Noé et le déluge
Introduction
Le mois dernier, nous avons évoqué les récits de création du premier homme et de la première femme que la bible appelle Adam et Eve ; et comment le péché était entré dans le monde. Cela nous a fait parcourir les trois premiers chapitres du livre de la Genèse.
Une des répercussions du péché est que sur la terre, la fraternité est brisée, et l’homme devient incapable de vivre en frère. C’est ainsi qu’au chapitre 4, nous découvrons le premier fratricide, puisque Caïn va tuer son frère Abel.
Toute la bible va retravailler cette fraternité brisée. Nous l’aurons avec les enfants :
- d’Abraham : Isaac et Ismaël,
- Isaac : Jacob et Esaü,
- Jacob : Joseph et ses frères,
avec les fils de David, jusque dans les paraboles des deux frères, en Luc 15. Aujourd’hui Israël et Palestine…
Et nous arrivons au chapitre 5 de la Genèse, dans lequel, après deux premiers versets qui résument le récit de création du premier chapitre : « Voici le livre de la descendance d’Adam. Le jour où Dieu créa l’homme, il le fit à la ressemblance de Dieu ; il les créa homme et femme ; il les bénit et il leur donna le nom d’ « Homme », le jour où personnage du jour : Noé. « Noé était âgé de cinq cents ans quand il engendra Sem, Cham et Japhet. » (Des gens qui vivent très vieux, 969 ans, pour signifier que c’était il y a très longtemps.)
Le but de cette généalogie est de nous dire que Noé est bien un descendant d’Adam. C’est donc bien la suite de l’histoire biblique qui se déroule ici. (Selon les exégètes, la suite du récit sacerdotal du chapitre 1).
- Le personnage de Noé (Contexte biblique)
Voilà une des histoires les plus célèbres de la bible. Elle s’est d’abord transmise de siècles en siècles par voie orale, et ne garde ici, que les choses essentielles de l’histoire entre Dieu et le peuple qu’il a choisi. Son histoire couvre jusqu’au chapitre 9 de la Genèse.
Noé descend donc bien d’Adam et Eve et de leur 3e fils Seth. (Entre la mort d’Abel et la malédiction de Caïn, il est considéré comme l’ainé). Il est de la dixième génération à partir d’Adam, nous retrouvons cela dans la généalogie de Jésus en Luc 3,36. Il est le petit fils du célèbre Mathusalem, mort à l’âge respectable de 969 ans et le fils de Lamek.
Le texte biblique ne donne pas le nom de sa femme. Mais selon plusieurs livres apocryphes, Noé aurait épousé une certaine Emzara. Ils ont 3 enfants : Sem (qui donnera son nom aux « sémites »), Cham et Japhet.
Noé est également mentionné dans huit autres livres de la Bible.
- En référence à une époque : « Le temps de la venue du Seigneur pour établir son royaume sera semblable aux jours de Noé où chacun vaquait à ses occupations avant le déluge » (Matthieu 24. 37-38 ; Luc 17. 26-27). « Dieu usait de patience dans les jours de la construction de l’arche » (1 Pierre 3. 20).
- Il est considéré comme le premier homme juste, un modèle de foi et le modèle de l’homme juste : « il bâtit une arche pour préserver les siens et, par cette arche, il condamna le monde d’alors (Hébreux 11,7).
- Noé est appelé par Pierre « prédicateur de justice » : « Noé qui proclamait la justice ». (2 Pierre 2,5).
Dès le commencement, on comprend que Noé va avoir un rôle particulier à jouer, puisqu’il est le seul nom de sa liste généalogique dont on nous donne le sens : « A l’âge de 182 ans, Lamek eut un fils. « Il l’appela du nom de Noé, en disant : « Celui-ci nous soulagera de nos labeurs et de la peine qu’impose à nos mains un sol maudit par le Seigneur. » (Genèse 5,29)
Le mot Noé est proche du terme hébreu pour « repos » ou « soulagement, consolation »).
Noé serait source de repos pour les hommes subissant les conséquences du péché. Genèse 6,5 précise : « L’Éternel vit que les hommes commettaient beaucoup de mal sur la terre et que toutes les pensées de leur cœur se portaient constamment et uniquement vers le mal. » (Genèse 6,5)
- Les raisons de l’envoi du déluge (6,1-12)
La multiplication des hommes sur la terre devait être un effet de la bénédiction divine (1,28), or les ravages du péché se font de plus en plus sentir, et l’homme s’éloigne de plus en plus de Dieu. C’est alors que nous trouvons au verset 7, cette phrase surprenante : « Le Seigneur se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre ». Plusieurs motifs à cela dans le texte :
Premier motif : (Gn 6,1-4) : « Quand les hommes commencèrent à se multiplier sur la terre et qu’ils eurent des filles, les fils des dieux s’aperçurent que les filles des hommes étaient belles. Ils prirent pour eux des femmes parmi toutes celles qu’ils avaient distinguées. »
« Des fils des dieux ! » Qui sont ces fils des dieux. Cette expression a donné lieu à au moins trois interprétations :
- La plus souvent retenue est celle qui applique cette dénomination aux anges, soit à des anges déjà déchus, soit à des anges purs encore, qui ont pris des femmes pour épouses et avec qui ils ont eu des enfants – et dont cet événement aurait déterminé la chute. Le terme fils de Dieu fait toujours référence à des anges dans l’Ancien Testament
Ce que pourrait confirmer la 2e lettre de Pierre : « Car Dieu n’a pas épargné les anges qui avaient péché, mais il les a livrés, enchaînés, aux ténèbres infernales, où ils sont gardés pour le jugement. Ce serait donc les démons qui sont en cause ici et qui provoquent la réaction si extrême de Dieu.
- Les descendants de Seth ou Abel, (qui étaient des hommes justes), ont commencé à épouser les descendants de Caïn. Ces unions entre croyants et incroyants ont produit une progéniture méchante.
- Des forces démoniaques ont possédé les descendants de Caïn. Ceux-ci ont pris des femmes et produit des enfants possédés eux aussi qui étaient puissamment méchants.
Second motif : Résultat, c’est l’humanité tout entière qui est corrompue.
« Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée. » (Gn 6,5)Le cœur, en hébreu, désigne le centre générateur de la vie morale ; c’est de lui que partent et les pensées et les volontés.
Avec le péché, l’homme a changé : Dieu l’avait créé à son image et l’avait établi comme centre de la bénédiction sur la terre. Pour se maintenir dans cette position, une simple condition était posée, celle de l’obéissance. Mais l’homme ne répond plus à sa vocation première qui était de vivre en amitié avec Dieu, lorsqu’il a été créé.
« L’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et Il fut affligé en Son cœur » (Gn 6,6).
L’élément de regret d’une mauvaise action n’est pas présent ici. La repentance de Dieu n’a rien à voir avec la reconnaissance d’une mauvaise action. Dieu ne fait jamais rien de mal, sa création était parfaite. Son repentir indique son sentiment quand Il voit ce que l’homme fait de tout ce qu’Il lui a donné. Il en est affligé.
Quand Dieu se repent de quelque chose, cela signifie que dans son règne, Il revient sur quelque chose qu’Il avait prévu, et qu’Il modifie lorsqu’Il voit les gens se comporter différemment de ce à quoi Il s’attendait. C’est donc la désobéissance de l’homme à la condition que Dieu avait posée pour le bénir, qui fait changer Dieu de disposition.
Et c’est très fort, au verset 7 nous lisons : « Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés – et non seulement les hommes mais aussi les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel – car je me repens de les avoir faits. » (Genèse 6,7).
Dieu va défaire ce qu’il avait fait. Effacer l’homme de dessus la terre, c’est défaire l’œuvre du sixième jour ; détruire le bétail, les reptiles et les oiseaux, c’est défaire l’œuvre des cinquième et sixième jours ; peut-être le bouleversement atteint-il l’œuvre du quatrième, si la cause du déluge se trouve dans une perturbation astrale ; l’œuvre du troisième est détruite aussi par la suppression de la limite entre les terres et les mers ; les eaux d’en-haut et les eaux d’en-bas, séparées au second jour, se confondent de nouveau ; c’est le retour au chaos, à ce premier jour où les eaux de l’abîme couvraient la terre. Dieu est déçu, affligé et il décrète le déluge.
En saint Matthieu, Jésus reprend cela : « Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vînt et les emportât tous : il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme. » (Mt 24,37-39)
- Noé trouve grâce aux yeux de Dieu
Et soudain, de façon presque inattendue dans la rédaction, un espoir apparaît : « Noé trouva grâce aux yeux de l’Éternel. » (Gn 6,8) « Noé était un homme juste et intègre dans son temps ; Noé marchait avec Dieu » (Genèse 6,9). L’épître aux Hébreux complète ce portrait en ajoutant que Noé était un homme de foi : « C’est par la foi que Noé, divinement averti des choses qu’on ne voyait pas encore, et saisi d’une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille ; c’est par elle qu’il condamna le monde, et devint héritier de la justice qui s’obtient par la foi. » (Hébreux 11,7).
Au milieu de la méchanceté sur la terre, Dieu a vu aussi qu’il y avait un homme avec sa famille qui se comportait différemment : et cet homme trouve grâce aux yeux de Dieu. C’est Noé.
Depuis la Création Noé est le premier personnage, dont on nous dit qu’il était un homme juste car « il marchait avec Dieu ». Il n’a certainement pas entendu beaucoup d’enseignements sur Dieu et n’a sans doute aucune expérience de son œuvre. La connaissance qu’il a de Dieu était donc minime.
Noé, comme chacun de nous, n’était pas absolument sans péché. Noé est déclaré juste, non à cause de ses œuvres justes, mais parce qu’il avait confiance à ce que Dieu lui dit.
Il n’était ni juif, ni protestant, ni catholique, … Marcher avec Dieu ce n’est pas se conformer à des rites religieux, mais vivre dans une relation personnelle avec Dieu. Et c’est cette intimité avec Dieu qui va lui permettre d’entendre Sa voix : et d’agir avec foi en fonction de ce que Dieu lui dit et ainsi, il construisit une arche pour le salut de sa famille. »
Noé était conscient de la volonté de Dieu et désirait pratiquer et suivre cela dans sa vie. C’est pour cela que Dieu a non seulement sauvé Noé, mais Il lui a aussi permis de se préparer au monde suivant.
4 – « Fais-toi une arche »
« Fais-toi une arche en bois de cyprès. Tu la diviseras en cellules et tu l’enduiras de bitume à l’intérieur et à l’extérieur. Tu la feras ainsi : trois cents coudées de long, cinquante de large et trente de haut. Tu feras à l’arche un toit à pignon que tu fixeras une coudée au-dessus d’elle. Tu mettras l’entrée de l’arche sur le côté, puis tu lui feras un étage inférieur, un deuxième étage et un troisième.
Et voici que moi je fais venir le déluge, les eaux recouvriront la terre ; ainsi je détruirai, sous les cieux, tout être de chair animé d’un souffle de vie. Tout ce qui vit sur la terre expirera. Mais, avec toi, j’établirai mon alliance. Toi, tu entreras dans l’arche et, avec toi, tes fils, ta femme et les femmes de tes fils. De tout ce qui vit, tout ce qui est de chair, tu feras entrer dans l’arche un mâle et une femelle, pour qu’ils restent en vie avec toi. De chaque espèce d’oiseaux, de chaque espèce d’animaux domestiques, de chaque espèce de reptiles du sol, un couple t’accompagnera pour rester en vie. Et toi, procure-toi de quoi manger ; fais-en provision. Ce sera ta nourriture et la leur. » Noé fit ainsi. Tout ce que Dieu lui avait ordonné, il le fit. » (Gn 6, 14-21)
Une arche (théba). Ce mot ne se trouve que dans ce passage et dans Exode 2,3, où il désigne le coffret où était couché, l’enfant Moïse.
J’établirai mon alliance. Cette promesse est non seulement celle de la conservation de Noé, mais d’une conservation rattachée à une alliance de Dieu avec l’homme qui sera conclue à la suite du déluge.
Sa confiance en Dieu est telle que Noé obéit. Cette obéissance est surprenante. Il doit construire un truc énorme : Une coudée = 50cm. Soit un bateau de 150 m de long, plus grand qu’un terrain de foot, 25m de large et 15 de haut. Ces dimensions étaient parfaites pour une énorme tempête disent les spécialistes.
Il continue coûte que coûte. Selon les spécialistes, il y aurait travaillé 120 ans, encaissant probablement l’incompréhension et les railleries de ses contemporains. C’est très long mais il persévère. Cela aurait pu être un témoignage et une invitation à la conversion pour ses contemporains. Mais non. C’est Pierre qui nous dit dans sa 1ère lettre : « Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. » (1 Pierre 3,20).
L’arche est maintenant terminée, et « Le Seigneur dit à Noé : « Entre dans l’arche, toi et toute ta famille, car j’ai vu qu’au sein de cette génération, devant moi, tu es juste ». (Gn 7,1) Puis il donne des consignes précises pour faire entrer les animaux. Il doit veiller à ce qu’ils entrent dans l’arche « mâle et femelle ». Et sept jours plus tard le déluge va arriver.
« Alors le Seigneur ferma la porte sur Noé ». (Gn 7,16) Cette porte va protéger les habitants de l’arche de la mort. Dieu y veille Lui-même puisqu’il prend soin de fermer la porte lui-même.
4- Le déluge
« Et ce fut le déluge sur la terre ». Il pleut donc 40 jours et 40 nuits non-stop. Même les montagnes sont recouvertes par l’eau.
Le nombre « 40 » représente le temps d’une génération, soit un changement d’une époque à une autre. Selon le récit du Déluge, la durée de la pluie est de quarante jours et de quarante nuits (Gn 7,12.17) : une nouvelle ère va commencer.
Le même temps symbolique donne sens à de nombreux passages bibliques : les Israélites restent 40 ans dans le désert (Dt 1,3). Jonas parle de quarante jours aux habitants de Ninive, le temps nécessaire à un changement de vie (Jon 3,4). Moïse demeure quarante jours et quarante nuits sur l’Horeb, le temps de recevoir la parole de Dieu (Ex 24,18).
Le souvenir d’une inondation catastrophique se retrouve chez de nombreux peuples de l’antiquité : des récits égyptiens, grecs, chinois, babyloniens. Le plus célèbre et le plus proche du récit biblique étant l’Epopée de Gilgamesh, texte assyrien du VIIe siècle av. J.-C.
Les nombreux traits de ressemblance entre ces traditions et le récit biblique nous permettent d’affirmer que tous ces souvenirs doivent remonter à une source commune, un cataclysme qui a anéanti les populations au moment où elles étaient encore réunies dans les plaines de la Babylonie.
La particularité du récit biblique est que tout l’évènement est raconté et jugé du point de vue de Dieu.
Vient alors le chapitre 8, au verset 1 : « Dieu fit passer un souffle sur la terre : les eaux se calmèrent ».
Ce souffle de Dieu nous rappelle son souffle au moment de la création. C’est le même mot qui est utilisé en hébreu. C’est non seulement le premier signe de l’apaisement des eaux, mais plus encore, l’annonce du retour à la vie.
Le dix-septième jour du septième mois, l’arche se pose sur les monts d’Ararat.
C’est un mois très symbolique au point que dans le chapitre 12 du livre de l’Exode, Dieu change le calendrier des Juifs et ce septième mois devient leur premier mois du calendrier religieux.
C’est le quatorzième jour de ce mois que les hébreux marqueront leurs portes du sang de l’agneau ce qui les protègera de la mort avant de partir d’Egypte.
Et plus encore, dans le Nouveau Testament c’est exactement le 14e jour que Jésus est crucifié. Et 3 jours plus tard, le dix-septième jour, c’est la résurrection.
- L’endroit : Le texte dit bien « les » monts d’Ararat. Le nom est lié à une chaîne de montagnes. De même que le Mont Blanc recouvre plus que le sommet qui culmine à 4807 m mais englobe tout un massif de montagnes au-dessus des 4000m. Et c’est quelque part dans ce massif que l’arche se posa. De nombreuses personnes sont parties à la recherche de l’arche, espérant la retrouver.
En 2010, un groupe d’explorateurs évangéliques chinois et turcs annonçaient qu’ils pensaient avoir découvert l’arche de Noé sur un sommet de quelque 4000 mètres du mont Ararat en Turquie. Ils affirment avoir retrouvé des restes en bois de la structure de l’arche dont la datation au carbone quatorze remonterait à 4.800 ans, époque présumée où l’arche aurait navigué.
« Nous ne sommes pas sûrs à 100% qu’il s’agit de l’arche mais nous le sommes à 99,9% », dit l’un des quinze membres de l’équipe. L’équipe a exclu que l’emplacement de la découverte ait été habité puisqu’on n’a jamais trouvé, dans la région, de traces de présence humaine au-delà de 3.500 mètres.
- la sortie de l’arche
Après avoir ouvert la fenêtre, « Noé lâcha le corbeau ; celui-ci fit des allers et retours, jusqu’à ce que les eaux se soient retirées, laissant la terre à sec. Il lâcha aussi la colombe pour voir si les eaux avaient baissé à la surface du sol. La colombe ne trouva pas d’endroit où se poser, et elle revint vers l’arche auprès de lui, parce que les eaux étaient sur toute la surface de la terre ; Noé tendit la main, prit la colombe, et la fit rentrer auprès de lui dans l’arche. Il attendit encore sept jours, et lâcha de nouveau la colombe hors de l’arche. Vers le soir, la colombe revint, et voici qu’il y avait dans son bec un rameau d’olivier tout frais ! Noé comprit ainsi que les eaux avaient baissé sur la terre. Il attendit encore sept autres jours et lâcha la colombe, qui, cette fois-ci, ne revint plus vers lui. »
Le corbeau, classé impur car il se nourrit entre autres de cadavres d’animaux, ne revient pas vers l’arche. Il n’est pas digne de la mission qui lui est confié.
La colombe, elle, revient, montrant que les conditions ne s’étaient pas suffisamment améliorées. Les montagnes sont maintenant apparentes, mais le sol est encore trop gorgé d’eau pour que la colombe puisse poser les pattes.
La deuxième fois que la colombe est relâchée, sept jours plus tard, elle revient le soir avec une feuille d’olivier dans le bec. Le fait qu’elle revint vers le soir signifie probablement que la colombe est sortie plus longtemps que la première fois et la feuille d’olivier montre que la végétation a commencé à repousser. Ce rameau d’olivier représente la paix, le calme, la bonne entente. C’est l’aboutissement du Déluge.
De nouveau, sept jours plus tard la colombe est envoyée, mais cette fois-ci elle ne revient pas, annonçant ainsi la bonne nouvelle : le retour à la vie. Les conditions devaient être maintenant bonnes pour la colombe, qui peut se débrouiller toute seule. Elle n’a plus besoin de revenir à Noé.
En descendant de l’Arche, Noé ne peut être que marqué par la gratitude et la toute-puissance de Dieu et son premier geste est de rendre un culte à Dieu pour le remercier de l’avoir épargné. Il construit alors un autel, et offre un sacrifice.
Comme au septième jour de la création, le Seigneur est satisfait. « Le Seigneur respira l’agréable odeur, et il se dit en lui-même : « Jamais plus je ne maudirai le sol à cause de l’homme : le cœur de l’homme est enclin au mal dès sa jeunesse, mais jamais plus je ne frapperai tous les vivants comme je l’ai fait. » (Gn 8,21).
C’est alors que l’auteur biblique nous dit que « Dieu bénit Noé et ses fils. Il leur dit : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre ». Nous avons déjà entendu ces paroles. Les mêmes qu’à la Création. Dieu maintient la vocation de l’homme : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre » (comme en Gn 1,28). Mais maintenant Dieu accorde à l’homme de tuer l’animal pour s’en nourrir.
C’est vraiment une Alliance nouvelle qui se réalise ici. Le signe de cette alliance, c’est l’arc en ciel. Si le cœur de l’homme reste enclin au péché, Dieu se déclare désormais patient.
- Noé et le vin
Au chapitre 9, nous lisons que « Noé, homme de la terre, fut le premier à planter la vigne. Il en but le vin, s’enivra et se retrouva nu au milieu de sa tente. Cham, le père de Canaan, vit que son père était nu et il en informa ses deux frères qui étaient dehors. »
En faisant cela, Cham commit un péché. Quel est ce péché : « il vit la nudité ». Cette expression très particulière a un sens beaucoup plus précis que nous le croyons. Dans le livre du Lévitique, elle désigne les relations sexuelles incestueuses. Par exemple : « Nul d’entre vous ne s’approchera de quelqu’un de sa parenté, pour en découvrir la nudité. » (Lévitique 18,6) Le commandement se fait encore plus précis : « Tu ne découvriras pas la nudité de ton père, ni celle de ta mère » (Lévitique 18,7).
Par contre, une tradition juive affirme que plutôt que de violer son père, Cham l’aurait castré. Cette interprétation est connue de Théophile d’Antioche et est admise comme une évidence dans le Judaïsme. Le texte biblique ne donne aucune indication pour cette interprétation sinon une omission : il n’est pas précisé que Noé « enfanta des fils et des filles » après Sem, Cham et Japhet, comme c’est le cas des autres patriarches bibliques.
Sem et Japhet, eux, prirent le manteau, le placèrent sur leurs épaules à tous deux et, marchant à reculons, ils en couvrirent leur père qui était nu. Comme leurs visages étaient détournés, ils ne virent pas la nudité de leur père.
Noé, ayant cuvé son vin, se réveilla et apprit ce qu’avait fait son plus jeune fils. Il dit : « Maudit soit Canaan ! Il sera pour ses frères l’esclave des esclaves. » Et il ajouta : « Béni soit le Seigneur, le Dieu de Sem ! Que Canaan soit son esclave ! (Genèse 9,18-27)
Si l’on retient l’hypothèse du viol incestueux ou de la castration, la malédiction à la fin du récit semble plus justifiée.
De fait, Cham va bénéficier de la bénédiction accordée à son père, mais son fils Canaan va être maudit.
Il deviendra le serviteur de ses frères, et la bénédiction de Sem, le frère de Cham. Sem est présenté comme l’ancêtre des peuples sémitiques et en particulier du peuple hébreu. Canaan lui sera l’ancêtre des adversaires des Hébreux : les peuples de la terre de Canaan que Dieu donnera aux Hébreux après la sortie du désert.
Ce récit pourrait donc viser à rabaisser les peuples cananéens entourant les Hébreux et, surtout, à condamner leurs mœurs sexuels. Ils ne cesseraient de répéter la faute de leur ancêtre.
En général, la malédiction de Cham et la bénédiction de Sem semblent viser à donner de la force et du courage à Israël dans son combat contre ses adversaires.
Le chapitre 9 se termine avec la mort de Noé, 350 ans après la sortie de l’arche, à l’âge de 950 ans.
Conclusion : Que retenir de l’histoire de Noé ?
La première bonne nouvelle, c’est que Dieu est bien un Dieu de vie. Puisqu’il promet à deux reprises dans ce récit, de ne plus exterminer le vivant.
- Jamais plus je ne maudirai le sol à cause de l’homme : le cœur de l’homme est enclin au mal dès sa jeunesse, mais jamais plus je ne frapperai tous les vivants comme je l’ai fait. (8,21)
- Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » (9,11)
Et là, on peut reconnaître le Dieu de tendresse que nous révèle Jésus. Un Dieu qui veut sauver chacun en nous aimant. Et son projet est de sauver notre être dans toutes ses dimensions. Pas seulement le spirituel, mais notre être tout entier, corps, âme et esprit.
Il nous regarde et regarde en nous ce qui est juste et bon, comme pour Noé. Sa grâce commence par ce regard, mais elle ne s’arrête pas là, elle est également pleine d’espérance pour nous et grâce pour nous. Sa grâce est même active : Dieu cherche à réaliser avec nous ce que son regard espère.
Dans l’histoire de Noé, c’est 8 personnes que Dieu sauve, 4 couples qu’il sauve, 4 hommes et femmes. Ce chiffre de 8 sur lequel Pierre insiste lourdement évoque la résurrection. C’est pour cela que chaque baptistère était à l’époque construit avec 8 côtés et que le dimanche était appelé « le 8e jour ». Dans un temps qui est rythmé sur la base d’une semaine en 7 jours, ce chiffre 8 évoque la vie éternelle.
Noé annonce le Christ qui à lui seul, sauve l’humanité tout entière. Sa sortie de l’arche nous rappelle celle du tombeau de Jésus ressuscité. Il nous enseigne plusieurs choses :
Noé a aussi dû souffrir des moqueries des hommes de son temps lorsqu’il construisait l’arche. Malgré cela, il a continué. Prenons modèle sur lui. Le Christ Lui-même se sert de cette histoire de Noé pour nous inviter à la vigilance et à la fidélité, en attendant son retour glorieux. « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. » (Mt 24,37)
Noé sait remercier Dieu. Dès la sortie de l’arche, il offre un sacrifice d’action de grâce.
L’arche est une image de l’Eglise qui apporte le salut.
L’eau du déluge annonce l’eau du baptême qui nous purifie, et nous fait vivre de la vie de Dieu.