3e Dim Avent
Ce dimanche, frères et sœurs, je voudrais prendre le contre-pied d’une interprétation courante qui consiste à penser que Jean-Baptiste a douté dans sa prison. Au fond, cela nous arrange parfois et nous permet de dire : « il est comme moi ».
Quelle pourrait être une autre alternative au doute supposé de Jean ? Et bien le doute de ses disciples ! Une fois leur maître emprisonné par Hérode, forcément, les amis de Jean-Baptiste se sont demandés s’il fallait qu’eux-aussi imitent Jean et André qui ont délaissé le Baptiste pour se mettre à la suite de Jésus, bientôt suivis en cela par les 10 autres apôtres et les 72. Entre les disciples des différents groupes, les sujets de comparaisons portaient entre autres sur :
- La prière : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » (Luc 11, 1)
- Le jeûne : Un jourles disciples de Jean le Baptiste s’approchent de Jésus et lui disent : « Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » (Mt 9, 14). Nous retrouvons le même reproche chez st Luc : « Les disciples de Jean le Baptiste jeûnent souvent et font des prières ; de même ceux des pharisiens. Au contraire, les tiens mangent et boivent ! » (Luc 5, 33)
- Au sujet des exorcismes pratiqués par d’autres groupes de disciples : « Si c’est par Béelzéboul que moi, j’expulse [les démons], vos disciples, par qui les expulsent-ils ? (Luc 11, 19)
Ces comparaisons créaient des rivalités, chaque groupe de disciples cherchaient à montrer que son Maître était le meilleur. Autant le Baptiste était vu comme un homme de pénitence, direct, dur, cash et sévère autant on disait de Jésus qu’il était un glouton et un ivrogne parce qu’il se faisait inviter par les publicains et les pécheurs.
Les pharisiens pouvaient également attiser les tensions dans le but de faire douter les disciples des deux groupes, car tant Jésus que Jean-Baptiste les gênaient. Nous voyons bien dans les médias et sur les réseaux sociaux combien la parole des hommes crée et détruit la renommée mais aussi les éloges.
Regardons l’hommage que Jésus rend à son cousin : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ».
Cela signifie de la bouche même de Jésus que Jean est plus grand que les patriarches, plus grand que David, le plus illustre des rois d’Israël, plus grand que les prophètes. St Ephrem le Syrien alla jusqu’à dire : « Si tous les saints, ces hommes justes, forts et sages étaient réunis et habitaient en un seul homme, ils ne pourraient pas égaler Jean-Baptiste…, dont il a été déclaré qu’il dépasse les hommes de beaucoup et qu’il appartient aux catégories des anges » (Mc 1, 2 ; Ml 3, 1).
Jean est également grand parce que :
- Sa conception a été annoncée par un ange, sa naissance a été entourée de miracles,
- Il a annoncé Celui qui donne la vie et il a baptisé pour la rémission des péchés.
Regardons maintenant comment répond Jésus ? Pour enlever tout doute du cœur des disciples de Jean, il avait deux solutions :
- La 1ère était de s’inspirer des textes de l’Écriture qui présentaient le Messie avec les titres de roi, de prophète, de prêtre. Or Jésus n’en cite et n’en revendique aucun !
- La 2e solution, c’est de citer les textes qui parlaient des œuvres du Messie, comme le fait Isaïe (35, 1-6a.10) dans la 1ère lecture. C’est ce que Jésus choisit : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt 11, 4-5).
En effet, les disciples de Jean-Baptiste connaissaient ces passages. C’est comme si Jésus leur disait : « Vérifiez par vous-mêmes. Mais si vous êtes surpris par mes manières de faire, c’est qu’il vous reste à découvrir le Vrai visage de Dieu… un Dieu au service de l’homme ».
Enfin, Jésus termine sa phrase par un mot d’admiration et d’encouragement que l’on peut penser n’être destiné qu’à Jean dans sa prison : « Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! », mais qui en réalité s’adresse aux disciples et à chacun de nous. Jean-Baptiste nous donne donc un exemple à suivre. Si dans la vie tu doutes, plutôt que de tourner en rond et passer par 36 intermédiaires, va directement à la Source ! Si tu veux te faire une opinion juste, plutôt que de perdre inutilement du temps à essayer de trouver le début de ton puzzle, prends le plus court chemin, va à Jésus pour contempler sa vie, t’imprégner de ses paroles et commence à imiter ses actes. En foot, nous dirions que Jean-Baptiste a appliqué la devise de l’Olympique de Marseille : « Droit au but ! ». Par cette démarche, il manifeste qu’il n’a jamais perdu confiance en Jésus et qu’il Le croit capable d’éclairer Lui-même ceux qu’il Lui envoie depuis sa prison.