33e dimanche du TO – C
Frères et sœurs, les rayonnages des magasins nous rappellent que Noël approche. Dans 15 jours, en effet, nous entrerons dans le temps de l’Avent. Chaque année, à cette période, nous entendons des textes bibliques apocalyptiques qui nous parlent de la fin des temps. Jésus lui-même évoque ce sujet lorsque ses disciples s’extasient devant le Temple de Jérusalem qui à l’époque était un monument magnifique.
Sa construction avait commencé dix-neuf années avant la naissance du Christ. Hérode n’avait pas voulu limiter sa taille aux dimensions du 1er temple construit par Salomon vers l’an 1000 et détruit en 586 par Nabuchodonosor. Il avait détruit le 2e temple reconstruit par Zorobabel après le retour d’exil et il avait fait combler trois vallées pour construire une enceinte colossale. Hérode avait ensuite fait ériger d’énormes murs de soutènement pour l’esplanade du temple dont il ne reste à ce jour que le fameux mur des lamentations. Le temple n’était ni carré, ni rectangulaire, c’était un parallélogramme mesurant 485 m à l’ouest, 468 m à l’est, 315 m au nord et 278 au sud. C’était déjà une très belle superficie à l’époque. En dépit de sa majesté, ce temple a eu une courte vie. Terminé en 63 ap JC, il a été détruit par les Romains en l’an 70. Ses marbres, son or, ses tentures, ses boiseries sculptées, ses 600 colonnes faisaient l’admiration des pèlerins. On estime que près de 100 000 ouvriers y avait travaillé. A l’époque, on affirmait : « Celui qui n’a pas vu Jérusalem dans sa splendeur, celui-là n’a jamais vu la joie. Celui qui n’a pas vu le sanctuaire, celui-là n’a jamais vu une ville vraiment belle ».
Mais en quelques phrases, Jésus va évoquer la caducité et la fragilité de cette œuvre humaine. Il nous montre que la foi n’est pas un attachement à des pierres, à des édifices, fussent-ils somptueux. Notre foi catholique n’est pas liée à la basilique St-Pierre et aux colonnades du Bernin qui entourent la Place St-Pierre. Notre foi est fondée sur le Christ mort et ressuscité, mais aussi à son retour glorieux.
Dès la fin du 1er siècle, les chrétiens s’attendaient à l’imminence de ce retour de Jésus dans la gloire. Cette certitude était si forte que certains s’étaient mis dans la tête de ne plus travailler et d’attendre. Cet attentisme était devenu un contre-témoignage.
C’est pareil pour ceux qui disent, ça ne vaut plus la peine de faire des projets, tout le système bancaire va se casser la figure, ou d’autres qui affirment la fin du monde à cause du réchauffement climatique et qui en se projette plus dans l’avenir, qui ne font plus d’enfants, mais qui par contre ont deux chiens et 3 chats qu’ils appellent : « nos bébés ». Pour nous chrétiens, vivre dans l’attente du retour du Christ ne nous dispense pas de nos responsabilités quotidiennes. En st Mt, le chapitre où il est question de la dimension apocalyptique se termine par la parabole du serviteur digne de confiance. Lorsque tout va mal, que les forces cosmiques se déchainent et que le Christ vient : « Heureux le serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison pour leur donner la nourriture en temps voulu et qu’il trouvera en train d’agir ainsi à son retour » (Mt 24, 25-26). Heureux celui qui accomplit sa responsabilité ordinaire.
Pour Paul, ceux qui ne travaillent pas vivent dans l’indiscipline et s’agitent : « ils mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire ». Non seulement, ils vivent aux crochets des autres, mais ils perturbent les fidèles par leur agitation. Combien de catholiques se présentent comme de plus grands croyants que les autres, entretiennent des discours alarmistes sur des événements annoncés par des mystiques, s’en nourrissent quotidiennement, visionnent des vidéos sur des catastrophes à venir, culpabilisent les autres de ne pas faire comme eux, pensent qu’ils seront les seuls à être sauvés et deviennent des éteignoirs de joies et de projets pour leur entourage.
C’est pour répondre à cette dérive que les évangiles précisent dans leurs chapitres apocalyptiques à propos de la venue du Christ : « Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul » (Mt 24, 36).
Plutôt que de s’agiter et de perturber l’Eglise, Paul recommande à ces exaltés de travailler paisiblement et de manger leur propre pain. La foi ne nous éloigne pas de nos responsabilités quotidiennes. Elle nous y renvoie. Paul conclura en recommandant aux autres frères de ne pas se laisser perturber par ceux qui ne travaillent pas mais de persévérer dans le travail paisible.
« Mais pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice se lèvera ; il apportera la guérison dans son rayonnement ». (Malachie 3, 20 a). Cette guérison est par rapport à la peur, la dépendance, et l’enfermement. Cette guérison signifie paix, confiance en l’avenir, sérénité et veille. La meilleure préparation pour les temps difficiles à venir est en effet la veille qui permet de nourrir une spiritualité qui résiste aux annonces mensongères. Le propre d’une personne bien construite dans sa foi est de ne pas se laisser abuser par le 1er faux prophète venu. La personne qui égare dit : « C’est moi qu’il faut suivre » alors que les disciples de Jésus disent : « C’est Lui qu’il faut suivre ». Il nous faut faire la différence entre une parole qui égare et une parole qui convertit.
« Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. » (Luc 21, 19)