Moïse 1

Moïse 1

  • Introduction :
  1. Moïse dans la bible

Moïse est le personnage le plus souvent cité dans l’ensemble des textes bibliques. Il apparait 765 fois dans l’Ancien testament et à 79 reprises dans le Nouveau Testament.

Parler de lui va nous faire regarder non seulement le livre de l’Exode, mais ce que l’on appelle le Pentateuque, c’est-à-dire les cinq premiers livres de la bible : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome, ce que les Juifs appellent la Torah. Nous avons sa naissance et sa vocation dans l’Exode, sa mort dans le Deutéronome, les prescriptions données par Dieu dans le Lévitique, la marche dans le désert commence dans l’Exode et se poursuit dans le livre des Nombres ; la Genèse constituant le prologue de cet ensemble.

Genèse 50 chapitresExode 40 chapitresLévitique 27 chapitresNombres 36 chapitresDeutéronome 34 chapitres
Origines de l’humanité et histoire patriarcale.Naissance et vocation de Moïse. Raconte la sortie d’Egypte et le voyage d’Israël jusqu’au Sinaï.Met l’accent sur la sainteté de Dieu et le code selon lequel son peuple doit vivre et Lui rendre un culte pour devenir saint.Marche dans le désert, du Sinaï aux frontières de Canaan ; avec les rébellions du peuple.Dernières paroles de Moïse et sa mort avant l’’entrée en Terre Promise.
L’élection d’Abraham10 commandementsLes années jubilairesLa manne Serpent d’airainMoïse répète  la loi 

Ainsi, avec la vie de Joseph, nous étions arrivés, le mois dernier, à la fin du livre de la Genèse, 50 chapitres dont voici les trois derniers versets : « Joseph dit à ses frères : « Je vais mourir. Dieu vous visitera et vous fera remonter de ce pays dans le pays qu’il a fait serment de donner à Abraham, Isaac et Jacob. » Joseph fit prêter serment aux fils d’Israël, en disant : « Quand Dieu vous visitera, vous ferez monter d’ici mes ossements. » Joseph mourut à cent dix ans. On l’embauma et on le mit dans un cercueil en Égypte. »

Voilà un livre qui se terminait sur une note dramatique, avec 4 termes plutôt mortuaires et le dernier mot était « Egypte » qui dans la bible est l’ennemi juré. Mais si nous lisons bien, Joseph promettait que Dieu « les ferait remonter dans le pays promis à Abraham, Isaac et Jacob ». Ainsi, la fin de la Genèse annonçait l’Exode et la fidélité de Dieu à ses promesses.

Il n’y a donc pas de rupture entre l’histoire patriarcale et l’histoire que nous allons appeler « législative », qui va être celle de Moïse. Les versets ci-dessous montrent bien que l’Exode se rattache généalogiquement à la Genèse.

Genèse 46,26-27Exode 1,1-6
« Total des personnes appartenant à Jacob et issues de lui, qui vinrent en Égypte, sans compter les femmes de ses fils : soixante-six en tout. Fils de Joseph qui lui furent enfantés en Égypte : deux personnes. Le total des personnes de la maison de Jacob qui vinrent en Égypte fut de soixante-dix. »« VOICI LES NOMS des fils d’Israël venus en Égypte avec Jacob, leur père. Chacun y vint avec sa famille. C’étaient Roubène, Siméon, Lévi et Juda, Issakar, Zabulon et Benjamin, Dane et Nephtali, Gad et Asher. Toutes les personnes issues de Jacob étaient au nombre de soixante-dix. Joseph, lui, était déjà en Égypte. »
  • Dt. 34,4 avec la vision de la terre Promise que Dieu accorde à Moïse à la fin de sa vie, relie Moïse aux récits des Patriarches et à ceux des origines :
    • Gn. 12,7 : À ta semence je donnerai ce pays.
    • Dt. 34,4 : C’est le pays dont j’ai juré à Abraham, à Isaac et à Jacob : À ta semence je le donnerai. »
  • La mention de l’âge de Moïse au moment de sa mort (120 ans) applique à Moïse une décision de Dieu au moment du déluge : Gn 6,3 Dieu dit : « Mon Esprit ne dirigera pas toujours l’homme, étant donné ses erreurs : il n’est que chair et ses jours seront de cent vingt ans. »

L’expression « les livres de Moïse » est parfois utilisée pour parler de ces livres, pour la bonne raison qu’on a longtemps pensé qu’il en était l’auteur. Nous lisons d’ailleurs en Dt 31,9 : « Moïse mit cette Loi par écrit et la donna aux prêtres, fils de Lévi… »

Aujourd’hui nous savons que ces livres ont été écrits à différentes époques et qu’il y a donc plusieurs rédacteurs. C’est ce qui explique, par exemple que nous avons deux versions de la traversée de la mer et deux récits de la vocation de Moïse). Certaines sources datent :

  • du Xe siècle av. J.C. sous le règne du roi Salomon
  • du VIIe siècle av. J.C. dans le royaume du Nord
  • de l’époque de l’exil à Babylone au VIe siècle av. J.C, époque durant laquelle l’identité et la foi d’Israël devaient s’affirmer pour ne pas disparaître.

Ce sont des textes importants car ils permettent de :

  • poser les bases théologiques du nom de Dieu, de ses attributs, de son plan de rédemption, de sa loi et de son culte
  • fonder historiquement et théologiquement les institutions religieuses, liturgiques et sociales du peuple d’Israël que connaîtra Jésus et qui influenceront les Apôtres. L’Église par ses fêtes et son calendrier liturgique reste encore profondément marquée par les fêtes décrites dans ces livres. Ainsi la Pentecôte et la Pâque sont reprises, mais transformées et accomplies par la vie de Jésus et l’action de l’Esprit Saint.

Nous commençons donc la vie de Moïse avec le début de l’Exode. Nous avons vu qu’il avait vécu 120 ans, sa vie va se dérouler en trois périodes de 40 ans, trois fois la durée d’une génération :

  • 40 ans dans le palais de Pharaon
  • 40 ans à Madian comme berger
  • 40 ans dans le désert comme chef des Hébreux

Le diacre Etienne, dans le livre des Actes, au chapitre 7, reprend en détail toute la vie de Moïse, avec ces mêmes chiffres.

  1. La naissance de Moïse (Exode)
  1. Une famille qui devient un peuple

« Toutes les personnes issues de Jacob étaient au nombre de soixante-dix », ce qui est peu finalement, mais « Les fils d’Israël furent féconds, ils devinrent très nombreux, ils se multiplièrent et devinrent de plus en plus forts : tout le pays en était rempli ». v 7

C’est un vrai changement d’échelle qui s’opère. Au point qu’au moment de quitter l’Egypte on nous dira : « Les fils d’Israël partirent de la ville de Ramsès en direction de Souccoth, au nombre d’environ six cent mille sans compter les enfants » (Ex 12, 37).

Dans la bible, quand un chiffre est précédé du mot « environ », cela signifie que c’est un chiffre symbolique. Théologiquement, l’auteur biblique nous dit ici que les promesses de Dieu faites à Abraham concernant sa descendance qui devait être aussi innombrable que les étoiles dans le ciel, se sont réalisées.

On retrouve là, le vocabulaire de Gn1,26 : « croissez, multipliez, emplissez la terre ». Nous sommes passés d’une famille à un peuple, le peuple des descendants d’Abraham, Isaac et Jacob, les fils d’Israël. Dieu n’oublie jamais son peuple, même si celui-ci en vient à L’oublier.

  • Un nouveau roi

« Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph. Il dit à son peuple : « Voici que le peuple des fils d’Israël est maintenant plus nombreux et plus puissant que nous. Prenons donc les dispositions voulues pour l’empêcher de se multiplier. Car, s’il y avait une guerre, il se joindrait à nos ennemis, combattrait contre nous, et ensuite il sortirait du pays. » On imposa donc aux fils d’Israël des chefs de corvée pour les accabler de travaux pénibles. Ils durent bâtir pour Pharaon les villes d’entrepôts de Pithome et de Ramsès. Mais, plus on les accablait, plus ils se multipliaient et proliféraient, ce qui les fit détester » (Ex 1,8-12).

  • Le nouveau pharaon n’a aucun lien avec Joseph, ni même aucun souvenir de ce qu’il a fait.
  • La dynastie des « hyksos » a été renversée, ce ne sont plus des sémites qui règnent en Egypte.
  • Les Hébreux sont « Trop nombreux et trop forts ». Le danger est d’autant plus grand que le district de Gossen est, par sa situation au nord-est, le plus exposé à des invasions. Les Israélites pourraient se joindre à des envahisseurs.

Pharaon va prendre des mesures, de plus en plus violentes, pour limiter leur expansion :

  • Il commence par opprimer les adultes en les réduisant en esclavage : Ils sont féconds, alors on va les faire travailler encore plus, espérant qu’ils arrêtent de se multiplier. Cela n’a pas l’effet escompté. Au contraire, plus l’oppression devient dure, plus le peuple se multiplie. « Mais, plus on les accablait, plus ils se multipliaient et proliféraient, ce qui les fit détester » (Ex 1,12).
  • Deuxième tentative : solution génocidaire, tuer les enfants.

« Le roi d’Egypte parle aux sages femmes afin que les enfants mâles soient supprimés. Mais les sage-femmes ont la crainte de Dieu et elles respectent la vie.

« Dieu accorda ses bienfaits aux sage-femmes ; le peuple devint très nombreux et très fort. Comme les sage-femmes avaient craint Dieu, il leur avait accordé une descendance » (Ex 1,20-21).

Les sages femmes bernent pharaon, elles respectent la vie donnée par Dieu, elles donnent la vie ; Dieu les bénira, elles recevront la vie. Pharaon donne la mort, il recevra la mort.

  • Troisième mesure envisagée, si le Pharaon n’atteint pas le but qu’il s’est fixé par le biais des sages femmes, il fera appel à tout son peuple pour jeter les garçons nouveaux nés dans le Nil.

C’est dans ce contexte terrible que l’Exode nous raconte la naissance de Moïse. C’est un garçon ! Il est donc en danger, mais il sera le sauveur sauvé.

  •  La naissance de Moïse

« Un homme de la tribu de Lévi avait épousé une femme de la même tribu. Elle devint enceinte, et elle enfanta un fils. Voyant qu’il était beau, elle le cacha durant trois mois. Lorsqu’il lui fut impossible de le tenir caché plus longtemps, elle prit une corbeille de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de goudron. Elle y plaça l’enfant, et déposa la corbeille au bord du Nil, au milieu des roseaux. La sœur de l’enfant se tenait à distance pour voir ce qui allait arriver. La fille de Pharaon descendit au fleuve pour s’y baigner, tandis que ses suivantes se promenaient sur la rive. Elle aperçut la corbeille parmi les roseaux et envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit et elle vit l’enfant. C’était un petit garçon, il pleurait. Elle en eut pitié et dit : « C’est un enfant des Hébreux. ». La sœur de l’enfant dit alors à la fille de Pharaon : « Veux-tu que j’aille te chercher, parmi les femmes des Hébreux, une nourrice qui, pour toi, nourrira l’enfant ? »  La fille de Pharaon lui répondit : « Va. » La jeune fille alla donc chercher la mère de l’enfant. La fille de Pharaon dit à celle-ci : « Emmène cet enfant et nourris-le pour moi. C’est moi qui te donnerai ton salaire. » Alors la femme emporta l’enfant et le nourrit » (Ex 2,1-10).

Les parents de Moïse, sont tous deux issus de la maison de Lévi. Ils sont de la première génération des Hébreux qui naissent en Égypte. Moïse est donc de la deuxième génération qui voit le jour en Égypte. Jacob est son arrière-grand-père.  On voit par la suite du récit qu’ils avaient eu déjà deux enfants, une fille (verset 4), nommée Marie et un fils, Aaron.

Le chapitre 6 nous apprend leur nom et nous dit qu’ils sont en fait neveu et tante, ce qui est interdit. « Amram prit pour femme Yokèbed, sa tante, qui lui enfanta Aaron et Moïse. Amram vécut cent trente-sept ans » (Ex 6,20). (Moïse  condamnera ce genre de mariage, mais cette loi au moment de leur mariage n’était pas encore ordonnée).

Dans la tradition antique, le fait de raconter la naissance ou l’enfance d’un personnage est très significatif. On ne raconte que la naissance des héros. Ainsi, dès les premiers versets du Livre de l’Exode, le lecteur avisé décèle dans la naissance et l’enfance de cet enfant, la venue d’un personnage important.

Il est beau, donc légitime pour la royauté (Saül, David). Ce n’est pas seulement un détail esthétique mais une allusion au destin de l’enfant.

La survie de Moïse repose sur plusieurs circonstances incroyables, la Providence est à l’œuvre :

  • Il faut déjà tout le courage des parents pour mettre au monde des enfants dans le contexte que nous venons d’évoquer. (Cf aujourd’hui)
  • Le courage de sa mère pour le garder en vie,
  • L’espérance pour oser le laisser au bord du Nil pour le sauver. « Comme elle ne pouvait plus le cacher, elle prit pour lui une caisse de jonc et l’enduisit de bitume et de poix, et elle y mit l’enfant. » (Ex 2,3)

 Le mot utilisé ici est le même que pour désigner l’arche » dans l’histoire de Noé. De plus, dans les deux cas on parle de bitume, de goudron ou de poix. En fait, cette allusion est bien plus qu’un simple rapprochement entre deux personnages, elle donne une indication sur la mission future de Moïse : Noé a été un sauveur, sauvé des eaux. Il a sauvé le monde en construisant son arche pour échapper au Déluge ; Moïse va sauver son peuple en le faisant sortir de l’esclavage d’Égypte, en traversant la Mer.

Autre détail important, la corbeille est déposée au milieu des roseaux. La mer des Joncs, appelée aussi mer des Roseaux est, l’endroit de la mer Rouge qui sera traversé plus tard. D’une certaine façon, Moïse expérimente par avance, ce qui arrivera plus tard au peuple. Il sera tiré des eaux des roseaux.

  • De manière providentielle, Moïse est aussi sauvé par la fille de Pharaon qui désobéit à l’ordre de son père, puisqu’elle est parfaitement consciente que Moïse est hébreu.  
  • Moïse est confié à une nourrice… qui se trouve être sa propre mère ! Une mère qui va être payée pour nourrir son enfant !

2. Moïse à la cour royale                                                                   

a) le don du nom

« Lorsque l’enfant eut grandi, [sa mère] le ramena à la fille de Pharaon qui le traita comme son propre fils ; elle lui donna le nom de Moïse en disant : « Je l’ai tiré des eaux » (Ex 2, 10).

Dans une naissance biblique, trois opérations valident la naissance : concevoir, enfanter, donner le nom. Cf Vierge Marie, « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus » (Lc 1,30-31).

… le don du nom fait partie de la naissance, donc Moïse est resté trois ans sans nom.

Or ici, ce n’est pas la mère qui donne le nom. « Moïse » est bien le nom que lui donne la fille de Pharaon. Socialement, il va appartenir à la nation égyptienne. Double naissance Israël et Egypte. Le nom éclaire ce qu’il sera. Il est à la fois hébreu (de naissance) et égyptien (d’adoption).  

Petit-fils du pharaon, il ne reçoit pas seulement une éducation égyptienne mais une éducation pharaonique. Ce qui lui permettra de parler d’égal à égal avec Pharaon.

  • Moïse, chef et juge

« Or vint le jour où Moïse, qui avait grandi, se rendit auprès de ses frères et les vit accablés de corvées. Il vit un Égyptien qui frappait un Hébreu, l’un de ses frères. Regardant autour de lui et ne voyant personne, il frappa à mort l’Égyptien et l’enfouit dans le sable. Le lendemain, il sortit de nouveau : voici que deux Hébreux se battaient. Il dit à l’agresseur : « Pourquoi frappes-tu ton compagnon ? » L’homme lui répliqua : « Qui t’a institué chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer comme tu as tué l’Égyptien ? » Moïse eut peur et se dit : « Pas de doute, la chose est connue. Pharaon en fut informé et chercha à faire tuer Moïse » (Ex 2,11-14).

Moïse, savait-il qu’il était Hébreu ? C’est probable puisque, en voyant de ses yeux un Égyptien maltraiter un Hébreu (le texte dit « l’un de ses frères »), il frappe à mort l’Egyptien après avoir vérifié que personne ne le voyait. Cet épisode dit déjà quelque chose du caractère de Moïse :

  • Il est sensible à l’injustice et ne supporte pas de voir les siens réduits en esclavage. Il prend donc parti pour son peuple et ne se contente pas d’assister impuissant à cette scène.  Un rabbin célèbre, Ibn Ezra, écrivait ceci : « Il fallait que Moïse eût une âme noble, qu’il fût élevé dans une cour royale, et non pas parmi un peuple d’esclaves, pour avoir conscience du sort réservé à ses frères et pour avoir la force de se rebeller contre les coups portés à l’un des siens par un Égyptien… »
  • Et dès le lendemain, nous le voyons endosser un costume de chef et de juge, pour régler un différend entre deux Hébreux qui se battent ce qui est bien en accord avec le caractère et les habitudes que devait avoir un homme élevé dans sa condition. « Le lendemain, il sortit de nouveau : voici que deux Hébreux se battaient. Il dit à l’agresseur : « Pourquoi frappes-tu ton compagnon ? » L’homme lui répliqua : « Qui t’a institué chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer comme tu as tué l’Égyptien ? » (Ex 2,13-14).

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Ça commence mal ! Il ne s’y prend pas bien ; il a commencé par tuer, dans un mélange de violence et de justice, puis, quand il essaie de faire justice entre ses frères, il est renvoyé chez lui sans ménagement. Et en effet, à ce moment de l’histoire, Moïse n’a reçu aucune mission d’être le chef et le juge des Hébreux. Cela viendra plus tard, il n’est pas prêt. La suite des évènements se chargera de le faire.

Moïse prend peur et s’enfuit dans le désert. Ainsi va se terminer la première tranche de sa vie, 40 ans en Egypte et à la cour de pharaon.

3.Moïse chez les Madianites

a) Le pays de Madiane

Ici commence la deuxième quarantaine de sa vie. Il a 40 ans. « Celui-ci s’enfuit loin de Pharaon et habita au pays de Madiane ».

L’origine des Madianites remonte à l’un des fils qu’Abraham eut après la mort de Sarah, avec Qetura : « Abraham prit encore une femme ; elle s’appelait Qetoura. Elle lui donna Zimrane, Yoqshane, Medane, Madiane, Yshbaq et Shouah » (Gn 25,1-2).

C’est ce sixième fils, prénommé Madiân qui donnera son nom à ce peuple. Cependant, malgré cette illustre ascendance, les liens entre Hébreux et Madianites se distancieront quelque peu puisque ces nomades, tour à tour marchands ou pillards, s’éloigneront et arpenteront le nord-ouest de la péninsule Arabique, à l’est du golfe d’Aqaba. Vous vous souvenez sans doute que c’étaient des marchands madianites qui avaient acheté Joseph et qui l’avaient l’emmené en Égypte. 

b) Moïse au puits de Madiane

Après une marche de plusieurs jours (500 km), Moïse s’arrêta près d’un puits.

L’eau est rare dans les pays de la Bible. Les puits constituent des lieux de rencontres et d’échanges essentiels. Plusieurs époux se sont rencontrés près d’un puits :

  • au puits d’Éliezer, le serviteur d’Abraham a trouvé une femme pour Isaac.
  • auprès d’un puits, Jacob rencontre sa future épouse Rachel

Ces rencontres sont d’ailleurs toutes construites sur le même schéma :

– un homme, après un voyage, s’assoit auprès d’un puits en terre étrangère

– arrive au moins une femme en l’occurrence, ici, il y en a 7

– il y a le don d’eau

– une conversation (ici elle aura lieu à la maison)

– la femme retourne à la maison pour informer son père

– le tout se termine par un mariage.

C’est le type de récit qu’utilisera Jean en racontant la rencontre entre Jésus et la Samaritaine.

Ici, à Madiane, Moïse voit une bergère qui fait boire son troupeau et qui est malmenée par des bergers. Moïse avec son sens de la justice, prend sa défense. Lorsque le père de la jeune fille apprend qu’un étranger l’a protégée, il l’invite à se reposer. Et Moïse s’installe auprès de la famille et épouse la jeune femme qui s’appelle Cippora (Ex 2,15-21). Elle lui donner un fils, « Guershom ». Moïse aura encore avec elle un autre fils, qu’il nomma Éliézer (Exode 18,4).

A cet endroit du texte, le père de Cippora est nommé « Réouël », un peu plus loin ce sera « Jethro ». C’est bien le même personnage, mais nous avons là une trace des différentes sources du livre de l’Exode.

  • Moïse berger  

Moïse va beaucoup apprendre auprès de son beau-père, qui est un païen. Il devient berger et s’occupe de son troupeau. Il le conduit dans le désert. « Il apprend en secret à l’école de Dieu » (Osée 2,14).

Les hommes célèbres de la Bible ont souvent été des bergers : Abel, Abraham, Isaac et Jacob et plus tard David. Ce métier les a préparés à devenir les responsables d’un peuple, eux qui étaient responsables d’un troupeau. A Madiane, Dieu façonne Moïse. Cette expérience de berger, va lui donner le sens de sa mission.

Un commentaire rabbinique raconte que Dieu a observé comment Moïse s’occupait du troupeau de son beau-père. « Lorsqu’il arrivait sur une nouvelle pâture, il commençait par envoyer les agneaux pour qu’ils mangent l’herbe la plus tendre, ensuite il envoyait les brebis quand l’herbe était plus dure et enfin les boucs quand il ne restait que les épines. Ayant vu que Moïse était un bon berger, Dieu a pensé qu’il pourrait conduire son peuple, c’est pourquoi il l’a appelé depuis un buisson en feu. Un bon berger fait attention à ce que chacun ait la part qui lui convient ».

4. Le buisson ardent et l’envoi en mission – Ex 2,23–4,17

a) L’intervention divine

« Au cours de cette longue période, le roi d’Égypte mourut. Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu regarda les fils d’Israël, et Dieu les reconnut » (Ex 2,23-25).

Jusque-là, nous n’avions pas idée des projets divins. Ces projets nous sont révélés à la fin de ce chapitre 2.

Les Israélites crient vers Dieu. Le texte utilise trois termes que l’on retrouve dans les psaumes de supplication : ils gémirent, ils crièrent, leur appel monta vers Dieu. Cet appel provient du fond de leur servitude (deux fois). Israël sait que personne d’autre ne pourra le sauver. Jusqu’à présent seules, les sages femmes avaient mis leur confiance en lui.

Et là, Dieu entre en scène. Pour signifier cela, le texte utilise quatre verbes où est explicitement répété le sujet : Dieu.

–  Dieu entend et voit : Dieu est présenté comme un être vivant doué de sensibilité

– Dieu se souvient de son Alliance avec Abraham, Isaac, Jacob : “se souvenir”, en hébreu, signifie non seulement se rappeler, mais intervenir. Dire que Dieu se souvient, c’est dire que Dieu va faire quelque chose : « Dieu se souvint de Noé… Il fit alors passer un souffle » (Gn 8,1).

Dieu intervient parce qu’il a fait alliance avec son peuple et qu’il se souvient de celle-ci.

– Dieu les reconnut : Le verbe hébreu qui est utilisé, sert à exprimer la connaissance de la nature intime d’un être ou d’un peuple. Reconnaître son peuple, c’est l’appeler, le choisir, l’aimer. Dire que « Dieu reconnaît » revient à signifier qu’il entre effectivement en communication, qu’il va s’engager, être avec les Israélites et faire avec eux son œuvre.

Pour l’auteur de ces lignes, l’Alliance est le fondement immuable de la foi d’Israël. Cette Alliance est sans condition et ne saurait être rompue. Le peuple a pu pécher et se retrouver en exil. L’Alliance n’est pas pour autant rompue et la promesse faite aux patriarches reste valable. C’est donc sur cet arrière-fond de l’Alliance que Dieu entre maintenant en scène. Dieu va révéler qui il est, et envoyer Moïse en mission.

b) Révélation de Dieu et appel de Moïse (Ex 3,1-6)

Voilà le fond de cette théophanie c’est-à-dire de cette manifestation de Dieu à l’Horeb.

« Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb. L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? »  Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » (Ex 3,1-4).

Ce verbe voir nous rappelle que dans le monde biblique, la vision est une entrée en relation. Dieu voit les choses de haut mais il donne à Moïse de pouvoir partager cette vision. Et cette vision porte sur le buisson qui brûle sans se consumer.

Ce buisson qui éclaire, donne de la chaleur sans se détruire est une image divine, d’un Dieu qui est ardent, donne de la lumière, brûle mais qui ne détruit pas. Nous retrouverons cette image du feu à l’Horeb au moment où Dieu donnera les 10 commandements.

Le Seigneur vit que Moïse avait fait un détour pour voir, et il commence à parler, il l’appelle : « Moïse, Moïse ». On a souvent ça dans les textes bibliques. On aura « Samuel, Samuel » au moment de sa vocation.

« Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! »

Dans l’orient ancien mais encore aujourd’hui, mettre sa sandale sur une terre, c’est faire acte de propriété. Ici, on définit un espace où la propriété est exclusivement divine. Et c’est cet espace qui nous permet de comprendre que se prépare la grande Théophanie du don de la loi, en Exode 19. Un lieu sacré où Dieu se révèle, voilà ce qui se fait ici. Dieu Lui-même le dira un peu plus tard, au verset 12 : « quand tu auras fait sortir d’Égypte mon peuple, vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne. »

Donc le buisson ardent est au même endroit que là où Dieu donnera les tables de la Loi. Cette montagne sera une montagne sacrée, mise à part, sur laquelle Dieu a commencé à se révéler petitement à Moïse, mais grandement au peuple aux chapitres 19 à 24.

C’est comme si, à nouveau, Moïse vivait individuellement une première fois, ce qu’il allait, par la suite, faire vivre au peuple :

  • Sortir de l’eau
  • Partir à l’étranger
  • Connaître le tragique de l’oppression
  • Ici une première Théophanie qui va être importante car elle va aboutir au don du nom.

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