19e dim du TO

19e dim du TO

Je voudrais aujourd’hui m’attarder sur la première lecture tirée du 1er Livre des Rois (19, 9a.11-13a). Cela vous demandera sans doute de lire les deux chapitres qui précèdent le livre 19, ainsi que le chapitre qui suit, afin de comprendre la vie d’Elie, que je ne résumerai pas. Voici le plan de mon propos :

  • D’abord situer la vie d’Elie, au niveau géopolitique,
  • Parler de cette fameuse confrontation entre le prophète et ceux de la reine Jézabel
  • Evoquer cette rencontre entendue aujourd’hui et en quoi elle peut ressembler à certaines choses que Dieu peut vouloir faire chez nous
  • Et dans un dernier temps, nous nous demanderons comment ce texte peut nous parler dans notre vie chrétienne et dans notre engagement en Eglise.
  1. La situation géopolitique du temps d’Elie

A la mort du roi Salomon, le Royaume de David a éclaté en deux entités : au Nord, le Royaume d’Israël avec comme capitale, Samarie ; au Sud, le Royaume de Juda, centré sur Jérusalem. Elie évolue dans le Royaume du Nord, dont le roi est Achab. Voici ce qu’en dit le 1er livre des Rois 16, 30 – 33) : « Acab, fils d’Omri, fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, plus encore que tous ceux qui l’avaient précédé. (…) Il prit pour femme Jézabel, fille d’Ethbaal, roi des Sidoniens, et il alla servir Baal et se prosterner devant lui. Il lui dressa un autel, dans le temple de Baal qu’il avait construit à Samarie. Acab fabriqua aussi le Poteau sacré d’Ashéra. Par ses actions Acab ne cessa de provoquer l’indignation du Seigneur, Dieu d’Israël, plus encore que tous les rois d’Israël qui l’avaient précédé.

En réponse à cette trahison religieuse, Elie entame un bras de fer avec Achab et Jézabel pour montrer que c’est le Seigneur et non Baal qui donne la pluie. Il décrète qu’il ne pleuvra plus, ferme les vannes du ciel. Le manque de pluie entraine inévitablement la sécheresse et la famine.

  • La confrontation entre Elie et les prophètes de la reine Jézabel

Au bout de trois années et demi de sécheresse, Dieu dit à Elie, de prévenir Achab, car il va pleuvoir ! Au lieu d’être un messager de bonne nouvelle, Eli lance un défi aux 450 prophètes de Baal et 400 prophètes d’Ashéra. Deux autels sont construits : un pour le dieu Baal et un pour le Dieu d‘Israël. Au peuple de constater sur quel taureau, le feu du ciel va descendre. Après une journée de danse et de transe, il ne se passe rien pour les 850 prophètes païens, alors qu’au moment où Elie prie, le feu descend du ciel. Mais plutôt que de se réjouir que Dieu ait montré son pouvoir et que le peuple se convertisse, Elie fait égorger les prophètes de Baal. Quelque temps plus tard, la pluie tombe, mais Jézabel ne pardonne pas à Elie d’avoir massacré ses prophètes. Il est poursuivi par la police d’Etat et doit s’enfuir. Devant cet échec apparent, il n’a qu’une envie c’est de mourir.

  • La rencontre avec Dieu sur le mont Horeb

Nous pourrions dire qu’Elie est allé trop loin et qu’il s’est montré sous un jour abominable.

Mais Dieu a la patience de nos lenteurs et va l’accompagner en le soutenant de trois manières : la Restauration – la Révélation et la Réhabilitation pour de nouvelles missions 

  • Restauration : Face à cette envie de mourir, un ange réveille Elie à deux reprises et lui demande de se restaurer pour reprendre des forces et faire le voyage de 40 jours qui le mènera au mont Horeb où le Seigneur s’était déjà révélé à Moïse. 40 jours est un chiffre très symbolique dans la bible. Cela nous rappelle les 40 jours de pérégrination dans le désert mais aussi le temps que Jésus passa au désert, que nous commémorons durant le carême.
  • Révélation : Elie se retrouve dans la fameuse caverne où Moïse avait rencontré Dieu dans le fracas du tonnerre et avait reçu les Dix commandements. Elie s’attendait peut-être à une révélation identique car cela l’aurait élevé au rang de Moïse. Mais cette révélation ne lui était pas appropriée ce jour-là. Dieu se révèle à lui dans un tête-à-tête avec son âme. Elie découvre ainsi le vrai visage de Dieu qui vient lui parler et le consoler dans sa faiblesse.
  • Réhabilitation pour de nouvelles missions : Il est beau de voir qu’en dépit de tout ce qui s’est passé avec ce massacre des prophètes de Baal, (que Dieu n’avait d’ailleurs pas du tout demandé), Elie n’est ni disqualifié ni mis à l’écart. Il est chargé de concrétiser des choix géopolitiques de Dieu qui vont aboutir au jugement de la nation d’Israël et du couple royal. Elie qui se croyait seul et un peu le dernier des prophètes, apprend qu’il aura un successeur, Elisée, alors qu’il pensait être le « dernier des Mohicans ». Dieu le rassure, son pays, contrairement à ce qu’Elie croyait, n’est pas un désert spirituel : il y a 7000 hommes qui sont restés fidèles à l’Eternel. Le narrateur nous dit même que l’intendant d’Achab était une sorte d’agent double et que tout en étant fidèle au roi, il avait aussi caché dans des grottes, des prophètes qu’il nourrissait quotidiennement (1 Rois 18, 13).

Cela signifie que parfois dans notre famille, quand nous pensons être les seuls à prier, Dieu nous montre que la réalité est différente. J’ai parfois été surpris d’apprendre que des gens qui ne viennent jamais à l’église prient quotidiennement. Il y a parfois, comme le dit la bible pour Elie, d’autres personnes qui prient, disent le chapelet, avec une âme belle et qui sont fidèles à Dieu.

  • En quoi ce texte nous parle pour notre vie chrétienne aujourd’hui ?

L’Ecriture nous dit en Jacques 5, 17 : « Elie était de la même nature que nous », avec ses hauts et ses bas. Cette expérience peu glorieuse de sa vie, les raisons qui l’y ont conduit et la façon dont Dieu l’a sorti sont pertinentes pour nous aujourd’hui. Deux expressions d’Elie sont très riches d’enseignement sur les raisons qui l’ont amené à ce point d’effondrement au point que le grand Elie a envie de mourir.

  • Au v. 4 : « Je ne vaux pas mieux que mes ancêtres » : Cette expression nous montre qu’il y a un peu d’orgueil chez lui. Elie croyait être au-dessus des autres, le 1er de la classe. Il s’était érigé lui-même comme son propre évaluateur de sa vie. Sa valeur il la définissait en proportion des résultats, de ce qu’il a fait et non pas de ce qu’il a été en termes d’obéissance et de fidélité à Dieu. Il s’est tellement surinvesti dans son ministère qu’il en a fait son identité même et quand son ministère semble échouer, son identité s’effondre. Ce n’est plus Dieu qui agit par lui selon son plan, mais c’est Elie qui peu à peu s’est mis à agir et à exiger les fruits de son action : être et faire !

Elie n’avait pas assez intégré qu’une vie au service du Seigneur ne peut être faite que de sommets. Les échecs font partie intégrante de notre vie chrétienne au service du Seigneur. Ces désillusions d’Elie expliquent les nôtres et nos propres naufrages. Notre identité c’est d’être des êtres aimés du Père.

  • V. 10 et 14 : « Moi, je suis le seul à être resté ». C’est un peu comme si Elie avait dit : « Je suis le seul à tout faire ici ! »  Il nous arrive de penser cela lorsque nous sommes surinvestis pour l’œuvre de Dieu. Il peut y avoir une certaine présomption, un orgueil à se sentir indispensable quand tout va, mais ensuite une grande amertume quand les résultats de notre action ne sont pas là. C’est bien limiter l’action de Dieu que de prétendre être le seul à en être l’acteur de cette action de Dieu.

Face à toutes ces situations, Dieu a une double réponse : « Je suis présent. Tu as des frères et des sœurs avec qui partager et demander la prière ». Entendre comment eux-mêmes font face aux mêmes luttes, comment eux-mêmes sont encouragés. Dieu a instauré l’Eglise et la notion de fraternité pour ce besoin. Pense à ce que l’Ecriture dit en Hébreux 12, 1 : « Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée ». C’est cela qu’Elie redécouvre. Pensons à ces millions de chrétiens qui vivent aujourd’hui la solitude de la persécution, du bannissement social, familial.

Comme Elie, nous savons ces choses, mais nous ne les vivons pas au niveau de notre âme et de notre émotion et nous ressentons des solitudes qui ne sont pas. Jésus Christ est avec nous jusqu’à la fin du monde.

Elie a été repris par les carmes comme la figure prophétique, parce que c’est la figure du zèle, sans compromission, de quelqu’un qui réagit vraiment pour Dieu, qui se met en danger, quelqu’un de courageux qui veut tout donner pour Dieu. On peut comprendre que cela ait inspiré des figures au fil des siècles dans l’Eglise.

Mais quand on prend le temps de travailler ces livres bibliques, et j’espère que vous prendrez le temps de le faire, on se rend compte que ces grands personnages avaient aussi leurs imperfections : la Bible ne nous présente pas des figures qui sont complètent parfaites, c’est normal que des gens qui se donnent pour Dieu aient des imperfections.

C’est une bonne nouvelle pour toi et pour moi aujourd’hui, chacun de nous avons notre chance. Dieu vient aussi parler à ton cœur ce dimanche. Il vient me relever, te relever pour que nous puissions continuer avec Lui.

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