5° dimanche de carême
Pour commencer, essayons de voir quels sont les // que nous pouvons faire entre la 1ère lecture et le retour à la vie de Lazare. Au chapitre 37 du livre d’Ezéchiel, le prophète a une vision : il voit une immense étendue d’ossements desséchés et comprend qu’ils représentent le moral et l’espérance du peuple juif qui est au plus bas. On peut en déduire que ce texte a été écrit pendant l’exil à Babylone, alors que le peuple est réduit à la merci de ceux qui l’ont déporté.
- Les exilés disent : « Notre espérance est détruite, c’en est fait de nous ».
- Dieu leur adresse une promesse : « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir… Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ».
C’est une résurrection des cœurs à l’espérance. La suite de la vision nous explique que ces cadavres reprirent vie, se mirent debout et qu’ils étaient une « grande, immense armée ». C’était le peuple d’Israël qui recommençait à espérer en un avenir meilleur.
Qui peut nous apporter cette résurrection du cœur ? Des thérapeutes, des médecins, psychologues, … mais nous savons que nous sommes par moment limités sur le plan humain. Chez Marthe et Marie il y avait « beaucoup de Juifs… venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil » mais leur présence n’avait rien changé à la mort de Lazare. Il faut alors faire appeler Jésus, comme le firent les sœurs de Lazare. Il faut l’invoquer, l’appeler vraiment comme font les personnes ensevelies sous les décombres d’un tremblement de terre pour attirer l’attention des secouristes.
Souvent, les personnes qui se trouvent dans cette situation de détresse morale ou de « mort du cœur » ne sont ni en mesure de faire quelque chose, ni même de prier. Elles sont comme Lazare dans la tombe. Il faut que d’autres fassent une démarche pour elles. Or Jésus adressa un jour ce commandement à ses disciples : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts » (Mt 10, 8). Que voulait-il dire ? Si nous le comprenons de façon littérale, nous nous rendrons compte que les saints qui ont effectivement ressuscité un mort à la façon dont Jésus la faite pour Lazare, se comptent sur les doigts de la main (le prophète Elisée, l’apôtre Paul, St Martin).
En demandant à ses disciples de « Guérir les malades et de ressusciter les morts » (Mt 10, 8), Jésus désignait aussi et surtout les personnes dont le cœur est mort, celles qui sont mortes spirituellement. En parlant de son fils prodigue, le père disait : il « était mort et il est revenu à la vie » (Lc 15, 32). Et il ne s’agissait certes pas d’une mort physique puisqu’il était revenu à la maison.
Les tombeaux : Le pape François dans une de ses homélies disait que chacun de nous a dans son cœur une zone un peu morte que le st Père qualifie de « petit tombeau ». Cela peut être une blessure, un tort subi ou un tort qu’on a fait, une rancœur qui ne laisse pas de répit, un remord qui revient encore et encore, un péché que l’on n’arrive pas à dépasser. Le pape nous invite à identifier ces petits tombeaux que nous avons à l’intérieur de nous-mêmes et d’inviter Jésus.
Bien souvent, nous avons du mal à demander de l’aide, nous préférons être seuls dans les grottes obscures que nous avons en nous. Nous nous laissons emprisonner par notre orgueil qui a du mal à demander de l’aide, nous nous décourageons en pleurant sur nous-mêmes par rapport à ce qui nous arrive. Il nous arrive parfois de ruminer, de sombrer dans l’angoisse,
La mort de la fille Jaïre. C’est une fille de 12 ans, elle meurt à l’intérieur de la maison, même à l’intérieur de sa chambre. Pour Saint-Augustin, le décès de la fille de Jaïre représente une mort spirituelle, un péché caché qui demeure à l’intérieur. Il y a des morts spirituelles qui sont totalement invisibles. Cela peut être un refus de pardonner, un imaginaire complètement perverti par la pornographie par exemple. Pour Saint-Augustin, toutes ces choses qui empoisonnent mes pensées, ma volonté et mon cœur de manière cachée. Mais Jésus veut entrer jusque dans ses espaces intérieurs, les plus les plus honteux et il veut les ramener à la vie. Il veut nous guérir de cette mort spirituelle et comme Ezéchiel l’annonce, Il veut ouvrir notre tombeau pour nous en faire sortir
Maintenant le 2e cas de résurrection : le fils de la veuve de Naïm. En entrant dans le village Jésus croise le cortège funèbre qui en sort et se rend dans le cimetière. Nous ne sommes plus à l’intérieur d’une chambre, mais à l’extérieur. Pour Saint-Augustin la mort du fils de la veuve de Naïm représente cette mort spirituelle, ce péché mais qui cette fois est sorti du cœur, de l’esprit, de l’imagination et qui a commencé à se manifester par des actes : ma colère, mon ressentiment, les fantasmes que j’ai commencé à exprimer dans mes paroles et mes actes. C’est un degré plus élevé de la mort spirituelle. Jésus s’approche de ce jeune homme et le relève de la mort. Là encore, rien ne lui est impossible
Maintenant, la troisième personne que Jésus ressuscite, c’est notre ami Lazare. C’est un homme mur, un adulte qui est mort depuis 4 jours et qui a déjà été placé dans le tombeau. Lorsque Jésus arrive, la sœur du défunt lui fait remarquer que le cadavre est déjà dans un état de décomposition avancé.
Pour saint Augustin Lazare représente la mort spirituelle qui s’est installée comme une habitude dans ma vie : on appelle cela un vice, une addiction au péché. Je suis enfermé non seulement à l’intérieur du tombeau, mais enfermé par une lourde pierre que je ne peux pas déplacer par moi-même, mais aussi entouré de bandelettes, complètement lié par mon péché. Ma colère, ma haine, ma violence, mes fantasmes sont sortis et sont devenus une partie tellement stable de ma vie, tellement enracinée de ma vie que j’ai commencé à sentir mauvais. C’est-à-dire que j’ai commencé non seulement empoisonner pourrir mon cœur mais empoisonner le cœur des gens autour de moi.
Le saint curé d’Ars et sainte Catherine de Sienne dans ses dialogues utilisent l’image du cadavre pour justement parler de l’âme en état de péché mortel. Avec Lazare, c’est comme si la mort spirituelle se répandait. Non seulement elle a pourri mon cœur, mes actes, mais elle a aussi gangréné le cœur des personnes qui m’entourent. Pour faire simple, saint Augustin nous dit que Lazare symbolise la pire des sortes de péchés. La bonne nouvelle c’est qu’il n’y a aucune mort spirituelle, aussi complète soit-elle, aussi pourrie soit-elle de l’intérieur comme de l’extérieur, qui ne soit hors de portée du pardon de Dieu. Jésus n’a pas peur. Il va même dans cet état le plus profond du péché, le plus répugnant, le plus repoussant. Et là encore, il nous invite à revenir à la vie.