St Martin de Tours
11 novembre 2025 –
Je pense que vous ne m’en voudrez pas si en ce jour de fête patronale, j’axe davantage mon propos sur la vie de St Martin de Tours plutôt que sur l’Armistice du 11 novembre. Comme près de 3 700 autres églises en France, la paroisse de St-Amarin est placée sous sa protection de St Martin. Dans le Haut-Rhin, nous pouvons citer : la collégiale St-Martin de Colmar, Masevaux, Illfurth, Habsheim, Ensisheim, etc., sans compter 246 communes dans tout l’Hexagone. Certains spécialistes affirment qu’après la Vierge Marie, Martin est le saint le plus honoré dans notre pays et son influence a également largement dépassé nos frontières.
Dans notre église, il est représenté dans le chœur. Au-dessus du maitre-autel vous voyez cet immense tableau peint par Heinrich Kaiser en 1856. On y reconnaît le moment où Martin sort de son sommeil et entend Jésus parler de lui aux anges qui l’entourent : « Martin, qui n’est encore que catéchumène (cad qui n’est pas encore baptisé) m’a partagé la moitié de son manteau ». Le Christ montre à la cour céleste cette cape rouge dont on voit l’autre moitié qui a servi semble-t-il de couverture à Martin. Il s’agit du fameux épisode d’Amiens, où Martin lors d’une ronde à cheval est saisi de pitié par ce pauvre dénudé. Sans se poser la question de savoir ce que penserait sa hiérarchie ou ses camarades d’armes, il n’hésite pas à couper la moitié de sa cape pour couvrir le malheureux. D’autres événements de sa vie ont également été peints ou sculptés, mais aucun n’a eu un retentissement comme celui-ci. Dans l’évangile, Jésus nous dit : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Comme il est bon et salutaire de savoir qu’au ciel, nos actes de bonté ou nos omissions réjouissent ou attristent le cœur de Dieu.
Cet exemple de vie a permis d’en faire une véritable catéchèse de la charité et a été inspirant pour d’autres. Je lisais un article où un prêtre missionnaire au Nigéria racontait qu’avant la 1ère communion d’un groupe de jeunes, il avait acheté un tee-shirt, un pantalon et des sandales à un catéchiste pour qu’il soit habillé de façon décente pour la messe. Or, voilà que le jour J, le catéchiste avait ses vêtements ordinaires. En le questionnant, le prêtre avait appris que le catéchiste les avait donnés à un jeune plus pauvre que lui pour que le jour de sa 1ère communion il soit bien habillé. Puisse aussi le Seigneur nous aider à avoir des paroles ou à poser des gestes qui soient inspirants pour d’autres. A ma mort, qu’est-ce que les autres retiendront de moi ? Quel est le geste inspirant que je laisserai à mes enfants ou petits-enfants ?
Un homme de caractère. Avant de faire mémoire de l’officier romain qu’il était, nous pourrions nous arrêter sur les circonstances qui ont vu naître son attachement à l’Eglise. A l’époque, en 316, lorsque Martin naît en Hongrie actuelle, cela fait seulement trois ans que l’empereur autorise les chrétiens à vivre leur foi ouvertement. Comme beaucoup des 18 000 personnes baptisées en France cette année, Martin a grandi dans une famille qui rejetait la foi chrétienne. Et comme un certain nombre de jeunes aujourd’hui, Martin ne portait pas un prénom chrétien. Le prénom païen « Martin » signifie : « voué à Mars » (le dieu romain de la guerre). Martin suit les mutations de son papa qui est un tribun militaire, chargé de l’administration de l’armée impériale. C’est à Pavie que l’enfant effectue une partie de sa scolarité. C’est probablement au contact de ses camarades de classe, qu’il apprend à connaître Jésus et la foi chrétienne. Aussi, lorsqu’en 326 Martin annonce à ses parents qu’il désire le baptême, comme dans certaines familles aujourd’hui, le dialogue se rompt. Son père refuse catégoriquement. En 331, il contraint son fils à s’engager dans l’armée ! Martin, citoyen romain, devient circitor, effectuant des rondes de nuit et inspectant les postes de garde. À cette époque, en tant qu’officier, il possède un esclave qu’il traite comme un semblable à la grande surprise de son entourage.
Après avoir quitté l’Armée en 356, il reçoit le baptême à Amiens à la fête de Pâques de cette même année. Il gagne ensuite Poitiers où il noue une amitié forte avec saint Hilaire, l’évêque de la ville. Hilaire propose à Martin de devenir diacre mais ce dernier refuse car il sait que le fait d’avoir été soldat ne lui permettra jamais de devenir prêtre. Hilaire insiste. Martin accepte alors de devenir exorciste. Désormais, ce n’est plus contre les barbares qu’il livrera bataille, mais contre l’Adversaire de Dieu, contre les cultes idolâtriques et contre les hérésies insidieuses. Après avoir choisi de déposer l’épée et le bouclier de la guerre, Martin s’équipe de l’arme de la lumière qu’est le glaive de la Parole de Dieu. Sa formation militaire d’officier avait forgé son caractère bien trempé et l’avait préparé à mener toutes sortes de combats.
Dans une lettre (à Bassula, la belle-mère de Sulpice Sévère, son biographe) il écrit cette prière : « C’est un lourd combat que nous menons, Seigneur… En voilà assez des batailles que j’ai livrées jusqu’à ce jour. Mais si tu m’enjoins de rester en faction devant ton camp pour continuer, je ne me dérobe pas… Tant que tu m’en donneras l’ordre, je servirai sous tes enseignes. Mon courage demeure victorieux des années et ne sait point céder à la vieillesse. » Cette expression : « Je ne me dérobe pas ! » exprime à la fois le feu et la virilité qui ont animé le cœur de Martin tout au long de sa vie jusqu’à son trépas. Aa fin de sa vie, il doit encore faire face à une division qui mine les clercs de la paroisse de Candes. Malgré le fait qu’il soit âgé et malade, il choisit d’y aller pour rétablir la paix. Dans une ultime prière, il dira à Dieu : « Seigneur, je ne refuse pas le travail. Que ta volonté soit faite. » Il ne s’est pas dérobé !
Un auteur disait que le geste du manteau partagé à Amiens va poursuivre Martin tout au long de sa vie puisque progressivement, une fois devenu évêque de Tours il va étendre le manteau de la foi et de la charité au point qu’on l’appellera : « l’apôtre des Gaules ».
En conclusion, demandons au Seigneur de nous inspirer un geste inspirant qui laissera une trace dans le cœur des personnes qui nous entourent et de ne pas nous dérober à notre devoir d’état.