4e dim carême
1.La démarche des scrutins : Je voudrais d’abord rappeler la démarche que nous vivons avec nos catéchumènes depuis dimanche dernier et jusqu’à dimanche prochain. Vous savez que les lectures dominicales sont réparties sur trois années, chacune étant en lien avec un des évangélistes : Année A – st Matthieu ; Année B – st Marc ; Année C – st Luc. Tout n’est cependant pas figé dans le marbre, car nous constatons qu’à certains moments de l’année, nous entendons des passages de l’évangile de Jean comme c’est le cas ce matin (Jean 9, 1-41).
Dans le cadre de la préparation au baptême de nos catéchumènes, l’Eglise nous invite à reprendre les textes de l’année A pour la simple et bonne raison que le récit de la Samaritaine entendu la semaine dernière (Jean 4, 5-42), l’aveugle né aujourd’hui, et le retour à la vie de Lazare dimanche prochain (Jean 11, 1-45), font partie de ce que l’on appelle les catéchèses mystagogiques. Il y a une pédagogie de l’Eglise, liée à ce que Dieu révèle et nous fait découvrir au travers de ces trois récits. La semaine dernière, c’était tout ce qui touchait à la soif de Dieu. J’avais pris le temps de vous rappeler les différentes soifs qui par moment nous animent : soif de pouvoir, soif d’être aimé, soif de richesses qui peuvent nous pousser à prendre de mauvais chemins. Jésus vient révéler à cette femme qu’Il est Lui, Celui qui vient combler un cœur. Il ne la juge pas pour toutes ses errances et les mauvais chemins pris jusqu’à présent.
Ce dimanche, l’insistance pourrait davantage porter sur le regard : regarder ce que Dieu fait dans le cœur de notre prochain et demander la lumière dont nous avons besoin pour avoir le regard juste afin de voir ce que Dieu fait dans ma vie et dans la tienne ainsi que la façon dont Il agit à travers les événements.
2.Le regard dans la 1ère lecture (1 Samuel 16, 1-13). Il est question de Samuel, un homme de Dieu pétri et habité par le Seigneur, envoyé par le Très-Haut à Bethléem, dans le clan de Jessé. Samuel se dit que si Dieu l’envoie pour donner l’onction au futur roi, en remplacement de Saül qui a défailli, forcément Dieu va choisir parmi les ainés de Jessé, qui sont les plus grands, les plus costauds. Pour succéder à Saül, il faut quelqu’un qui en impose. Or voilà que tour à tour, Dieu lui montre que ce n’est aucun des fils présents qu’Il n’a choisi. Qui reste-t-il ? Le plus jeune aux champs. Et une fois que le jeune David arrive, Dieu confirme son choix au prophète : « Donne-lui l’onction, c’est lui que J’ai choisi ! »
En préparant cette homélie, je me suis dit : « Seigneur, si le prophète Samuel a dû changer son regard, bien plus pur que le mien, combien au demeurant, ai-je besoin de ton aide pour que je puisse discerner tes choix ! » Même un prophète parfois n’a pas tout de suite les critères de Dieu ! Nous, nous regardons avec les critères du monde, or Lui, voit le cœur !
- Rappelez-vous, quand Moïse avait été appelé par Dieu, il ne se sentait pas capable d’accepter une telle mission, car il était bègue (Ex 3, 10). Imaginons un instant que parmi les candidats à la présidentielle, l’un d’eux bégaie, quelle image cela donnerait-il à la télévision, à la radio et sur le plan international ? Nous nous dirions : « Ce n’est pas possible ! Cette personne-là ne peut pas représenter la nation française ! Il nous faut quelqu’un d’éloquent ! » Or ce n’est pas quelqu’un d’éloquent que Dieu a choisi pour faire sortir son peuple d’Egypte.
- Face à la défaillance et à la déliquescence morales du prêtre Elie (pas le prophète et de ses fils Phineas et Hofni au temple de Silo, Dieu n’a pas choisi un homme spirituel accompli de grande notoriété, Il a choisi le jeune Samuel qu’Il a formé et éduqué pour assurer la relève.
- Bernadette Soubirous, que Marie a visité à 18 reprises à la Grotte de Lourdes, était asthmatique, malade, illettrée, non catéchisée, si bien que lorsqu’elle est entrée à Nevers dans le couvent des religieuses, les autres sœurs ont dit : « c’est ça Bernadette ! » Et pourtant c’est elle que le Ciel avait choisie pour faire de Lourdes le lieu de pèlerinage mondialement connu. Nous voyons combien Dieu regarde notre cœur et nous les apparences. Ceci signifie que vous et moi avons toujours à être attentifs à ne pas juger trop vite.
- Pour vous qui êtes là en tant que catéchumènes, ces remarques peuvent vous éviter deux pièges : la prétention et le découragement. L’appel que Dieu vous a adressé n’est pas une affaire de mérite, mais seulement une question de disponibilité. C’est parce que vous avez été sensibles à ce que Dieu voulait vivre avec vous qu’un jour, vous avez accepté de vous mettre en marche. Aucune de vous ne possède les qualités ou les forces nécessaires, mais Dieu y pourvoira.
Dans la suite de l’histoire de David de David, c’est en obéissant à l’ordre de son père d’aller ravitailler ses frères ainés avec du fromage et du pain que David va se retrouver confronté à Goliath. Il a déjà reçu l’onction royale, mais cela mettra encore bien des années avant qu’il n’exerce véritablement la royauté. Cela signifie que la grâce que vous allez recevoir au baptême, mettra du temps à se déployer pour arriver à maturité afin que Dieu vous plaçant là où Il le souhaite, vous fasse porter pleinement du fruit. Cela prendra peut-être des années. Dieu a un temps qui est le sien et il faut savoir être patient avec Lui.
3. Dans l’évangile, nous sommes face à un homme qui est aveugle de naissance. Jésus va faire un geste que nous ne ferions plus aujourd’hui en cette période fortement hygiéniste. Avec sa salive, Il va faire un peu de boue en prenant de la poussière de la terre, et Il va l’appliquer sur les yeux de cet homme. Cela nous rappelle que Jésus, le Fils de Dieu agit avec son humanité (sa salive) et sa divinité. Jésus est pleinement homme et pleinement Dieu. Il fait ou refait le geste créateur dont la Bible nous parle dans le livre de la Genèse (2, 7) : Dieu prend de la terre, façonne l’homme et insuffle en lui le Souffle divin qui va faire de lui cet être que nous sommes tous aujourd’hui. Dans l’évangile, Jésus recréé cet homme. Il lui permet de Le rencontrer à travers les yeux de la foi
4.Arrêtons-nous un peu sur l’attitude des parents. C’est leur fils qui a été guéri. Mais ils en sont gênés car il y a la pression de certains pharisiens qui n’arrivent pas à comprendre que cette guérison ait été opérée un jour de sabbat : un jour où on ne travaille pas. Or pour les juifs, guérir quelqu’un, c’est travailler ! Les parents ont peur d’être exclus de la synagogue. Ils leur disent : « Interrogez-le vous-mêmes, c’est lui qui a été guéri, il est grand, majeur, vacciné, il a toutes ses dents, c’est à lui de vous dire ce qui s’est passé. Nous, nous pouvons juste vous dire que c’est notre fils. Avant, il ne voyait pas, maintenant il voit. Mais comment cela s’est-il passé, nous sommes incapables de vous dire quoi que ce soit. Nous, ce Jésus, auquel lui prétend attribuer sa guérison, nous ne le connaissons pas ». Sous-entendu, nous tenons à faire profil bas et à n’avoir d’histoires avec personne.
5.Chères catéchumènes, il se peut que dans vos familles il en soit également ainsi.
- Votre demande concernant le baptême, la 1ère communion et la confirmation dérange.
- Vos questions dérangent aussi, sur le carême par exemple : « comment le vivre ? Est-ce identique au ramadan ? » – « Si tu me poses des questions sur le carême, à moi qui ne le fais pas, cela me gêne ».
- Vos questions sur la vie de Jésus dérangent : car par moment votre entourage ne la connait pas bien. Si j’interrogeais l’assemblée ici présente : « Qui a lu un passage de la vie de Jésus récemment ? Qui possède un Nouveau Testament ou une Bible ? Il n’est pas certain que tous les doigts soient levés. Cela signifie que par moment, par rapport à ceux et celles qui cheminent dans la foi, il nous arrive d’être des éteignoirs : « Arrête de te faire des nœuds au cerveau, de t’interroger autant, ainsi cela ne nous remettra pas en question ! »
6.L’aveugle-né met en évidence le manque de foi crucial des pharisiens et aussi la pusillanimité des parents : leur manque de force et de courage. Combien de fois cela ne nous arrive-t-il pas à nous, quand nous sommes interrogés sur l’Eglise, le pape, les prêtres, … « Là tu me poses une colle, tu ne veux pas changer de sujet ? Parlons d’autres choses ! » Et si cela ne nous est jamais arrivé, posons-nous la question : « Comment se fait-il que personne n’ait jamais parlé de Dieu avec moi ? » Peut-être que cela signifie que ma vie est comme celle de M. Tout le monde. Je suis « M. ou Mme Pas de vagues », ainsi je ne suis jamais dérangé dans mes certitudes et je peux rester entre deux eaux, faire le caméléon, de façon à ce qu’on ne voie jamais que je suis chrétien.
C’est douloureux frères et sœurs parce que cela signifie que nous sommes une communauté tiède. Nous avons à demander en ce dimanche de la joie, d’avoir vraiment la joie, moi le premier bien sûr. Je ne dis pas que je fais toujours une tête joyeuse. J’espère que ce n’est pas trop une tête d’enterrement. Demandons à Dieu une foi joyeuse, communicative. En fait, il ne s’agit pas de mettre Jésus à toutes les sauces et de le tartiner partout, mais il s’agit de montrer comme nous le dit l’apôtre Paul dans la 2e lecture (Ephésiens 5, 8-14), que nous sommes des « enfants de lumière ». Est-ce que là où je vais, dans ce que je dis ou je fais, je mets de la lumière, ou est-ce que je l’éteins ? L’apôtre Paul nous dit : « la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité » (v. 9).
7.Seigneur, ce dimanche Tu m’en demandes beaucoup, je préférerais parfois rester dans le non-dit, les secrets de famille, les tabous, cela m’arrange davantage. Faire la vérité, demander de l’aide, des conseils, être dans ce qui est juste, Tu n’y penses pas ! Il y a tellement de monde autour de moi qui vit ces choses-là, tu ne vas quand même pas me demander de lever la tête et dépasser un peu les gens pour me faire fusiller du regard ! Et pourtant Paul, à la suite de Jésus te demande ce dimanche : « conduisez-vous comme des enfants de lumière » (v. 8), « Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon » (v. 11). Et Paul dit : « Démasque-les plutôt », c’est cela être chrétien !
Ce dimanche, Jésus nous bouscule, pas seulement, parce que c’est une histoire qui pourrait être la nôtre, mais parce qu’être chrétien c’est avoir une foi qui se voit, une foi qui contamine, une foi joyeuse, et aussi une foi fidèle qui accepte de se laisser bousculer, pas comme les pharisiens qui pensaient tout savoir.
Seigneur, ce dimanche, donne-nous à chacun cette grâce de ne pas juger par rapport à l’apparence, de voir le cœur qu’il y a chez les gens, de nous réjouir aussi de ce que Tu appelles encore des personnes à rejoindre l’Eglise et donne-nous aussi la grâce de nous comporter comme une personne attirante à ton message et à ta personne.