le livre de la Sagesse 1

le livre de la Sagesse 1

Le livre de la Sagesse

La Sagesse de Salomon

Introduction

Avec le livre de la Sagesse, nous restons encore aujourd’hui dans ce que nous appelons la littérature sapientielle, la littérature dite de sagesse. Pour mémoire, elle comprend :

  • le livre des Proverbes,
  • l’Ecclésiastique ou Ben Sirac. 
  • l’Ecclésiaste encore appelé Qohèleth,
  • le livre de Job sur lequel nous nous sommes penchés fin octobre
  • Et le livre, dit, de la Sagesse. (Selon les bibles sagesse de Salomon)
  • Nous avions précisé au point de départ qu’une des particularités de ces livres étaient le fait que contrairement aux 5 livres de la Torah et aux livres prophétiques, ce n’est pas Dieu qui est au centre, pas plus que sa Loi, mais l’homme qui parle à Dieu pour lui ouvrir son cœur, ses questions et ses doutes.
  • En travaillant le livre de Job, nous avons également évoqué l’évolution dans la bible, du sens de la souffrance. Rappelez-vous comment les amis de Job nous ont fait passer :
  • d’une souffrance méritée, punition envoyée par Dieu, une souffrance châtiment … dans la logique de la rétribution
  • à la remise en cause et l’abandon progressif de cette logique de la rétribution
  • pour conclure en disant que la justice de Dieu n’est pas la nôtre ! Nos pensées ne sont pas celles de Dieu. Il faut sortir à tout prix de la logique de rétribution ! Dans la foi « Tout concourt au bien de celui qui aime Dieu. »

Cette littérature sapientielle connaît son apothéose dans le livre de la Sagesse, et prépare en même temps le Nouveau Testament. Ce livre marque une avancée de la Révélation, en particulier :

  • dans tout ce qui va annoncer l’immortalité de l’âme, la vie éternelle
  • la réflexion sur la sagesse divine, prépare la présentation du Christ comme Parole et Sagesse de Dieu
  1. Histoire de la rédaction du livre de la Sagesse
  1. Datation

On date généralement le livre de la Sagesse vers -50 à -30, ce qui en fait le livre le plus récent de l’Ancien Testament. Le grec dans lequel il est écrit et le fait que, l’auteur connaisse la traduction de la Septante et l’utilise lorsqu’il fait des citations bibliques, confirment cette datation.

La Septante est cette traduction de la Bible dont la légende raconte que 72 traducteurs (6 pour chacune des 12 tribus d’Israël) furent choisis, pour que chacun fasse sa traduction séparément. Lorsque l’on a comparé les 72 textes, ils étaient tous identiques ! Puis le nombre a été réduit à 70. Mais pourquoi le mot septante ?

C’est l’ancien mot français du XIIe sièclepour dire 7 dizaines. Il a été remplacé par soixante-dix au XVIIe dans le territoire de la France d’alors. Une tradition dit que Louis XIV, voyant arriver le cap de ses septante ans, ne supportait pas ce mot qui lui rappelait qu’il « allait prendre un coup de vieux » et on le remplaça alors par soixante-dix pour que le roi n’entende pas le mot septante. Ainsi soixante-dix entra en usage dans son royaume, mais pas en Belgique wallonne ni en Suisse romande.

b) Son auteur

On s’accorde aujourd’hui pour attribuer ce livre à un auteur unique. En effet, l’ensemble de l’ouvrage révèle une même culture et une même personnalité littéraire. L’auteur qui se met sous le patronage de Salomon, entend ainsi, souligner le caractère traditionnel de sa doctrine.

 Cet auteur est un Juif de ce qu’on appelle la diaspora, vivant à Alexandrie. C’est justement dans cette ville que le mot « diaspora » a été appliqué pour la première fois, aux « dispersés d’Israël » regroupés dans cette ville, qui en comptait des milliers. En effet, depuis les conquêtes d’Alexandre le Grand, vers 330 av. J.C., toute une colonie juive s’était implantée en Égypte, sur le delta du Nil. Cette ville était en passe de devenir le second pôle d’attraction de l’empire romain.

c) Le but de l’auteur

L’Égypte est alors très influencée par la culture grecque. Tout le monde parle grec à Alexandrie, si bien qu’un très grand nombre de juifs, implantés là depuis plusieurs générations ont oublié l’hébreu. C’est d’ailleurs à cette époque et pour eux que l’on va songer à traduire la bible en grec.

Dans ce contexte, l’auteur du livre de la Sagesse, est resté très attaché à l’histoire de son peuple et à sa foi. Il s’inquiète de l’influence néfaste des religions anciennes, romaines et égyptiennes. Il voit certains juifs qui, influencés par la culture grecque ambiante, apostasient la foi d’Israël …

Il veut donc dire à ses contemporains juifs, qu’ils ont tout ce que les autres religions leur proposent et plus encore. Il met en relief la foi de leurs ancêtres, souligne leur fidélité à cette foi et les invite à les imiter par leur piété et leur fidélité au Dieu unique. Et pourquoi pas, convertir aussi des païens.  

Et ce qui est intéressant, c’est qu’il s’exprime dans un langage nouveau, celui de la rhétorique grecque. Pour cela il va relire les grands passages de la bible ; en y recherchant la sagesse qui s’y trouve et confirmer ainsi, la foi de la communauté Juive. « Il va ainsi réussir à montrer, à sa manière, la victoire de la tradition juive sur l’hellénisme. » (Cf Pierre Grelot)

Le livre de la Sagesse a failli faire partie du Nouveau Testament ! Il a finalement été classé dans l’Ancien mais ilfait partie des livres « deutérocanoniques », c’est-à-dire que vous ne le retrouverez pas dans les bibles protestantes. Luther estimait que ces livres-là ne pouvaient servir à fonder la foi, mais qu’ils étaient cependant utiles pour nourrir la piété. C’est pour cela qu’aujourd’hui, la TOB a tout de même repris ces livres mais en les plaçant de façon indépendante. (66 _ 73)

  1. Composition du livre

Le Livre de la Sagesse est traditionnellement partagé en 3 parties :

1 = méditation sur la destinée humaine.

2= éloge de la Sagesse, comment l’obtenir ?

3= action de la Sagesse dans l’histoire sainte.

  1. Chapitres 1 à 5 : méditation sur la destinée humaine.

a-1 : L’introduction 

Ecoutons les premiers versets : « Aimez la justice, vous qui gouvernez la terre, ayez sur le Seigneur des pensées droites, cherchez-le avec un cœur simple, car il se laisse trouver par ceux qui ne le mettent pas à l’épreuve, il se manifeste à ceux qui ne refusent pas de croire en lui. Les pensées tortueuses éloignent de Dieu, et sa puissance confond les insensés qui la provoquent. Car la Sagesse ne peut entrer dans une âme qui veut le mal, ni habiter dans un corps asservi au péché. L’Esprit saint, éducateur des hommes, fuit l’hypocrisie, il se détourne des projets sans intelligence, quand survient l’injustice, il la confond. (Sg 1, 1-5)

Le Livre de la sagesse s’ouvre par un appel lancé aux responsables du monde : aux rois. N’oublions pas que l’auteur se présente comme Salomon. Trois impératifs annoncent comme une sorte de programme pour toute personne désireuse de répondre pleinement à sa vocation de responsable : de trouver Dieu,

  • aimez le tout premier mot du livre (la justice)
  • ayez sur le Seigneur des pensées droites,                                                Conditions pour
  • cherchez-le avec un cœur simple, puisqu’Il se laisse trouver              avoir la sagesse

Et juste après, le verset 5 nous dit que « L’Esprit saint, éducateur des hommes, fuit l’hypocrisie, il se détourne des projets sans intelligence, quand survient l’injustice, il la confond. » La Sagesse ne peut entrer dans une âme qui veut le mal.

L’homme qui a besoin de la Sagesse, en particulier pour gouverner, doit se garder du mal. Voilà les premières conditions qui nous sont données pour trouver Dieu et recevoir la Sagesse. Nous pouvons aussi les faire nôtres.

Les versets suivants nous disent : « La Sagesse est un esprit ami des hommes, mais elle ne laissera pas le blasphémateur impuni pour ses paroles ; car Dieu scrute ses reins, avec clairvoyance il observe son cœur, il écoute les propos de sa bouche. L’Esprit du Seigneur remplit l’univers : lui qui tient ensemble tous les êtres, il entend toutes les voix. » (Versets 6 et 7)

C’est surprenant cette façon de parler de l’Esprit du Seigneur car la révélation de la Trinité n’a pas encore eu lieu. Mais on s’en approche.


A-2 : La destinée humaine selon Dieu

Et voilà qu’apparaît, dans cette première partie, la question du sens de la vie. Il y a deux types d’hommes :

  • Ceux qui pensent que la vie est courte et qu’il faut en profiter, à n’importe quel prix : jouir de la vie, écraser les autres. « Alors allons-y ! Jouissons des biens qui sont là ; vite, profitons des créatures, tant que nous sommes jeunes : enivrons-nous de bons vins et de parfums, ne laissons pas échapper la fleur du printemps, couronnons-nous de roses en boutons, avant qu’elles ne soient fanées ! Qu’aucun de nous ne manque à nos orgies, laissons partout des signes de réjouissance, car c’est là notre part et c’est là notre lot ! Écrasons le pauvre et sa justice, soyons sans ménagement pour la veuve, et sans égard pour le vieillard aux cheveux blancs. » (Sg 2, 6-10)

Voilà les impies, amis de la mort car ils oublient que Dieu a créé l’homme incorruptible, à son image. « Or Dieu a créé l’homme pour qu’il soit incorruptible et il l’a fait image de ce qu’il possède en propre » (Sg 2,23a).

  • Ceux qui se confient en Dieu et qui restent fermes dans son amour. Ils sont parfois persécutés mais ils demeureront auprès de Dieu. « Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. » (Sg 2,18-19)
  • Cela vous fait penser à qui ? A Jésus bien sûr. Sa conduite qui importunait… la haine grandissante de tous ceux qui voyaient en lui un donneur de leçons, un gêneur… les bonnes raisons de le supprimer : ce n’est pas pour rien si nous lisons ce texte durant le carême. Mais l’auteur de la Sagesse ne parlait pas de Jésus-Christ, il parlait pour ses contemporains dont il voulait encourager la fidélité, quel qu’en soit le prix. Il avait sûrement en tête quelques exemples célèbres, à commencer par tous les prophètes. qui ont tous eu à souffrir de leur franc parler.

Et finalement, la sagesse c’est quoi ? C’est une manière de vivre avec Dieu. Et cela permet d’acquérir l’éternité. « Mais les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n’a de prise sur eux. Aux yeux de l’insensé, ils ont paru mourir ; leur départ est compris comme un malheur, et leur éloignement, comme une fin : mais ils sont dans la paix.  Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l’espérance de l’immortalité les comblait. » (Sg 3, 1-4)

« Les justes, eux, vivent pour toujours, le Seigneur détient leur récompense, le Très-Haut prend soin d’eux. Aussi recevront-ils de la main du Seigneur le royaume de splendeur et le diadème de beauté, car de sa droite il les protégera, et son bras les couvrira. » (Sg 5, 15-16)

Cette mise au point n’allait sans doute pas de soi, à l’époque de la rédaction. On entrevoit quelque chose de la vie éternelle, c’est tout à fait prophétique.


b) Chapitres 6 à 9 : éloge de la Sagesse, comment l’obtenir ?

Cette partie commence à nouveau en s’adressant aux rois : « Écoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges de toute la terre. » (Sg 6,1) L’auteur les presse de rechercher cette Sagesse : « Si donc vous, souverains des peuples, vous prenez plaisir aux trônes et aux sceptres, rendez hommage à la Sagesse afin de régner pour toujours. » (Sg 6,21)

Selon la philosophie grecque, en particulier Aristote, la recherche du bonheur était le but de toute vie. Donc, pour l’auteur, insister sur la recherche de la Sagesse, est le moyen de séduire tous ces Juifs très influencés par les philosophes grecs. C’est un message subliminal pourrait-on dire.

–         Salomon n’est pas sage de naissance Il est comme les autres humains. Il ne doit pas sa sagesse à une conception divine.  « J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. » (Sg 7,7)

  • Salomon tient la Sagesse en haute estime. « Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas comparée à la pierre la plus précieuse ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable. » (Sg 7, 8-11)
  • À l’esprit de la Sagesse sont dédiés 21 attributs (v. 22b-23) tirés du vocabulaire philosophico-religieux hellénistique. Nous comprenons pourquoi : « Il y a dans la Sagesse un esprit intelligent et saint, unique et multiple, subtil et rapide ; perçant, net, clair et intact ; ami du bien, vif, irrésistible, bienfaisant, ami des hommes ; ferme, sûr et paisible, tout-puissant et observant tout, pénétrant tous les esprits, même les plus intelligents, les plus purs, les plus subtils. »
  • Cette Sagesse est si désirable qu’elle est considérée comme une épouse : « C’est elle que j’ai aimée et recherchée depuis ma jeunesse, j’ai cherché à la prendre pour épouse, je suis devenu l’amant de sa beauté. »
  • La Sagesse est nécessaire aux rois (8,9-10) « J’ai donc résolu d’amener la Sagesse à partager ma vie, car je savais qu’elle serait ma conseillère pour bien agir, mon réconfort dans les soucis et la tristesse. Grâce à elle, j’aurai la gloire auprès des foules, et l’honneur auprès des anciens, malgré ma jeunesse. » Voilà une anticipation de la Trinité.  Chap 9,17 fin de la prière de Salomon. « Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? »

Prière pour demander la Sagesse (9,4-10) : « Donne-moi la Sagesse, assise auprès de toi ; ne me retranche pas du nombre de tes enfants : je suis ton serviteur, le fils de ta servante, + un homme frêle et qui dure peu, trop faible pour comprendre les préceptes et les lois. Le plus accompli des enfants des hommes, s’il lui manque la Sagesse que tu donnes, sera compté pour rien. [Tu m’as choisi pour régner sur ton peuple, pour gouverner tes fils et tes filles ; tu m’as ordonné de bâtir un temple sur ta montagne sainte, un autel dans la ville où tu demeures, imitation de la demeure sainte que tu fondas dès l’origine.] Or la Sagesse est avec toi, elle qui sait tes œuvres ; elle était là quand tu fis l’univers ; elle connaît ce qui plaît à tes yeux, ce qui est conforme à tes décrets. Des cieux très saints, daigne l’envoyer, fais-la descendre du trône de ta gloire. Qu’elle travaille à mes côtés et m’apprenne ce qui te plaît. »

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