6e Dim de Pâques

6e Dim de Pâques

Ce 6e dimanche de Pâques, je souhaiterais illustrer trois versets de l’évangile en les insérant dans la vie d’un grand témoin de la foi du XXe siècle : le cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân. Ces trois versets sont : -« Demeurez dans mon amour » (Jean 15, 9). -« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15, 12). -« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jean 15, 14). François-Xavier Nguyên Van Thuân, vietnamien (1928-2002) : 74 ans Il fait une partie de ses études à Rome, est ordonné prêtre à 25 ans, nommé évêque à 37 ans. Son pays, le Vietnam bascule sur le plan politique, devenant communiste. Son oncle qui était président de la République a été assassiné en 1963. Le 24 avril 1975, six jours avant la fin de l’ancien régime du Sud-Vietnam, il était nommé archevêque coadjuteur de Saigon. Le nouveau pouvoir en place refuse sa nomination. Il est placé en résidence surveillée puis emprisonné injustement, sans accusation et ni procès. Il ne sait pas que son calvaire va durer treize ans qu’il va passer entre la prison et les camps de rééducation. « Demeurez dans mon amour » (Jean 15, 9) « Ma seule force est l’Eucharistie » Le fait qu’il ait pu célébrer la messe tient du miracle. Au moment de son arrestation, il avait dû s’en aller tout de suite, les mains vides. Le lendemain, on lui permit d’écrire pour demander les choses les plus nécessaires, vêtements, dentifrice … Il écrit à son destinataire : « S’il vous plaît, pouvez-vous m’envoyer un peu de vin, comme médicament contre les maux d’estomac ?» Les fidèles comprennent ce que cela veut dire et ils lui envoient une petite bouteille de vin pour la messe, avec l’étiquette : « médicament contre les maux d’estomac » et des hosties dans un flacon étanche. C’est ainsi que chaque jour, avec trois gouttes de vin et une goutte d’eau dans le creux de la main, il célèbre la messe. Confronté quotidiennement aux épreuves physiques et morales, aux obstacles pour pratiquer sa foi, à la solitude, à l’angoisse, il est tenté de désespérer. Il essaie de soutenir son peuple dans la détresse. Alors, la nuit, il note d’un bout de crayon les confidences d’un père, quelques réflexions simples, sans détour, qui puissent éclairer, pacifier. Et au matin, le prisonnier leur fait passer clandestinement le papier par un enfant du village qui le recopie. Sur le bateau qui emporte les prisonniers vers le nord, il célèbre la messe pendant la nuit, et distribue la communion à ceux qui sont autour de lui. Parfois, il le fait quand tous vont à la douche après la gymnastique. Dans le camp de rééducation, les prisonniers sont divisés en groupes de cinquante personnes ; ils dorment sur un lit commun, chacun ayant droit à cinquante centimètres. Ils s’arrangent de façon que cinq catholiques soient à côté de lui. Le soir, les lumières sont éteintes à 22heures trente. C’est sur son lit qu’il célèbre la Messe, par cœur, et distribue la communion en passant la main sous la moustiquaire. Les catholiques fabriquent de petits sachets avec le papier des paquets de cigarettes pour y garder le Saint Sacrement. C’est ainsi que Jésus-Hostie est toujours avec lui, dans la poche de sa chemise. Chaque semaine, a lieu une session d’endoctrinement à laquelle tout le camp doit prendre part. Au moment de la pause, avec ses compagnons catholiques, ils en profitent pour passer un petit paquet à chacun des quatre autres groupes de prisonniers : ils savent tous que Jésus est au milieu d’eux, Lui qui guérit toute souffrance physique et mentale. La nuit, les prisonniers font à tour de rôle l’adoration ; Jésus-Hostie les aide, par sa présence silencieuse, de façon extraordinaire. Beaucoup de chrétiens retrouvent ces jours-là la ferveur de la foi ; même des bouddhistes et des non-chrétiens se convertissent. La force de l’amour de Jésus est irrésistible. L’obscurité de la prison devient lumière. Avec le fer-blanc des boîtes de conserve, il réalise pour un prêtre prisonnier comme lui une bague « mini-tabernacle » dans laquelle il avait caché un petit fragment d’Hostie consacrée « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15, 12). « Je n’ai jamais cessé d’aimer chacun, je n’ai exclu personne de mon cœur » Mais la dimension admirable de sa vie fut assurément sa capacité à pardonner et à aimer ses ennemis. Devant l’inébranlable mur d’hostilité de ses gardiens de prison, au cours d’une nuit de désespoir, une pensée lui vint à l’esprit : « François, tu es encore très riche, tu as l’amour du Christ en ton cœur, aime-les comme Jésus t’a aimé ». Le lendemain, raconte-t-il, il commença à les aimer et parvint – ce qui était peut-être plus difficile – à les convaincre qu’il les aimerait même s’ils décidaient de le tuer. En vivant dans la joie du Ressuscité et le pardon, le captif impressionne ses geôliers, qui deviennent ses amis. Grâce à la prière, il ne sombre pas. Progressivement, tour à tour, tous ses gardiens se convertissent et deviennent chrétiens, si bien qu’au bout de moment, on ne les change plus pour éviter que d’autres ne demandent le baptême. Avec la complicité de deux gardiens de prison, il parvint d’abord à obtenir un bout de bois pour y graver la croix, cachée pendant quelque temps dans un morceau de savon, puis à construire la chaîne avec du fil électrique après avoir persuadé son gardien qu’il ne s’en servirait pas pour se suicider, parce que « les prêtres catholiques ne se suicident pas ». L’évêque portera jusqu’à sa mort ce symbole de ces années de souffrance. « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jean 15, 14).Après ses 13 années d’emprisonnement, Mgr Van THUAN est relâché. Au cours de son séjour à Rome auprès du pape Jean-Paul II, il apprend qu’il n’a plus le droit de séjourner dans son pays. Le Saint-Père l’accueille au Vatican, le nomme préfet du Conseil pontifical « Justice et Paix » et le crée cardinal en 2001. Malheureusement, Mgr Van THUAN décède à Rome le 16 septembre 2002, à l’âge de 74 ans. Il aurait pu être un digne successeur de Jean-Paul II à la tête de l’Eglise. Le pape François le déclare vénérable le 4 mai 2017. Nous pouvons raisonnablement espérer qu’il soit proclamé bienheureux et saint dans les prochaines années

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