21e Dim du TO B
Les choix que tu poses, engagent plus que toi
Qui est Josué ? C’est le successeur de Moïse, c’est lui qui fait entrer le peuple hébreu en Terre promise. Autant Dieu avait grandi Moïse en lui faisant traverser la Mer des joncs et en anéantissant l’armée de pharaon, autant Dieu accorda sa grâce à Josué en faisant s’écarter les eaux du Jourdain au passage de l’Arche d’Alliance et en faisant s’écrouler les murailles de la ville de Jéricho.
Où est situé ce texte (Jos 24, 1-2a.15-17.18b) ?
Nous sommes tout à la fin du livre de Josué au chapitre 24, dans la 2e partie du discours d’adieu. Nous assistons en quelque sorte à son testament spirituel que je vous invite à lire en entier, sans les coupures (24, 1-27).
Les cœurs partagés : Avec Moïse au pied du Mont Sinaï, il y avait eu une 1ère alliance. Mais maintenant que les douze tribus sont installées dans la terre promise, Josué a conscience que les Israélites vivent parfois un dilemme au plus profond d’eux-mêmes : quel Dieu allons-nous servir ? C’est un peu comme si nous nous disions : « au fond, pourquoi ne pas mettre un Bouddha dans mon jardin, c’est peut-être tout aussi efficace que la croix de grand-mère au-dessus de la porte d’entrée. Rapporté plus de 3000 ans en arrière, cela donnerait : « peut-être que les dieux que nos ancêtres servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont nous habitons le pays feraient tout aussi bien l’affaire ! Après tout, qui nous dit que le Dieu de Moïse n’est pas dépassé ? »
Cette ambivalence, les prophètes la dénonceront à chaque période en parlant de ceux qui dansent sur un pied puis sur l’autre, sans choisir réellement entre Dieu et les idoles. Pour aider les Israélites à faire le pas, les prophètes développeront la spiritualité de l’alliance : Dieu est un Dieu aimant. Dieu est un époux, qui ne cesse pas de se pencher vers son épouse qu’est le peuple d’Israël. Mais c’est aussi un époux jaloux qui ne supporte pas les cœurs partagés. Hier après-midi, j’ai célébré un mariage au cours duquel j’ai prêché sur la symbolique de la bague, qui est plus qu’un bijou. Elle est une alliance, le signe d’un engagement. De la même façon qu’entre époux, l’un souffre quand le cœur de l’autre est partagé, de même la Bible nous dit que Dieu qui est amour, veut que notre cœur lui soit entièrement donné.
C’est la raison pour laquelle, Josué va non seulement va renouveler l’Alliance, mais il va aussi s’engager et donner l’exemple : « Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. »
Un triple engagement : Tout à l’heure, au cours du baptême de Martin Jamet, il y aura une triple renonciation au mal et une triple profession de foi. Pourquoi répéter les choses trois fois ? Dans le couple ou en famille, nous avons déjà tous fait l’expérience d’entendre une personne nous répondre « oui » sans qu’elle ne se lève pour donner suite à ce « oui », parce qu’elle a répondu de façon évasive. C’est pour cette raison qu’en répondant trois fois, la réponse a plus de poids :
- V. 18 : « Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »
- V. 21 : « Mais si ! Nous voulons servir le Seigneur. »
- V. 24 : « C’est le Seigneur notre Dieu que nous voulons servir, c’est à sa voix que nous voulons obéir. »
Cette triple affirmation dans le bien ou le mal, nous la retrouvons chez Pierre au moment de son reniement, qui était un vrai reniement « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » (Marc 14, 67-72). Ap la Résurrection, par trois fois, le Seigneur renouvellera l’Alliance : « « Sois le berger de mes brebis » (Jean 21, 15-19), c’est donc Pierre qui est le vrai Pasteur de l’Eglise.
Trois exemples de l’effet domino de nos paroles :
Dans le 2e Livre des Rois au chapitre 5, il est question de Naaman le Syrien, un homme de grande valeur, général de l’armée du roi d’Aram, qui était devenu lépreux. Cet homme avait une jeune esclave israélite qui dit simplement à sa maitresse : « Ah ! si mon maître s’adressait au prophète qui est à Samarie, celui-ci le délivrerait de sa lèpre. » Par le témoignage de cette enfant, le général rencontrera le prophète Elisée et sera purifié : « « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! (…) je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël » (15- 17).
L’exemple d’Eléazar dans le 2e Livres des Martyrs d’Israël (6, 18-31) : Éléazar était l’un des scribes les plus éminents. C’était un homme très âgé, et de très belle allure. On voulut l’obliger à manger du porc en lui ouvrant la bouche de force. Il n’aurait qu’à faire semblant de manger les chairs de la victime pour obéir au roi ; en agissant ainsi, il échapperait à la mort et serait traité avec humanité grâce à la vieille amitié qu’il avait pour eux. 24 « Une telle comédie est indigne de mon âge. Car beaucoup de jeunes gens croiraient qu’Éléazar, à quatre-vingt-dix ans, adopte la manière de vivre des étrangers. « À cause de cette comédie, par ma faute, ils se laisseraient égarer eux aussi ; et moi, pour un misérable reste de vie, j’attirerais sur ma vieillesse la honte et le déshonneur. Même si j’évite, pour le moment, le châtiment qui vient des hommes, je n’échapperai pas, vivant ou mort, aux mains du Tout-Puissant. C’est pourquoi, en quittant aujourd’hui la vie avec courage, je me montrerai digne de ma vieillesse et, en choisissant de mourir avec détermination et noblesse pour nos vénérables et saintes lois, j’aurai laissé aux jeunes gens le noble exemple d’une belle mort. » Sur ces mots, il alla tout droit au supplice.
Dans l’évangile, nous avons l’illustration de ce aussi un engagement très fort de l’apôtre Pierre, au moment où un grand nombre de disciples quittent Jésus, après son discours sur le Pain de Vie (Jean 6, 67-71). « Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
Et nous ? avons-nous conscience que nos choix ont un effet domino sur les autres ?