Vigile pasccale

Vigile pasccale

Samedi saint 2024 – Moosch

Jeudi soir à Husseren, j’ai parlé des trois cadeaux que Jésus nous avait fait le Jeudi saint : l’exemple du lavement des pieds, l’institution de l’Eucharistie et le don du sacerdoce. Hier après-midi, j’ai évoqué le 4e cadeau qu’il nous avait fait en nous confiant à sa mère, Marie et en lui confiant chacun d’entre nous : “Femme, voici ton fils”, fils, “Voici ta mère” (Jn 19, 26-27). Ce soir en cette vigile pascale, je voudrais évoquer un 5e cadeau que Jésus nous fait, tout aussi discret et personnel : c’est le fait de nous « précéder en Galilée ». C’est la parole que l’Ange adresse aux femmes venues au tombeau, au matin de Pâques : « allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez ».

Qu’est-ce que la Galilée ? La Galilée, c’est d’abord une région au nord de la Palestine. Sur le plan commercial, c’est un lieu de passage où se croisaient les caravanes, où se rencontraient des cultures et des peuples différents. De ce fait, cette région a toujours été peuplée de païens à l’inverse de Jérusalem, la ville sainte, lieu du pouvoir politique et religieux. Les juifs de Judée (au sud) ne regardaient pas d’un bon œil les habitants du Nord, car ce carrefour des nations était considéré comme une région impure. C’est pourtant dans ce territoire perdu et souillé qu’une grande lumière s’est levée, comme le prophétisait Isaïe et c’est là que se trouvait le village insignifiant de Nazareth où Jésus a vécu caché durant 30 ans. C’est aussi là, à Cana en Galilée, que Jésus a débuté sa vie publique en parcourant ce territoire de long en large et en le marquant de sa mémoire.

Pour les premiers disciples (Pierre, André, Jacques, Jean, Nathanaël, Philippe), la Galilée, c’est le retour aux origines. C’est là où tout a commencé pour eux avec Jésus en abandonnant tout pour Le suivre et sillonner cette terre en « enseignant dans leurs synagogues, proclamant l’Évangile du Royaume, guérissant toute maladie et toute infirmité dans le peuple » (Mt 4,23).

Jésus ressuscité aurait pu se manifester à Jérusalem et confondre ceux qui l’avaient fait mettre à mort, mais Dieu n’est pas revanchard comme toi et moi nous pourrions l’être ! Dieu a le triomphe modeste car Il est Amour et cet Amour respecte infiniment notre liberté. En précédant les disciples en Galilée, dorénavant Jésus ne se manifestera plus que sous l’humble quotidien. C’est donc là qu’après sa résurrection, il va leur apparaitre et leur confier une mission : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt 28,19-20).

Ce retour en Galilée n’est pas la seule affaire des disciples après la Résurrection

Dans un passage de l’évangile de Marc (5), Jésus délivre un possédé qui habitait dans les cimetières. Lorsqu’il est délivré de la légion de démons, il supplie Jésus de pouvoir monter dans la barque avec Lui. Mais Jésus n’y consentit pas, et lui dit : « Rentre à la maison, auprès des tiens (dans ta Galilée à toi), annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. » (Mc 5, 19).

Lorsque Pierre, Jacques et Jean sont témoins de la Transfiguration de Jésus, Pierre propose de dresser trois tentes pour demeurer dans ce lieu et profiter de cette grâce reçue. Mais Jésus les invite à Le suivre et à redescendre dans la plaine pour retrouver le commun des mortels, dans la Galilée des jours ordinaires.

Jésus nous renvoie, nous aussi, dans notre lieu d’origine, là où nous avons nos racines, là où ce n’est peut-être pas très marrant tous les jours. Toi qui as peut-être retrouvé la foi il y a peu de temps, toi qui te sentirais plus en sécurité dans ta vie spirituelle si tu n’avais pas à supporter les moqueries de ton entourage, de ta famille, de tes enfants qui n’ont pas fait baptiser leur progéniture, toi qui es le seul dans ta classe au collège, au lycée, en fac ou en prépa à aller à la messe le dimanche, toi qui as dû affronter un divorce ou une maladie et dont l’entourage t’a dit : « Il est où ton Dieu que tu priais ? », toi qui es âgé et qui crains pour ton avenir, ta santé, ton autonomie… Jésus te demande à toi aussi ce soir de ne pas avoir peur de retourner dans ta Galilée, là où tu ne sens pas toujours très sûr de toi !

Si tu es attentif à ce qui se passe autour de toi, tu te rendras compte des signes de la présence du Christ ressuscité. Peut-être que ce sera ta sérénité, ta douceur ta bienveillance, ta capacité de pardonner ou de renaître envers et contre tout malgré les épreuves.

Cette parole de Pâques devient alors une promesse pour toi et moi, un réel cadeau, le 5e que nous avons découvert ensemble et dont j’espère que tu sauras profiter et tirer parti. « En nous précédant en Galilée », Jésus te rappelle qu’Il est cette force de vie qui te pousse en avant, c’est-à-dire dans des lieux à la fois familiers et étranges, où tu ne penses pas à le chercher ni à le trouver, sur ton lieu de travail ou de vacances, en famille ou entre amis ou entre voisins.

Derrière un visage, c’est peut-être Lui qui te fait signe. Dans tes nuits de découragement, c’est peut-être Lui qui va te surprendre. Il te précède, il est toujours devant toi, comme un chemin ouvert par-delà nos impasses. Il te montre de nouveaux commencements possibles, là où tu croyais que tout était définitivement perdu. Une espérance tout à la fois fragile et invincible, comme la lueur d’un phare dans la tempête.

Le Christ de Pâques n’est pas celui qui nous a quittés, mais est celui qui ne cesse de venir, de surgir sans même qu’on l’attende. Alors notre vie s’agrandit de tout ce que Sa présence suscite en nous. Va n’ai pas peur, Christ te précède en Galilée et vis pleinement du cadeau de sa Présence.

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