JEUDI SAINT – 2026
Ce soir, nous entrons dans le triduum pascal, les trois jours les plus saints de l’année liturgique. Merci à chacun pour votre présence en ce jour où l’Eglise célèbre le don du sacerdoce et le don de l’Eucharistie. Vous savez peut-être que cette année, l’abbé JM Uhlen célèbre ses 44 ans de sacerdoce, l’abbé JM Bienvenu : 25 ans et moi 30 ans. Nous pouvons remercier le Seigneur pour la grâce de la fidélité qu’Il nous a donnée pour que nous continuions à Le servir avec la même joie qu’à nos débuts respectifs. Mais pour nous rappeler l’état d’esprit dans lequel nous, prêtres, avons à vivre notre ministère à votre service, l’Eglise nous fait entendre le récit du lavement des pieds que Jésus fait au grand étonnement de ses disciples. Vous savez que sur l’ensemble des 4 évangiles, seul St Jean nous parle de cet événement. Les trois autres : Matthieu, Marc et Luc nous rapportent les paroles que Jésus a prononcées en consacrant le pain et vin qui deviennent alors son corps et son sang.
Pourquoi Jésus se donne-t-il en nourriture quelques heures avant sa mort ? La 1ère raison, c’est que Jésus anticipe ce qu’il va faire sur la croix : « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ». Factuellement, c’est le vendredi saint que Jésus s’offre tout entier au Père sur la croix avec son corps, sa personne, ses émotions et qu’il verse son sang de manière concrète « pour la rémission des péchés ». Mais sa vie, Jésus l’aura déjà donnée de façon non sanglante la veille, lors du repas du jeudi saint, lorsqu’il se donnera sous forme de nourriture : « prenez, ce pain est mon corps – buvez, ce vin est mon sang ».
Pourquoi Jésus devient-il nourriture et boisson pour la vie éternelle ? La réponse : pour être absorbé par nous ! Car par cette nourriture, Jésus veut devenir notre intime. Il veut entrer en commune – union avec nous. « Lui en nous – nous en Lui » : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ». C’est par ce moyen que Jésus a voulu être proche de chacun d’entre nous. En effet, lorsqu’on aime quelqu’un, il nous est difficile de nous séparer de lui. Les photos, les vidéos, les lettres, sms et autres messages nous permettent d’entretenir des souvenirs, mais une certaine distance demeure. Or pour réduire au maximum cette distance, Jésus choisit de se donner dans l’Eucharistie. Par les espèces consacrées du pain et du vin, par cette nourriture divine, Jésus choisit le moyen universel qui lui permet d’avoir avec nous la plus grande proximité.
Vous savez que la nourriture est éminemment personnelle. Si le bébé ne prend pas son lait, il ne grandira pas. Si la personne que vous visitez à l’hôpital ne vide pas son plateau, elle ne reprendra pas des forces. Vous pouvez lui manger sa compote ou son éclair à la vanille, ce n’est pas elle qui sera rassasiée. Vous pouvez travailler à la place de quelqu’un, vous pouvez même prier à la place de quelqu’un qui n’a plus la force de le faire, mais vous ne pouvez pas vous nourrir en imaginant qu’il y aura un transfert de vitamines ou de protéines pour la personne à qui vous finissez le plat. Dans le même ordre d’idée, le pain et le vin consacrés signifient vraiment le rapport intime et personnel que Jésus veut avoir avec chacun d’entre nous. Etes-vous désireux de ce lien intime avec Jésus ?
Pour que Jésus puisse nourrir les foules, il a fallu que chaque personne ouvre ses mains pour recevoir des morceaux de ces 5 pains et de ces deux poissons que Jésus a multipliés. Il en est ainsi à la communion où chacun doit venir à Lui.
Quel est le sens du pain et du vin ? Le pain, c’est la nécessité, c’est ce qui est vital. Dans d’autres sociétés, ça serait le riz. Ce qui nous est dit à travers le pain, c’est que Dieu est nécessaire, Dieu est vital. En st Mt, Jésus est face à des foules qui l’écoutent depuis trois jours et qui n’ont plus rien à manger. Il dit aux disciples : « Je ne veux pas les renvoyer à jeun, ils pourraient défaillir en chemin » (15, 32). Idem pour le prophète Elie lorsqu’il fut la reine Jézabel. Avons-nous aussi besoin de cette nourriture céleste pour ne pas défaillir en chemin ?
A la différence du pain, le vin, n’est pas nécessaire pour vivre, mais il signifie l’alliance,l’amour et la surabondance. En st Jean, le premier miracle se passe aux noces de Cana. De tout temps, un mariage sans vin, ce n’est pas terrible. Dans le pain, on est au niveau de la nécessité, dans le vin, on est dans la joie, la gratuité.
J’ai dit tout à l’heure que le symbole du pain, dans l’Eucharistie est le rappel que Dieu est nécessaire, Dieu est vital. Certains me diront qu’ils peuvent se passer de la messe, ils peuvent remplacer Dieu par toutes sortes d’ersatz ou de gadgets pour combler leur soif d’absolu. « Tu nous as faits pour Toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi » disait St Augustin. En fait, une vie sans Dieu, c’est une vie qui est une course effrénée, souvent vide d’espérance et parfois bien triste.
Dans trois mois, nous allons célébrer la Fête-Dieu, pas juste pour sortir quelques broderies anciennes de nos placards ou faire comme dans le temps, mais pour retrouver ensemble le sens de l’Eucharistie. Demandons ce soir la grâce d’être renouvelés dans notre rapport à Dieu qui est à la fois nécessaire et qui est celui qui nous conduit à une joie qui n’est pas de ce monde, de l’ordre de la surabondance. Merci Seigneur pour ton abaissement. Merci Seigneur parce que tu t’es fait nourriture. Tu veux entrer en moi comme quelqu’un qui entre dans sa demeure. Tu veux habiter en moi comme tu as habité dans le sein de la Vierge Marie, comme tu as habité aussi dans la crèche de Bethléem. Je veux t’adorer ce soir.
———————