4e Dim carême
Dans cet Evangile apparaissent plusieurs personnes : le père et ses deux fils qui sont des agriculteurs très aisés et leurs serviteurs. Toutefois, le fils cadet trouve peu à peu sa vie ennuyeuse et insatisfaisante. Il y a une routine à se lever chaque matin, à prier Dieu puis selon les traditions d’Israël, à aller travailler et terminer sa journée par des psaumes et des actions de grâce. Un jour, il se dit que la vraie vie c’est plus que cela, c’est une existence où il sera véritablement libre, libre par rapport aux ordres de son père et aux conseils de son frère ainé, libre par rapport aux traditions religieuses, libre dans une vie où il n’y aurait pas que la famille, le travail et Dieu. Il décide donc de demander sa part d’héritage et de s’en aller. Comme son père est respectueux et généreux, il lui laisse l’entière liberté.
Le jeune homme s’en va, comme dit l’Evangile, dans un « pays lointain ». Dans un premier temps, pour lui tout se passe bien, il va d’expériences en découvertes. Il est séduit par tout ce que le monde lui propose. Il se croit heureux, mais peu à peu, n’ayant plus les repères moraux et le cadre familial toute son éducation éclate et son argent passe en frivolité. Son humanité se dégrade et progressivement il dégringole. Son niveau de vie devient inférieur à celui du dernier des serviteurs de son père, car si jamais il y avait chez celui-ci un élevage de porcs qui est l’animal impur par excellence, il est certain que le serviteur qui y serait préposé aurait lui au moins de quoi manger. Ce qui n’est plus le cas pour ce jeune homme puisqu’il se trouve dans une région où sévit une grande famine. Progressivement déshumanisé et au plus profond de sa misère il est saisi par la grâce et commence un chemin intérieur. Au milieu des cochons, portant jusque sur ses vêtement la puanteur de son travail et affamé, il entrevoit tout ce qu’il a perdu en quittant son père. A la maison, il était libre, propriétaire, il contribuait à faire prospérer les biens familiaux, ses journées et ses semaines étaient rythmées par la foi et les fêtes religieuses vécues en famille. Il avait un but dans sa vie, et il pouvait deviner le projet que Dieu avait pour lui. Conscient de ses erreurs, il se met donc en route. Dans son cœur il répète tout au long du chemin ce qu’il dira à son père dès qu’il le verra afin d’obtenir son pardon.
Arrivé à l’entrée de la propriété, quelle n’est pas sa surprise de constater que son père casse tous les codes du patriarcat vécu en Orient. Non seulement il court vers lui, mais il ne lui demande aucun compte sur la gestion de ses biens. Il l’embrasse avec amour et lui fait une fête incroyable. Le veau qui avait été mis de côté pour son retour tant attendu est tué afin de célébrer celui qui « était mort et qui est revenu à la vie ! ». L’expression est mentionnée deux fois.
Dans mon ministère de prêtre, j’ai eu plusieurs fois la joie de voir des personnes dont plusieurs m’ont dit : « j’arrête mes bêtises, je rentre à la Maison », sous-entendu, « je reviens à Dieu et je demande à l’Eglise de m’aider ». Pour certaines d’entre elles, il n’y a pas eu de grands voyages dans un pays lointain pour s’éloigner de Dieu et des autres. Avec l’Internet on peut facilement perdre son âme et aller très loin dans certaines expériences spirituelles hasardeuses avec des recherches ésotériques voire occultes qui tuent la foi en Dieu et coupent du prochain.
Il y a de nombreux maitres chanteurs qui vous font miroiter qu’en vous laissant initier, en développant certaines potentialités, en suivant certaines techniques de respiration et de concentration mentale, en faisant appel aux énergies, à des esprits guides, vous serez plus épanouis, plus conscients plus libres, davantage guidés et donc plus heureux. Mais je remarque combien le désenchantement est très souvent au bout du chemin. Il se traduit parfois par des formes de dépressions, certaines maladies inexpliquées, un mépris de soi qui passe par des scarifications, des tentatives de suicide, une forme de dégoût de la vie, mais aussi par des phénomènes bizarres et inexpliqués chez soi, dehors, etc. Et au bout d’un moment, pour certains, la prise de conscience : « si je ne demande pas à l’Eglise et à un prêtre de m’aider, je vais mourir ».
Ces personnes sont pour moi l’actualisation du fils cadet qui a voulu faire sa vie loin de Dieu ou avec d’autres croyances et qui revient vers son Père. Alors me direz-vous en quoi cela me concerne, moi. Dans l’évangile, il n’y a pas que le père et le fils cadet. Il y a le fils ainé et les serviteurs. Dans la 2e lecture nous avons entendu que : « Dieu a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ ». Nous pouvons adopter l’attitude égoïste du fils aîné, sûr de lui, qui condamne, ferme son cœur à l’accueil et au pardon de ses frères et oublie lui-aussi qu’il a besoin du pardon. Mais nous pouvons aussi être les serviteurs : ils sont les témoins de la joie du père. Ils habillent le fils, lui mettent l’anneau au doigt, les sandales aux pieds, tuent le veau gras et participent à la fête. Ils sont au service de la miséricorde et ne font aucune objection à la compassion débordante du père. Mais parmi eux, il y a le serviteur qui rend compte au fils ainé revenu des champs et qui se contente de lui dire : « Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé ». Il se contente de communiquer l’abattage du veau gras et la condition physique du plus jeune. C’est comme s’il disait au fils ainé : « Regarde le genre de père que tu as ! Ton obéissance fidèle ne vaut même pas un chevreau, alors que la vie dissolue de ton frère lui vaut de recevoir le veau gras ! » Or cette justement cette information qui fait éclater la colère du frère ainé.
Ceci nous aide à comprendre que nous, si nous voulons être des ambassadeurs du Christ notre rôle est capital. Nous pouvons être médiateurs ou écrans. En conclusion : 3 bonnes nouvelles :
- Dieu est le Père miséricordieux qui, en Jésus, nous aime au-delà de toute mesure. Les erreurs que nous commettons, même si elles sont grandes, n’entament pas la fidélité de son amour.
- Dans le sacrement de la confession, nous pouvons toujours à nouveau repartir avec la vie : il nous accueille, nous rend la dignité d’être ses fils.
- Dieu nous invite à être les ambassadeurs de son pardon et les témoins de sa joie.