Moïse 2
- Au buisson ardent, Dieu révèle son Nom
« Moïse se voila le visage car il craignait de porter son regard sur Dieu ».
Nous retrouvons quelque chose de ce voile dans le rituel des funérailles des papes le cérémoniaire, recouvre le visage du pape d’un voile blanc, un geste symbolique empreint d’espoir, traduisant l’espérance chrétienne qu’il puisse désormais contempler le visage du Père, accompagné de la Vierge Marie et de tous les saints.
- Une première explicitation de la mission
« Le Seigneur dit : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel, vers le lieu où vivent le Cananéen, le Hittite, l’Amorite, le Perizzite, le Hivvite et le Jébuséen. Maintenant, le cri des fils d’Israël est parvenu jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font subir les Égyptiens. Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël » (Ex 3,7-10).
– Nous retrouvons ici un Dieu proche de l’homme, il a vu (3 fois ici), entendu, il connaît et, ce qui est nouveau, il est descendu. Dieu n’est pas un Dieu qui reste dans les Cieux. C’est une idée qui se met en place ici, et qui restera en place jusqu’à l’incarnation. Et s’il descend, ce n’est pas pour voir comment ça se passe, mais pour délivrer.
– La mission de Moïse se précise : faire sortir d’Égypte les fils d’Israël et pour cela, Moïse doit aller voir Pharaon. C’est Dieu qui libère mais pour s’en occuper, il envoie Moïse qui reçoit ainsi la mission que Dieu s’est attribué à lui-même.
Nous retrouvons ici un schéma classique dans la bible :
- Dieu appelle et présente une mission
- L’homme, ici, Moïse est réticent, il hésite devant l’ampleur de la tache car il ne se sent pas capable, « Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller trouver Pharaon, et pour faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? »
- Dieu répond qu’il sera là
- Alors Moïse accepte.
C’est ce que nous avons dans le récit de l’Annonciation :
- Dieu propose et attend une réponse.
- Comment cela va-t-il se faire ?
- « L’Esprit Saint viendra sur toi ».
- « Qu’il me soit fait selon ta parole. »
Mais Moïse va plus loin, il veut connaître la vraie nature de Dieu, alors il demande à Dieu son nom. Dans l’Ancien Testament, le nom définit la personne et renseigne sur son caractère, sa mission. A chaque fois que nous abordons un nouveau personnage, nous donnons l’origine de ce nom : (Jacob : le rusé – Esaü : poilu – Moïse : sauvé des eaux – Jeshua : Dieu sauve).
Dans ce contexte, la question du Nom de Dieu est donc un enjeu essentiel de la révélation biblique. On la trouve déjà dans la Genèse, dans l’épisode de la lutte de Jacob avec l’ange. « Jacob demanda : « Fais-moi connaître ton nom, je t’en prie. » Mais il répondit : « Pourquoi me demandes-tu mon nom ? » Et là il le bénit » (Gn 32,30).
Jacob n’avait pas reçu de réponse. La révélation commence à se faire ici, avec Moïse, elle recevra son couronnement avec l’incarnation.
Dieu répond à la question de Moïse par un des versets les plus importants de l’AT : « Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : « Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : JE-SUIS ». Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : « Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est LE SEIGNEUR, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob ». C’est là mon nom pour toujours, c’est par lui que vous ferez mémoire de moi, d’âge en âge » (Ex 3,14-15).
Dans le texte hébreu le nom de Dieu s’écrit avec 4 lettres (le tétragramme), ce qui est imprononçable et qui est proche de la troisième personne du verbe être : Il est. Voilà le nom divin confié à Moïse. Chez les Juifs, seul le grand prêtre essayait de le prononcer le jour du Yom Kippour, dans le Saint des Saints. C’est un nom qui est tellement sacré que lorsque les scribes le rencontrent, ils changent de plume et font une prière avant de continuer. Si bien que lorsque Jésus, en Jn 8,56 dit : « Moi, Je suis », les juifs pensent qu’il blasphème.
Le pape Benoît XVI, en 2008, a demandé que par respect pour le Nom de Dieu et pour le Peuple Juif, on n’utilise plus le nom « Yavhé ». Dans la traduction liturgique, nous avons LE SEIGNEUR en majuscule. Plusieurs traductions protestantes utilisent le mot « Eternel ». Mais on trouve encore le tétragramme dans la bible de Jérusalem.
Et Dieu sait que pharaon ne cèdera pas facilement mais il fait une demande que je n’avais jamais remarquée : « Quand vous partirez, vous n’aurez pas les mains vides. Chaque femme demandera à sa voisine et à l’étrangère qui réside en sa maison des objets d’argent, des objets d’or et des manteaux : vous les ferez porter par vos fils et vos filles. Ainsi vous dépouillerez les Égyptiens. » (3,21-22).
De quoi s’agit-il ? Les femmes israélites sont ici autorisées à demander ce que les Arabes appellent de nos jours un bakchiche (présent). Dieu se sert de cette habitude orientale pour faire donner aux Israélites une indemnité à laquelle ils ont droit. Et même, c’est une affaire d’honneur plus que de profit. Israël ne doit pas sortir d’Égypte en fugitif, ou en payant une rançon comme un esclave qu’on affranchit ; mais en vainqueur ; car le Seigneur aura combattu pour lui.
3. Premiers pas dans la mission
a) Les signes publics pour les Fils d’Israël– Ex 4,1-17
Moïse n’a toujours pas pleinement confiance en Dieu ! Il ne voit que des obstacles à sa mission. Dieu se montre patient, prend en compte toutes ses craintes et lui promet deux signes miraculeux qui prouveront qu’il est revêtu de l’autorité de Divine.
- un bâton qui devient serpent. Moïse l’utilisera souvent. Ce sera sa marque d’autorité et la preuve devant tous qu’il est bien le porte-parole de Dieu.
- une main qui devient lépreuse puis redevient normale. En manifestant ce pouvoir instantané de déclencher cette maladie et de la guérir, Dieu révèle sa puissance pour conforter Moïse dans sa mission.
- Et si cela ne suffit pas, Dieu promet un autre signe, l’eau du Nil deviendra du sang.
Moïse avance encore une nouvelle excuse : il ne sait pas parler. On dit qu’il était bègue. Cette fois, Dieu se met en colère car c’est la cinquième fois que Moïse discute.
Une fois encore, Dieu accède à sa requête, mais Il n’est vraiment pas content. C’est donc Aaron qui communiquera les paroles de Moïse. Ce sera une erreur quand Aaron et leur sœur Miriam contesteront l’autorité de Moïse et qu’il faudra que l’Éternel s’en mêle.
b) Le départ pour l’Egypte Maintenant Moïse doit demander à son beau-père de le laisser partir. Jethro répond simplement : « Va en paix ». C’est très beau car c’est la reconnaissance par un païen, de la vocation de Moïse.
Après cela, le Seigneur dit à Moïse : « Va, retourne en Égypte, car ils sont morts, tous ceux qui en voulaient à ta vie » (4,19). C’est ce que dira l’ange à Joseph, repris par Matthieu 2,20 : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et pars pour le pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »
« Moïse prit sa femme et ses fils, les installa sur l’âne et retourna au pays d’Égypte. Il avait pris en main le bâton de Dieu » (Ex 4,20).
Pendant le voyage, au campement où ils passaient la nuit, le Seigneur rencontra Moïse et chercha à le faire mourir » comprenons que Moïse tombe malade.
Moïse s’est rendu coupable, sans doute sous l’influence de Séphora d’une grave transgression. Un de ses fils, probablement Guershom, n’a pas été circoncis, alors qu’en tant que futur chef d’Israël, Moïse aurait dû donner l’exemple. Séphora voit tout de suite une punition dans le danger où se trouve son mari. En menaçant Moïse de mort, Dieu le rappelait à l’ordre de manière plutôt brutale.
Alors Séphora saisit une pierre tranchante, et coupe le prépuce de son fils. Puis elle touche de ce lambeau de chair les pieds de son époux (le sexe dans la traduction liturgique). Les pieds sont ici un euphémisme pour désigner les parties génitales.
C’est sa façon à elle de protester contre la nécessité où elle s’est trouvée de soumettre un enfant à une loi qui lui paraît cruelle : Tu es pour moi un époux de sang, dit-elle à Moïse, c’est-à-dire : Il a fallu le sang de mon fils pour racheter de la mort mon époux. Moïse guérit mais à la suite de ce désaccord, il renvoie sa femme et ses fils chez Jethro.
c) Moïse rencontre ses frères les Hébreux
Avec Aaron devenu son porte-parole, il convoque les responsables d’Israël. Aaron leur répète tout ce que Dieu a dit, et Moïse accomplit les signes miraculeux devant eux. Le peuple accueille dans la foi, l’annonce de l’intervention libératrice du Seigneur et montre sa confiance en Dieu en se prosternant et en adorant (Cf Ex 4,27-31).
4. La rencontre avec Pharaon (chapitre 5)
Le plus dur reste à faire : demander à pharaon de laisser partir les Hébreux.
« Ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Laisse partir mon peuple pour qu’il célèbre en mon honneur une fête au désert. » Pharaon dit : « Qui est le Seigneur pour que j’écoute sa voix et laisse partir Israël ? Je ne connais pas le Seigneur et je ne veux pas laisser partir Israël » (Ex 5,2-3).
Non seulement il refuse, mais en plus il alourdit l’oppression qu’il fait subir aux Hébreux. En plus de la fabrication des tuiles, ils devront eux-mêmes ramasser la paille pour les fabriquer.
Au final, la première intervention de Moïse fait que l’esclavage se durcit pour Israël. Et bien sûr, les Hébreux blâment Moïse et Aaron d’être responsables de leur nouveau malheur. Quant à Moïse, il s’en plaint à Dieu.
Ce que Moïse ne peut comprendre, c’est qu’en fait, le cœur des Israélites n’est pas suffisamment détaché de l’Égypte, nous le verrons à chaque fois que des difficultés surviennent. Or, dans la pédagogie divine, le fait que l’oppression soit portée à l’extrême, doit faire grandir en eux le désir de la libération, le désir du Salut.
5. Les signes et prodiges chapitres 7 à 10
La persuasion humaine a échoué, alors, pour forcer Pharaon à changer d’avis, des fléaux vont s’abattre sur l’Égypte. À dix reprises, le pays est touché. Nous avons tous entendu parler des 10 plaies. En fait, le texte parle de signes ou de prodiges, le mot plaie n’étant utilisé que pour le dernier d’entre eux. Ex 7,10
Les “plaies“ sont des frappes, des signes, des manifestations visibles de la volonté divine. Elles ont un triple objectif :
- délivrer le peuple,
- révéler aux Hébreux qui est leur Dieu, un Dieu qui a la capacité de les délivrer et qui est supérieur aux dieux égyptiens.
- montrer sa supériorité sur les innombrables faux dieux égyptiens. Les plaies visent chacune un dieu principal différent. Ils en avaient environ 3000 et une réelle puissance se cachait derrière eux. Ils étaient particulièrement corrompus au niveau de l’occultisme. 2 Ti 3,8 donne les noms de deux magiciens, Jannès et Jambrès, qui s’opposèrent à Moïse et qui étaient dotés d’un vrai pouvoir d’origine diabolique. «
A travers ces 10 signes, Dieu va parler 10 fois. Ce chiffre 10 correspond au nombre de fois où nous lisons : « Dieu dit », lors de la création. On retrouvera 10 paroles dans la loi de Moïse. Ici nous avons 10 signes qui montent en puissance pour changer le cœur de pharaon.
Les 10 prodiges sont traditionnellement divisés en trois groupes de trois, plus la dernière, avec une progression en intensité à plusieurs niveaux.
| Les magiciens | Les magiciens reproduisent 2 signes mais sont incapables d’y mettre fin. Au 3e, ils reconnaissent « le doigt de Dieu » dans ces événements | Les magiciens sont de simples spectateurs, étant même victimes de la 6e plaie. Les Hébreux sont épargnés | Les magiciens ont disparu. Certains Egyptiens écoutent Moïse pour se prémunir contre les plaies. |
| Moïse prévient Pharaon dans le Nil. Acte public au fleuve sacré, avec une portée symbolique forte. | 1 Eau du Nil changée en sang. | 4 invasion de mouches | 7 grêle et foudre sur les cultures |
| Dieu dit à Moïse : “Va chez Pharaon“, il s’agit donc d’un entretien privé pour le prévenir. | 2 invasion de grenouilles | 5 peste sur le bétail | 8 invasion de sauterelles |
| Aucun avertissement n’est donné à pharaon. | 3 invasion de poux | 6 ulcères des humains | 9 ténèbres (décréation) |
| 10 : les hommes vont être touchés dans leur chair par la mort des premiers-nés. | |||
Les commentaires disent que les fléaux peuvent s’expliquer par des phénomènes naturels qui s’enchaînent les uns aux autres. Pour l’eau transformée en sang, il arrive parfois que l’eau du Nil change de couleur sous l’effet de boue ou d’éléments organiques, ce qui peut entraîner la mort des poissons, la multiplication des grenouilles qui sortent de leurs trous, le pullulement des insectes qui touchent le bétail, et finalement les humains.
Comme souvent dans la Bible, l’important dans les prodiges et les miracles n’est pas leur côté surnaturel (ou pas), mais ce qu’ils désignent, au nom de quel message sont-ils envoyés. Ici le message des fléaux est que l’Égypte ne peut pas retenir indéfiniment le peuple hébreu en esclavage. Le Seigneur est avec ses enfants.
6. La mort des premiers nés pour un départ tragique
- L’annonce de la plaie et du départ
Le Seigneur dit à Moïse : « Pour la dernière fois, je vais frapper Pharaon et l’Égypte. Après cela, non seulement il vous laissera partir, mais il vous renverra définitivement, il vous chassera d’ici. » (Ex 11,1).
Avec cette annonce, nous passons des signes à la plaie, nous changeons de statut et Dieu passe à la vitesse supérieure. Nous ne sommes plus dans les signes, pharaon les a refusés, l’endurcissement de son cœur l’a conduit au refus de Dieu et il entre dans une logique de mort. Cette 10e plaie, vous vous en souvenez : tous les premiers-nés des hommes et du bétail vont mourir. Ici se termine la première partie du livre de l’Exode, 11 chapitres consacrés à la personne de Moïse, qui représentait Dieu auprès du pharaon. Les trois chapitres suivants traitent de la délivrance proprement dite du peuple hébreu.
- Les directives pour la célébration
| Chapitre 11 : annonce de la 10e plaie Chapitre 12 : rite du repas de la Pâque, mort des premiers nés et sortie d’Egypte comme une armée. Substitution des premiers nés. Chapitre 13 : Dieu fit faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux. C’est, rangés comme une armée, que les fils d’Israël étaient montés du pays d’Égypte. Moïse prit avec lui les ossements de Joseph, |
Au chapitre 11 on vient d’annoncer un drame, la mort des premiers nés, on sent que la sortie d’Egypte n’est pas loin, c’est tragique, et tout d’un coup, le chapitre 12 nous donne des recettes de cuisine, avec un certain nombre d’instructions qui touchent l’agneau, le pain, les herbes amères, la manière de prendre ce repas.
C’est un rituel qui est donné, pour permettre à ceux qui l’accompliront plus tard, d’être rendus contemporains de l’évènement, au moment même où ils vont accomplir ce rituel. C’est la forme de la mémoire biblique, faire mémoire dans la bible, c’est vraiment, non pas seulement se souvenir d’un évènement mais être contemporain de l’évènement.
C’est le sens de la mémoire que l’on a également dans l’Eglise Catholique, dans le sacrement de l’Eucharistie, comme projetés au moment même de la Cène. Le prêtre redit les paroles de Jésus au dernier repas. Nous savons, et il est parfois bon de nous le rappeler, que lorsque ce récit est proclamé durant la messe, l’histoire devient réalité. Ce qui s’est passé arrive de nouveau. Le pain devient le Corps du Christ, le vin devient le Sang du Christ.
Quelque chose de comparable arrive lorsque on proclame le récit de la Pentecôte. Ce qui s’est passé ce jour-là, n’est jamais terminé.
Ainsi, pour la Pâque juive, un des enfants de la famille pose la question et dit :
- « Mais papa pourquoi est-ce que nous on célèbre Pâque alors que c’est nos pères qui ont passé la mer Rouge ».
- « Mon fils pas du tout, quand nos pères ont passé la mer Rouge nous étions avec eux » c’est qu’en fait on célèbre le repas, non pas pour faire un souvenir de l’événement, mais parce qu’on se rend contemporain de l’événement.
Le rite permet de vivre l’événement et on aura ça bien évidemment au cœur du passage de la mer Rouge du Nouveau Testament, c’est-à-dire du passage de Jésus par la croix. Jésus lui aussi va passer par la mort pour ressusciter et qu’est-ce qu’il fait au cœur de cet événement, il donne le rite la veille et il va manger du pain et du vin et il va dire : « faites ceci en mémoire de moi ». Ce qui fait que quand je mange le pain et le vin devenus corps et sang de Jésus-Christ, je suis plongé à la Cène, je deviens contemporain de la Cène et donc contemporain de la Croix.
- Le sang de l’agneau 12
| Chapitre 11 : annonce de la 10e plaie Chapitre 12 : rite du repas de la Pâque, mort des premiers nés et sortie d’Egypte comme une armée. Substitution des premiers nés. Chapitre 13 : Dieu fit faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux. |
« Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera » (Ex 12,1-7).
L’annonce est très claire, le sang de l’Agneau qui sera exposé à l’entrée des maisons va protéger de la mort des premiers nés. Israël sera mis à part de ce passage du Seigneur. C’est le sang de l’Agneau qui donne la vie véritablement.
Ce qui est intéressant, c’est que, l’agneau dont le sang est donné, est un agneau de l’année, sans tâche sans défaut, c’est-à-dire un agneau parfait. Quand je donne mon agneau le plus le plus beau, celui de l’année, je prends sur ce qui est l’avenir de mon troupeau et on pourrait même dire, parce qu’on va voir que le texte le permet, qu’on a ici une forme d’échange du premier né. C’est-à-dire que je vais prendre le premier né de mon troupeau, pour le substituer finalement au premier né de l’homme. il y a une forme de substitution qui se fait ici, je donne un jeune agneau pour ne pas donner mon premier né, et pour que mon premier né reste en vie.
On a vraiment l’idée d’un sang de l’Agneau qui libère de la mort, mais qui montre qu’au fond Israël par ce rite, va renoncer symboliquement à son avenir, va en quelque sorte mettre à mort symboliquement cet avenir pour le donner à Dieu. Et donc on a ici un acte de confiance qui se fait dans le sang de l’agneau : moi je donne ce qui est mon avenir et Dieu, Lui, assure mon avenir.
« […] Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte » (Ex 12,11-13).
« Tous les fils d’Israël firent comme le Seigneur l’avait ordonné à Moïse et Aaron. C’est en ce jour même que le Seigneur fit sortir du pays d’Égypte les fils d’Israël rangés comme une armée. Et c’est au bout de quatre cent trente ans, c’est en ce jour même que toutes les armées du Seigneur sortirent du pays d’Égypte » (Ex 12,50-51).
- La sortie d’Egypte 13
| Chapitre 12 : rite du repas pascal, mort des premiers nés et sortie d’Egypte comme une armée. Substitution des premiers nés. Chapitre 13 : Dieu fait faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux. C’est, rangés comme une armée, que les fils d’Israël étaient montés du pays d’Égypte. Moïse prit avec lui les ossements de Joseph. Chapitre 14 : Pharaon se lance à la poursuite d’Israël. La mer |
« Quand Pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne leur fit pas prendre la route du pays des Philistins, bien qu’elle fût la plus directe. Dieu s’était dit : « Il ne faudrait pas qu’à la perspective des combats, le peuple revienne sur sa décision et retourne en Égypte. Dieu fit donc faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux. C’est, rangés comme une armée, que les fils d’Israël étaient montés du pays d’Égypte » (Ex 13,17-18).
Se diriger vers la mer des Joncs n’était pas le chemin le plus rapide. C’est pourtant par là que Dieu conduit son peuple. Plusieurs raisons à cela :
– Dieu craignait qu’Israël, à la perspective de combats, décide de retourner en Egypte, préférant l’esclavage au bonheur que Dieu leur promettait après cette épreuve.
– La route la plus directe, passait chez les Philistins. Affaibli par la servitude, le peuple n’était pas de taille à affronter un combat.
– Cette route menait à la Mer des Roseaux, c’est là que Dieu accomplirait le signe annoncé d’avance à Moïse :
Le nom hébreu de cette mer est Jam Souph, la mer des roseaux ou plutôt la mer des algues ; car on ne trouve des roseaux sur ses rives qu’à un seul endroit, un peu au sud de Suez, tandis que le fond de la mer est recouvert tout entier d’une forêt de plantes marines. Le nom de mer Rouge, est la traduction du nom grec de mer Erythrée que lui donnaient les anciens.
C’est, rangés comme une armée, que les fils d’Israël vont monter du pays d’Égypte
Le texte dit que « le Seigneur lui-même marchait à leur tête : colonne de nuée le jour, pour leur ouvrir la route – colonne de feu la nuit, pour les éclairer ; ils pouvaient ainsi marcher jour et nuit » (Ex 13,21).
Ces deux versets sont placés ici pour nous montrer que dès ce moment, Dieu lui-même se met à la tête du peuple et prend la direction de la caravane. C’est exactement ce que les généraux faisaient dans l’antiquité, pour assurer la marche de leurs troupes. Ainsi Dieu se donnait à connaître aux Israélites comme leur général et leur guide.
Mais à peine étaient-ils sortis d’Égypte, que Pharaon regretta leur départ et se mit à leur poursuite avec son armée.
Alors les Hébreux ont commencé à se plaindre : « L’Égypte manque-t-elle de tombeaux que tu nous aies emmenés mourir au désert ? … Ne te l’avions-nous pas dit en Égypte : « Laisse-nous servir les Égyptiens ? Mieux vaut pour nous servir les Égyptiens que mourir au désert. » (Ex 14,11-12).
| Chapitre 13 : Dieu fit faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux. C’est, rangés comme une armée, que les fils d’Israël étaient montés du pays d’Égypte. Moïse prit avec lui les ossements de Joseph, Dieu conduit son peuple. Chapitre 14 : Pharaon se lance à la poursuite d’Israël. La récrimination. La mer |
7. Le passage de la Mer Rouge Ex 14
On repère traditionnellement 3 étapes dans ce chapitre 14, avec à chaque fois un discours de Dieu et en réaction, un discours d’un des deux peuples.
- Versets 1 à 14 on est au bord de la mer :
- Pharaon décide de se lancer à la poursuite des Hébreux. A plusieurs reprises, le texte insiste sur l’importance de l’armée avec laquelle Pharaon entreprend de rattraper les Hébreux : « il prit six cents chars d’élite et tous les chars de l’Égypte », (Ex 14,7). C’est une façon de souligner le contraste entre la force démesurée des Egyptiens et la fragilité des Fils d’Israël.
Dans sa fuite, le peuple se trouve face à une mer qui semble infranchissable, et derrière les chars de Pharaon. Si la situation du campement israélite est bien celle qui est décrite au verset 2, ils avaient devant eux un bras de mer de deux à trois kilomètres de largeur ; quant à la profondeur, nous ne pouvons pas nous en faire une idée exacte, parce que les sables ont envahi la contrée.
Face à ce danger imminent les fils d’Israël perdent toute confiance. Ils ont « très peur ». « N’ayez pas peur ! » dit Moïse. Dans la bible, le contraire de la foi, ce n’est pas le manque de conviction, c’est la peur. Même chose dans les discours de Jésus. Celui qui n’a pas la foi a peur. Avoir la foi, c’est croire que Dieu a les choses en main et que je ne crains pas. Jusqu’à la fin, Israël aura ce manque de foi.
Mais Dieu n’a pas encore tout à fait atteint son but avec les Egyptiens. Il ne veut pas seulement libérer Israël, mais il veut aussi que ça se sache et qu’il soit reconnu par Pharaon et les autres peuples, comme le Dieu qui libère. Israël est là pour permettre à tous les peuples de reconnaître le seul Seigneur. C’est sa vocation. Dieu organise donc les choses en ce sens.
- Versets 15-25 : Au milieu de la mer
Dieu va maintenant manifester sa gloire « aux dépens de Pharaon » (v 17,18).
Moïse ne fait qu’étendre la main, la mer se fend en deux, le peuple se retrouve « au milieu de la mer, à pied sec. Le Seigneur Lui, est sur tous les fronts, bouleversant les éléments naturels, usant de la force et de la ruse guerrière.
Ce passage est une reprise de la création. Nous retrouvons ce que nous avions en Gn1 :
- La terre ferme qui apparaît quand la mer s’est retirée.
- Les ténèbres et la lumière
- Les nuits et les jours
- La mer reprend sa place
Une création nouvelle se fait avec une insistance sur « à pieds secs », ça signifie je ne touche même pas l’eau. La vie qui va être donnée est une vie à pieds secs. Nous retrouverons cela au moment du passage du Jourdain qui sera comme une petite mer rouge. Cela signifie que Dieu peut sauvegarder la vie au milieu même de la mer.
Avec les murailles d’eau, nous avons l’introduction très claire d’un élément qui ne peut être que surnaturel. En écrivant ce texte, l’auteur biblique nous dit qu’on ne peut pas réduire la sortie d’Egypte à un évènement matériellement ou naturellement explicable.
Le passage de la Mer Rouge est une création nouvelle. Ou plus encore, toute la création se met au service de la libération d’Israël. Dans la pensée rabbinique, la libération est l’événement fondateur pour Israël, plus important que la création du monde. C’est ce qui a fait dire à Rachi de Troyes, au commencement de son commentaire de la Genèse : « La Torah aurait dû commencer au chapitre 12 de l’Exode. » Si elle commence par la création, c’est uniquement par logique, le vrai commencement est la libération. »
C’est ainsi que Dieu fait éclater sa gloire aux dépens de Pharaon. Désormais, ils sont libérés de l’esclavage imposé par les Egyptiens.
Si certains soulignent l’intervention surnaturelle de Dieu, d’autres ont une explication très rationnelle. Il est possible que le vent sur une marée descendante ait repoussé les eaux, et que l’arrêt soudain du vent ait transformé le sol en bancs de sables mouvants, puis en une masse d’eau qui a englouti l’armée de Pharaon. Ce qui fait le miracle, ce n’est pas le phénomène météorologique, mais qu’il se soit produit exactement au moment où le peuple passait.
Il y a ici, chez l’écrivain biblique, la foi en la résurrection. Tout est fait pour nous montrer que cet évènement est un acte prophétique de la résurrection. // vallée ossements desséchés (ouvrir les tombeaux, c’est ramener sur la terre d’Israël. C’est ce que Moïse est en train de faire.
L’exode est écrit ici, à la façon dont Israël est rentré d’exil, en comprenant que sortir d’un pays étranger pour avoir une nouvelle vie, c’est prophétique de la résurrection.
« Les Égyptiens s’écrièrent : « Fuyons devant Israël, car c’est le Seigneur qui combat pour eux contre nous ! » (Ex 14, 25b) reconnaissance du Dieu d’Israël
- 26 on est de l’autre côté de la mer avec un discours du Seigneur
Sur ordre du Seigneur, Moïse étend de nouveau le bras. C’est alors que les Egyptiens sont engloutis par la mer et que les fils d’Israël entrent dans une nouvelle vie. Le mal est vaincu ; la vie a triomphé. Le Seigneur a sauvé Israël, qui voit les Égyptiens morts (u 30). Le peuple réalise avec quelle puissance Dieu agit pour lui.
Au début de ce récit, les fils d’Israël avaient très peur, et à la fin du récit, le peuple craint le Seigneur et met sa foi en lui (v. 31). Dans la Bible, la crainte de Dieu n’exprime pas une peur de Dieu, mais la reconnaissance de la grandeur de son amour, une grandeur qui n’écrase pas l’homme mais au contraire le remet debout. L’expression « crainte de Dieu » se rapproche du respect et de l’amour.
Désormais, le peuple met sa foi dans le Seigneur, qui s’est révélé à lui comme le Sauveur.
Conclusion : Récit qui est l’exploit de Dieu : récit fondateur, naissance d’Israël, ce n’est pas pour rien si la résurrection de Jésus est greffée sur la fête de la Pâque juive. C’est à Pâque que se joue l’acte de libération, un passage par la mort pour entrer dans la vie. La mer Rouge chrétienne c’est vraiment la mort et la résurrection du Christ.