22e Dim du TO A
22e dimanche du TO A
Je voudrais ce matin illustrer par la vie de st Augustin, l’invitation que l’apôtre Paul nous fait aujourd’hui dans la 2e lecture : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps votre personne tout entière, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu » (Romains 12, 1).
A 31 ans, (vers 385) Augustin se demande s’il n’a pas manqué sa vie. A Thagaste, Carthage et Rome il se fait chahuter par ses étudiants et certains ne paient pas leurs cours. Lassé par son métier de professeur, Augustin décide alors d’aller chercher fortune à Rome en devenant haut fonctionnaire. Il voudrait obtenir un poste de gouverneur de province, puis entrer dans l’ordre sénatorial. Voilà que le préfet, le sachant lié au manichéisme, lui propose un poste à Milan, pour embêter son cousin qui n’est autre qu’Ambroise, l’évêque de la ville. Mais le climat hivernal froid et humide de la capitale impériale, ne réussit pas à Augustin. À plusieurs reprises, il doit suspendre ses cours d’éloquence : sa gorge et ses bronches supportent mal les rigueurs de la mauvaise saison.
Dès son arrivée à Milan, Augustin devient un auditeur attentif des homélies d’Ambroise. Au départ, ce n’est que par curiosité professionnelle : s’informer et prendre à l’occasion quelques bonnes leçons d’un maître du style. « J’étais assidu à l’écouter lorsqu’il instruisait le peuple, non avec la disposition que j’aurais dû avoir, mais pour juger de son éloquence, et savoir si elle était au-dessus ou au-dessous de ce qu’on disait. J’étais suspendu à sa parole, mais j’en négligeais et j’en dédaignais le fond, et le charme de ses discours me séduisait. » Augustin sent la grandeur de cet homme. Au fur et à mesure qu’il l’écoute une illumination se fait jour en lui : « Je m’étonnais de T’aimer, mon Dieu ». Ceci rejoint ce que disait le prophète Jérémie dans la 1ère lecture : « Seigneur, Tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; Tu m’as saisi, et Tu as réussi » (Jérémie 20, 7).
Parallèlement au travail qui se fait dans le cœur d’Augustin, il y a la prière et les larmes de Monique sa maman. « Les angoisses de mon enfantement spirituel allaient être à ma mère plus douloureuses que mon enfantement selon la chair. » Certains jours, tout en se rendant au forum pour prononcer un panégyrique de l’empereur, il songe à ces mensonges officiels qu’il doit débiter en public, à ces applaudissements hypocrites qu’il récolte. Il se sent ployer sous le poids de sa misère spirituelle. Un jour, il aperçoit un ivrogne, tout joyeux d’avoir trop bu. « Ce misérable trouvait donc sa joie dans son ivresse, et moi je cherchais la mienne dans la gloire. Mais quelle gloire, Seigneur ! ». Pour un moment, du moins, le vin avait transporté de joie ce pauvre homme ; tandis qu’Augustin, en dépit de ses satisfactions professionnelles, n’arrivait pas à s’affranchir un seul instant de cette inquiétude, de cette souffrance morale qui grandissait en lui.
Derniers combats :
Augustin commence à comprendre que son cœur inquiet « ne trouvera de repos que lorsqu’il se reposera enfin en Dieu ». Il prend alors la résolution d’être catéchumène dans l’Église catholique, mais d’importants combats le freinent. D’un côté, il se dit que cela n’a pas besoin d’être immédiat ; de l’autre, les prédications d’Ambroise mettent en lumière l’indignité de sa conduite et la vanité de son enseignement. Mais, « ses vieilles amies » (c’est ainsi qu’il dénomme ses passions) implorent un délai de grâce. Elles lui soufflent, à voix basse : « Veux-tu donc nous abandonner ? Te proposes-tu de nous quitter pour jamais ? Songe que, désormais, ceci et cela te seront interdits. Penses-tu donc que tu pourras vivre sans nous ? »
L’exemple de la conversion du savant Victorianus va toucherAugustin car cet homme illustre avait étudié à fond les doctrines de tous les philosophes. Arrivé à un âge avancé et ayant reconnu dans l’Évangile la vérité, il avait tenu à faire son abjuration et à réciter publiquement le Credo des chrétiens dans l’église pleine à craquer. Mais cet exemple et les conseils de Simplicianus ne triomphent pas totalement des dernières hésitations d’Augustin : « J’étais comme un homme que l’on vient d’éveiller, qui sait qu’il doit se lever, et qui, n’ayant pas le courage de secouer son sommeil, referme les yeux et se rendort. » Augustin apprend également les merveilles de la vie de saint Antoine, le célèbre solitaire d’Égypte et la création d’un grand nombre de monastères. Lui qui rêve d’absolu, se rend compte de sa propre lâcheté. Il décide alors d’agir en conséquence. Mais la pensée de ses égarements passés, fait peser sur son âme d’affreux remords.
La voix miraculeuse :