Fête de la Dédicace de la Basilique du Latran

Fête de la Dédicace de la Basilique du Latran

Un peu d’histoire : Vous savez que dans chaque diocèse, la cathédrale est l’église mère. La ville de Rome qui est un diocèse à elle toute seule n’échappe pas à cette règle. Parmi les 4 basiliques majeures que sont St Paul-hors-les-murs, St Jean-du-Latran, Ste Marie-Majeure et St Pierre, c’est le Latran qui a le rang de cathédrale. Sur sa façade, il est écrit en latin : « Mère et chef de toutes les églises de Rome et du monde ». Elle est en effet l’église la plus ancienne, puisqu’elle a été érigée vers 320 par l’empereur Constantin et consacrée le 9/11/324 par le Pape Sylvestre Ier. On fit également construire à proximité un baptistère et un palais, qui devint la résidence des évêques de Rome jusqu’à la période avignonnaise. Cette basilique est donc la 1ère en date et en dignité de toutes les églises d’Occident.

Dans l’Evangile de st Jean, l’épisode des marchands du temple ne se situe pas à la fin du ministère de Jésus, comme chez Mt, Mc ou Luc, mais tout au début, juste après les noces de Cana. Ceci signifie que ce sera son programme de vie : enlever du cœur humain ce qui n’a rien à y faire. Arrivé à Jérusalem, Jésus constate que le lieu saint de la prière est devenu un marché. On y parle fort, on achète et on crie au point que Jésus, avec un fouet, renverse les tables, chasse les marchands et proclame : « Cessez de faire de la maison de mon Père, une maison de commerce. » – « Cesse de faire de ton cœur, un lieu d’impudicité ».

Par ce geste de colère maîtrisée, Jésus nous montre que dans la société et par moment en paroisse, il faut avoir le courage de réapprendre le sens du sacré dans nos églises. Par le fait de garder le silence, par notre attitude corporelle, en nous mettant à genoux quand c’est possible, en fermant les yeux, en étant attentifs à notre tenue vestimentaire, en respectant la prière des autres, en éteignant le téléphone, en fermant les portes doucement, en enlevant mouches et toiles d’araignées, en ayant des nappes propres, en changeant les fleurs, etc. nous disons quelque chose de la grandeur de Dieu.

Dans la 2e lecture : l’apôtre Paul va plus loin. Il nous révèle que Dieu n’est pas seulement dans les lieux saints, mais que nous sommes un lieu saint ! « Frères, vous êtes un sanctuaire de Dieu, l’Esprit de Dieu habite en vous » – « le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous ». Dieu habite en nous et il s’agit d’entrer en relation avec Lui par la prière. C’est tout le contraire de certaines techniques de méditation ou du yoga qui cherchent à faire le vide en soi. Le chrétien est au contraire celui qui se laisse habiter par l’Et St au point qu’il est capable de dire comme l’apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ». Or si notre sanctuaire intérieur est habité par l’Et St, Jésus nous fait la promesse d’une vie en abondance. « Celui qui croit en moi, (…), des fleuves d’eau vive couleront de son sein » (Jean 7, 37-39).

La 1ère lecture nous montre la progressivité de cette vie dans l’Esprit. Quand l’Esprit de Dieu peut agir librement en nous, nous devenons un canal de bénédiction et un rafraîchissement pour tout notre entourage. Si vous prenez le temps de lire les versets 3-7 du ch. 47 d’EZ que nous n’avons pas lus, vous verrez que l’action du St Et, symbolisée par l’eau qui coule du sanctuaire se fait graduellement. Ezéchiel a d’abord de l’eau au niveau des “chevilles” (v. 3). Cela nous rappelle que dans notre marche dans ce monde, l’Esprit est là pour nous diriger. Puis l’eau de la grâce monte jusqu’aux “genoux” (v. 4a). L’Et St nous garde du découragement pour ne pas avoir “des genoux défaillants ». Ensuite cette eau, se situe au niveau des “reins” (v. 4b). C’est la partie la plus intime de l’être. Cette image suggère que désormais l’activité de l’Esprit est telle que toute pensée de convoitise charnelle se trouve sous contrôle. Dans les armes du combat spirituel que Paul énumère en Ephésiens 6, 14, il nous recommande d’avoir « autour des reins le ceinturon de la vérité ». Il s’agit tout autant de la vérité de l’Evangile que de la vérité en général. Le propre des forces mauvaises est d’aimer les ténèbres, le mensonge et ce qui est tordu. Face au ténébreux, la vérité est une lumière, une arme spirituelle sûre. Puis Ezéchiel se rend compte que les eaux sont infranchissables (v. 5). L’Et St est répandu partout !

Enfin, il est question de la mer Morte : elle se situe 394 m au-dessous du niveau de la Méditerranée. L’eau y est complètement saturée de sel et mêlée de bitume. Les poissons eux-mêmes y périssent à l’instant. Elle est l’emblème de ce qu’il y a de plus dégradé et perdu au sein de l’humanité. L’Esprit saint est comme attiré vers ce réceptacle de souillures et de misères qu’il se propose de purifier. Partout où il pénètre, par la proclamation de l’évangile, la souillure fait place à la sainteté, la mort à la vie.

Quels est le lien de tous ces textes avec la dédicace de st Jean de Latran ? Cette eau qui coule d’abord comme un petit filet et qui grossit c’est l’histoire de l’Eglise qui part du Christ, aux 12 apôtres, puis passe sur 120 ; s’étend à la Pentecôte sur trois mille personnes, puis sur cinq mille au moment du miracle du paralytique de la Belle Porte (Actes 1,15 ; 2,41 ; 4,4). Dès lors, on a cessé de les compter, comme Ezéchiel a cessé de mesurer le torrent. Nous constatons donc qu’au cours des 2 000 ans de christianisme, la vie divine a été donnée grâce aux sacrements à des millions d’êtres humains permettant à tous d’être recréés de nouveau. Cette eau qui coule d’abord comme un petit filet et qui grossit, c’est aussi la grâce de Dieu en toi, en moi, en nous, dans l’Eglise, chaque fois que Jésus y prend plus de place. Ce qui est beau, c’est que ce torrent possède une force interne. Il grossit sans affluent, par sa vertu propre. Chaque goutte de cette eau qui sort du sanctuaire devient une source, une source de multiples sources. Et Ezéchiel fait un constat : « des arbres fruitiers pousseront ; leur feuillage ne se flétrira pas et leurs fruits ne manqueront pas. Chaque mois ils porteront des fruits nouveaux. Les fruits seront une nourriture, et les feuilles un remède. » Ceci signifie que ta vie de foi, ton témoignage, tes actes et tes paroles manifesteront la gloire de Dieu et seront une bénédiction des autres. C’est ainsi que l’on verra le fruit de l’Esprit dans nos vies personnelles (Galates 5, 22).

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