27e dimanche TO B
Puisque Jésus dans l’évangile invite ses auditeurs à revenir aux sources du mariage, à travers le récit de la création, je vous propose ce matin de ne commenter que la 1ère lecture tirée du 2e chapitre du livre de la Genèse.
1.Quelques généralités sur les deux récits de la création en Gn 1 et Gn 2 :
Pour bien comprendre ce que je vais vous dire, je vous invite cette semaine à lire les deux premiers chapitres de la Bible en Gn 1 et 2. Le 1er s’étale sur une durée de 7 jours qui a donné la semaine, le second dont nous venons de lire un extrait en guise de 1ère lecture, ne mentionne pas la notion de temps. Ce 1er récit de la création, que nous entendons chaque année le soir de la Vigile pascale, est rythmé par le refrain : « Dieu vit que cela était BON ». Au terme du 6e jour où Dieu créé l’homme et la femme, le chef d’œuvre de sa création, le Créateur contemple son œuvre et le narrateur s’exclame : « Dieu vit tout ce qu’Il avait fait : c’était TRES BON » (Gn 1, 31). (L’image de la chambre préparée pour la venue d’un enfant).
Or de façon curieuse, le second récit de la création débute par le constat suivant : « Il n’est PAS bon que l’homme soit seul » (Gn 2, 18). Si donc le texte précise que cette solitude n’est pas bonne, nous devons veiller à ne jamais sombrer dans la solitude et nous demander comment y mettre fin à la fois pour nous lais aussi pour quelqu’un de notre entourage. En cela, tu es aussi comme moi « le gardien de ton frère » (Gn), phrase dite par Dieu à Caïn. La Bible nous fait comprendre que Dieu nous a créés pour entrer en relation avec un autre, différent de nous-même. Dans la pensée rabbinique, ce verset sert d’appui à l’idée que le mariage est un commandement. Quelle est la réponse au constat qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul ?
2.La réponse de Dieu : « Je vais lui faire une aide qui lui correspondra »
La 1ère tentative de Dieu pour mettre fin à la solitude de l’humain se solde par un échec. « Mais l’humain ne trouva aucune aide qui lui corresponde ». Les animaux que Dieu façonne à partir de la terre ne permettent pas à l’humain d’avoir une union de cœur, de corps et de vie spirituelle et intellectuelle qui soit complète et équilibrée car il y a trop de différences avec l’animal pour qu’un vis-à-vis soit possible. S’il y a hiérarchie, il n’y a pas de vis-à-vis. Dans notre société nous pouvons rendre grâce pour les animaux de compagnie qui permettent aux personnes isolées de ne pas être totalement seules, mais cette compagnie n’est que partielle et s’il nous faut donner leur place aux animaux, ne soyons pas dans l’excès.
La Bible nous dit que la différence se situe au niveau du souffle divin que l’humain reçoit après avoir été créé (Gn 2, 7), ce qui n’est pas le cas pour les animaux. Ces derniers sont vivants biologiquement, mais ils n’ont pas en eux le souffle de Dieu.
Dieu conduit les animaux à l’humain pour qu’il les nomme. Cet acte de nommer les choses correspond au commandement de Dieu qui dit : « Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux (…) » (Gn 1, 28). Le fait de nommer évoque la domination et la responsabilité. L’humain est responsable du monde animal.
Lorsque de nos jours, nous protégeons les espèces menacées, nous sommes dans le registre de ce verset.
3.Le don de la femme, le bienfait de l’altérité
Dieu voit bien que l’homme ne réalise pas une communion parfaite avec les êtres qu’il côtoie pour le moment. Dieu fait donc une seconde tentative. Il endort l’homme et extrait de son côté, c’est-à-dire, de son cœur, donc ce qu’il y a de meilleur en lui ce qui va lui permettre de créer la femme. Et il la lui présente. Elle lui est donnée par Dieu. Il est invité à la recevoir comme un don. Il ne sait ni comment, ni quand elle a été créée. Inversement, quand l’homme a été créé, la femme n’était pas encore là. Cela signifie qu’il y aura toujours dans l’autre, une part de mystère.
Notons que c’est tout autant le masculin que le féminin qui a besoin d’un vis-à-vis. La femme pour l’homme et l’homme pour la femme, sont à la fois une aide et un vis-à-vis. Un commentaire dit : « si l’homme la mérite, la femme sera son alliée. S’il ne la mérite pas, elle sera son adversaire ».
Dans le chapitre 1, Dieu a créé en séparant : il sépare les ténèbres de la lumière, les astres de la nuit, de l’astre du jour, les eaux d’en haut, les eaux d’en bas, les continents des océans. Puis Dieu va peupler les différents espaces. Maintenant Dieu sépare l’homme et la femme. Cette altérité n’est pas mauvaise. Ce vis-à-vis différent de moi n’est pas quelque chose de mauvais.
Dans le mythe de l’androgyne exposé dans la Banquet de Platon, la différenciation de l’homme et de la femme est une punition. Dans la Genèse, cette différenciation est n’est pas une punition mais un don pour que l’humain ne soit pas condamné à la solitude, elle est même une bénédiction : « Dieu les bénit et leur dit … ». Force est de constater qu’aujourd’hui, cette altérité, cette différence homme-femme tend à disparaitre au profit d’une confusion et d’un changement civilisationnel comme l’avait annoncé Mme Taubira lors des débats de 2013 pour le Mariage pour tous. Cf. :
– Les documents administratifs où les mentions « père » et « mère » ont été remplacées par « parent 1 » et « parent 2 »
– aux JO, une boxeuse italienne s’est arrêtée dans son combat car apparemment, son adversaire algérienne est un homme transgenre ce qui créé une inégalité.
– Le clip de Céline Dion dans la nurserie, intitulé : « Céline Dion lance sa marque pour enfants » appelée
celinununu.com : https://www.facebook.com/watch/?v=514656462386266 ou https://madame.lefigaro.fr/enfants/celinununu-celine-dion-lance-sa-marque-de-vetements-pour-enfants-131118-151729?utm_campaign=Echobox&utm_medium=SocialMadame&utm_source=Facebook&fbclid=IwY2xjawFvxuBleHRuA2FlbQIxMAABHRySaRxRXq1c-RyefbG2-foRba7MWVyxK5ne0boIM4Y9Yb3DYApjzHBSnQ_aem_tEL6mPVmz1vCyPVT5y__5w
Or Dieu n’est jamais dans la confusion. Quand il sépare, c’est pour permettre à chacun d’être à sa place, parce que chacun a une vocation et une place.
4.La joie de l’homme : « voici l’os de mes os, la chair de ma chair »
Concrètement, cela signifie de façon poétique : qu’est-ce qu’elle est belle ! Elle me ressemble. Il y a quelque chose chez elle que je retrouve chez moi, à la différence de tous les animaux qui avaient été présentés dans un 1er temps. « Dieu façonna une femme et il l’amena vers l’homme » : chaque humain devrait considérer son conjoint comme étant amené vers lui par Dieu. En voyant la femme pour la 1ère fois, l’homme dit « je » pour la 1ère fois (« mes os, ma chair »). Il prend conscience de sa singularité. Jusqu’à présent sa parole était utilitaire, il avait nommé les animaux. Face à celle qui lui est donnée par Dieu, il découvre et affirme sa propre identité. Ceux et celles qui vivent en couple peuvent se poser la question : à quand remonte la dernière fois où j’ai dit à mon conjoint : « merci pour ce que tu es », « je suis bien avec toi », « ma joie est de vieillir avec toi »
A la fin, l’histoire se termine par un « oui » et un « non ». Voilà ce qui est dit : « À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un / une seule chair » : l’homme doit quitter ! Le mariage est une union précédée d’une séparation, un « oui » qui fait suite à un « non ». L’homme est invité à quitter sa famille d’origine pour commencer une nouvelle histoire et défricher des chemins nouveaux.
Quand on a compris cela, les paroles de Jésus résonnent différemment et nous pouvons aussi comprendre la richesse de notre patrimoine et de notre tradition. Bien sûr, il y a des personnes qui vont balayer cela d’un revers de main en disant ces textes de la Bible sont obsolètes, vieillots et datent de près de 3000 ans. Pourtant, ils sont aux fondements de notre société judéo-chrétienne. Ce sont des trésors qui ont permis de bâtir toute la civilisation. Soit on se dit, on casse tous les lego et ont reconstruit comme on veut, soit on se dit : « c’est une base qui nous est donnée par Dieu ». Nous avons à être fier de notre héritage.
Je vous invité à relire ces deux chapitres et à nourrir votre action de grâce par rapport au projet de Dieu sur l’homme et la femme et sur chacun et chacune d’entre nous.