2e Dim carême C

2e Dim carême C

Dans le carnet de carême qui vous a été distribué la semaine dernière vous avez peut-être pris du temps pour réfléchir aux deux questions qui étaient posées : « Quelle est mon image de Dieu » et « ai-je le souvenir d’un moment où je me suis vraiment senti aimé par Lui ? » Je voudrais illustrer ces deux questions avec Abraham dans la 1ère lecture et le renouvellement de la promesse d’une descendance.

Dans la vie d’Abraham, entre le moment où Dieu lui a fait la promesse d’être papa et le moment où celle-ci s’est réalisée, 25 années se sont écoulées ! Durant ce quart de siècle, Dieu s’est adressé à Abraham à plusieurs reprises : Gn 12,2 : « Je ferai de toi une grande nation » ; Gn 13,16 : « Je rendrai nombreuse ta descendance, autant que la poussière de la terre ».

Pourtant, au début de ce chapitre 15, la foi du patriarche semble chanceler. Malgré ses nombreux troupeaux et tous les serviteurs qu’il possède, il est toujours sans enfant ! Or Dieu devance Abram dans sa plainte, le fait sortir de sa tente et lui dit dans une vision : « (…) Contemple le ciel et compte les étoiles, si tu en es capable. (…) Tes descendants seront aussi nombreux qu’elles ». Vous conviendrez avec moi que l’image des étoiles est plus grandiose que celle de la poussière en Gn 13, 16. Abram vivait en effet au milieu de peuples qui auscultaient le ciel pour prédire l’avenir. Un très beau midrash (une interprétation) met dans la bouche de Dieu les propos suivants, mais pour les comprendre, il faut savoir que Dieu va changer le prénom d’Abram (père élevé) en Abraham (père d’une multitude) et celui de Saraï (ma princesse) en Sarah : princesse. Dieu leur rajoute la lettre H qui représente l’immatériel et qui est quasiment inaudible. « Sors de ton destin tel qu’il est inscrit dans les étoiles. Tu as vu dans les astres que tu n’aurais pas d’enfant. En effet Abram ne doit pas avoir d’enfant, mais Abraham aura un fils. Saraï ne doit pas avoir d’enfant, mais Sara en aura un. Je vous donne un nom différent et votre histoire sera différente ». Le sens de ce midrash est très fort car il ne dit pas que le destin n’existe pas, mais que Dieu arrache l’homme à son destin pour lui ouvrir une route nouvelle. QUID ? Dieu ne veut pas que tu t’enfermes dans ce qui te conditionne, dans des paroles entendues de la bouche de qq1 qui t’a dit que tu n’étais pas capable, ou que l’avenir sera sombre pour toi, que tu ne réussiras jamais. Je pense ici à tous ceux qui se sentent enfermés dans la prédiction d’un horoscope, ou de la consultation d’une voyante ou d’une cartomancienne et qui s’imagine que les paroles proférées sont irrévocables.

En Gn 15,6, nous avons pour la première fois, la mention de la FOI d’Abram dans la bible : « Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste ». Auparavant, il était dans la plainte, maintenant il est dans la confiance. Pour conforter la foi d’Abram, le Seigneur l’invite à relire son histoire. « Je suis le Seigneur, qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te donner ce pays en héritage. » (Gn 15, 7). De même que Dieu l’a accompagné dans le passé, Dieu l’accompagnera à l’avenir : C’est important que nous aussi nous puissions faire de même, nous rappelant d’où nous venons, d’où nous avons été tirés pour ne jamais désespérer de l’avenir mais nous redire que puisque Dieu a été là dans le passé, Il sera toujours là dans l’avenir.

Pour montrer à Abraham que Dieu s’engage totalement dans une véritable alliance, Il lui donne un signe fondé sur un sacrifice. Il lui demande de prendre « une génisse, une chèvre et un bélier de trois ans ainsi qu’une tourterelle et une jeune colombe. » Abram les partagea en deux excepté les oiseaux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ». Nous assistons à une alliance, telle qu’on en pratiquait dans l’antiquité : lorsque deux parties s’engageaient l’une envers l’autre, la coutume était de couper des animaux en deux moitiés séparées, puis les deux personnes marchaient entre les moitiés. Cela signifie que la même chose (être coupé en deux) leur arriverait s’ils n’honoraient pas leur accord.

Comme les rapaces descendaient sur les cadavres, Abram les chassa. « Les rapaces » représentent le royaume des ténèbres qui veut arrêter l’action de Dieu. En chassant les animaux de proie, Abram protège l’alliance qu’il a conclue avec le Seigneur. Toi aussi tu dois protéger l’alliance conclue avec Dieu. L’évangile te rappelle qui tu dois suivre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » (Lc 9, 35) et la 2e lecture te donne plusieurs points d’attention : « Beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, (…) ils ne pensent qu’aux choses de la terre ».  

Abram et Dieu peuvent-ils traiter d’égal à égal ? NON ! Abram sombre dans un sommeil mystérieux et il voit qu’un « brasier fumant » passeentre les quartiers d’animaux (c’est Dieu qui passe pour lui-même), puis « une torche enflammée » : c’est encore Dieu, mais qui passe pour Abram ! Comme Dieu sait que l’homme est incapable d’être fidèle dans une alliance, Il accepte de passer entre les morceaux les deux fois. Une fois pour Lui, une fois pour Abram. Nous comprenons pourquoi un des maîtres-mots de la Bible c’est : « Dieu est fidèle » !

« Quelle est mon image de Dieu » et « ai-je le souvenir d’un moment où je me suis vraiment senti aimé par Lui ? »

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