a en perspective une descendance. Pays et descendance sont les deux caractéristiques d’une nation.
- 2.Je te bénirai : labénédiction dans la Bible signifie à la fois : « dire du bien » et « que ça se multiplie ».
- 3.Je rendrai grand ton nom : Le terme grand revient deux fois ici, mais on ne sait pas encore ce qu’il signifie. Mais il y a bien une promesse qui va traverser le monde biblique. Quand Dieu promettra à David une descendance, il est écrit « il sera grand ». C’est un terme que nous aurons jusqu’à l’Annonciation. On comprend qu’il y aura un destin particulier de cette nation, alors qu’elle ne sera pas grande au sens politique. Israël restera un petit pays au milieu de tous les autres.
- 4.« Tu deviendras une bénédiction » : nous retrouvons ici le vocabulaire de Gn1. Il y a très clairement entre Genèse 12 et Genèse 1, c’est-à-dire entre le texte de la création et l’appel d’Abraham, une intertextualité assez forte. Dieu avait l’intention de bénir, il avait béni l’homme et la femme. Cette bénédiction, ce bien qui était censé s’étendre, ne s’est pas étendu tant que ça. On a eu le péché, le déluge, la tour de Babel. Là on peut dire que maintenant Dieu va prendre les moyens de sa bénédiction. Cette bénédiction va maintenant se préciser et son mode d’application va passer par Abraham.
- 5. Je bénirai ceux qui te béniront : Abraham va devenir une bénédiction au point qu’il est dit :
- 6. Celui qui te maudira, je le réprouverai.
- 7. En toi toutes les familles de la terre seront bénies. Nous avons ici clairement la mise en place de la théologie de l’élection.
c. L’élection, une responsabilité
Question délicate car parfois, sous le mot élection on entend privilèges, avantages, préférences… il y a ce danger pour le peuple élu, de vivre cela comme un privilège. Or, l’élection n’est pas d’abord de l’ordre du privilège, mais d’abord de l’ordre de la mission. Dieu en choisit un pour les sauver tous.
C’est une mission reçue et ce qui le montre, c’est que si Dieu s’engage à bénir ceux qui béniront Abraham, il faut qu’Abraham soit digne de la bénédiction des autres. Il faut donc que son mode d’être, son mode d’existence, fasse que les autres le bénissent. S’il devient injuste, ne vit pas conformément à la Parole de Dieu et que les autres se mettent à le maudire, Abraham deviendra la cause de chute (contre-témoignage). Se met en quelque sorte ici, une mission de sainteté d’Abraham. Elle oblige Abraham à ce que ceux qui le rencontrent le bénissent.
Cette élection qui se met en place avec Abraham va ensuite passer au peuple d’Israël qui deviendra, au milieu des nations l’instrument choisi par Dieu pour sauver.
Attention, c’est important pour nous chrétiens, cette élection d’Israël est une élection à jamais. C’est-à-dire que Dieu n’est jamais revenu en arrière. Et c’est ce même don, qui dans la foi chrétienne, va aboutir au Messie : « Voici mon Fils, l’élu » entend-on chez Luc à la transfiguration.
Cette théologie de l’élection s’est ainsi poursuivie jusqu’en Jésus qui sera en quelque sorte, celui qui va recueillir l’ensemble des promesses faites à Israël, et qui va élargir ce peuple élu aux autres nations, faisant de cette élection, une élection qui ne passe plus seulement à ceux qui obéissent à la Loi mais à ceux qui reçoivent, le baptême.
Cette théologie se perpétue à l’intérieur de l’Eglise. Elle doit se vivre dans la pleine fidélité à l’élection faite à Israël, mais elle doit aussi dans la certitude que ce n’est pas un privilège mais une mission que d’être signe de Salut pour le monde entier. Mission qui n’est pas réservée à certains dans l’Eglise mais à tout baptisé.
Jésus le dira, il est venu pour redonner à Israël sa vocation. Paul reprochera à ses frères Juifs de vouloir se garder le Salut pour eux.
- Abraham en Egypte
« Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit », il obéit, sans discuter. Entre temps, Dieu lui montre le pays qu’il donnera à sa descendance. Pas d’étonnement particulier ici, par rapport à la descendance. Par contre nous pouvons relever que ce n’est pas Abraham qui en prendra possession, mais sa postérité. Encore un appel à sa foi !
Et de campement en campement, à chaque fois Abraham bâtit un autel au Seigneur, Tout endroit où la divinité était apparue, était pour les anciens un lieu saint. En élevant cet autel au centre du pays qui vient de lui être promis, Abraham consacre à son Dieu cette terre promise.
Jusqu’au moment où, nous dit le verset 10 : « Il y eut une famine dans le pays et Abram descendit en Égypte pour y séjourner car la famine accablait son pays ».
Dure épreuve pour la foi d’Abraham à peine arrivé dans le pays qui lui est promis, il est contraint par la famine d’en sortir.
C’est pour une question de vie ou de mort. Il n’y a pas trop d’alternative : rester en Canaan c’est mourir de faim, entrer en Égypte pourrait être une mort assurée pour Abram à cause la beauté de son épouse
« Quand il fut sur le point d’entrer en Égypte, il dit à Saraï : « Vois-tu, tu es une femme belle à regarder. Quand les Égyptiens te verront, ils diront : “C’est sa femme” et ils me tueront, tandis que toi, ils te laisseront vivre. S’il te plaît, dis que tu es ma sœur ; alors, à cause de toi ils me traiteront bien et, grâce à toi, je resterai en vie. »
Et là, il va mal faire puisqu’il commence par mentir de peur qu’on lui prenne sa femme. Il dit que c’est sa sœur. C’est ce qui arrive, les officiers de Pharaon la virent, et elle fut emmenée au palais. L’adultère a été consommé, Pharaon le dit clairement à Abram : « Du coup je l’ai prise pour femme » !
On peut, être étonné, voire scandalisé de la lâcheté d’Abraham qui livre sa femme pour avoir la vie sauve. Il commet une faute même si Saraï est d’accord, même si elle accepte de se sacrifier pour le sauver.
« À cause d’elle, on traita bien Abram qui reçut petit et gros bétail, ânes, esclaves et servantes, ânesses et chameaux. 17 Mais le Seigneur frappa de grandes plaies Pharaon et sa maison à cause de Saraï, la femme d’Abram. »
Ce faisant, Abram n’a pas été juste. Il a empêché pharaon de le bénir. Les conséquences vont être énormes. Lui dont la vocation est d’être bénédiction, entraine le Seigneur à frapper pharaon de grandes plaies, afin qu’il laisse partir Saraï et Abram.
Il faut nous placer dans le contexte de l’époque de rédaction pour comprendre cette façon d’agir. Les commandements, même en pays étranger, disent qu’il ne faut pas voler la femme d’un autre. Le plus simple pour supprimer le problème était donc de tuer le mari.
Il y a sans doute eu des gens qui trouvaient que ce stratagème était une bonne idée. D’ailleurs ça lui rapporte gros, à Abram, puisqu’il récupère – du petit et du gros bétail– des serviteurs, des servantes, des ânes, des chameaux… et c’est souvent bon signe dans la Bible quand on récupère du bétail.
Dans la Bible, cette histoire de quelqu’un qui fait passer sa femme pour sa sœur est tellement importante qu’on la retrouve deux autres fois :
- Une deuxième fois en Genèse 20, toujours avec Abram et Saraï qui ont légèrement changé de nom – ils s’appellent maintenant Abraham et Sara -, chez Abimelek,
- Une troisième fois en Genèse 26 où cette fois l’histoire arrive à Isaac (le propre fils d’Abraham) avec sa femme Rebecca.
- Les chapitres 13 et 14 :
Nous avons ensuite deux chapitres qui nous montrent Abraham non plus comme un berger nomade, mais :
- Comme un chef de famille généreux et désintéressé. C’est la séparation d’avec Loth (Chapitre 13)
- Un chef militaire plein de sagesse, capable d’intervenir dans les luttes des rois contemporains. Mais ici encore, comme au chapitre 13, nous retrouvons les traits dominants de son caractère. (Chapitre 14, la campagne des 5 rois)
- L’homme de paix
Voici maintenant Abram pris dans une histoire de famille. Vous vous souvenez qu’il est parti avec son neveu Loth. « Il y eut des disputes entre les bergers d’Abram et ceux de Loth ». La mésentente venait du comportement désagréable des bergers de Loth, très avides de richesse et de pouvoir, comme leur maître.
L’espace semble trop restreint pour faire vivre, au milieu des autres tribus, les riches troupeaux d’Abram et ceux de Loth. Abraham est un homme généreux et un homme de paix. Il laisse son neveu choisir ses terres (13, 9). Il dit à Loth : « Surtout, qu’il n’y ait pas de querelle entre toi et moi, entre tes bergers et les miens, car nous sommes frères ! N’as-tu pas tout le pays devant toi ? Sépare-toi donc de moi. Si tu vas à gauche, j’irai à droite, et si tu vas à droite, j’irai à gauche. » Loth, pas fou, choisit pour lui toute la région très riche du Jourdain et c’est ainsi qu’ils se séparèrent.
« 12 Abram habita dans le pays de Canaan, et Loth habita dans les villes de la région du Jourdain ; il poussa ses campements jusqu’à Sodome.
13 Les gens de Sodome se conduisaient mal, et ils péchaient gravement contre le Seigneur. » Ce qui nous conduira au chapitre suivant, à l’épisode de la destruction de Sodome et Gomorrhe
Bien qu’Abraham ait jugé qu’il valait mieux ne plus cheminer avec Loth, il va garder un œil sur son neveu, même de loin.
Lorsqu’il apprendra que des rois sont venus se battre contre Sodome et que Loth et sa famille ont été amenés en captivité, il ira les secourir.
L’épisode de leur séparation montre un changement chez Abram. Précédemment, en Egypte, il avait agi pour sauver sa propre vie, au détriment de son union avec Saraï. Cette fois, Il consent à agir d’abord pour le bien de Loth, quitte à voir partir son potentiel héritier, et le laisser choisir la région la plus fertile. Ces deux péripéties autour de Saraï et de Loth se concluent par une autre manifestation divine où Dieu lui fait voir la terre qu’il lui donne, en lui annonçant une descendance innombrable. Abram s’installe alors aux Chênes de Mamré, jusqu’à ce que des événements l’obligent à quitter son campement. C’est le sujet du chapitre 14.
- Un homme plein de sagesse dans un conflit international
Le chapitre 14 change de cadre puisque, par rapport aux récits précédents, il n’est plus question de promesse mais de conflit armé dans la région.
Il y avait un groupe de cinq villes, éparpillées dans la vallée du Jourdain (Sodome et Gomorrhe), dont le roi était soumis à un roi puissant du nord, nommé Kedorlaomer.
Le verset 4 nous dit : « Pendant douze ans, ils avaient servi Kedorlahomer, mais la treizième année, ils s’étaient révoltés. » Au cours du conflit, ces 5 rois prirent Loth et ce qui lui appartenait.
« Les rois prirent Loth, le neveu d’Abram, avec ses biens, et partirent. Loth habitait à Sodome, et un fuyard s’en vint porter la nouvelle à Abram l’Hébreu, qui demeurait aux chênes de Mamré l’Amorite, frère d’Eshkol et de Aner ; ils étaient les alliés d’Abram. Dès que celui-ci apprit la capture de son frère, il mit sur pied trois de ses vassaux, liés de naissance à sa maison. Il mena la poursuite jusqu’à Dân. Il répartit ses hommes pour assaillir de nuit les ennemis. Il les battit et les poursuivit jusqu’à Hova qui est au nord de Damas. Il ramena tous les biens, il ramena aussi son frère Loth et ses biens, ainsi que les femmes et les parents. (14,12-16)
Nous pouvons remarquer que du côté d’Abram la notion de fraternité est très présente. Abram part pour délivrer Loth qualifié de frère, malgré la séparation vécue précédemment.
La description d’Abram vient confirmer la promesse faite en Genèse 12. Abraham est, à l’image d’une grande nation, capable de mobiliser une troupe victorieuse. Il apparaît comme une bénédiction pour le clan de Loth captif, mais aussi pour les clans de Canaan : il leur rapporte les biens spoliés.
Abram réussit à réunir non seulement ses alliés amorites mais aussi 318 vassaux ou partisans ou serviteurs entraînés, selon les traductions, issus de sa maison, de son clan. Il n’y a pas de signification évidente à ce nombre qui exprime à la fois, la richesse du clan d’Abram, sa force comme aussi la modestie de ses troupes face à cinq rois étrangers d’illustres puissances. Mais comme je l’ai dit, Abram réussit à les vaincre grâce à sa ruse avant tout, les poursuivant au-delà de Dân, la limite nord d’Israël, jusqu’au-delà de Damas ! Le récit montre la témérité et l’obstination d’Abram pour récupérer Loth et les siens, et rétablir la paix sur toute la région.
Dieu donne à Abram la sagesse nécessaire : il divise sa troupe et se jette de nuit sur ses adversaires. Pour une telle entreprise, il fallait la foi, et Dieu répond à cette foi en accordant la victoire. Abram ramène tout le butin ; «il… ramena aussi Lot, son frère, et son bien, et aussi les femmes et le peuple » (verset 16).
Autre particularité, le récit prend une tournure surprenante dans sa dernière séquence, avec la rencontre d’Abram et du roi prêtre de Salem, Melkisédek.
Le terme Melchisédek signifie « roi de justice ». Son titre était « roi de Salem », qui deviendra Jérusalem.
Melchisédech était prêtre du Dieu Très Haut, ce qui signifie qu’il adorait le même Dieu qu’Abram.
Il a fourni du pain et du vin comme forme d’adoration ou de nourriture (s’il s’agissait de nourriture, alors cela démontrait qu’il était riche).
Hormis les interprétations chrétiennes qui y voient la préfiguration de l’eucharistie, ce pain et ce vin n’ont pas forcément un aspect cultuel. Pain et vin expriment dans la Bible, un certain aspect festif et joyeux, et même parfois l’abondance. Après la victoire, Melkisédek, permet le partage d’un repas joyeux comme pour fêter le retour à la paix, la victoire et son héros.
Melkisédeq bénit Abram au nom de son dieu. Et il bénit son dieu d’avoir offert la victoire à Abram. Ce dernier accueille favorablement cette bénédiction par une dime, une offrande à El Elyôn.