26e Dim TO B
Commentaire de la 1ère lecture : Nombres 11, 25-29
Contexte : Ce récit se situe après la sortie d’Egypte pendant la traversée du désert. Les hébreux récriminent à cause de la monotonie de la manne qu’ils trouvent chaque matin. Cette nourriture leur paraît bien insipide en comparaison des poissons et de la variété des légumes : concombres, pastèques, poireaux, oignons et ail qui constituaient leur alimentation principale, lorsqu’ils étaient esclaves en Egypte. Il y a chez les Hébreux à la fois une nostalgie du passé et comme une fatigue à manger toujours la même chose. Ils en viennent à regretter la période où ils étaient esclaves de Pharaon et travaillaient durement.
Face à ce problème qui a une origine spirituelle, Dieu demande à Moïse de faire un pas supplémentaire dans l’organisation du peuple. Il lui ordonne de rassembler 70 hommes sages et de les réunir près de la Tente de la rencontre. Dieu les bénit et leur envoie une part des grâces données par l’Esprit Saint qui reposait déjà sur Moïse sans que cela n’altère quoi que ce soi chez lui. Dieu lui apprend ainsi le partage du pouvoir et de l’autorité spirituelle en mettant en valeur les capacités des anciens. Le signe extérieur de cette grâce reçue va être le charisme de prophétie qui sera reçu par les 68 sages présents auprès de Moïse. Toutefois, cette grâce personnelle sera aussi perçue, vue et entendue par le reste du peuple. Cette manifestation extérieure sera pour ces anciens la confirmation de la grâce reçue et l’authentification publique de la nouvelle responsabilité qu’ils auront à assumer. Dieu agitt de la sorte parce qu’il voulait que le peuple voie que ces hommes possédaient la même autorité et les mêmes qualifications spirituelles que Moïse lui-même.
Comment comprendre le charisme de prophétie dont il est question ici ? Dans ce passage, prophétiser ne signifie pas « prédire » ou « annoncer quelque chose », mais s’exprimer par un chant de louange spontanée en réponse à une visitation spéciale de l’Esprit de Dieu. On trouve dans la Bible d’autres passages d’un phénomène similaire. Par exemple dans le chapitre 10 du 1er Livre du prophète Samuel lorsque celui-ci donne l’onction d’huile sainte au futur roi Saül ou alors dans l’évangile de Luc au moment de la Visitation avec les paroles d’exultation d’Elisabeth et chant du Magnificat de la Vierge Marie.
Pour montrer que l’Esprit Saint est donné par Dieu, indépendamment de la présence de Moïse et indépendamment du lieu religieux, Dieu le donne aussi à deux hommes Eldad et Médad qui ne s’étaient pas joints aux autres présents à la Tente de la Rencontre. Ont-ils boudé ? Etaient-ils occupé à autre chose ? Avaient-ils du retard ? Les commentaires disent que ces deux hommes étaient restés dans le camp parce qu’ils ne s’estimaient pas dignes d’être anciens et que c’est leur modestie que le Seigneur a honorée.
Un don de prophétie qui ne dure pas ! Comment comprendre le fait qu’il soit dit que pour les 68 anciens rassemblés autour de Moïse, le don de prophétie « ne dura pas » ? Il est arrivé dans l’histoire du christianisme que dans l’Eglise catholique mais aussi dans les autres églises chrétiennes il y ait des réveils spirituels avec des signes miraculeux forts dès les débuts, mais qui diminuèrent au fur et à mesure. L’œuvre commencée ne s’était pas éteinte pour autant, elle a continué mais dans le calme et de manière plus discrète. Il arrive que Dieu agisse ainsi pour donner un signe fort dès les commencements afin que les personnes se sentent vraiment investies de la mission qui vient de Lui.
Analysons maintenant la réaction de Josué :
Il est dans le respect des institutions. Il demande à Moïse d’interdire les prophéties non officielles, il ne voudrait pas que la prophétie échappe aux structures prévues pour cela. Il aimerait aussi que Moïse soit toujours le seul médiateur des bénédictions de Dieu. Or l’attitude de Moïse nous montre qu’il n’est pas au service d’une organisation mais du souffle de l’Esprit Saint.
Sa réponse est très profonde : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! » Quelques versets plus bas, le même livre des Nombres dira : « Moïse était un homme très humble, plus qu’aucun homme sur la terre. » (Nb 12,3). Ici, nous en avons vraiment la preuve : puisqu’il se réjouit sincèrement de ne plus être seul à porter le poids de la charge du peuple, et de ne plus avoir le monopole de l’Esprit Saint.
Plus tard, ce souhait de Moïse sera repris sous forme de prophétie par Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront… Même sur les serviteurs et sur les servantes, en ce temps-là je répandrai mon esprit » (Joël 3, 1).
Même si dans le livre des Nombres, ce phénomène est passager et limité dans le temps, il a une portée prophétique car il annonce la Pentecôte chrétienne, lorsque le Saint-Esprit se posera sur tous les disciples réunis dans la chambre haute. En ce sens, il est un avant-goût de ce que sera l’Eglise, dont la totalité des membres est animée par l’Esprit saint. Ce récit aussi est une annonce de ce que nous appelons sacerdoce universel des baptisés qui sera remis en évidence par le Concile Vatican II.
Ce WE des 28 et 29 septembre, il y avait près de 140 Congrès mission dans toute la France. Avec Agnès, nous sommes intervenus à celui de Valdoie dans le Territoire de Belfort où nous avons fait une conférence à deux voix sur les charismes et l’évangélisation. Ce matin, j’étais à Rosenau pour une autre conférence à deux voix avec Pierre Labrousse sur la question des fins dernières : « Irons-nous tous au paradis ? ».
Continuons de prier et d’invoquer l’Esprit Saint pour qu’il trouve des cœurs qui l’accueillent pleinement et qu’il puisse continuer de se répandre sur toutes les personnes de bonne volonté.