Dim des Rameaux
Homélie dimanche des rameaux, 28 mars 2021
Frères et sœurs, en préparant l’homélie de ce we des rameaux, j’ai été frappé par les différents passages où, dans la 1ère lecture et dans le psaume, il y a des anticipations de la passion que Jésus va souffrir. D’une façon générale, dans la 1ère partie de la Bible que l’on appelle l’Ancien testament, il y a plus de 300 prophéties, rédigées sur une période de plusieurs siècles, que l’on trouve réalisées dans la vie de Jésus et qui concernent sa naissance, sa vie, son ministère, sa mort, sa résurrection et sa glorification.
Toutes ces prophéties qui se sont accomplies, constituent une puissante confirmation de l’inspiration divine des Ecritures et du fait que Dieu dans sa pédagogie a tissé un fil rouge qui nous montre l’incroyable cohérence de l’Ancien et du Nouveau testament. En lisant les récits bibliques qui parlent de la Passion de Jésus on se rend compte que près de 29 de ces prophéties se sont accomplies sur la seule journée de sa mort. Pour beaucoup d’entre elles, Jésus n’avait aucun contrôle sur les événements. Je vous propose donc ce dimanche d’en voir quelques-unes.
La première sur laquelle je voudrais m’attarder concerne celle du prophète Zacharie (11, 12) : « Ils estimèrent mon prix à trente pièces d’argent ». Curieuse coïncidence quand on se rappelle que c’est exactement le prix qui fut convenu entre Judas et les Grands-prêtres pour que ces derniers aient connaissance du lieu où ils pourraient arrêter Jésus. 30 pièces d’argent, c’était le salaire mensuel d’un ouvrier, mais aussi le prix d’un esclave. L’amitié et le respect que Judas avait pour son maitre n’avait pas beaucoup de valeur.
La 2e prophétie retenue concerne le silence du Serviteur souffrant devant ses accusateurs et ses juges. Voici ce qu’en dit Isaïe : « On le maltraite, et lui se soumet et n’ouvre pas la bouche, semblable à l’agneau qu’on mène à la tuerie » (Isaïe 53, 7). Comment ne pas la mettre en lien avec la petite mention de l’évangile de Marc : « Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné » (Marc 15, 5).
La 3e prophétie concerne les coups et les blessures endurés par le Serviteur souffrant décrit par le prophète Isaïe : « J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je n’ai pas dérobé mon visage aux outrages et aux crachats ».
(Isaïe 50, 5-7). Les photos réalisées sur le linceul de Turin par Secondo PIA, le 28 mai 1898, nous montrent que l’homme du linceul a le visage tuméfié, le dos labouré par des dizaines de coups de fouet. L’évangile rapporte que Jésus fut le souffre-douleur de toute la garde (Marc 15, 16) et pas seulement d’un ou deux excités : « Pilate, après avoir fait flageller Jésus, le livra pour qu’il soit crucifié. Les soldats lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Ils lui frappaient la tête avec un roseau ».
La 4e prophétie retenue concerne la crucifixion. C’était la peine capitale réservée aux esclaves. En Palestine, il était courant de voir des crucifiés. C’était le moyen utilisé par les Romains pour mater les séditieux. Dans le psaume 21, 17,le psalmiste évoque cette torture : « Ils ont percé mes mains et mes pieds », pratiquée par les soldats qui crucifient Jésus.
Ce même psaume décrit aussi des moqueries : « Ceux qui me voient se sont moqués de moi et secouant la tête, ils ont dit : Il a espéré dans le Seigneur, que le Seigneur le délivre donc et le sauve maintenant ». (Psaume 21, 7). Marc dans son récit nous rapporte les humiliations endurées par Jésus : « Les passants l’injuriaient, ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient » (Marc 15, 29-32).
La 6e prophétie concerne le partage des vêtements. Elle est énoncée au psaume 21, 19 : « Ils se partageront mes vêtements et tireront ma robe au sort ». C’est exactement ce que feront les soldats présents au pied de la croix avec la tunique sans couture et de grand prix qui appartenait à Jésus : « Les soldats se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun » (Marc 15, 24).
La 7e prophétie est liée au moment où Jésus souffre par rapport à la soif. « Ils m’ont donné du fiel et du vinaigre, et, dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre ». (Psaume 68, 22.) Un soldat prend une lance, y met une éponge trempée préalablement dans une boisson vinaigrée (Marc 15, 36). La myrrhe contenue dans cette boisson avait la particularité d’atténuer la douleur.
La 8e prophétie concerne la destination du corps de Jésus. En tant que condamné à mort, il devait être déposé dans la fosse commune et recouvert de chaux. Il n’était alors plus possible de faire les rites funèbres propres aux Juifs. Or, les évangiles nous disent que de par son influence, Joseph d’Arimathie réussit à demander à Pilate de pouvoir ensevelir le corps de Jésus dans un tombeau. « Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau » (Marc 15, 46). Cet événement fut annoncé par le prophète Isaïe « Dans sa mort il est avec le riche » (Isaïe 53, 9).
La 9e et dernière prophétie de cette homélie concerne le coup de lance. C’est le prophète Zacharie qui l’annonce : « « Ils regarderont vers moi, après qu’ils m’auront transpercé ». (Zacharie 12, 10). Dans l’Armée romaine, lorsqu’un condamné à mort réussissait à s’échapper, la sanction pour celui qui devait le garder était purement et simplement la mort. « Un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau » (Jean 19, 34).
Vous vous demandez peut-être la raison d’être de ces parallèles. Rappelez-vous ce qui s’est passé avec les deux disciples qui quittent Jérusalem au soir de Pâques pour revenir chez eux à Emmaüs. En croisant la route d’un inconnu, ils lui confient leurs peines et leur découragement concernant l’échec des trois années de ministère de Jésus. L’inconnu leur répond alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (Luc 24, 25-27). Ces explications liées aux rapprochements entre l’Ancien et le Nouveau Testament vont avoir un effet extrêmement bénéfique : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Luc 24, 32).
Frères et sœurs, ne négligeons pas la lecture de l’Ancien testament. Les évêques réunis à Rome pour le 2e concile du Vatican ont rappelé que « Dieu est l’inspirateur et l’auteur des deux livres. Il les a sagement disposés de telle sorte que le Nouveau, soit caché dans l’Ancien et que, dans le Nouveau, l’Ancien soit dévoilé ».