SAMEDI SAINT 2026 –

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La descente de Jésus aux enfers

Frères et sœurs avez-vous pris le temps de regarder et de comparer les deux belles illustrations de la Résurrection que vous avez sur la 1ère et la dernière page de votre feuillet. La 1ère nous vient d’orient et nous montre Jésus entouré d’une foule de sauvés. Celle de la p. 8 est une représentation occidentale avec Jésus en gloire devant la pierre roulée du tombeau vide et des soldats endormis. Sur l’icône orientale de la 1ère page, Jésus est dans une mandorle, une sorte d’amande qui manifeste sa gloire. Son corps ressuscité paraît suspendu dans l’espace. Au-dessus de lui, vous reconnaissez deux archanges qui portent les instruments de la passion. Gabriel tient l’éponge et la lance et Michel la croix glorieuse. Le Christ piétine les portes du séjour des morts après les avoir brisées. Vous constatez qu’il saisit le poignet de deux personnages : Adam (le 1er homme) et Ève (la mère des vivants) qu’il arrache vigoureusement des ténèbres de la mort.

Mais ils ne sont pas seuls : derrière Adam, figurent Jean-Baptiste le Précurseur ainsi que les prophètes Zacharie et Moïse. Derrière Ève se tiennent, quatre rois (parmi lesquels David et Salomon) ainsi que les prophètes Daniel et Isaïe qui avaient annoncé la venue du Christ. Des clous et des serrures jonchent le trou noir des Enfers semblable à une caverne. Satan apparaît, sous une forme répugnante, émergeant d’un feu.

Si j’ai pris le temps de vous décrire cette icône, c’est que ce soir, je voudrais vous parler de l’expression du Credo : « Jésus est descendu aux enfers ». Le nouveau Testament nous parle de cet aspect à deux reprises. Tout d’abord dans la 1Pi 3, 19 : « Jésus est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité » et ensuite sous la plume de l’apôtre Paul quand il écrit aux Ephésiens : « Jésus est d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre, il a capturé des captifs, et il est monté sur la hauteur » (4, 8-9). Ici l’Eglise distingue donc deux mots : les enfers (un pluriel) et l’enfer. Les enfers sont le lieu où l’âme glorieuse de Jésus, descend pour prolonger et faire aboutir le mystère de la rédemption, auprès des justes et des patriarches qui l’attendaient depuis des siècles. Le mot enfer au singulier est le lieu où résident pour toujours ceux qui, par leur volonté mauvaise et leur choix délibéré se sont détournés de Dieu.

Dans la 1ère lecture, nous avons entendu le récit de la création. La Bible nous dit « qu’au commencement, quand Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme ». Dieu crée alors le monde à partir d’un néant. Il sépare les choses (le jour et la nuit ; les eaux d’en haut et les eaux d’en bas, le ciel et la terre ; les continents et les océans). Ensuite Dieu peuple ce qu’il a séparé pour en faire un lieu où les hommes puissent habiter. Il peuple le jour et la nuit avec le soleil, la lune et les étoiles. Il peuple le ciel et la mer avec les oiseaux et les poissons. Il peuple la terre avec les animaux et les humains.

Parfois, malheureusement, dans nos existences, nous avons l’impression de retourner d’une certaine façon dans ce néant ou ce chaos initial parce qu’en nous tout est désorganisé, désordonné, chamboulé. Or la bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de remonter la pente lorsqu’on a fait l’expérience d’une descente aux enfers. Plusieurs personnages de l’Ancien Testament en atteste : Joseph le fils de Jacob, jalousé par ses frères et jeté dans une citerne, mais remonté pour être vendu à des Ismaélites qui se rendaient en Egypte. Dans la lecture du livre de l’Exode, nous pouvons aussi penser aux Hébreux, réduits en esclavage et sauvés de la main de Pharaon grâce à l’intervention de Dieu qui leur envoya Moïse et Aaron et leur permit de traverser la mer des joncs. Parfois, nous pouvons faire la même expérience que Job, qui va aux portes de la mort à travers la maladie.

Quand Jésus descend aux enfers, il descend pour repêcher en quelque sorte les âmes de ceux qui l’attendaient, mais la Bonne nouvelle, c’est qu’il descend aujourd’hui encore pour visiter toutes ces expériences d’enfer, de retour au néant que nous pouvons faire : expérience de morts intérieures, de découragement, d’idées suicidaires, expérience de pardons apparemment impossibles à donner, expérience de solitude intense, d’oppression ou de présences maléfiques suite à des égarements dans la voyance, le magnétisme, le reiki, le spiritisme ou l’occultisme. A nous aussi, comme à Adam et Eve, Jésus tend ses mains pour nous saisir et nous faire sortir de ces lieux de ténèbres. Le passage par l’épreuve, la fosse, ou ces enfers, a cette vertu de nous ouvrir les yeux sur la véritable identité de Jésus. Il n’est plus seulement un homme du passé avec une fiche Wikipédia mais il devient notre SAUVEUR.

Ce qui est surprenant, c’est que Dieu peut aller jusqu’à se servir de personnes étrangères à la foi chrétienne pour nous montrer sa proximité dans nos épreuves. Par exemple, ce sont des Ismaélites, des étrangers, qui sortent Joseph de la citerne. C’est un Kouchite, là aussi un étranger, qui va plaider le sort de Jérémie auprès du roi. Quant à Job, lorsqu’il fait l’expérience de la maladie, son regard va s’ouvrir sur tout un pan de la création qu’il n’avait pas encore expérimenté et observé.

En ce soir de la vigile pascale, la Bonne nouvelle que nous redit l’Eglise, c’est que la descente de Jésus aux enfers, ne se réalise pas une fois seulement. Nous les prêtres à chaque absolution donnée dans le sacrement du pardon, nous sommes les témoins privilégiés de la visite que Jésus fait au plus profond de certaines âmes qui avaient refusé un temps de croire en Lui ou qui s’étaient éloignés de Lui. Il y a parfois des péchés graves / mortels commis il y a 30 ou 40 ans et jamais confessés que Dieu pardonne en accordant la paix du cœur et de la conscience. Oui, Dieu vient encore visiter nos enfers, et la fête de Pâques est le rappel que si nous le voulons, aucune partie de ce monde n’échappe à son offre de salut. Tout à l’heure en communiant, nous pourrons Lui demander que les lieux les plus reculés de notre cœur sont visités, purifiés et guéris par sa présence dans cette hostie consacrée. Dans la foi et l’espérance, portons à Dieu ce monde et tous les enfers qui demeurent encore dans notre cœur, pour que Jésus puisse nous sauver et nous faire entrer dans le triomphe de Pâques. C’est ainsi que nous goutterons dès maintenant à la joie de la résurrection.

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