Le prophète Elie (2)
Introduction
Nous sommes toujours aux environs de 870 avant notre ère. Le peuple élu s’est séparé en deux Royaumes, celui qui nous intéresse est toujours celui du Nord, avec son roi Acab et son épouse Jézabel.
Lors de notre dernière rencontre, nous avons avec Élie, traversé la sécheresse de 3 ans et demi. Nous l’avons suivi, rappelez-vous au torrent du Kérith, nourri par les corbeaux, puis à Sarepta chez une veuve. Nous nous sommes ensuite retrouvés sur le mont Carmel où Dieu a manifesté sa puissance en faisant tomber le feu du ciel. Et nous avions laissé notre prophète à l’Horeb, où après un temps de découragement total, une forme de dépression, Dieu s’était manifesté à lui pour le réhabiliter, et le remettre à la tâche.
Et nous nous étions quittés au moment où le prophète Elie se mettait en route pour aller consacrer Hazaël comme roi de Syrie ; et Jéhu, le roi d’Israël qui deviendra le successeur d’Acab, son ennemi ; ainsi qu’Élisée qui doit devenir son disciple afin de poursuivre sa mission.
Mais avant qu’Élie ne se mette en route, Dieu lui annonce quelque chose qui peut nous étonner : « Je garderai en Israël un reste de sept mille hommes : tous les genoux qui n’auront pas fléchi devant Baal et toutes les bouches qui ne lui auront pas donné de baiser ! »
Surprenant pour ce prophète découragé et qui pensait, rappelez-vous, qu’il était le seul des serviteurs resté fidèle à Dieu. Ce verset m’inspire deux choses :
- Élie avait sans doute une vision légèrement surfaite de son importance et il devait entendre qu’il n’était pas le seul à être resté fidèle à Dieu. Une manière de le rappeler à l’humilité…
- Nous croyons souvent nous aussi que nous sommes seuls et isolés dans le combat de la foi, que ce soit à l’école, au travail, dans le bénévolat ou notre quartier. Nous devons nous encourager les uns les autres en Eglise, car heureusement, nous sommes moins seuls que nous le pensons.
- L’appel d’Elisée
La pédagogie de Dieu a produit ses fruits. Par l’appel à la mission, Elie est sorti de sa dépression. Il obéit au Seigneur et se met en route, et c’est chez Elisée que nous le retrouvons : « Élie s’en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. » (12 arpents et non 12 bœufs dans AELF)
Élisée, dont le nom est très semblable à celui d’Élie, est appelé à succéder au prophète. Son nom signifie en effet : « Dieu est Salut, Secours ». Cela laisse déjà envisager une mission semblable. En effet des miracles identiques se réaliseront par son intermédiaire.
Élisée est en train de labourer. Très belle façon de montrer que le Seigneur n’appelle pas des êtres extraordinaires pour annoncer sa Parole. Il choisit un terrien. Ce chiffre 12 vous vous en doutez bien est très symbolique. La terre à labourer était de Douze arpents comme les douze tribus d’Israël, ce qui est beaucoup et après des années de sécheresse et de famine, il y a beaucoup d’ouvrage.
Élisée sait très bien ce que signifie ce manteau jeté vers lui et quelle sera désormais sa vie. Alors il quitte ses bœufs, court derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Il est déterminé à répondre à cet appel : Il agit comme Abraham, quand Dieu lui dit : « va-t’en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père ».
Il quitte ses parents, mais Dieu va lui donner un nouveau père : Elie, un père selon son cœur, un père spirituel qui va le former pour qu’il entre dans son appel. C’est la raison pour laquelle un peu plus tard Elisée s’écriera en voyant Elie enlevé au ciel : Mon père ! Mon père !
L’appel de Dieu ici se déroule sans théophanie comme au buisson ardent. C’est le prophète Elie qui appelle son successeur, à être comme lui, un autre prophète. (Exception par rapport aux autres prophètes de l’AT). Le jeune Elisée répond qu’il veut d’abord aller embrasser ses parents. Elie prend alors de la distance ; il repousse même celui qu’il vient d’appeler : « Va-t-en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait ».
Les Pères du désert avaient l’habitude de commencer par rabrouer ceux qui envisageaient la vie monastique, c’était une façon de tester les candidats. C’est encore ce que saint Benoît dans sa Règle demande de faire quand quelqu’un se présente pour devenir moine. C’est ce qu’Elie fait ici.
Dans l’Évangile, Jésus reprendra cet appel à la mission, en le rendant plus radical encore. A quelqu’un qui lui promet de le suivre après avoir fait ses adieux aux gens de sa maison, le Seigneur répond : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu ». (Luc 9. 62).
Les laboureurs expliquent que pour bien labourer, celui qui conduit la charrue ne doit surtout pas regarder en arrière, sans quoi la charrue dévie. Il en est de même si nous voulons travailler pour le Seigneur. Il nous faut regarder en avant vers Dieu et ne pas regarder en arrière vers le monde ou vers ce que nous avons accepté de laisser.
Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service.
Comme Dieu l’avait annoncé à Élie sur la montagne, c’est pendant le ministère d’Élisée que le culte organisé de Baal sera éradiqué (2 Rois 10.28).
- L’histoire de la vigne de Naboth
Pendant ce temps, le roi Acab continue de se moquer de la justice de Dieu. Le voilà dans son magnifique palais à Samarie. Un jour, alors qu’il regarde dehors, il voit une belle vigne et se dit qu’il aimerait bien en faire un jardin potager. Cette vigne n’est pas à lui, elle appartient à un certain Naboth. Mais le roi Achab en a très envie, il la lui faut absolument ! En tant que roi, il possède déjà tout ce dont il a besoin et même au-delà… ça vous rappelle-t-il un autre roi ?
Alors il propose de l’acheter un bon prix ou d’offrir en échange une vigne meilleure. Ce qui est une offre honnête. Mais Naboth, son propriétaire ne veut pas la vendre, car la terre vient de ses pères et il ne veut pas se séparer de son héritage.
La terre dans la théologie d’Israël, est un don de Dieu. C’est Dieu qui a donné la terre aux enfants d’Israël et chaque famille au sein de la tribu, a le devoir de préserver ce patrimoine. L’attachement de Naboth à son bout de terrain n’est donc pas d’abord de nature sentimentale. En fait Naboth est un homme qui respecte Dieu. Cette terre, il l’a reçue de Dieu et il a mission de la transmettre à ses descendants.
Nous retrouvons dans ce passage le regard critique à l’égard de la Royauté. Les rois ont souvent eu tendance à se considérer au-dessus des lois, bravant les interdits de l’adultère et du vol. Le Seigneur, au temps où le peuple demandait un roi à Samuel, avait mis son peuple en garde contre les rois : « Il prendra le meilleur de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers et il le donnera aux gens de sa cour. » (1 S 8,14).
Acab est israélite, il sait bien pourquoi Naboth ne vendra pas sa vigne. Il n’insiste pas et rentre chez lui. Mais il ne supporte pas qu’on lui dise non et que son autorité soit bafouée ; alors il entre en dépression. Voyant cela, Jézabel en rajoute un peu : « Est-ce toi qui exerces la royauté sur Israël ? Et elle prend les choses en main « moi je te la donnerai cette vigne ! ».
Sous les apparences de la légalité, la reine organise un procès truqué contre Naboth, avec de fausses accusations, pour pouvoir le condamner à mort ! Puis elle les signe au nom de son mari et y met le sceau royal. Acab est certainement au courant de ce qu’elle manigance mais il ne l’empêche pas de le faire. « Proclamez un jeûne ; faites asseoir Naboth à la tête du peuple, et faites asseoir en face de lui deux hommes sans morale qui témoigneront ainsi contre lui : « Tu as maudit Dieu et le roi ! » Puis menez-le dehors, lapidez-le, et qu’il meure.
Les anciens obéissent aux ordres de la reine et Naboth est mis à mort. Quelques chapitres plus loin, on comprend que Jézabel s’est aussi débarrassée des héritiers possibles, car on parle du sang de Naboth et de ses fils (2 R 9,26).
Le droit a été respecté, mais pas la morale puisque la sentence reposait sur de faux témoignages. Le comportement d’Acab avec Naboth n’est pas sans rappeler celui de David avec Urie. Comme Acab avec la vigne, David convoitait une femme qui appartenait à un autre et s’était débrouillé pour faire mourir le mari.
Dieu avait envoyé son prophète Nathan auprès de David, il envoie maintenant Elie trouver Acab, avec un message très dur. Le parallèle entre ces deux récits souligne un élément fondamental des Écritures : la loi, la justice, s’appliquent à tous, y compris au roi.
Élie prononce un oracle très dur qui est encore une application rigoureuse de la vieille loi du talion : Le sang d’Acab et de ses fils coulera là où le sang de Naboth et de ses fils a coulé.
De façon inattendue, apparaît pour la première fois chez Acab un signe d’humiliation. Il se repent, jeûne, s’habille d’un sac, marche lentement ; ce qui fait dire à Dieu s’adressant à Elie : « Vois-tu comment Acab s’est humilié devant moi ? Parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le mal en ses jours ; mais dans les jours de son fils… » (v. 29).
Une différence tout de même avec David, c’est qu’Acab ne semble pas fâché d’avoir péché contre Dieu, Il n’a pas dit comme David : « J’ai péché contre l’Éternel », aussi Élie ne lui dit pas comme Nathan à David : « L’Éternel a fait passer ton péché » (2 Samuel 12,13).
Le Seigneur revient néanmoins sur sa condamnation mais la malédiction touchera cependant sa dynastie. De fait, après la mort d’Acab, ses fils ont continué d’ignorer le Seigneur et de suivre les faux dieux, comme l’avait fait leur père.
- Les suites familiales
Ocozias, fils ainé d’Acab va régner à peine deux ans. Il tombe un jour de son balcon et « se fit très mal » (2 R 1, 2). Il se tourne vers l’oracle de Baal pour savoir s’il guérirait et non vers Dieu qui, pourtant, lui avait envoyé cette épreuve pour atteindre sa conscience et attirer son cœur vers lui.
Dieu envoie alors Élie pour l’informer qu’il ne guérirait pas. Mais ce message n’amène pas Ocozias à la repentance, et il envoie deux groupes de 50 soldats pour se saisir du prophète et par deux fois, le feu tombe sur les soldats qui périssent.
Alors une troisième fois, Ocozias envoie une cinquantaine de soldats. Le troisième chef de cinquantaine supplie avec respect Élie. Dieu épargne les soldats qui s’en retournent et confirment au roi Ocozias la sentence prononcée par Élie à son encontre. Ocozias meurt et son frère Joram lui succède.
Dans l’évangile selon Luc, Jacques et Jean, les disciples du Seigneur, veulent imiter Élie et envoyer le feu du ciel sur les Samaritains qui refusent de recevoir Jésus. Mais Jésus les réprimande de choisir le jugement envers ces hommes.
Ocozias meurt peu après, et son frère Joram lui succède.
- Joram lui sera assassiné par Jéhu, un de ses généraux, d’une flèche dans le dos. Il fera ensuite jeter son corps dans le champ de Naboth.
L’irrésistible ascension de l’empire assyrien allait bientôt être fatale au petit Etat d’Israël.
Elie enlevé au Ciel.
Voilà maintenant 20 ans qu’Élie exerce son ministère de prophète. Dans le 2ème livre des Rois, nous assistons au moment final de sa vie. Élie, avait été averti par Dieu que le moment de son enlèvement s’annonçait. Son principal souci était donc la suite de son ministère : Élisée était-il vraiment décidé à prendre sa relève. Alors Elie va essayer de tester son disciple.
Le récit commence ainsi : « Voici comment le Seigneur enleva Élie au ciel dans un ouragan. »
Pour bien comprendre ce récit, il faut connaître la façon dont les hommes et les femmes de la Bible se représentaient le monde. Pour eux, la terre était plate et soutenue par de gros piliers. C’est le lieu de vie des humains. En haut, dans le ciel, se trouvaient les eaux, les luminaires, mais surtout Dieu et sa cour divine. Sous la terre, était situé le lieu de la mort : le shéol.
Dans notre récit, Élie va être enlevé de terre, le lieu de vie des humains, vers le ciel, le lieu de Dieu. Élie « l’homme de Dieu » était tellement rempli de son Seigneur, qu’il a été enlevé vers lui à la fin de sa vie.
Voyons les circonstances de cet évènement, jugé si important au point qu’il nous est annoncé à trois reprises, au cours d’un voyage très symbolique. Ce jour-là, Elie et Elisée, sans se le dire, pressentent cette séparation. Elie semble vouloir tenir Elisée à distance : le désir d’être seul… ? Veut-il tester son disciple ?
La journée commence à Guilgal : ce n’est pas n’importe où. C’est là que pour la première fois, les Hébreux campèrent après avoir traversé le Jourdain et être entrés en Terre Promise.
« Reste donc ici, car le Seigneur m’envoie jusqu’à Béthel », dit Elie à Elisée. Il y avait à Bethel, une école de prophètes. Il faut comprendre par-là les disciples des prophètes. C’étaient des hommes qui se rassemblaient pour vivre ensemble, afin de lire et étudier la parole de Dieu. Elie sans doute allait les visiter.
Mais Elisée sent qu’il va se passer quelque chose, il refuse d’écouter et répond par une protestation de fidélité : « Par le Seigneur qui est vivant, et par ta vie, je ne te quitterai pas ! » Revient en ce moment solennel cette référence au Dieu vivant, qui est au cœur de la mission d’Élie : Élisée a compris ce message qu’il aura à charge de transmettre ; il le fait pleinement sien.
Et ils descendirent à Béthel : c’est là que Jacob eut ce songe dans lequel il vit les anges montant et descendant sur une échelle dont le sommet touchait au ciel. Et l’Éternel se tenait sur l’échelle et fit à Jacob de magnifiques promesses.
Le départ d’Elie est un secret de polichinelle, « Les frères-prophètes s’approchèrent d’Élisée et lui dirent : « le Seigneur va enlever ton maître au-dessus de ta tête ? » Élisée répondit : « Oui, je le sais. Taisez-vous ! »
Le même scénario se reproduit au moment où Elie veut aller à Jéricho. » Même réponse d’Élisée : « Par le Seigneur qui est vivant, et par ta vie, je ne te quitterai pas ! » L’insistance est d’autant plus nette que les frères prophètes de Béthel et de Jéricho, proches d’Élisée, ont décodé d’avance l’événement pressenti et annoncé par Élie à Élisée : « enlever ton maître au-dessus de ta tête » ce qui inclut une ascension.
Ils allèrent à Jéricho, cette ville où Dieu avait montré sa puissance en faisant tomber ses murailles :
Et maintenant c’est au Jourdain qu’Élie veut se rendre : même scénario, même dialogue que les fois précédentes.
Ils continuèrent donc tous les deux. Nous avions déjà vu plusieurs parallèles entre Élie et Moïse : Élie avait marché quarante jours et quarante nuits dans le désert pour se rendre à l’Horeb (Sinaï), la montagne de la révélation, il traverse le Jourdain, au pied du Mont Nébo. Et là, l’itinéraire de Guilgal à l’au-delà du Jourdain, correspond exactement au chemin inverse de celui emprunté par les Hébreux pour entrer en terre Promise. Pour les lecteurs de l’époque, la comparaison avec Moïse est évidente.
La suite du récit confirme ce désir de montrer Elie comme un nouveau Moïse : il fallait traverser le Jourdain. Le manteau d’Élie était une grande cape qui pouvait être utilisée comme manteau le jour et comme couverture la nuit. Élie l’enlève et le roule. Puis il frappe l’eau : Dieu sépare les eaux et crée un passage pour qu’Élie et Élisée traversent à sec, sans même se mouiller !
Ce geste d’Elie révèle deux choses importantes :
- Le manteau d’Élie est l’instrument dont il se sert pour séparer les eaux, comme le bâton pour Moïse, au moment du passage de la mer des Joncs (Exode 14,16.22). Le lecteur comprend aussi qu’Élie possède des pouvoirs semblables ceux donnés par Dieu à Moïse.
- Ce manteau devient aussi le symbole de la transmission de la mission et des pouvoirs d’Élie à Élisée qui, à son tour, séparera les eaux. Le lecteur comprend que l’esprit de Dieu est avec lui, comme il l’a été avec Élie.
« Pendant qu’ils passaient, Élie demande à Élisée ce qu’il aimerait avoir ou recevoir pour la continuité de sa mission. « Dis-moi ce que tu veux que je fasse pour toi ?»
Elisée sent qu’il a besoin d’un surcroît de souffle pour rester fidèle, il répond : « Que je reçoive une double part de l’esprit que tu as reçu ». Il était coutume en Israël, Loi sur les héritages que le fils aîné reçoive une double portion de la propriété du père. Ceci est confirmé par le nombre de miracles attribués à l’un et à l’autre : huit rapportés à Élie et seize à Élisée.
Élie savait que seul le Seigneur pouvait choisir si Élisée continuerait ou non son travail. L’Esprit guida Élie pour expliquer à Élisée que s’il le voyait partir, ce serait le signe qu’il aurait sur lui la puissance de l’Esprit comme il l’avait demandé.
L’enlèvement d’Élie, annoncé au premier verset, a lieu au cours d’une tempête. Les tempêtes sont des circonstances classiques des manifestations de Dieu.
Soudain un char de feu apparaît ! Il est tiré par des chevaux de feu. Feu et chevaux, sont deux symboles de la puissance du Seigneur.
Ce char passe entre les deux hommes, les sépare l’un de l’autre. Alors Élie est entraîné au ciel dans un tourbillon de vent ! Son manteau tombe au sol. Élisée s’écrie : – « Mon père ! Mon père ! Élie était prêt à aller auprès de Dieu. Le char de feu disparaît au loin. Élisée est bouleversé ! Il a vu Élie lorsqu’il a été enlevé. C’est le signe que Dieu avait agréé sa demande, puis il cessa de le voir »
C’est alors le moment du deuil, même si Élie n’est pas mort physiquement. Élisée déchire
ses vêtements pour montrer sa tristesse. Élisée est en mesure de revêtir le manteau d’Élie et à continuer l’action prophétique de son maître. « Il revint et s’arrêta sur la rive du Jourdain. Avec le manteau d’Élie, il frappa les eaux, mais elles ne s’écartèrent pas. Élisée dit alors : “Où est donc le Seigneur, le Dieu d’Élie ?” Il frappa encore une fois, les eaux s’écartèrent, et il traversa ». On pense au rocher frappé deux fois par Moïse dans le désert, geste interprété par l’Écriture et par la tradition comme un manque de foi, ce qui l’empêcha d’entrer et de faire entrer le peuple dans la Terre promise ; ici, la deuxième tentative d’Élisée doit s’interpréter comme la tentative timide d’un prophète novice ; Dieu ne lui en tient pas rigueur.
Les spécialistes font également remarquer que l’enlèvement du prophète a lieu à l’endroit où Moïse est mort. On ne peut pas faire plus clair.
L’ensemble du récit de l’enlèvement d’Élie a aussi une fonction de confirmation du charisme prophétique de son successeur Élisée.
Élie dans le Nouveau Testament
Le livre de Malachie 3,23-24 contient une prophétie intrigante : « Je vous enverrai le prophète Élie avant que n’arrive le jour de l’Éternel, ce jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs enfants et le cœur des enfants vers leurs pères, de peur que je ne vienne frapper le pays de destruction. » Jusqu’ici, lors du repas de la Paque juive, on garde une chaise vise à table, en anticipation du retour d’Élie pour annoncer l’avènement du Messie.
Le prophète Malachie dit qu’Élie reviendra pour « ramener » le cœur des pères vers leurs enfants et le cœur des enfants vers leurs pères », pour un ministère de réconciliation. Dans le Nouveau Testament, Jésus révèle que Jean-Baptiste est l’accomplissement de cette prophétie : « En effet, tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean. Si vous voulez bien l’accepter, c’est lui l’Élie qui devait venir. » (Matthieu 11,13-14) Accomplissement également mentionné en Marc 1,2-4 et en saint Luc 1,17, lorsqu’il présente à Zacharie, le portrait de son fils Jean-baptiste : « Il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boisson forte, et il sera rempli d’Esprit Saint dès le ventre de sa mère ; il fera revenir de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ; il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (1, 15-17).
Et lorsque saint Matthieu dresse le portait de Jean-Baptiste, il nous dit « Jean portrait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage » (Mt 3, 4). Ce qui est exactement la description d’Elie dans le livre des Rois: « Un homme portant un vêtement de poils et une ceinture de cuir autour des reins » (2 R 1, 8).
Le parallèle entre Élie et Jean-Baptiste se retrouve aussi dans leurs missions respectives.
De même qu’Élie était allé voir Acab pour dénoncer la spoliation de la vigne de Naboth, Jean est allé voir Hérode pour lui dire qu’il n’était pas juste qu’il prenne pour femme l’épouse de son frère.
Rien d’étonnant à ce qu’à plusieurs reprises dans les évangiles, la question est posée de savoir si Jean ne serait pas Élie. « Certains disaient que Jean le Baptiste était ressuscité d’entre les morts. D’autres disaient : C’est le prophète Élie qui est apparu » (Lc 9, 7-8). Rapprochement que fait Jésus lui-même quand ses disciples lui demandent : « Pourquoi donc les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord ? » Ce à quoi Jésus répond : « Élie est déjà venu ».
Jean le baptiste nia être Élie : « Ils lui demandèrent : – Qui es-tu donc ? Es-tu Élie ?
– Non, répondit Jean, je ne le suis pas.
– Es-tu le Prophète ? Dirent-ils.
– Non, répondit-il. » (Jean 1,21).
Par contre, lorsque le Seigneur affirme que Jean était bien « l’Élie » annoncé, il ne pensait pas au retour de l’Élie historique, mais plutôt à l’esprit et la puissance d’Élie répandus sur Jean. Ce qui n’est pas du tout la même chose. Jean le baptiste n’était donc pas la réincarnation d’Élie mais il avait néanmoins reçu son esprit et sa puissance. Il était en quelque sorte « un second Élie ».
Vous vous souvenez sans doute de ce qui se passe lors de la Transfiguration, Élie apparaît avec Moïse dans la lumière glorieuse du Christ. Comment expliquer alors la présence d’Élie aux côtés de Moïse à la Transfiguration ? Les deux parties de la Bible hébraïque, sont représentées : la loi (Moïse) et les prophètes (Élie).
Conclusion
Que retenir pour nous aujourd’hui ?
- La Bible n’idéalise pas Élie et ne nous cache pas, qu’il en a eu ses faiblesses (I Rois 19,3 et suivants). Mais elle nous montre aussi la force de l’homme de Dieu chaque fois qu’il a écouté et suivi la Parole de Dieu, Dans l’épitre de Jacques, il est dit qu’Élie était un homme de la même nature que nous. Toute sa vie d’Élie baigne dans la prière, c’est pourquoi saint Jacques en fait un modèle de priant (Jc 5, 17-18). Sa ténacité dans l’intercession doit servir d’exemple à tous les fidèles. Il nous enseigne comment Dieu se porte au secours de ceux qui ont recours à lui par la prière, en particulier dans les difficultés. Le secret de la prière ne se trouve pas dans la longueur ni dans le volume de la voix. L’essentiel c’est notre degré d’intimité, la sincérité de notre cœur tout en nous appuyant sur la Parole de Dieu. Comme pour Élie, les circonstances défavorables doivent nous amener à invoquer le Seigneur avec sincérité et confiance.
- Le Catéchisme de l’Église Catholique désigne le prophète Élie, comme « le père des prophètes, “de la race de ceux qui cherchent Dieu, qui poursuivent sa Face” (Ps 24, 6) » et qui, comme Moïse, jouit d’une grande intimité avec le Seigneur. Élie, par son ministère fidèle vécu dans la solitude et dans le rejet de ses contemporains, est le type même du prophète de l’Éternel. Sa fonction première consiste à reprendre et exhorter des pécheurs. Son exemple peut nous servir pour illustrer une exigence de la foi : la nécessité de rendre un culte exclusif au Seigneur.
- Il s’acquitta fidèlement de la mission divine, courant pourtant un grave danger et passant par bien des épreuves. Son comportement nous encourage aussi à être courageux et persévérants dans le témoignage de notre foi. Le Seigneur n’abandonne jamais ceux qui travaillent pour sa cause. Certains de ses contemporains ont pensé qu’en adulant la reine, en fléchissant les genoux devant Baal, ils s’assuraient une vie paisible. Il n’en fut rien.
- « Il en sera ainsi tout au long de sa vie : homme intègre, incapable de compromis mesquins. Son symbole est le feu, image de la puissance purificatrice de Dieu. Il sera le premier à être mis à dure épreuve, et demeurera fidèle. Il est l’exemple de toutes les personnes de foi qui connaissent les tentations et les souffrances, mais qui ne trahissent pas l’idéal pour lequel elles sont nées. » Pape François