Samedi Saint
Homélie Samedi saint 2021
La mer rouge : une erreur de traduction : Vous savez que beaucoup de spécialistes de la Bible, des scientifiques, des archéologues qu’ils soient croyants ou athées se sont posés la question de savoir si le passage de la mer avait bien existé. De nombreuses hypothèses existent. Parmi celles qui sont les plus plausibles, il y a celle de l’erreur de traduction de l’expression hébraïque « Yam suf » que certains ont traduit par « Mer rouge » et d’autres « mer des roseaux » ou « mer des joncs ». Ces deux mers existent mais elles n’ont ni la même profondeur, ni la même largeur et ne débouchent pas sur la même région géographique. Le plus vraisemblable donc, c’est que ce passage de la mer ait eu lieu au niveau d’un des lagons au Nord du delta du Nil.
L’obstination de Pharaon : Après avoir fui l’Égypte, le peuple hébreu se retrouve coincé : l’eau devant, les armées égyptiennes derrière, les scorpions et les serpents à droite et à gauche. L’aubaine est trop belle pour Pharaon que ne cherche qu’à prendre sa revanche. Il ne croit pas que le Dieu des Hébreux puisse les sauver car ce Dieu n’appartient pas au panthéon égyptien. Son cœur s’est obstiné et suffoque de haine. Il vient d’atteindre un point de non-retour. On peut dire que la mer qui va se refermer sur lui ne fait qu’entériner une noyade qui a déjà eu lieu dans la mesure où son cœur est noyé dans la haine. Malheureusement, dans sa chute, ce n’est pas seulement lui qui tombe, mais c’est toute l’Egypte qu’il entraine dans la mort.
L’attitude des Hébreux : Face aux dangers que les cernent, un commentaire juif affirme que les Hébreux se divisent en 4 : 1. « Tombons à la mer – il faut se suicider, ça ne marche pas », 2. « Rentrons-en Égypte », 3. » On va faire la guerre », 4. « Faisons la prière ! ». Moïse leur répond : 1. « Arrêtez-vous et voyez la délivrance, c’est à dire arrêtez le processus suicidaire, restez-là ! » 2. « Vous qui avez vu l’Égypte vous ne la reverrez jamais », 3. « Dieu va faire la guerre pour vous », 4. « Taisez-vous ! »
Mais il y a un 5e groupe qui entre dans la mer pour l’ouvrir et accomplir des faits sur le terrain. Il sait que l’histoire doit avancer. « Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route ! Toi, lève ton bâton, étends le bras sur la mer, fends-la en deux, et que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer à pied sec ». Moïse leur révèle qu’il y a un sens à partir au désert, pour y trouver la vraie liberté : pas la liberté de pharaon qui écrase les autres parce qu’il est le plus fort, pas l’absence de liberté de l’esclave qui se dit : « je préfère servir et avoir la vie sauve plutôt que de mourir ». Moïse va mener les Hébreux à la vraie liberté intérieure en leur faisant emprunter le chemin de Dieu, un chemin que Jésus ouvrira aux hommes 1400 ans plus tard. Il répond au peuple : « n’ayez pas peur du maître qui veut régner par la force et ne soyez pas de ceux qui démissionnent par peur de mourir ; Dieu combattra pour vous ». On est là au cœur de l’expérience biblique. Il s’agit, face à ce qui apparaît comme une impasse, de se ressaisir, de se mettre debout et en marche par la foi dans le Dieu sauveur.
La nuée : Voici que la nuée, cette réalité spirituelle vivante, dont je vous avais déjà parlé, lors de la Transfiguration de Jésus va passer derrière le peuple pour le protéger des chars qui arrivent. Par cette nuée, Dieu manifeste sa puissance salvatrice et le peuple va être à l’abri pour passer la mer.
Peut-on expliquer scientifiquement ce qui est décrit dans le livre de l’Exode ? En 2010, une équipe de l’Université du Colorado a effectué des simulations du phénomène par ordinateur. Les chercheurs ont découvert que lorsqu’un vent d’est que l’on appelle Wind setdown, souffle à 28m/s pendant 12 heures, il peut écarter les eaux en créant un passage d’environ 3 km sur 5, qui reste ouvert pendant quatre heures. Le retrait des eaux pourrait également s’expliquer à cause de la marée du Golfe de Suez. En 1798, le même phénomène s’est produit lorsque Napoléon Bonaparte et ses soldats ont voulu traverser le Golfe : la mer s’était retirée temporairement sur 1,6 kilomètre. Or Moïse connaissait les marées. Il avait vécu dans le désert, et savait à quel moment les caravanes traversaient la mer des joncs.
Lorsque la nuée se lève, pharaon et ses chars tentent de poursuivre le peuple. Ils s’embourbent dans le sable du passage pendant que le Wind setdown commence à s’affaiblir et que les eaux refluent.
Le récit se termine par une phrase vraiment essentielle : v 31 : « le peuple eut foi en Dieu et en Moïse son serviteur ». Quand on nous dit que le peuple eut foi en Dieu, ce n’est pas seulement croire que Dieu existait, personne n’en doutait à l’époque. Pour les païens de l’époque croire en un dieu créateur ne faisait aucun doute. Or là, ce qui est important c’est que les fils d’Israël vont mettre leur foi en un Dieu sauveur, un Dieu qui rachète son peuple de l’esclavage pour leur apprendre à vivre libres.
Dire que le peuple a eu foi en Dieu et en Moïse, son serviteur, c’est bien désigner Moïse comme celui par qui, Dieu a choisi de révéler son Nom. De sorte que Dieu et Moïse sont complètement articulés l’un à l’autre et deviennent indissociables. Jusqu’alors quand on nous parlait de Dieu « Élohim », ce Dieu intervenait dans l’histoire (le Déluge, la tour de Babel), mais Il agissait seul. A partir de Moïse, bien sûr Dieu continue d’agir, mais il agit par l’intermédiaire des hommes. Et là, ça change tout. On est dans les premiers soubresauts de que l’on appellera plus tard un sacrement : un signe visible de la réalité invisible. Déjà à ce stade on peut dire que Moïse en tant que serviteur de Dieu est comme son sacrement : Moïse est le signe visible du Dieu sauveur qui agit à travers son serviteur et jamais sans lui.
Pour nous chrétiens, fêter Pâques, c’est croire non plus seulement en Moïse, mais en Jésus. Moïse était le sacrement de Dieu ; Jésus nous dit : « qui me voit, voit le Père, le Père et moi nous sommes un ». C’est par le Christ que l’Écriture s’accomplit. Nous sommes envoyés dans le monde pour proclamer cette libération toujours possible pour ceux qui s’attachent au Christ par la foi.