Le prophète Ezéchiel 1

Le prophète Ezéchiel 1

Le prophète Ezéchiel

Introduction

  1. Le prophétisme

Nous avons déjà, dans ce parcours biblique, évoqué un certain nombre de prophètes, citons :

–    Moïse, chargé de conduire le peuple hébreu hors d’Égypte.

  • Nathan envoyé vers David,
  • Elie envoyé vers Acab, puis Elisée : des prophètes envoyés par Dieu vers les Rois pour les inviter à la conversion.
  • Avec Jonas, nous avions étudié l’un des 12 petits prophètes : petits en raison de l’épaisseur de leur livre.
  • Et le mois dernier, nous avons évoqué le nom de plusieurs prophètes intervenus auprès des rois et du peuple, au moment de l’exil à Babylone. (Jérémie, Isaïe, Ezéchiel …) Cet épisode mouvementé de l’histoire d’Israël a été la période par excellence de l’intervention des prophètes.

Parfois on pense qu’un prophète est quelqu’un qui prédit l’avenir. Ce n’est pas sa vocation première. Dans un sens général, un prophète est quelqu’un qui parle de la part de Dieu. Le terme grec prophetes signifie « porte-parole » ou « avocat ».

Aujourd’hui nous nous pencherons tout particulièrement sur Ezéchiel, dont le livre est classé parmi « les grands prophètes » (Isaïe, Jérémie, Daniel) en raison de leur grand nombre de chapitres. On parle aussi parfois de prophètes écrivains.

  • Ezéchiel prêtre et prophète

Ezéchiel, dont le nom signifie : « Force de Dieu », serait né dans les années – 612 puisqu’il avait 25 ans au moment de la première déportation en -597. Il mourra vers -570, à l’âge de 52 ans. Son contemporain est Isaïe

Comme son père le prêtre Bouzi, Ezéchiel est né prêtre. A l’époque, on était prêtre de père en fils selon que vous apparteniez à une lignée sacerdotale. Il descendait de la lignée très honorée de Tsadok, grand prêtre au temps du roi Salomon.

Vivant à Jérusalem, sa famille exerçait son service au Temple. Ezéchiel connaissait donc bien le sanctuaire. Tout ce qui s’y rattache va jouer un rôle central dans son livre. Comme futur prêtre, il a certainement reçu une éducation typiquement sacerdotale, vivant séparé du reste du peuple, respectant des règles de pureté particulières, éducation qui transparaît dans certaines de ses prophéties.

Lors de la première attaque des Babyloniens en – 597, il fait partie des 3 000 premiers déportés. Il restera en Chaldée jusqu’à la fin de sa vie et n’exercera donc jamais dans le Temple. Il s’établira à Tel-Aviv près du fleuve Kebar, avec son épouse (Ez 3, 15).

Sa femme mourra à la veille de la ruine de Jérusalem (Ez 24,18) (soit 10 ans plus tard), sans qu’il soit fait allusion à des enfants nés de ce mariage.

Son éducation sacerdotale va faire qu’il sera très sensible à tout ce qui concernera la profanation du Temple et les manquements liés au culte et au Temple qui est souillé.

  • Le livre d’Ézéchiel

Le livre d’Ezéchiel comporte 48 chapitres. Exceptée peut-être la conclusion, les exégètes s’accordent à dire qu’ils sont majoritairement dus au prophète lui-même. Le livre serait une compilation des notes rédigées par Ezéchiel qui avait pris soin de dater chaque prophétie. Ses disciples, ont par la suite réuni ces documents, sans toujours respecter l’ordre chronologique. Cela permet de dire avec précision la date de rédaction, entre 593 et 565 av. J.-C., donc, durant la captivité.

Le message d’Ézéchiel s’adresse successivement :

  • aux premiers exilés. Il leur montrera leur responsabilité dans ce qui arrive et les raisons pour lesquelles Dieu exerce un juste jugement sur Israël, (le prophète leur parle à la deuxième personne)
  • aux Juifs restés au pays, pour leur annoncer le jugement final qui va fondre sur eux, et comme pour les exilés et leur donner les raisons liées à leur comportement. (Le prophète leur parle à la troisième personne)
  • aux exilés juifs de tous les temps, pour leur apporter un message de réconfort par la promesse du rétablissement glorieux d’Israël,
  • aux nations environnantes, pour leur montrer la souveraineté du seul vrai Dieu, qui agit au-dessus d’eux en jugement et en grâce.

Mais, son message s’adresse aussi à nous, chrétiens. Il nous montre que la repentance est toujours possible et qu’alors, Dieu répond selon sa grâce.

Au concile de Trente, ce livre paraissant difficile à comprendre, certains tentèrent de faire interdire sa traduction en langue vulgaire. Cela représentait « trop de dangers pour la plèbe, les rustres et les femmes ». Sans commentaire…

Pour faire simple, nous diviserons ce livre en 3 parties :

  • Première partie : Les chapitres 1 à 24 qui se situent avant la destruction de Jérusalem. Ils annoncent le jugement de Dieu sur Jérusalem, le temple, le peuple, le royaume de Juda et la terre d’Israël.
  • Deuxième partie : Annonce du jugement de Dieu sur sept nations non juives.
  • Troisième partie : Le rétablissement complet de la nation d’Israël et la Vision de la Jérusalem restaurée (40 à 48).

Aujourd’hui nous regarderons seulement la première partie, c’est-à-dire les chapitres 1 à 24.

  1. La vocation d’Ezéchiel (Les chapitres 1 à 4) 30e année

C’est durant sa 30e année, âge auquel les prêtres commençaient officiellement leur ministère (Nombres 4, 24) que le Seigneur se révèle à Ezéchiel et l’appelle à une autre mission. (Âge choisi également par Jésus pour débuter son ministère public). 

Ezéchiel vient de voir ce que l’on appelle la gloire de Dieu. Ézéchiel aura l’occasion de décrire le trône sur lequel Dieu se tient à trois moments différents. Nous en verrons deux aujourd’hui. Comme il l’avait fait pour Moïse au buisson ardent, Dieu, avant d’envoyer son prophète, lui révèle sa grandeur et sa gloire. Le prophète qui a un sens profond de la transcendance de Dieu ne peut refuser sa mission devant une telle grandeur.

Jusqu’ici ce trône de Dieu, reposait dans le Temple, à Jérusalem. Mais maintenant, suite aux infidélités du peuple, le sanctuaire a été livré au pillage et plus tard, ce sera la destruction. Le trône qui manifeste la présence de Dieu s’éloigne et quitte Jérusalem et le Très Haut va accompagner son peuple en captivité. Voilà pourquoi ce trône est ici transformé en un chariot mobile. C’est une découverte capitale pour le prophète et le peuple Juif. Ez 1,28 : « À cette vue, je tombai face contre terre … »

–   Fils d’homme :

 Ézéchiel est appelé : « fils d’homme » au moins une centaine de fois dans le livre. Ce nom met en évidence le contraste entre la faiblesse du prophète et la toute-puissance de Dieu qui veut bien se servir de lui en faveur de son peuple. Elle rappelle aussi sa condition mortelle.

Jésus se désignera également par ce titre. Mais on pense qu’il aurait plutôt emprunté l’expression au livre de Daniel. Chez Daniel, le Fils de l’homme est un personnage divin, qui vient comme sauveur sur la nuée et qui s’oppose à Satan. C’est ce qui a poussé le grand-prêtre a déchiré ses vêtements quand Jésus s’est appelé Le Fils d’Homme.

  • « Tiens-toi debout, je vais te parler. À cette parole, l’esprit vint en moi et me fit tenir debout. »

Pour être prêt dans la mission, il faut que le prophète se tienne debout afin d’écouter ce que Dieu lui demande. Seul l’Esprit de Dieu peut l’en rendre capable.

La mission, quelle qu’elle soit, la nôtre aussi, ne peut se réaliser qu’avec la puissance divine et non pas selon nos propres forces. Saint Augustin disait : « Dieu donne ce qu’Il ordonne ». Il ne nous laisse pas seuls. C’est Sa force qui doit être à l’œuvre en nous et à travers nous dans notre mission, et surtout dans nos combats.

  • « Je t’envoie vers les fils d’Israël, vers une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi. »

Voilà Ezéchiel chargé :

  • d’accuser Israël de s’être tournée vers d’autres dieux et d’avoir rompu l’Alliance et que le peuple est gravement coupable.
  • Dieu est juste et se prépare à punir.
  • La première attaque sur Jérusalem, celle, à la suite de laquelle il a été personnellement envoyé en exil, sera suivie d’une autre attaque de bien plus grande envergure. Le siège de Jérusalem et la grande déportation qui suivront, ne seront que les conséquences de l’endurcissement dans le péché.
  • « Tu leur diras mes paroles, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas – c’est une engeance de rebelles ! »

Le message est clair. Le prophète devra accomplir sa mission, quels que soient les résultats. Cela rappelle sainte Bernadette disant à ceux qui l’interrogeaient : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, mais de vous le dire ».

C’est quelque chose qu’il nous faut aussi entendre. Ce qui compte, c’est que la mission divine s’accomplisse. C’est vrai pour Ezéchiel, c’est vrai pour les prêtres, pour les missionnaires, mais aussi pour nous. Lorsque Dieu nous confie une mission, il est important de ne pas avoir de faux espoirs ou d’attendre des résultats immédiats. Ce qui est essentiel, c’est de faire ce qui nous a été demandé, en cherchant la volonté de Dieu, sans quoi nous tomberions facilement dans le découragement. Il faut souvent persévérer ; parfois les fruits ne viennent que plus tard. Il y a des saints qui n’ont pas vu les fruits de leur temps. Moïse n’a vu la Terre Promise que de loin. Il faut continuer à remplir sa mission ; mais avec cette confiance que, la Parole de Dieu est efficace.

  • « Ouvre la bouche, et mange ce que je te donne. Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme du miel. »

Dieu continue la préparation de son prophète : Puisque le prophète est investi comme porte-parole de Dieu, il doit pour cela, prêter sa bouche à Dieu. Comme pour Moïse à qui Dieu avait dit : « Va maintenant, je serai avec ta bouche et je t’indiquerai ce que tu devras dire » (Ex 4, 12).

Pour cela, Ezéchiel reçoit un rouleau sur lequel se trouvent toutes les instructions et il doit assimiler ces textes pour s’en nourrir, et cette parole fut douce comme le miel.

Le miel symbolise la douceur. Les peuples sémites l’appréciaient beaucoup et l’utilisaient pour sucrer les aliments. L’abondance du lait et du miel caractérisait la Terre Promise et les bienfaits dont Dieu comblait son peuple. De même, la Parole de Dieu dont Ezéchiel doit témoigner, sera source de bénédictions pour ceux qui l’accueilleront, particulièrement dans la situation difficile que vit alors le peuple.

  • « Et voici que je rends ton visage aussi dur que leur visage, ton front aussi dur que leur front. Comme un diamant plus dur que le roc, ainsi je rends ton front. Ne les crains pas, devant eux ne t’effraie pas ! »

Pour être capable d’affronter le refus de ses auditeurs, Ezéchiel doit aussi s’endurcir : Dieu Lui-même veut le rendre fort et l’invite à ne pas avoir peur. Et il insiste sur ce point. Nous avions rencontré chez Elie cette tentation de prendre la fuite au milieu des difficultés. Il va falloir beaucoup d’endurance et de force à Ezéchiel pour remplir sa mission dans ce milieu hostile.

Ezéchiel est alors établi dans une mission de « guetteur ». (3,17 et 33,1-9). Par cette comparaison, le Seigneur souligne à la fois que de son côté, il doit avertir le peuple des dangers imminents mais le peuple aura lui, la responsabilité de réagir.

Une nouvelle vie commence pour Ezéchiel. S’il était resté à Jérusalem, il aurait été prêtre comme des milliers d’autres, offrant des sacrifices tous les jours. L’activité religieuse du Temple exigeait un personnel nombreux : on comptait 7 200 prêtres et 11 000 lévites. Toutefois seuls 300 prêtres et 450 lévites officiaient chaque semaine, à tour de rôle. Mais là, en exil, Ezéchiel va avoir l’occasion de jouer un rôle différent mais capital dans la vie de son peuple.

  • Les actions symboliques du prophète

Depuis Babylone, Ezéchiel se met donc à dénoncer les fautes d’Israël et à annoncer le châtiment futur de Jérusalem, afin que chacun change de comportement et renoue avec Dieu. Pour mieux faire passer ce message et marquer les gens, Dieu lui demande d’accomplir divers gestes prophétiques, qui sont comme des paraboles. Ainsi, la parole de Dieu ne va pas seulement s’exprimer par des mots. Elle va impliquer le prophète dans tout son être et tout ce qui fait sa vie.

  • Le premier acte prophétique d’Ezéchiel, est de garder le silence pendant sept jours, le temps nécessaire à la consécration d’un Lévite au sacerdoce (3,15)
  • Il réalise un modèle réduit de Jérusalem puis met en scène l’attaque et le siège de la ville. (Nous savons que cela se réalisera en -587)
  • Pour symboliser ce prochain siège de la ville, Il va se coucher durant plus d’un an sur le côté.

Pendant 390 jours, couché sur son côté gauche, il fera face au Royaume du Nord, déjà emmené en captivité par les Assyriens. Ce nombre représentant les années de péché du peuple, depuis la séparation du peuple en deux royaumes (933 av. J.-C.) jusqu’à la chute de Jérusalem (587 av. J.-C.).

Durant 40 jours, couché sur le côté droit il va évoquer la durée de l’iniquité de Juda, à raison d’un jour par année.

  • Manger des aliments cuits sur des excréments pour montrer l’impureté de la nourriture qu’ils mangeraient durant le siège de Jérusalem.

Dans le passé, lorsqu’une ville était assiégée, les habitants étaient obligés de faire du pain avec des haricots secs et des lentilles mélangés au peu de farine qui restait. Ils devaient se contenter de manger de minuscules portions (200 g par jour), de boire de faibles rations d’eau. Ils devaient cuire leurs aliments sur des excréments séchés (comme dans les bidonvilles en Inde), parce qu’il n’y avait plus de bois. Le pauvre Ézéchiel a enduré ce régime, annonçant ainsi la famine qui allait arriver durant le siège de Jérusalem.

  • Se raser la tête avec une épée

Dieu lui ordonne ensuite de se raser une partie des cheveux et de la barbe.
Un sacrificateur juif qui se rasait la tête devenait par là même impur et impropre au service du Seigneur (Lv 21,5). En se souillant et s’humiliant ainsi, Ézéchiel devenait le symbole d’un peuple souillé, un peuple que l’Éternel ne considérait plus comme sien, car impur. Puis Dieu dit au prophète de diviser ses cheveux en trois parts égales :

  • Le premier tiers devait être brûlé. Cette action représentait ceux qui périraient dans la ville pendant le siège de Jérusalem.
  • Le deuxième tiers devait être frappé avec une lame, pour symboliser ceux qui seraient massacrés autour de la ville pendant le même siège.
  • La troisième partie devait être dispersée au vent, pour symboliser ceux qui serait éparpillés dans des pays étrangers.
  • Le sac du déporté (12)

Un peu plus tard, Ezéchiel reçoit l’ordre de préparer un baluchon de déporté pendant la journée, aux yeux de tous. Ce mime signifiait qu’Israël serait emmené en déportation à Babylone.  

Il devait ensuite, le soir, percer un mur, faire passer le baluchon par un trou, le mettre sur ses épaules, et couvrir son visage. Ce signe concernait le roi Sédécias qui serait obligé de prendre la fuite de nuit, mais que ses ennemis arrêtèrent et à qui ils crevèrent les yeux. Ainsi il ne put voir le pays des Chaldéens où il fut ensuite déporté, conformément au mime du prophète.

« Alors ils sauront que Je suis le Seigneur » / « Alors vous saurez que Je suis le Seigneur. »  Cette formule que nous retrouvons 54 fois dans le livre exprime bien le but ultime de Dieu : que tous connaissent et honorent Dieu afin que son peuple vive.

  • La mission d’Ézéchiel à propos de Jérusalem, (8 à 19) 6e année de déportation.
  • Nous avons évoqué, dans les 4 premiers chapitres, la vocation d’Ezéchiel avec cette vision de la Gloire de Dieu quittant le Temple de Jérusalem.
  • Dans les chapitres 4 à 7, nous avons vu par quels gestes symboliques le prophète avait annoncé la famine, le siège, la destruction de Jérusalem et un exil important.

Au bout d’une année, le prophète va devoir montrer à Israël, l’ampleur de ses fautes. Il va le faire en utilisant de nombreuses paraboles dont l’objectif est en même temps de lui révéler la tendresse de Dieu qui veut coûte que coûte que chacun revienne à Lui. Plusieurs catégories sont visées.

  1. Le culte du Temple.

Un jour, le prophète est transporté en esprit dans le Temple, à Jérusalem. Dieu lui montre l’ampleur du délabrement moral des prêtres et du peuple, au point que même le Temple est profané. L’idolâtrie et la violation de l’Alliance sont telles, que Dieu quitte son Temple et le livre à la destruction.

  • Les faux prophètes (14)

Parmi les captifs emmenés à Babylone, mais aussi à Jérusalem, il y avait des faux prophètes et même des prophétesses qui égaraient les exilés en annonçant un retour prochain (versets 8 et 9) ; (trois sont mêmes désignés par leur nom, Achab, Sédécias et Sémaïa, versets 21 à 24) et cela n’encourageait pas à renoncer à sa mauvaise conduite. Et du coup, lorsque Dieu envoyait un vrai prophète, le peuple ne l’écoutait pas et répondait habituellement à leur message par un proverbe insolent et moqueur : « les prophéties ne se réalisent jamais » (versets 21, 22).

Certains responsables affectaient de s’intéresser à la prophétie tout en restant loin de Dieu dans leur cœur (14, 1-11). D’autres, tout en croyant à son accomplissement, la renvoyait à un futur lointain.

Dieu demande donc à Ézéchiel de dénoncer ces erreurs et promet que les faux prophètes périront et que l’on n’entendra plus de proverbe moqueur sur les prophéties de jugement contre Juda et Jérusalem (versets 23-25).

  • La ville de Jérusalem et le peuple d’Israël

Jérusalem, la ville tant aimée de Dieu, tient une place très importante dans le livre d’Ezéchiel. Elle est mentionnée 24 fois. Plusieurs types d’accusations sont portées contre elle, et son sort va préfigurer celui de toute la nation d’Israël, puis, dans la dernière partie du livre, celui de toutes les nations.

Ce qui est insupportable aux yeux de Dieu, c’est qu’il a veillé sur Jérusalem, c’est Lui qui l’a rendue belle. Par trois fois, dans le livre, l’histoire d’Israël est reprise, afin de rappeler tous les bienfaits de Dieu pour elle.

·      Au chapitre 15, la parabole du cep 

La Bible compare souvent Israël à une vigne, la vigne de Dieu. Le peuple avait été pris d’Égypte et « planté » en Terre promise. « L’Éternel avait soigné cette vigne avec amour, en multipliant ses soins, afin d’en obtenir des fruits. Mais, déception, elle n’a pas porté de fruits. » (Psaume 80, 9)

Ézéchiel reprend cette comparaison à propos de Jérusalem. Mais à travers la capitale, c’est tout Israël qui est visé.

Nous le savons, la vigne vaut surtout par ses fruits. Mais si elle n’en produit pas, elle devient totalement inutile, et on la jette au feu (versets 1-3). Jérusalem n’a pas porté de fruit pour Dieu. Voilà pourquoi l’armée babylonienne va brûler la ville, devenant ainsi l’instrument du Seigneur pour la châtier.

« Voilà qu’on le jette au feu pour le consumer : le feu consume ses deux extrémités, le milieu est brûlé ; peut-il servir à quelque ouvrage ? Déjà, lorsqu’il était intact, on n’en faisait nul ouvrage ; une fois que le feu l’a consumé et brûlé, pourrait-on encore en faire quelque ouvrage ? C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Comme je jette au feu le bois de la vigne pour le consumer, de préférence aux bois de la forêt, ainsi je jette au feu les habitants de Jérusalem. (Ez 15, 4-6)

Au moment où Ézéchiel prononce ces paroles, Jérusalem a déjà subi un jugement partiel (le feu a « consumé les deux extrémités », verset 4 mais le jugement complet touchant « le milieu » était à venir.

Dans le NT, Jésus reprendra cette parabole. Il est lui-même « le vrai cep » (Jean 15). Lui seul a porté le fruit le plus excellent pour Dieu.

  • Au chapitre 16, la parabole de l’épouse infidèle

L’union conjugale de Dieu et de son peuple, est un thème qui revient aussi, souvent chez les prophètes.

Israël chez le prophète Ezéchiel est d’abord comparée à une petite fille qui va devenir l’épouse, puis la femme infidèle.

4 « À ta naissance, le jour où tu es née, on ne t’a pas coupé le cordon, on ne t’a pas plongée dans l’eau pour te nettoyer, on ne t’a pas frottée de sel, ni enveloppée de langes. 05 Aucun regard de pitié pour toi, personne pour te donner le moindre de ces soins, par compassion. On t’a jetée en plein champ, avec dégoût, le jour de ta naissance. »

Regardons maintenant les versets 6 à 8 : « Je suis passé près de toi, et je t’ai vue te débattre dans ton sang. Quand tu étais dans ton sang, je t’ai dit : “Je veux que tu vives !” Je t’ai fait croître comme l’herbe des champs. Tu as poussé, tu as grandi, tu es devenue femme, ta poitrine s’est formée, ta chevelure s’est développée. Mais tu étais complètement nue. Je suis passé près de toi, et je t’ai vue : tu avais atteint l’âge des amours. J’étendis sur toi le pan de mon manteau et je couvris ta nudité. Je me suis engagé envers toi par serment, je suis entré en alliance avec toi – oracle du Seigneur Dieu – et tu as été à moi. »

Qui est celui qui est passé, ici ? C’est le Seigneur.

  • Il passe une première fois près de la petite fille qui vient de naître et lui donne la vie.
  • Il passe quand elle est devenue jeune fille et c’est l’amour.

Dieu a été séduit, subjugué par Jérusalem alors qu’Il lui dit : « Tu étais de plus en plus belle » au v. 13c, Puis le Seigneur a fait alliance avec elle et l’a épousée.

Aux versetx 21-25, on retrouve ce verbe « passer » :

  • Tu as égorgé mes fils et tu les as livrés en les faisant passer par le feu pour elles.
  • À l’entrée de chaque chemin, tu t’es construit une estrade pour y souiller ta beauté et livrer ton corps à tout passant ; ainsi tu as multiplié tes prostitutions.

Cette fois le sujet du verbe a changé, on reproche à Israël d’avoir fait passer ses enfants par le feu, c’est-à-dire de les avoir livrés aux faux dieux.

Mais c’est surtout le verset 25 qui nous choque. Dieu était passé et cela avait donné la vie. Mais elle lui a préféré les passants, faisant d’elle une infidèle et même une prostituée.

Le contexte historique est clair : alors que les exilés à Babylone se plaignent d’avoir été abandonnés par le Très haut, le prophète réplique : c’est Israël qui a brisé l’Alliance !

Aucun symbole n’est, comme celui du mariage, plus propre à exprimer la tendresse, l’amour, la fidélité de Dieu envers son peuple et l’horreur que doit provoquer en Lui l’ingratitude et les infidélités.

Si à la première lecture d’Éz 16, nous identifions plutôt un Dieu en colère qui sévit, la progression des sentiments de l’époux quand Il voit Jérusalem proche de son anéantissement, la suite du chapitre dévoile essentiellement un Dieu qui souffre et qui l’assure en même temps de sa fidélité, sans même attendre qu’elle s’amende.

Cette histoire navrante est en fait celle de tout homme. Dieu a trouvé sa créature en état de péché, Il a tout fait pour l’en arracher et lui donner la vie nouvelle. Comment l’homme a-t-il répondu à tant de grâce ? Nous le voyons bien aujourd’hui…

4. La mort de la femme d’Ezéchiel et la chute de Jérusalem (Ch 24) Les deux signes de la fin de Jérusalem.

a)     La parabole de la marmite bouillante : versets 3-14

Le chapitre 24, est précisément daté du jour qui marque le début du siège final de Jérusalem. Pour annoncer la prise de Jérusalem, Dieu donne à Ézéchiel une nouvelle image, celle d’une marmite bouillante.

« Raconte une parabole à cette engeance de rebelles. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Prépare la marmite, prépare-la ; verses-y de l’eau.

Rassemble dedans les morceaux, tous les bons morceaux : cuisse et épaule ; remplis-la des meilleurs os. Prends le meilleur mouton, entasse du bois dessous ; fais tout bouillir à gros bouillons, que même les os soient cuits.

C’est pourquoi ainsi parle le Seigneur Dieu : Malheur à la ville sanguinaire, marmite rouillée, dont la rouille ne s’enlève pas ! On enlèvera morceau après morceau, sans tirer au sort. » (Ez 24,3-6)

Ézéchiel en tant que prêtre, connaissait bien l’action des marmites bouillantes, car cela était très utilisé dans le service du Temple.

De plus, cette image avait été employée par des meneurs du peuple qui estimaient orgueilleusement que de même que la viande est bien gardée dans la marmite qui la renferme, ainsi les habitants de Jérusalem étaient à l’abri de tout mal dans leur capitale. Ainsi, les habitants de Jérusalem ne croyaient pas possible la ruine de leur ville (Ézéchiel 11,3).  Ils refusaient donc les consignes données par Dieu, de ne pas résister à Babylone, afin d’éviter le pire.

Dieu maintenant, par la bouche du prophète, retourne cette image contre eux ; ils vont périr dans cette marmite dans laquelle ils se croyaient en sûreté.

b)     La mort tragique de la femme d’Ézéchiel : versets 15-24

Nous savons dans quel état la ville sortira de cet affreux siège. Ézéchiel va vivre personnellement le deuil et la souffrance, puisque ce même jour Dieu lui annonce que sa femme bien-aimée va mourir subitement (verset 15) ; cette prophétie s’accomplit le soir même (verset 18).

Dieu lui commande de contrevenir aux coutumes de l’époque et de se lamenter en silence. Par ses propres circonstances et son témoignage, le prophète va ainsi enseigner à son peuple quelles douleurs vont s’abattre sur eux quand Dieu leur ôtera ce qu’ils ont de plus cher : leur capitale et leur sanctuaire.

Comme la femme d’Ézéchiel enlevée à la vie, le Temple serait détruit, comme Ézéchiel, les exilés se lamenteront alors en silence (versets 22, 23). Les signes extérieurs de tristesse servent à attirer l’attention des autres afin de susciter leur sympathie. Mais la perte du Temple et la destruction de Jérusalem toucheront tous les exilés. A quoi bon attirer l’attention par des signes ? Les exilés n’étaient entourés que des Babyloniens, qui auraient d’autant moins de sympathie pour ces Juifs qu’ils étaient les exécuteurs du jugement. Plus encore, ils y trouveraient même leur satisfaction.

  • Un reste fidèle (14)

L’exil a déchiré le peuple :

  • Les Israélites qui habitaient encore la Palestine, pensaient et parlaient avec un certain mépris de leurs compatriotes emmenés en captivité : Ils considéraient que les exilés avaient été punis et avaient donc perdu toute légitimité sur la terre d’Israël « Restez loin du Seigneur, c’est à nous que le pays fut donné en possession. » (11,15) Il fallait donc abattre la présomption de ces juifs restés à Jérusalem.

–   Ceux qui étaient en exil au contraire, se sentaient abandonnés de Dieu et enviaient

    leurs frères restés sur leur sol. Il fallait leur redonner courage. L’intention de Dieu

    n’était pas de faire périr son peuple, mais qu’il revienne à Lui. Dieu souhaite leur

    donner un message plein d’espérance :« Ainsi parle le Seigneur Dieu : Oui, je les ai

    éloignés parmi les nations ; oui, je les ai dispersés dans les pays étrangers. Mais j’ai

    été pour eux comme un sanctuaire, dans les pays où ils sont allés.

Même si j’ai envoyé mes quatre terribles châtiments, épée, famine, bêtes féroces et peste, contre Jérusalem pour en retrancher hommes et bêtes, 22 voilà qu’en elle subsiste un reste. « 14,21

  •  

C’est comme une re-création qui est annoncée par le prophète. C’est pourquoi tu diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : « Je vous rassemblerai du milieu des peuples, je vous réunirai de tous les pays où vous avez été dispersés ; puis je vous donnerai la terre d’Israël. Ils y entreront, ils en supprimeront toutes les horreurs et toutes les abominations. Je leur donnerai un cœur loyal, je mettrai en eux un esprit nouveau : j’enlèverai de leur chair le cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu’ils suivent mes décrets, qu’ils gardent mes coutumes et qu’ils les observent. Alors ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu. » (Ez 11,16-20)

L’idée de ce reste fidèle qui sera préservé, se retrouve constamment chez les prophètes, surtout dans Isaïe. Nous pouvons déjà imaginer les tensions naîtront au moment du retour d’exil.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *