La royauté de David
La royauté de David
Nous entrons aujourd’hui dans le second livre de Samuel qui poursuit, sans aucune transition le récit du premier. Rappelons-nous qu’à l’origine, les deux livres n’en faisaient qu’un.
Dieu a choisi un roi selon son cœur, David le petit dernier. Il a reçu l’onction des mains de Samuel, et l’Esprit de Dieu est venu en lui, alors qu’un mauvais esprit s’emparait de Saül.
Après avoir vaincu Goliath, David est appelé à la cour pour jouer de la cithare durant les crises de folie du roi. Mais la victoire de David sur Goliath plonge Saül dans une jalousie maladive, au point que David est obligé de fuir pour se protéger de Saül qui cherche à le tuer.
Maintenant le prophète Samuel est mort, Saül et ses fils le suivent de peu. Nous avions vu deux versions différentes sur la mort du roi Saül.
- Dans l’une, il était tué par un soldat, que David aurait par la suite fait exécuter.
- Dans la seconde, c’est Saül qui se serait suicidé pour ne pas être tué par un ennemi. Il serait le premier suicidé de la bible. Rien ne permet de dire laquelle des deux traditions est la plus authentique. 1S 30
La réaction de David à la nouvelle du décès de Saül est inattendue. Dans son cœur il n’y a pas de rancune. Au lieu de se réjouir, il accomplit les gestes du deuil et de douleur de l’époque : pleurer, jeûner, déchirer ses vêtements, afin de marquer dignement la mort du roi. Il prononcera lui-même son oraison funèbre.
Tout le deuxième livre de Samuel va être consacré à David, selon 4 parties.
1. Le début du règne de David en tant que roi de Juda à Hébron, tandis que les autres tribus d’Israël adhèrent encore à la maison de Saül (2 Samuel 1-4).
2. L’élévation de David comme roi sur tout Israël (2 Samuel 5-9).
3. L’époque de l’humiliation, suite à son adultère (2 Samuel 10-20).
4. Le triomphe de la grâce (2 Samuel 21-24).
Le premier livre des Chroniques que nous ne ferons qu’évoquer, contient aussi plusieurs chapitres sur le roi David, vu sous l’angle des Lévites. Ils y parlent du règne de David en montrant comment il a préparé le Temple en faisant de Jérusalem sa capitale, en ramenant l’Arche d’Alliance, et comment il a réussi à pacifier le royaume, permettant ensuite à Salomon, grâce aux butins amassés, de construire le Temple.
Précisons enfin qu’en 1993, des archéologues ont exhumé les fragments d’une stèle (stèle de Tel Dan), datant de la fin du IXe siècle avant notre ère. Dans l’inscription qui a pu être déchiffrée, un roi araméen se félicite d’avoir vaincu la “maison de David”, “maison” étant ici synonyme de “dynastie”. Cette trouvaille archéologique indique que non seulement David a bien existé, mais qu’il était considéré, y compris par ses adversaires, comme le fondateur de la royauté judéenne.
1. Le début du règne de David
a) L’installation à Hébron
Saül est mort. Cela fait déjà 15 ans que David a reçu l’onction, rien ne l’empêche de devenir roi. Mais il ne veut pas s’emparer de la royauté qui lui revient. Il veut faire les choses en bon ordre et pour cela, il attend les directives du Seigneur. Saül avait pris plusieurs décisions hâtives qui l’avaient conduit à sa perte.
« David consulta le Seigneur : « Dois-je monter dans l’une des villes de Juda ? » Le Seigneur lui dit : « Monte. » David demanda : « Où dois-je monter ? » Et le Seigneur dit : « À Hébron. » David y monta, ainsi que ses deux femmes, Ahinoam de Yizréel, et Abigaïl, femme de Nabal de Carmel. Quant aux hommes qui étaient avec lui, David les fit aussi monter, chacun avec sa famille ; et ils habitèrent dans les villes qui dépendaient d’Hébron. Alors les hommes de Juda vinrent à Hébron où ils donnèrent l’onction à David, comme roi sur la maison de Juda. On fit savoir à David : « Les hommes de Yabesh-de-Galaad ont enseveli Saül. » David envoya des messagers aux hommes de Yabesh-de-Galaad pour leur dire : « Soyez bénis du Seigneur, vous qui avez agi avec fidélité envers Saül, votre maître, et l’avez enseveli. Que le Seigneur agisse maintenant envers vous avec fidélité et loyauté. Moi aussi, j’agirai envers vous avec la même bonté, puisque vous avez fait cela. Et maintenant, reprenez courage, soyez vaillants, car votre maître Saül est mort, mais c’est à moi que la maison de Juda a donné l’onction pour que je règne sur elle. » (2S 2,1-7).
- Hébron ; située à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem, était depuis le temps des patriarches, l’une des villes les plus importantes du sud de la Palestine. La Genèse raconte que c’est à Hébron, qu’Abraham avait établi sa tente sous le chêne de Mambré et que Dieu lui avait promis une descendance. Les patriarches et leurs épouses avalent leur sépulture tout près de là (Caverne de Makpela). C’était une ville sacerdotale. En plus, étant située au centre du territoire de Juda, c’était un endroit approprié pour une capitale.
David s’y installe donc avec sa famille, (Deux femmes sont citées. Il en aura au moins 8). Le suivent aussi les hommes qui l’avaient accompagné durant sa fuite. A Hébron, il reçoit une nouvelle onction : la première lui avait donné le droit à la royauté, par la deuxième il entrait en possession effective de celle-ci.
- La tribu de Juda avait été la première à recevoir son lot au moment du partage du pays (Jos 15,1-12). Son influence avait toujours été grande. Elle était par ailleurs très liée à la tribu de Siméon dont le territoire était enclavé dans le sien : leurs ancêtres avaient la même mère, Léa, première femme de Jacob. Joseph, père de Jésus, sera de la tribu de Juda.
Attention au vocabulaire : Israël/Juda.
- Le mot Juda va désormais être le plus souvent utilisé pour parler du royaume du sud.
- Par opposition à Israël, entité politique du nord.
A l’époque de David et Salomon, les deux entités politiques sont réunies en un seul royaume généralement appelé Israël.
- La démarche de David auprès des habitants de Jabès, en reconnaissance de ce qu’ils avaient fait pour Saül (1 Samuel 31,11-13), était d’une habile politique. Par ce témoignage officiel, il rendait hommage à la personne du roi défunt et se présentait à tout Israël comme son nouveau souverain.
b) La lutte avec la dynastie de Saül
Mais la dynastie de Saül n’était pas totalement éteinte pour autant. Restaient encore :
- Ishbosheth, son quatrième fils, âgé de 40 ans,
- Mephibosheth, fils de Jonathan, qui avait cinq ans à la mort de son père
- Et surtout Abner, cousin de Saül et général de l’armée. Pour lui, l’onction reçue par David était une provocation et il va s’arranger pour empêcher David d’étendre son influence au-delà de Juda, et faire qu’Ishbosheth devienne roi des tribus du Nord. Une guerre civile va donc s’engager entre les deux dynasties.
Un premier combat a lieu entre Juda dirigée par Joab, neveu de David et l’armée des tribus du Nord, dirigées par Abner. Mais en voyant que le combat tourne à l’avantage des gens de David, et craignant une grande défaite, la bataille cesse d’un commun accord et chacun regagne son camp. Nous retiendrons que : « Joab, ayant abandonné la poursuite d’Abner, rassembla toute sa troupe. Parmi les serviteurs de David, il manquait à l’appel dix-neuf hommes et Asahel (Frère de Joab). Mais parmi les gens de Benjamin et ceux d’Abner, les serviteurs de David avaient frappé à mort trois cent soixante hommes » (2S 2,30-31).
Mais la guerre n’était pas finie ; elle durera encore longtemps, et toujours au profit de David : « La guerre fut longue entre la maison de Saül et la maison de David. Mais David allait se fortifiant, tandis que la maison de Saül allait s’affaiblissant » (2S 3,1).
Nous avions vu le mois dernier la présence de Dieu auprès de David, épargné des tentatives de meurtre de Saül. Ici, cela continue. David est victorieux de tous les combats, et sa maison se fortifie.
c) La maison de David se fortifie
Au verset suivant, nous avons la preuve que tout va bien pour David : « Dans la ville d’Hébron, des fils naquirent à David. Son premier-né fut Amnone, d’Ahinoam de Yizréel ; le deuxième, Kiléab, d’Abigaïl, femme de Nabal de Carmel ; le troisième, Absalom, fils de Maaka, fille de Talmaï, roi de Gueshour ; le quatrième, Adonias, fils de Hagguith ; le cinquième, Shefatya, fils d’Abital ; le sixième, Yitréam, d’Égla, femme de David. Ceux-là naquirent à David, dans la ville d’Hébron ». (2S 3, 2-5).
Des cinquième et sixième fils, nous ne connaissons que le nom. Cette liste n’est d’ailleurs pas exhaustive, elle sera complétée plus loin. Mais le texte met en avant la croissance de la maison de David, en contraste avec le déclin de la maison de Saül.
« Que le roi ne multiplie pas le nombre de ses femmes, de peur que son cœur ne dévie. Son argent et son or, qu’il ne les multiplie pas à l’excès ! Quand il montera sur son trône royal, il écrira pour lui-même, sur un livre, une copie de cette Loi en présence des prêtres lévites. Il restera auprès de lui. Il la lira tous les jours de sa vie, afin d’apprendre à craindre le Seigneur son Dieu en gardant, pour les mettre en pratique, toutes les paroles de cette Loi et tous ces décrets. Alors, son cœur ne s’élèvera pas au-dessus de ses frères, il ne déviera du commandement ni à droite ni à gauche. Ainsi, lui et ses fils régneront de longs jours en Israël » (Dt 17,17-20).
d) Abner rejoint David
Pendant ce temps en Israël la notoriété d’Abner se renforce, au point qu’il va entretenir une relation avec une des concubines de Saül. Or l’usage voulait que celui qui prenait les femmes du roi montrait en cela ses prétentions à la succession du trône. Lorsque Ishbosheth lui en fait la remarque, Abner le prend très mal et du coup, quitte la maison de Saül et propose une alliance à David.
Prudent, David exige que Mikal, la fille de Saül qui avait été donnée à quelqu’un d’autre au moment où David avait dû fuir, lui soit rendue ; n’avait-il pas payé pour l’épouser une dot de deux cents prépuces de Philistins. Aux yeux des tribus du nord, la réunion de David et de la fille de Saül va constituer un atout en vue de sa souveraineté sur les 12 tribus d’Israël.
« Ishbosheth envoya prendre Mikal chez son mari, Paltiel. Abner lui dit alors : « Va-t’en, retourne ! » Et il s’en retourna. Abner engagea des pourparlers avec les anciens d’Israël. Il leur dit : « Depuis longtemps déjà, vous désirez que David soit votre roi. C’est le moment d’agir ! […| Abner arriva donc chez David à Hébron ; vingt hommes l’accompagnaient. David fit un festin pour Abner et ses compagnons. Abner dit à David : « Je vais me mettre en route et rassembler tout Israël auprès de mon seigneur le roi. Ils concluront une alliance avec toi, et tu régneras partout où tu le désires » (2S 3,15-18).
La décision est ainsi prise de réunir les tribus d’Israël sous l’autorité de David, mais l’opération est compromise par une manœuvre de Joab qui tue Abner pour venger son frère : « Quand Abner fut ramené à Hébron, Joab l’attira à l’intérieur de la Porte comme pour lui parler tranquillement. Là, il le frappa au ventre et le fit mourir, pour venger le sang d’Asahel, son frère » (2Samuel 3,27).
David eut peur que cet assassinat fasse échouer le projet de réconciliation, c’est pourquoi il organise des funérailles en grande pompe et ordonne aux hommes de Joab de porter le deuil.
A travers tout cela, nous voyons Dieu qui conduit tous ces événements pour accomplir son dessein de placer David sur le trône d’Israël : tout ce qui aurait pu faire obstacle à son avènement au trône est enlevé sans son concours.
- Abner n’est plus
- Au chapitre 4 c’est Ishbosheth qui est assassiné
- et Mephibosheth, le seul rescapé de la maison de Saül, suite à un accident stupide qui le laissait boiteux, est incapable d’assurer la succession au trône de son grand-père.
La voie est désormais libre pour David, sans qu’il n’ait à porter la main contre la famille de Saül. Il veillera d’ailleurs sur le fils de son ami Jonathan en le prenant tous les jours à sa table.
2. David roi sur tout Israël
a) L’onction par les anciens d’Israël
« Alors toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : « Vois ! Nous sommes de tes os et de ta chair. Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, c’est toi qui menais Israël en campagne et le ramenais, et le Seigneur t’a dit : “Tu seras le berger d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël.” Ainsi, tous les anciens d’Israël vinrent trouver le roi à Hébron. Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur. Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël. Il avait trente ans quand il devint roi, et il régna quarante ans : à Hébron il régna sur Juda pendant sept ans et demi ; et à Jérusalem il régna trente-trois ans, à la fois sur Israël et sur Juda. » (2S 5,1-5).
David avait été déjà oint :
- une première fois, par Samuel au milieu de ses frères, dans la maison de son père1 Samuel 16. 13,
- une deuxième fois, à Hébron, par les hommes de Juda, pour être roi sur la maison de Juda (2. 4).
- Enfin ici, une troisième fois, encore à Hébron, par tout Israël, pour être roi sur le peuple de Dieu.
On nous dit ici que David avait 30 ans quand il devint roi sur tout Israël. Cela nous rappelle quelque chose : saint Luc, dans son évangile, nous dit que Jésus avait environ 30 ans quand il commença son ministère public. Nous avons bien en Jésus le nouveau David.
b) une nouvelle capitale
Désormais Hébron ne convient plus comme capitale. La ville est très au Sud et en plein désert. Or David doit obtenir une légitimité par rapport aux tribus du nord, tout en gardant la confiance de celles du Sud. Le choix se porte sur Jérusalem, qui répondait à plusieurs exigences :
- La ville était pile à la frontière entre la tribu de Benjamin et la tribu de Juda.
- Bordée de vallées très profondes, la vallée du Cédron à l’est et la vallée duTyropéon à l’ouest ; gardée au nord par une muraille importante : la ville était imprenable. Située en hauteur, elle était une excellente forteresse.
| A : ville cananéenne que David va conquérir : 400 m de longueur et 150 m de largeur B : palais et Temple de Salomon C : Vieille ville aujourd’hui |
Prendre cette citadelle réputée inexpugnable, permettrait à David d’asseoir son autorité.
La ville était alimentée en eau par la source du Gihon qui se trouvait très en bas. Un système de puits descendait jusqu’à la source. Ils avaient creusé un tunnel incliné long de 14 m ; puis une autre galerie horizontale de 29 m de longueur et enfin un puits vertical, haut de 13 m donnant à la source ! C’est le chemin que David et ses hommes vont emprunter pour faire irruption dans la ville, lors de la conquête.
Vous comprenez mieux quelle est cette source du Temple dont on parle dans la bible avec Ezéchiel puis Jésus.
b) la prise de Jérusalem, cité de David
Jérusalem a une étymologie très ancienne. Son nom signifie « demeure de la paix ». La racine SLM se retrouve dans le mot Shalom qui signifie paix mais désigne aussi, plus largement, l’achèvement, la plénitude. Selon le Talmud, c’est du sol de ce lieu que Dieu forma Adam. La ville est bâtie sur le mont Morya, lieu où Abraham a pensé sacrifier son fils (Gn 22). C’est aussi le lieu où Jacob, dans sa fuite, a eu la vision de l’échelle (Gn 28). La ville était à cette époque de taille modeste, tout juste 3 500 habitants.
| Le roi avec ses hommes marcha sur Jérusalem contre les habitants de la région, les Jébuséens. | C’est là que vivaient les Jébuséens, ce peuple descendant des fils de Cham. Lorsque la tribu de Juda prit possession des lieux, elle s’accommoda de cette situation et ne les délogea pas. Dieu avait pourtant commandé de détruire ces descendants des anciens habitants de Canaan, à cause de leurs fautes. |
| On lui dit : « Tu n’entreras pas ici : des aveugles et des boiteux suffiraient à te repousser. » Autrement dit : David n’entrera pas ici. | La ville pourrait être défendue par boiteux et aveugles signifiait qu’elle était imprenable : mettre un aveugle et un boiteux ça suffirait en haut des murailles pour empêcher la prise de la ville. Cela faisait partie de la guerre psychologique |
| Mais David s’empara de la forteresse de Sion – c’est la Cité de David. | Le mot Sion apparaît ici pour la première fois dans la Bible : au départ, Sion est la colline la plus connue de Jérusalem. Quand David s’établit dans la forteresse et l’appelle : « Cité de David ». Par la suite il y construira son palais. Au fil du temps, le terme « Sion » va désigner non seulement la colline de la Cité de David, mais également la colline du Temple. Dans les psaumes, Sion devient synonyme de Jérusalem elle-même. |
| Il dit ce jour-là : « Quiconque veut frapper les Jébuséens, qu’il passe par le souterrain pour atteindre ces boiteux et ces aveugles que David déteste de toute son âme ! » | C’est en passant par le canal qui passait sous la muraille jébuséenne que David réussit à prendre la ville, en passant par le souterrain et par le canal de l’eau. David s’établit dans la forteresse et l’appela cité de David |
| C’est pourquoi l’on dit : « Ni aveugle, ni boiteux n’entrera dans la Maison ». David s’établit dans la forteresse et l’appela « Cité de David ». | Ceci explique pourquoi aveugles et boiteux ne peuvent pas rentrer dans le Temple et on comprend pourquoi dans l’évangile de Jean, Jésus ne fait que deux guérisons à Jérusalem une au nord du temple, un boiteux à la piscine de Bethesda et un aveugle à la piscine de Siloé. |
c) La venue de l’Arche à Jérusalem
– David s’installe donc dans la forteresse des Jébuséens qui s’appelle dorénavant la cité de David. Il prend alors soin de faire de la ville le centre névralgique de son royaume.
– Il unifie les différentes tribus par le moyen d’alliances matrimoniales en épousant différentes princesses. On nous redonne la liste de ses nouveaux fils : « David prit encore des concubines et des femmes à Jérusalem après son arrivée d’Hébron ; il eut encore des fils et des filles. Voici les noms des enfants qu’il eut à Jérusalem : Shammoua, Shobab, Nathan, Salomon, Yibhar, Élishoua, Nèfeg, Yafia, Élishama, Élyada et Élifèleth » (2S 5,13-16).
– Il veut faire de Jérusalem, en plus de sa capitale administrative, une capitale religieuse, et pour cela, il fait venir l’arche qui contenait les Tables de la Loi, l’objet le plus sacré de l’ancien Israël.
Nous voici arrivés au chapitre 6, l’arche d’alliance y est mentionnée 15 fois dans les 17 premiers versets. Considérée depuis l’époque de Moïse comme la demeure de Dieu, c’était littéralement la présence même du Dieu saint au milieu de son peuple. Elle était entrée en Terre Promise, portée par les prêtres. Après l’installation en Terre Promise, l’arche avait été transportée en divers endroits :
- Les Philistins s’en étaient emparés, et l’avait installée dans la ville d’Ashdod. Mais devant les ennuis que cela leur avait attiré, ils l’avaient renvoyée en Israël, sur un chariot tiré par des vaches.
- Du temps de Samuel, elle était à Silo, où elle avait été installée après sa mésaventure.
Nous l’avions laissée à Kiriath-Jéarim, et 70 ans s’étaient écoulés. N’ayant guère plus de trente ans, David ne l’avait jamais vue ailleurs mais il estime qu’elle doit occuper la place centrale au milieu de son peuple. Il la fait donc venir à Jérusalem.
David avait de bonnes intentions en ramenant l’Arche à Jérusalem, mais aucune mention n’est faite de sa prière pour demander le conseil de Dieu quant au déplacement de l’arche et son installation. On mit l’Arche sur un char neuf, de la même manière que les Philistins, alors que selon la Loi, elle aurait dû être portée sur les épaules des Lévites.
Comme cela s’était déjà produit, ce manque d’obéissance entraina de nombreux ennuis, un homme Uzza en mourut. Au point que David, fit garder l’Arche loin de Jérusalem, chez Obed-Edom de Gath. Et comme ce dernier fut béni pendant qu’ils avaient l’Arche, David fit transporter l’Arche à Jérusalem, mais cette fois, il demanda à Dieu comment elle devrait être déplacée. S’il avait prié au prime abord, Uzza ne serait pas mort et ils auraient eu la bénédiction du Seigneur plus tôt.
David prépara une place pour l’Arche et dressa une tente pour elle et ils l’emportèrent selon la voix de Dieu – sur les épaules des Lévites, couverte d’une couverture de peaux de dauphins et transportée avec des barres. L’Arche fut placée dans le Tabernacle préparé pour elle, et des sacrifices étaient offerts à Dieu avec des louanges et des actions de grâce.
La montée de l’Arche à Jérusalem est un évènement d’une importance considérable pour Israël. Jérusalem devient la cité de Dieu. Un retour triomphal est organisé en grande procession au son des cithares et des tambourins. Le roi David, rempli de la joie de Dieu, se laisse aller à une danse d’exultation sur la musique que font les cris de joie du peuple devant son Dieu, sans se soucier de ce que l’on pensera de lui. Il n’y a que la sagesse qui danse devant Dieu dans la bible avec la même expression. David va donc organiser une cérémonie en 2 temps, une procession magistrale, une grande fête pour tout le peuple.
- Il voulait ainsi montrer à tout Israël que le seul et vrai roi ce n’était pas d’abord lui, mais bien Dieu, le grand roi de l’Univers. Il désirait que tout son peuple n’oublie jamais cela. David ne porte d’ailleurs pas l’habit de roi ce jour-là. Il laisse ses habits royaux pour porter un habit de prêtre pour montrer qu’il est d’abord un humble serviteur et adorateur du Seigneur
- Ensuite il voulait que tout son peuple sache et célèbre le fait que Dieu est près de lui et que la vraie sécurité n’est pas dans le leadership de David, mais bien d’abord dans la proximité et la relation avec son Dieu. Il désirait donc que son peuple connaisse Dieu toujours plus. Plus on le connait et plus on a des raisons de le louer.
- Cette célébration est aussi une marque de reconnaissance et d’allégeance de David envers son Dieu qui l’a choisi pour être roi, pour être un partenaire d’alliance pour toujours. Cette fête était comme une prière pour dire : « Seigneur, viens et habite à Jérusalem ! » ; elle est donc l’occasion de signifier à son peuple toute l’importance de la communion avec Dieu et à laquelle nous sommes invités.
- Alors David danse ! Il danse, il saute, il jubile ! Il loue et adore son Dieu de tout son être, de tout son cœur, de toute sa force, littéralement ! Cela nous parait extravagant… oui c’est vraiment extravagant ! Il se lâche ! Il témoigne ainsi de son amour pour Dieu et de tout ce qu’il a fait pour lui et son peuple. Quand nous adorons c’est tout notre corps qui est mobilisé : par la danse, battre des mains, lever les mains, se prosterner. J’ai bien conscience que c’est un challenge pour nous qui sommes si naturellement et culturellement réservés.
Cela déplaît profondément à Mikal sa femme qui trouve cette attitude tout à fait indigne d’un roi, et elle se met à mépriser son mari. La Bible nous dit qu’elle n’eut jamais d’enfant. Sous-entendu, elle fut punie à cause de cela.
- C’est Moi qui te bâtirai une maison
Maintenant que l’Arche est à Jérusalem, David réalise qu’il habite une maison de cèdre ; alors que l’arche est « sous des tapis ». L’idée lui vient de construire pour l’Éternel, une maison digne de Son nom.
Il fait part de son projet au prophète Nathan, le successeur de Samuel. Tout semble désigner David, pour entreprendre une telle œuvre. Aussi Nathan, donne son approbation et il affirme : « le Seigneur est avec toi » (v. 3).
Mais la nuit porte conseil. Cette nuit-là, Dieu vient dire à Nathan ce qu’il pense de ce projet ; et tout bascule car c’est un NON catégorique : « Non, toi, David, tu ne me bâtiras pas une maison. »
Pour cela trois arguments très clairs :
- Premièrement, je ne t’ai rien demandé.
- Deuxièmement, crois-tu que je sois un Dieu qu’on peut installer, fixer quelque part ?
- David a du sang sur les mains, suite aux nombreuses guerres
- Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l’homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c’est Dieu.
Le projet de Dieu n’est pas du tout un temple de pierres : sa volonté va beaucoup plus loin que des constructions matérielles ; ce qu’il veut, c’est établir durablement son peuple ; il le redit encore par l’intermédiaire de Nathan : « Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira, il ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier… »
C’est le peuple (et non le roi) qui est au centre du projet de Dieu. Et si Dieu protège le roi, c’est au bénéfice du peuple ; il le redit ici à David : « Je te ferai un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre… Je te donnerai des jours tranquilles en te délivrant de tous tes ennemis. »,
« Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison. Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté… Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »
De même que Dieu a choisi un peuple, et qu’il lui a assigné une terre et une ville, il a choisi une dynastie royale pour régner dans cette ville et gouverner son peuple. Cette promesse, Israël se la rappellera souvent ; elle signifie qu’il peut compter sur le soutien indéfectible de Dieu à la dynastie de David. De là est née l’espérance d’Israël ; c’est à cause de cette promesse qu’on a commencé à attendre un Messie. Encore aujourd’hui le peuple juif l’attend parce qu’il sait que Dieu est fidèle.