Saül premier roi en Israël

Saül premier roi en Israël

  • Nous sommes toujours dans le premier livre de Samuel.  Le temps de Juges n’a pas répondu aux attentes du Seigneur, le sacerdoce est lui aussi un échec. Le jugement est tombé, le prêtre Éli et ses deux fils sont morts. Restent ses petits-fils que nous retrouverons plus tard.
  • Dieu qui veut maintenant mettre de l’ordre dans son peuple infidèle, a préparé la royauté, en établissant parallèlement la fonction prophétique.
  • L’Arche d’Alliance, après avoir été prise par les Philistins et être passée dans plusieurs villes en Israël, arrive à Qiryath-Yearim où elle restera oubliée durant à peu près vingt ans.
  • Samuel est devenu vieux, ses fils ne sont que peu intègres, alors le peuple a demandé un roi, comme en ont les autres peuples de la terre… Cette demande a fortement contrarié Samuel, mais à la demande du Seigneur, Saül est devenu roi. mais un roi qui est intégré à l’Alliance, comme Dieu le voulait. Nous sommes en -1030 environ.
  • Alors bien sûr, un certain nombre de personnes contestent ce manque d’autonomie, d’autres ont des doutes sur les aptitudes de ce roi…
  • Saul, dont le nom signifie « désiré », montre au départ de belles qualités humaines. Mais cela ne va pas durer, il va accumuler les erreurs au point que le Seigneur regrettera son choix et qu’apparaîtra le jeune David.
  1. Etablissement du règne de Saül
  1. La menace Ammonite

Saül est sur le trône depuis à peine un mois, et tout laisse penser qu’il va être un grand roi et un grand homme de Dieu.

Les premiers combats qu’il doit mener sont contre les Ammonites. ils étaient des cousins éloignés, descendants, comme les  Moabites de l’union incestueuse entre les filles de Loth et leur père. A leur tête se trouvait Nahash, un personnage sanguinaire dont le nom veut dire « serpent ». Au lieu de se tourner vers Dieu, Israël tente de traiter avec l’ennemi et s’engage à se soumettre à lui : « Conclus avec nous une alliance, et nous te servirons ». Nahash répond qu’il est prêt à traiter avec eux à condition de leur crever à tous l’œil droit. Crever cet œil était stratégique car lors des combats, les soldats se protégeaient l’œil gauche avec leur bouclier et l’œil droit leur servait à voir l’ennemi. En leur crevant l’œil droit, le peuple impuissant, ne pourrait plus tirer à l’arc.

Finalement les anciens négocient une trêve de sept jours afin d’envoyer des messagers dans tout le territoire pour chercher du secours. De façon étonnante, Nahash leur accorde cette trêve, comme s’il était sûr de sa victoire.

« Les messagers arrivèrent à Guibéa de Saül et rapportèrent ces paroles aux oreilles du peuple. Alors tout le peuple éclata en sanglots ».

C’est à ce moment-là qu’arrive Saül qui revient des champs avec ses bœufs. Il n’a pas encore pleinement endossé son rôle de roi et sur les conseils de Samuel, il vaque à ses occupations agricoles en attendant que Dieu lui révèle ce qu’il attend de lui.

Il demanda : « Qu’a donc le peuple ? Qu’a-t-il à pleurer ainsi ? » On lui répéta les paroles des gens de Yabesh. L’Esprit de Dieu s’empara de Saül quand il entendit ces paroles, et il s’enflamma d’une grande colère. prit une paire de bœufs, les dépeça et en envoya les morceaux dans tout le territoire d’Israël par l’entremise de messagers qui dirent : « Celui qui ne partira pas au combat derrière Saül et Samuel, voilà ce qui arrivera à ses bœufs ! » La terreur du Seigneur s’abattit sur le peuple, et ils marchèrent tous comme un seul homme » (1Samuel 11,3-7).

Saül, plein de l’Esprit de Dieu, est rempli d’une colère juste et prend des mesures rapides. Il rassemble une armée de 330 000 hommes et écrasent les Ammonites. Cette victoire est l’occasion pour Saül d’affirmer son autorité.

Nous nous rappelons qu’à la fin du chapitre 10, des « vauriens » avaient contesté le choix de Saül. Certains s’en souviennent et vont voir Samuel pour lui demander de leur livrer ces hommes afin de les faire mourir.

« 13 Mais Saül déclara : « On ne mettra personne à mort en un tel jour, car, aujourd’hui même, le Seigneur a réalisé le salut en Israël. » Samuel dit au peuple : « Venez, allons à Guilgal ! Nous y renouvellerons la royauté. »

L’humilité de Saül, qui attribue cette victoire au Seigneur et la clémence dont il fait preuve, attestent le choix divin et apportent un nouveau sentiment d’unité nationale.

Alors Samuel réunit le peuple à Guilgal pour renouveler la royauté de Saül en présence du Seigneur ; on offrit des sacrifices de paix en présence du Seigneur. Et là, Saül et tous les gens d’Israël se livrèrent à de grandes réjouissances » (1S 11,14-15).

  • Le discours d’adieu de Samuel

Cela fait peut-être 50 ans que Samuel dirige la nation, sa fonction de juge est terminée ; alors il profite de cet état de grâce pour prononcer un discours d’adieu, appelle le peuple à la fidélité, les avertissant que tant eux que leur roi doivent suivre les commandements de Dieu ou en subir les conséquences.

« Puissiez-vous craindre le Seigneur, le servir, écouter sa voix, sans vous révolter contre les ordres du Seigneur et, vous-mêmes avec le roi qui règne sur vous, puissiez-vous suivre le Seigneur votre Dieu ! Mais si vous n’écoutez pas la voix du Seigneur, si vous vous révoltez contre les ordres du Seigneur, la main du Seigneur sera contre vous, comme elle fut contre vos pères. Maintenant donc, tenez-vous prêts et voyez cette grande chose que le Seigneur va accomplir sous vos yeux. (14-16)

Et pour confirmer ces paroles, Dieu permet à Samuël la réalisation d’un vrai miracle : en pleine saison sèche, il fait venir la pluie avec du tonnerre. C’est un miracle qui prouve au peuple que Samuel a parlé de la part de Dieu.  

Désormais la royauté et le ministère de Samuel vont se côtoyer, Samuel restant le véritable guide spirituel du peuple, comme prêtre, prophète et intercesseur.

Malheureusement la royauté et la victoire sur les Ammonites montent à la tête de Saul qui commet plusieurs erreurs qui conduiront le Seigneur à lui retirer sa royauté : le chapitre 13 marque le début du déclin de Saül en tant que roi.

  • Saül décide de se constituer une garde royale mais sans consulter le Seigneur :

« Quand il eut régné deux ans sur Israël, il sélectionna trois mille soldats d’Israël, deux mille pour rester avec lui à Mikmach et dans la région montagneuse de Béthel, et mille qu’il plaça sous les ordres de son fils Jonathan à Guibea de Benjamin. Les autres soldats furent renvoyés dans leurs foyers (1Samuel 13,1-2)

3 000 hommes, cela manquait de sagesse. C’était à la fois trop pour une garde personnelle et insuffisant pour battre un ennemi.

  • Saül révèle sa véritable personnalité
  1. La soif de gloire de Saül

Il n’y avait plus eu de bataille entre Israël et les Philistins depuis la défaite qui avait suivi l’intercession de Samuel, et le retour du peuple à Dieu. (Cf 1S 7,5-7). D’ailleurs les Philistins n’avaient apparemment pas attaché d’importance à l’institution de la monarchie et Saül, de son côté, ne les provoquait pas.

Un jour cependant, son fils Jonathan, voulut faire un coup d’éclat : les Philistins avaient laissé dans la ville de Guibéa, une stèle qu’on n’avait pas osé détruire. Alors Jonathan qui est à Guibéa avec ses 1000 hommes, prend l’initiative de détruire ce monument.

« Alors se répandit rapidement parmi les Philistins la nouvelle que les Hébreux s’étaient révoltés. Tout Israël apprit que Saül avait abattu la stèle des Philistins, et qu’Israël s’était ainsi rendu odieux aux Philistins. Tout le peuple se rassembla donc à Guilgal pour aller combattre avec Saül (1Samuel 13,3-4 Second). (La traduction liturgique parle de poste de garde)

Lorsque Saül apprend l’action de son fils, il s’en attribue le mérite et cela se répand dans tout Israël. Son prestige grandit. (Nous commençons à découvrir le personnage). Il fait sonner la trompette pour faire connaître au monde entier la défaite des Philistins. Il est d’ailleurs étonnant qu’il appelle son peuple “les Hébreux” (verset 3), nom dont se servaient les étrangers pour parler des Israélites ; il montre par là qu’il ne tient pas compte des relations exclusives qui existaient entre Dieu et son peuple.

Mais la hache de guerre est déterrée. Les Philistins se rassemblent et provoquent Israël. Ils lèvent une armée imposante composée de trente mille chars, six mille cavaliers et une troupe de fantassins aussi nombreuse que le sable de la mer. Et ils installent leur camp à Mikmas, là même où Saül avait établi son armée.

 « Les hommes d’Israël virent le danger, tant le peuple était menacé de près. Ils se cachèrent dans les grottes, les trous, les rochers, les souterrains et les citernes. Des Hébreux passèrent aussi le Jourdain pour gagner le pays de Gad et de Galaad. Saül était encore à Guilgal, et tout le peuple qui était derrière lui tremblait de peur » (1 S 13, 6).

  • Impatience et désobéissance

Le prophète Samuel avait ordonné à Saül de se rendre à Guilgal et d’attendre sept jours qu’il vienne pour offrir un sacrifice et appeler la bénédiction de Dieu sur son combat, mais ce dernier tarde à venir.

Devant le retard du prophète, Saül commet une faute énorme : il offre lui-même un sacrifice, Saül décide de prendre les choses en main. Comme c’est lui le roi, il estime qu’il est tout à fait qualifié pour immoler lui-même les animaux, et il prend la place du prêtre.

Samuel arrive au moment où Saül terminait l’holocauste, ses paroles sont sans appel :

« Qu’as-tu fait ? » Saül répondit : « Quand j’ai vu que le peuple se dispersait en me quittant, que toi-même tu ne venais pas au rendez-vous et que les Philistins étaient rassemblés à Mikmas, je me suis dit : Maintenant, les Philistins vont descendre pour m’attaquer à Guilgal, sans que j’aie apaisé le Seigneur ! Alors, me faisant violence, j’ai offert l’holocauste. » Samuel dit à Saül : « Tu as agi comme un insensé ! Tu n’as pas observé le commandement du Seigneur ton Dieu, ce qu’il t’avait ordonné. Autrement, le Seigneur aurait établi ta royauté sur Israël pour toujours. Mais maintenant ta royauté ne tiendra pas. Le Seigneur a cherché un homme selon son cœur et l’a institué chef de son peuple, puisque tu n’as pas observé ce que t’avait ordonné le Seigneur » (1 S 13,11-14).

« Qu’as-tu fait ? » : c’est exactement la question que Dieu avait posé à Caïn après qu’il ait tué Abel (Gn 4,10). Saül a commis un grave péché qui va marquer le début de la fin de sa royauté. La bénédiction lui est retirée et Samuel annonce que le « Seigneur a cherché un homme selon son cœur et l’a institué chef de son peuple ». Ce sera David.

Mais Saül ne manifeste aucune contrition, au contraire, il se justifie en accusant la dispersion du peuple, le retard apparent de Samuel et la peur des ennemis.

La sanction paraît sévère mais la faute est grave car c’est la compréhension même de la royauté qui est en jeu ici : en occupant la place du prêtre qui seul avait le droit d’offrir ce sacrifice, il n’a pas respecté la séparation des pouvoirs. En cumulant la fonction politique et la fonction religieuse, il s’est inscrit dans le registre du tyran plutôt que dans celui du serviteur.

Cet acte de désobéissance révèle des problèmes plus profonds dans le caractère de Saül, à savoir son orgueil et sa difficulté à faire confiance en Dieu. Saül va demeurer roi quelques temps encore, mais il va être tourmenté par un esprit mauvais, qui provoquait chez lui des crises de folie (1 Samuel 16,14-23). Son règne va commencer à se dégrader. L’épisode qui suit montre un roi désemparé qui agit sans discernement.

  • Le courage et la foi de Jonathan

Les Philistins sont donc à Guilgal, ils attendent Israël de pied ferme. Mais la situation des Hébreux est critique, puisque Saül et Jonathan n’ont plus que 600 hommes de guerre très mal armés : « On ne trouvait pas de forgeron dans tout le pays d’Israël, car les Philistins s’étaient dit : « Il ne faut pas que les Hébreux fabriquent des épées ou des lances. » Tout le monde en Israël descendait donc chez les Philistins pour affûter chacun son soc, sa houe, sa hache ou son pic. Le prix imposé était : deux tiers de sicle pour les socs, les houes, les haches et la remise en état des aiguillons. Il arriva donc qu’au jour du combat, personne, dans la troupe qui était avec Saül et Jonathan, n’avait en main ni épée ni lance. On en trouva cependant pour Saül et pour son fils Jonathan. (13,19-22)

L’histoire se poursuit, au chapitre 14 dans une tonalité tout à fait différente : Jonathan, contrairement à son père, va se fier à Dieu et un peu à l’image de David devant Goliath il décide d’attaquer le poste des Philistins. Le motif de cette action réside dans sa foi. Il ne peut accepter la situation désespérée du peuple alors Jonathan prend l’initiative d’une offensive. Sans rien dire à son père qui l’aurait sans doute dissuadé, comme il découragera plus tard David d’affronter Goliath, il quitte le camp avec son écuyer.,

« Jonathan dit à son écuyer : « Viens ! Passons vers le poste de ces incirconcis. Peut-être le Seigneur agira-t-il en notre faveur, car rien n’empêche le Seigneur de donner le salut, que l’on soit peu ou beaucoup. » Son écuyer lui répondit : « Fais tout ce que tu as dans le cœur. Vas-y ! Et moi, je suis avec toi, selon ton cœur. » Jonathan reprit : « Voici que nous passons vers ces hommes : ils vont nous repérer. S’ils nous disent : “Halte ! Attendez que nous vous ayons rejoints”, alors nous resterons sur place, nous ne monterons pas vers eux. Mais s’ils nous disent : “Montez vers nous !”, alors nous monterons, car le Seigneur les aura livrés entre nos mains. Ce sera pour nous le signe. » (14,6-10).

Et c’est ce qui arrive, les Philistins disent à Jonathan de monter : c’est le signe attendu que Dieu va leur donner la victoire. Ils escaladent la paroi, on pourrait penser qu’ils seraient vite terrassés par l’ennemi en arrivant en haut, mais non ! C’est l’inverse qui se produit. Le Seigneur récompense la foi de ces deux héros. Ils vont tuer une vingtaine d’hommes, ce qui va créer les conditions d’une victoire de plus grande ampleur. La terreur gagne le camp des Philistins, la terre se met à trembler. C’est une véritable débâcle pour les ennemis du peuple de Dieu.

Galvanisés par le spectacle de l’armée ennemie en déroute, les Hébreux reprennent courage et remportent une belle victoire malgré leur infériorité numérique.

Les guetteurs postés par Saül autour de Guibéa virent les soldats philistins se disperser dans un désordre total.  Alors Saül et ses hommes s’avancèrent sur le champ de bataille. Et Dieu accorda la victoire à son peuple, grâce à la foi de Jonathan. Saül en fait une affaire de prestige.

  • Saül perd la confiance de son fils

Saül va alors à agir avec déraison. Au lieu de célébrer la victoire que Dieu a accordée à son peuple, il proclame un jeûne : « Maudit soit l’homme qui prendra de la nourriture avant le soir, avant que je me sois vengé de mes ennemis ! » (1 S 14,24).

Mais les combats du jour ayant été rudes, le peuple était fatigué et les forces lui manquaient. Passant dans une forêt, les hommes avaient bien vu du miel qui ruisselait des rayons, mais aucun d’eux n’y avait touché par respect du serment, sauf Jonathan, qui ignorait ce que son père avait fait. Un des soldats l’avertit en disant : — Ton père a adjuré le peuple par un serment en disant : “ Maudit soit l’homme qui prendra aujourd’hui de la nourriture ! » Jonathan déclara : « Mon père fait le malheur du pays » (1Samuel 14,24-29).

Saül a perdu la confiance de son fils et de son peuple. Et son péché entraînant le péché du peuple, le soir venu, le peuple oublie la loi de Dieu qui interdit de manger de la chair avec le sang, se jette sur les moutons, bœufs et veaux, pris aux Philistins et les mange sans prendre le temps de saigner correctement les carcasses, comme l’exigeait la loi de Moïse (Dt 12,23-25).

Devant ce spectacle désolant, Saül consulte Dieu, mais ce dernier se tait. Pour lui, ce silence est la conséquence d’un péché commis par le peuple, sans penser un seul instant que c’est peut-être lui qui a commis une faute. Il décide de consulter le sort en déclarant que le coupable sera mis à mort, et le sort désigne Jonathan qui accepte la sentence.

Ce sont les hommes qui vont le défendre et éviter qu’il ne soit mis à mort : « Est-ce que Jonathan devrait mourir, lui qui a remporté cette grande victoire en Israël ? Quelle horreur ! Par le Seigneur vivant, il ne tombera pas à terre un seul cheveu de sa tête, car c’est avec Dieu qu’il a agi en ce jour. » Le peuple racheta Jonathan, et celui-ci ne mourut pas » (1S 14,45).

« Les fils de Saül étaient Jonathan, Yishwi et Malki-Shoua. Ses deux filles s’appelaient, l’aînée, Mérab et, la cadette, Mikal. La femme de Saül s’appelait Ahinoam, fille d’Ahimaaç. Le chef de son armée s’appelait Abner, fils de Ner qui était l’oncle de Saül. Kish, le père de Saül, et Ner, le père d’Abner, étaient fils d’Abiel » » (1S 14,49-50).

Pourquoi ces précisions ici? Est-ce pour présenter des personnages dont nous allons prochainement parler avec David?

5. La grande désobéissance de Saül

Après la première faute de Saül, le Seigneur décide d’offrir une seconde chance à Saül. Pour ce faire, Dieu lui confie une tâche facile à accomplir : détruire complètement un ennemi juré d’Israël, les Amalécites. Quiconque aimait Dieu et son peuple devait haïr ce terrible ennemi. Malheureusement, là aussi, Saül va échouer.

La haine envers ce peuple remontait à la fameuse bataille menée par Moïse, « Les Amalécites avaient attaqué Israël à Rephidim. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort.

Ennemis jurés des israélites, ils symbolisaient le mal, et la Torah ordonnait de les effacer de la surface de la terre. C’est donc une guerre entre le bien et le mal qu’il est donné à Saül de mener.

Samuel va donc trouver Saül et lui dit : « C’est moi que le Seigneur a envoyé pour te donner l’onction comme roi sur son peuple, sur Israël. Et maintenant, écoute la voix, écoute les paroles du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur des armées : Je vais demander compte à Amalec de ce qu’il a fait à Israël en lui barrant la route, lorsqu’il montait d’Égypte. Maintenant donc, va ! Tu frapperas Amalec ; et vous devrez vouer à l’anathème tout ce qui lui appartient. Tu ne l’épargneras pas. Tu mettras tout à mort : l’homme comme la femme, l’enfant comme le nourrisson, le bœuf comme le mouton, le chameau comme l’âne. » (1S 15,1-3).

En réaction à cet ordre, Saül avertit d’abord les Kéniens, amis d’Israël, de quitter la région, puis il attaque les Amalécites conformément à l’ordre reçu et remporte la victoire. Puis voyant des bêtes bien grasses il se dit que ce serait quand même dommage de les détruire, alors il décide de les garder pour lui ce qui revient bien sûr à désobéir au Seigneur. En plus, il épargne le roi d’Agag comme trophée de guerre afin de le parader en son honneur et augmenter ainsi son prestige.

Par contre, tout ce qui était sans valeur et de mauvaise qualité, c’est cela qu’ils vouèrent à l’anathème.

C’est une vraie rébellion contre Dieu. Il a transgressé le pacte conclu au moment de l’institution de la royauté. Mais Saül ne voit pas tout cela, il n’a pas compris la portée de son acte. En laissant la vie au roi Agag, il ne pouvait imaginer qu’un jour, l’un de ses descendants projetterait la destruction de peuple juif disséminé dans tout l’empire Perse (Esther 9,24).

  • La dernière rencontre entre Samuel et Saül

Après cette désobéissance, « Le Seigneur parla à Samuel et lui dit : — Je décide d’annuler ce que j’ai fait en établissant Saül roi, car il s’est détourné de moi et il n’a pas tenu compte de mes ordres. Samuel en fut bouleversé et il implora l’Éternel toute la nuit » (1Samuel 15,10-11).

Le prophète Samuel qui aimait beaucoup Saül, est profondément affligé par cette décision. Il intercède longuement en sa faveur, mais en vain et de bon matin, il part le trouver. C’est alors que nous apprenons que Saül veillant avec une attention toute particulière à soigner sa dignité personnelle, est allé au village de Carmel et s’est dressé une stèle, à sa gloire bien sûr : « Saül est allé au village de Carmel, il s’est dressé une stèle ».

Devant Dieu, le péché de Saül est immense, et manifestement il n’en est pas conscient. Pourtant les paroles de Samuel sont terribles :

« La révolte est un péché comme la divination ; la rébellion est une faute comme la consultation des idoles. Parce que tu as rejeté la parole du Seigneur, lui aussi t’a rejeté : tu ne seras plus roi ! » (1S 16,23).

Dieu lui a donné un ordre qu’il n’a pas exécuté. Samuel appelle cela une rébellion et même un « péché de divination » parce que la rébellion contre Dieu signifie se tourner vers les démons.

Les mots sont forts, ils signifient que placer sa propre norme avant celle de Dieu, c’est de l’idolâtrie puisque cela revient à s’adorer soi-même et non Dieu. Et c’est vrai que l’orgueil de Saul, le culte qu’il se rend à lui-même en érigeant cette stèle, s’amplifie au fil du temps.

En même temps, et ce n’est pas la première fois, il n’assume pas vraiment la responsabilité de ses actes. Il rejette encore la responsabilité sur le peuple et Samuel. Il beau exprimer quelques paroles de confession de ses fautes, cela sonne faux. Ce qu’il veut avant tout c’est sauver les apparences.

Et lorsque Samuel veut partir, Saül saisit le pan de son manteau. Il veut le garder avec lui par la force. Cet acte à nouveau volontaire de Saül provoque une déchirure dans le manteau de Samuel.

Maintenant, je t’en prie, enlève mon péché, reviens avec moi, que je me prosterne devant le Seigneur. » Mais Samuel répondit à Saül : « Je ne reviendrai pas avec toi. Puisque tu as rejeté la parole du Seigneur, le Seigneur t’a rejeté pour que tu ne sois plus roi sur Israël. » Comme Samuel se détournait pour partir, Saül saisit le pan de son manteau, qui fut arraché. Alors Samuel lui dit : « Aujourd’hui, le Seigneur t’a arraché la royauté sur Israël et il l’a donnée à ton prochain qui vaut mieux que toi. » (1S 15,25-28).

Pour Samuel, cette déchirure de son manteau est un message du Seigneur. Elle est le symbole de la déchirure de la royauté de Saül par Dieu. Le prophète ajoute alors que la royauté sera confiée à quelqu’un « qui est meilleur que » lui. Il ne mentionne pas de nom, mais nous savons qu’il s’agit de David.

Puis Samuel, le vieux prophète, fait ce que Saül aurait dû faire, il tue Agag. Il est dit qu’il le fait « devant l’Éternel, à Guilgal ».

« Samuel s’en alla à Rama, et Saül remonta chez lui à Guibéa de Saül. Samuel ne revit plus Saül jusqu’au jour de sa mort. En effet, Samuel avait pris le deuil à cause de Saül, et le Seigneur s’était repenti d’avoir fait régner Saül sur Israël » (34-35).

L’adieu est définitif. Samuel ne reverra plus jamais Saül. Il ne pouvait plus rien faire pour lui ; il poursuivra sa mission de prophète, à Rama. C’est un adieu douloureux pour le prophète, qui a beaucoup aimé Saül, au point qu’il prit le deuil.

A partir du chapitre 16 de ce premier livre de Samuel, commence véritablement l’histoire de David qui reçoit l’onction des mains de Samuel. Mais nous continuerons d’entendre parler de Samuel et Saül puisque Samuel meurt au chapitre 28 et Saül au chapitre 31.

Les 16 chapitres à venir, tout en précisant la condamnation de Saül, vont raconter, par contraste, l’ascension de David, le troisième personnage important du livre. Une ascension sur 16 chapitres, c’est énorme. (David reçoit l’onction au chapitre 16 mais il ne deviendra véritablement roi  que dans le second livre de Samuel.

Saül va devenir de plus en plus jaloux, violent et hors de contrôle. Il cherchera même à tuer David.

La royauté de David couvrira les 24 chapitres du deuxième livre de Samuel. Son règne se terminera dans le 1er livre des Rois, au chapitre 2.

Le plus grand roi d’Israël, celui que Dieu préparait depuis longtemps, rappelez-vous le livre de Ruth, entre en scène sur ce fond d’échecs successifs, en révélant les nombreuses qualités qui feront sa grandeur. Nous verrons cela le mois prochain.

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