Le livre de Josué
Introduction
Le mois dernier nous avons fait nos adieux à Moïse, en évoquant sa mort, à la fin du livre du Deutéronome. Aujourd’hui, nous ouvrons le livre suivant : le livre de Josué, qui nous fait entrer dans la suite de l’histoire : ce qui a commencé avec Moïse par la libération des Hébreux de l’esclavage en Égypte, se termine avec Josué, l’homme qui va accomplir cette phase délicate de l’histoire d’Israël, l’entrée et l’installation du peuple choisi par Dieu, en Terre Promise.
- Le livre de Josué
Ce livre fait partie des livres dits « historiques ». Il couvre une période d’environ trente ans qui fait donc suite à la traversée du désert, et précède la triste période du livre des Juges, qui sera marquée par l’infidélité du peuple d’Israël. (Exode vers -1250 donc – 1230)
Le livre de Josué comprend deux parties bien distinctes, comprenant douze chapitres chacune :
- le récit de la conquête (chapitres 1 à 12), car ce pays va être à conquérir.
- la répartition de la terre et l’installation dans le pays (chapitres 13 à 24).
Le livre de Josué ne mentionne pas clairement le nom de son auteur. Pour le Talmud, c’est Josué lui-même qui aurait écrit le livre qui porte son nom. Pour d’autres ce serait le prophète Jérémie. Josué est très vraisemblablement une compilation de documents historiques issus de plusieurs auteurs.
- Qui est Josué ?
Son premier nom était : Osée, c’est-à-dire « salut » (Nom. 13 : 9). Moïse le changea en Josué, qui signifie : Jehova est salut : « Moïse donna à Osée, fils de Noun, le nom de Josué. » (Nb 13,16). Ce nom a la même signification que celui de Jésus (Jésus, de l’hébreu Jeshua, est une forme tardive de Joshua, c’est-à-dire Josué).
Josué est de la tribu d’Éphraïm, un des deux fils de Joseph. Durant la marche dans le désert, c’est son grand-père qui était responsable de transporter le corps embaumé de son illustre ancêtre, Joseph, pour l’enterrer en Terre promise. Il est né en Egypte, il a connu en Egypte les dures épreuves et les multiples vexations infligées à Israël par Pharaon. Il est très proche de Moïse, devient son aide de camp pendant la traversée du désert et fait partie des espions envoyés par Moïse pour faire le tour de la Terre promise, afin de rapporter ce qu’ils ont vu et il est le seul avec Caleb, à faire un rapport favorable, alors que dix autres étaient revenus avec un rapport négatif, qui aurait pu faire avorter le plan de Dieu. Ils seront les deux seuls de la première génération d’Israélites à entrer en Terre Promise.
Josué sera le seul autorisé par le Seigneur à accompagner Moïse sur le mont Sinaï pour y recevoir les tables des dix commandements.)
Comme Moïse au moment de la sortie d’Égypte, Josué est âgé de 80 ans lorsqu’il prend la tête de la nation d’Israël. De nombreux autres points communs apparaitront entre les deux hommes tout au long du livre. La conquête de la Terre Promise sera l’œuvre de Josué, mais ne sera en réalité que l’achèvement d’une seule et même entreprise commencée avec Moïse. Le fait que Josué n’ait pas de successeur confirme que ces deux hommes avaient bien le même dessein, et avaient été choisis par Dieu pour accomplir la même tâche.
En Dt 31 Moïse avait appelé Josué, et devant tout Israël lui avait dit : « C’est toi qui vas entrer avec ce peuple dans le pays que le Seigneur a promis par serment à ses pères, c’est toi qui vas remettre au peuple son héritage ».
Après la mort de Moïse, ce sera le Seigneur qui dira à Josué : « Maintenant, lève-toi, passe le Jourdain que voici, toi avec tout ce peuple, vers le pays que je donne aux fils d’Israël. Tous les lieux que foulera la plante de vos pieds, je vous les ai donnés, comme je l’ai dit à Moïse » (jos 1,1-5).
- La Terre Promise
- Les limites du pays
Dieu, dans une vision, avait déjà fixé les limites de la Terre Promise à Abraham (Gn 15,18) ; ces limites avaient été par la suite confirmées à Moïse, et maintenant à Josué en ces termes : « votre territoire s’étendra depuis le désert et le Liban que voici jusqu’au Grand fleuve, l’Euphrate, tout le pays des Hittites, jusqu’à la Méditerranée, au soleil couchant ».
| 1. Le désert de Sin et le désert de Paran, séparent le pays de l’Égypte, au sud, figure du monde ayant Satan pour chef (Jean 14:30).2. Le Liban, au nord était le monde des affaires et du commerce. 3. Le grand fleuve Euphrate, limite orientale d’Israël, arrosait la Mésopotamie, pays de l’orgueil et de la rébellion de l’homme contre Dieu. Un jour on y construira Babylone. 4. Enfin, la limite occidentale du pays était la Méditerranée, symbole de l’agitation incessante des peuples et de la souillure du monde. |
4. L’entrée en Terre promise
– b) Sois fort et courageux
Dieu avait demandé plusieurs fois à Moïse d’être fort. Moïse adressera personnellement les mêmes conseils à Josué. Et maintenant c’est Dieu qui demande à Josué par trois fois, d’« être fort et courageux ».
« Sois fort et courageux, c’est toi qui donneras en héritage à ce peuple le pays que j’avais juré de donner à leurs pères. Quant à toi, sois fort et très courageux, en veillant à agir selon toute la Loi prescrite par Moïse, mon serviteur. Ne t’en écarte ni à droite ni à gauche, pour réussir partout où tu iras. Ce livre de la Loi ne quittera pas tes lèvres ; tu le murmureras jour et nuit, afin que tu veilles à agir selon tout ce qui s’y trouve écrit : alors tu feras prospérer tes entreprises, alors tu réussiras. Ne t’ai-je pas commandé : “Sois fort et courageux !” ? Ne crains pas, ne t’effraie pas, car le Seigneur ton Dieu sera avec toi partout où tu iras » (jos 1,6-9).
Cet appel répété à plusieurs reprises, nous laisse penser que la mission sera difficile. C’est pourquoi il faudra être « fort et très courageux » et nous comprenons qu’il ne va pas s’agir ici de force physique mais de« mettre en pratique toute la loi (de Dieu » (v7). C’est ainsi que l’entrée en terre promise sera davantage le fruit d’une fidélité à la Parole de Dieu que d’une conquête militaire. Elle ne dépendra pas de la valeur guerrière du peuple mais de son intégrité.
En effet, quoi que donné par Dieu, le pays n’est pas vide. Pour faire entrer le peuple en Terre promise il faut la conquérir et en éradiquer toute forme d’idolâtrie. Josué doit installer son peuple dans une terre où Dieu seul règnera, où tous le reconnaîtront comme le seul Roi. C’est ainsi qu’il achèvera la libération commencée avec le passage de la mer Rouge et qu’il sauvera le peuple de tout ce qui pourrait l’entraîner à la perdition.
Y vivent les Amalécites, les Hittites, les Jébusites, les Amorites et les Cananéens, autant de peuples qu’il va falloir combattre pour prendre leur place.
d) Le passage du Jourdain : chap. 3-4
Pour que le peuple quitte l’esclavage de l’Egypte, il lui avait fallu franchir la Mer Rouge. Pour entrer en Canaan, il lui faut maintenant traverser le Jourdain à une période de l’année où les eaux sont dangereuses :
« Josué se leva de bon matin et partit de Shittim avec tous les fils d’Israël. Ils allèrent jusqu’au bord du Jourdain. Ils y passèrent la nuit avant de traverser. Au bout de trois jours, les scribes du peuple parcoururent le camp pour lui donner cet ordre : « Quand vous verrez l’arche de l’Alliance du Seigneur votre Dieu et les prêtres lévites qui la portent, vous quitterez le lieu où vous êtes et vous la suivrez » (3,1-2).
À la sortie d’Égypte, trois jours s’étaient écoulés depuis la nuit de la Pâque jusqu’à la traversée de la mer Rouge. Et maintenant, au bout de trois jours, le peuple part de Sittim, la dernière étape de la traversée du désert pour entrer en Terre Promise.
Trois jours : pour nous chrétiens, cela évoque la période de temps entre la mort et de la résurrection de Christ. Ce 3e jour va être celui de l’accomplissement de l’œuvre de Dieu.
Le Seigneur dit à Josué :
« Voici que l’arche de l’Alliance du Seigneur de toute la terre va passer le Jourdain devant vous. Et maintenant, prenez douze hommes parmi les tribus d’Israël, un homme par tribu. Aussitôt que les prêtres qui portent l’arche du Seigneur de toute la terre auront posé la plante de leurs pieds dans les eaux du Jourdain, les eaux qui sont en amont seront coupées, et elles s’arrêteront en formant une seule masse. »
Quand le peuple leva le camp pour passer le Jourdain, les prêtres portaient l’arche d’Alliance en tête du peuple. Or, le Jourdain coule à pleins bords pendant toute la saison des moissons. Dès que les prêtres qui portaient l’arche furent arrivés au Jourdain, et que leurs pieds touchèrent l’eau, les eaux s’arrêtèrent en amont et se dressèrent comme une seule masse sur une grande distance, à partir d’Adame, ville voisine de Sartane ; et en aval, les eaux achevèrent de s’écouler vers la mer de la Araba, la mer Morte. Le peuple traversa à la hauteur de Jéricho. Les prêtres qui portaient l’arche de l’Alliance du Seigneur restèrent immobiles, sur la terre sèche, au milieu du Jourdain. Alors tout Israël traversa à pied sec, jusqu’à ce que toute la nation eût fini de passer le Jourdain. (Jos 3,11-17).
Le récit de la traversée du Jourdain reprend le modèle de récit de la traversée de la mer Rouge lors de la sortie d’Égypte : dans les deux cas,
- les Hébreux traversent une masse d’eau. Cette traversée marque une nouvelle étape fondamentale dans l’histoire d’Israël. Avant de franchir le Jourdain, le peuple d’Israël est un peuple apatride qui s’enfuit de l’Égypte et passe de longues années d’errance dans le désert. Une fois le Jourdain franchi, le peuple entre dans la Terre que Dieu lui donne. Nous avons ici le passage d’un état de mort (l’errance) à un état de vie (l’installation en Terre Promise).
- Dans les deux cas, l’eau se dresse comme une muraille pour les laisser passer, sauf que les eaux du Jourdain ne se fendent pas en deux, mais elles sont simplement retenues en amont. Autre différence, à la mer Rouge, la traversée s’était faite, de nuit, au Jourdain, au contraire, la traversée s’effectue de jour, avec une conscience plus profonde des merveilles opérées par Dieu.
- Dans les deux cas, ils franchissent l’obstacle à pieds secs.
Pour témoigner de cette intervention divine et ne pas oublier cette traversée qui marque un nouveau départ :
- Douze pierres tirées du lit du Jourdain sont dressées en cercle en un lieu qu’on appellera Guilgal, lieu du premier campement d’Israël dans le pays, douze selon le nombre des tribus d’Israël pour souligner l’unité du peuple et rappeler que pour Dieu, tout le peuple d’Israël avait franchi le Jourdain.
- Douze autres pierres furent placées au milieu du Jourdain (v. 9), pour y être recouvertes par les eaux (v. 18), à la place où s’étaient tenus les pieds des prêtres qui portaient l’arche d’alliance, permettant l’arrêt des eaux (v. 9). Elles n’étaient donc plus un témoignage visible comme les premières pierres, laissé pour les générations à venir, mais elles rappelaient l’œuvre intérieure divine qui s’est accomplie dans l’âme en dehors de tous les regards.
Lorsque toute la nation fut passée, l’arche sortit du Jourdain. Elle y était entrée la première (3,14), et en sortit la dernière des eaux.
| L’Arche d’Alliance |
| Le contenu de l’Archeles Tables (gravées des Dix Commandements) que Moïse avait rapportées du mont Sinaï, ainsi que les morceaux brisés des premières Tables.un pot de manne le bâton miraculeux d’AaronLe couvercle est orné de deux anges protecteurs appelés chérubim. L’arche était considérée comme le trône et la présence de Dieu sur la terre. |
5. La préparation du peuple aux conquêtes
Après la traversée du Jourdain, le peuple doit maintenant se préparer, pour prendre possession de cette terre.
« En ce temps-là, le Seigneur dit à Josué : « Fais-toi des couteaux de silex et circoncis la deuxième génération des fils d’Israël. » Josué se fit des couteaux de silex et circoncit les fils d’Israël sur la colline des Prépuces. Voici pourquoi Josué les circoncit : tout le peuple qui était sorti d’Égypte, les mâles, tous les hommes de guerre, étaient morts dans le désert, en chemin, après leur sortie d’Égypte. Tout le peuple sorti d’Égypte avait été circoncis, mais tout le peuple né dans le désert, en chemin, après leur sortie d’Égypte, n’avait pas été circoncis » (Jos 5,2_5).
La circoncision de ceux qui étaient nés dans le désert n’avait pas eu lieu. Maintenant que le peuple était arrivé dans le pays promis, la première tâche que Josué reçoit pour eux est de les circoncire. Il fallait pour cela des instruments produits par l’homme. On ne pouvait pas, par exemple utiliser de lame en métal. D’où la nécessité de fabriquer des couteaux de silex. (Rappelez-vous la circoncision de Guershom, le fils de Moïse, avec une pierre).
Sont donc circoncis tous les hommes nés pendant la traversée du désert. La circoncision était le signe indélébile et caché de l’Alliance, le signe d’appartenance au peuple de Dieu. L’incirconcis n’avait pas droit de cité en Israël.
b) Le repos
« Lorsqu’on eut achevé de circoncire toute la nation, ils restèrent sur place, dans le camp, jusqu’à leur guérison. Et le Seigneur dit à Josué : « Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. » Et l’on appela ce lieu du nom de Guilgal jusqu’à ce jour. Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan » (Jos 5,8-12).
On retrouve tout au long du livre de Josué un thème théologique dominant de « repos ». Les Israélites, après leurs 40 années dans le désert, vont finalement entrer dans le repos que Dieu avait préparé pour eux dans le pays de Canaan.
Guilgal fut un lieu de repos pour le peuple. Selon la tradition rabbinique, ils y campèrent à Guilgal 14 ans, le temps de la conquête du pays et de son partage entre les tribus. Les tribus ne quitteront Guilgal que pour se rendre dans leurs territoires respectifs. C’est de cet endroit que partaient les combattants pour la conquête d’un nouveau territoire, et c’est toujours à Guilgal qu’ils revenaient après chaque opération pour se reposer, se regrouper et recevoir les directives de Dieu. A Guilgal, le peuple pouvait voir les monuments érigés à cet endroit et ainsi reprendre courage en se remémorant le miracle du partage des eaux du Jourdain.
Le jour après le passage du Jourdain, ils célébrèrent la Pâque, qu’avaient préparée les Israélites qui n’avaient pas subi l’opération de la circoncision. La première Pâque avait été célébrée en Égypte, une seconde au Sinaï ; celle-ci était la troisième.
c) Rencontre avec le chef de l’armée du Seigneur
Nous sommes à la veille des premières expéditions pour la conquête du pays. Josué fait une rencontre étonnante : Dieu lui apparaît sous les traits du chef des armées du Seigneur : ça devrait nous rappeler quelque chose :
« Un jour où Josué était à Jéricho, en levant les yeux il vit un homme debout devant lui, une épée nue à la main. Josué alla vers lui et lui dit : « Es-tu pour nous ou pour nos adversaires ? » Il répondit : « Ni l’un ni l’autre, car je suis le chef de l’armée du Seigneur. Maintenant, me voici ! » Alors Josué tomba face contre terre, se prosterna et lui demanda : « Que dit mon seigneur à son serviteur ? » Le chef de l’armée du Seigneur dit à Josué : « Retire tes sandales de tes pieds : le lieu où tu te trouves est saint. » Et Josué fit ainsi » (Jos 5,13-15).
Celui qui s’était présenté à Moïse comme “JE SUIS CELUI QUI SUIS” au Buisson ardent, appelle maintenant Josué à la même sainteté. Josué comprend alors que c’est Dieu seul qui est le vrai chef d’Israël, le commandant en chef qui leur donnera la Terre Promise. Il va donc falloir lui obéir pour réussir.
- La conquête du pays
L’essentiel du récit de la conquête se concentre en fait sur la prise des villes de Jéricho, Aï et Gabaon.
a) Rahab et les espions
Le premier verrou à faire sauter, était la ville fortifiée de Jéricho, porte d’entrée sur la Terre promise, habitée par un peuple maudit et ennemi de Dieu. Josué commence par y envoyer deux espions qui s’introduisent dans la ville. Mais ils sont repérés et sont obligés de se réfugier dans la maison de Rahab, une prostituée. Sommée de les livrer, elle ment aux autorités, cache les espions dans sa maison et aiguille les soldats du roi sur une fausse piste.
Et là, cette femme qui est une païenne, entame une étonnante négociation avec ses protégés : elle sait que le sort de Jéricho est promis au massacre et confessant son admiration pour le Dieu d’Israël, elle demande la vie sauve pour elle et sa famille.
Le marché est conclu, les deux espions seront exfiltrés de façon assez acrobatique, non sans avoir convenu d’un signe de reconnaissance pour que le pacte soit respecté. C’est une corde rouge attachée à une fenêtre qui mettra à l’abri la maison de Rahab, lors de la prise de Jéricho. (En Mt 1,5-6, Rahab apparaît dans la lignée du Messie)
| Devant le peuple, se dressait aussi la forteresse imprenable de Jéricho dont les murailles semblaient monter jusqu’aux cieux et qui avait barré ses portes devant les fils d’Israël. Jéricho était fermée, enfermée à cause des fils d’Israël : nul ne sortait et nul n’entrait. Le Seigneur dit à Josué : « Regarde, je livre entre tes mains Jéricho, son roi et ses meilleurs guerriers. Vous, tous les hommes de guerre, vous ferez le tour de la ville. Vous tournerez une fois, et tu feras de même six jours durant. Devant l’arche, sept prêtres porteront sept trompes en corne de bélier. Le septième jour, vous ferez sept fois le tour de la ville, et les prêtres sonneront du cor. Quand retentira la corne de bélier – quand vous entendrez le son du cor –, tout le peuple poussera une grande clameur ; alors, le rempart de la ville s’effondrera sur place et le peuple montera à l’assaut, chacun droit devant soi. » | le nombre sept : sept sacrificateurs, sept trompettes, sept jours, sept fois le septième jour. C’est comme la signature de l’œuvre divine qui va se faire. Un grand cri. Le peuple doit coopérer par ce cri, expression de sa foi, au signal ordonné par l’Éternel (trompettes des sacrificateurs). Un grand cri. Le peuple doit coopérer par ce cri, expression de sa foi, au signal ordonné par l’Éternel (trompettes des sacrificateurs). Le centre de ce cortège était l’arche |
La prise de Jéricho avait été un acte de foi (He 11,30). La victoire était complète, on voua à l’anathème (malédiction religieuse) tout ce qui se trouvait dans la ville. Par ce geste, Israël rejetait tout ce qui s’opposait à l’instauration de la Sainteté de Dieu et tout ce qui aurait pu engendrer à nouveau l’idolâtrie. et la conquête du pays paraissait aisée.
- La faute d’Acan et la prise d’Aï
Malheureusement un Israélite du nom d’Acan va s’emparer en cachette de plusieurs de ces biens voués à l’anathème : un manteau, de l’argent et de l’or.
Pendant ce temps, Josué, ébloui par la brillante victoire sur Jéricho, au lieu de rentrer à Guilgal, fonce directement à la ville d’Aï avec un petit nombre d’hommes, 3000 hommes, sans aucune instruction de la part du Seigneur. Ils sont honteusement mis en déroute par les habitants d’Aï, et perdent trente-six hommes, C’est une défaite humiliante pour Israël. Dieu n’a pas combattu avec eux,
Josué demande au Seigneur les raisons de cette défaite. Dieu dit alors à Josué que l’un d’entre eux a pris des choses vouées à l’anathème, et souillé ainsi Israël ; et qu’il n’irait plus avec Israël tant que cette souillure ne sera pas enlevée.
Ainsi le péché d’Acan touchait toute la communauté : en effet, comment le Seigneur pourrait-il encore être pleinement présent au milieu des siens si le germe de l’idolâtrie s’y déployait à nouveau ?
Josué prit alors la seule attitude qui convenait, celle de l’humiliation. Il déchire ses vêtements et tombe face contre terre devant l’arche du Seigneur, jusqu’au soir,
« Le Seigneur dit à Josué : « Relève-toi ! Pourquoi rester effondré ? Israël a péché ; ils ont transgressé l’alliance que je leur avais prescrite, et même ils ont pris ce qui était voué à l’anathème, ils l’ont volé, dissimulé et mis dans leurs affaires. Les fils d’Israël ne pourront pas faire face à leurs ennemis, ils battront en retraite : à présent, ils sont devenus anathèmes. Je cesserai d’être avec vous si vous n’éliminez pas du milieu de vous celui qui est devenu anathème » (Jos 7, 9-12).
Alors, Josué fit approcher tout le peuple, famille par famille, afin de désigner celui qui était coupable : Akane, fils de Karmi, fils de Zabdi, fils de Zèrah, de la tribu de Juda, fut désigné.
19 Josué dit à Akane : « Mon fils, glorifie le Seigneur, Dieu d’Israël, et rends-lui grâce ; révèle-moi ce que tu as fait, ne me cache rien. » Akane répondit à Josué : « En vérité, c’est moi qui ai péché contre le Seigneur, Dieu d’Israël. J’ai agi de cette manière : j’ai vu dans le butin un beau manteau de Mésopotamie, deux cents pièces d’argent et un lingot d’or d’une valeur de cinquante pièces. J’en ai eu envie ; je les ai pris ; ils sont cachés dans la terre au milieu de ma tente, et l’argent est dessous. » Josué envoya des messagers qui coururent à la tente : le manteau était caché dans la tente d’Akane et l’argent en dessous » (Jos 7,19-21).
Akane fut lapidé et le Seigneur revint de sa colère et livra Aï à l’endroit même où Abraham avait dressé un autel au Seigneur lors de son arrivée au pays de Canaan (Gn 12,4-8).
- Les leçons de ces expéditions contre Jéricho et Aï
La théologie développée dans le Livre de Josué est que la terre d’Israël a été conquise dans une opération inspirée et guidée par Dieu :
- A Jéricho, l’action de Dieu avait pu se manifester dans toute sa force
- A Aï, la puissance divine fut mise à mal par un seul homme qui, par son péché, a privé la communauté de la pleine présence du Seigneur. La conquête de la Terre promise fut par la suite lente et pénible. Sans cesse, Josué devra entraîner son peuple à rester fidèle à Dieu. Mais avec lui, le peuple ne commettra plus de fautes comme autrefois avec Moïse dans le désert, et jamais le peuple ne se révoltera contre lui comme il le fit avec Moïse. (On a souvent comparé l’histoire d’Acan à celle d’Ananie et Saphire).
Se pose aussi la question de tous ces combats et des morts dont parlent les récits. Comment Dieu pouvait-il permettre cela ?
- Les exégètes ont pu établir que le livre de Josué a été rédigé dans le contexte de l’oppression subie par le petit peuple d’Israël du fait de ses puissants et cruels voisins, Assyriens, Babyloniens.
- L’enjeu est alors d’un autre combat, spirituel. Les peuples qui habitaient la terre promise étaient des peuples idolâtres, pervertis. Ils représentaient un danger pour Israël.
- Avant chaque bataille, ils étaient invités à se convertir. Le passage du Jourdain aurait dû être pour eux un témoignage, les 7 tours de la ville à Jéricho leur avait aussi donné le temps de réfléchir. De conquête en conquête, la présence du Seigneur au milieu de son peuple devenait évidente.
e) L’autel sur la montagne d’Ebal : confirmation de l’Alliance
Par les victoires qu’il venait de remporter, Israël s’était rapproché de la ville de Sichem, le lieu où Moïse lui avait ordonné de renouveler l’alliance une fois en Terre promise (Cf Dt 11,29). Il était temps pour Josué d’accomplir cette cérémonie prescrite par Moïse :
« Josué bâtit un autel au Seigneur, Dieu d’Israël, sur le mont Ébal. Moïse, serviteur du Seigneur, en avait donné l’ordre aux fils d’Israël. En effet, il est écrit dans le livre de la Loi de Moïse : Tu feras un autel de pierres brutes, c’est-à-dire non taillées par le fer. Sur cet autel, ils offrirent au Seigneur des holocaustes et des sacrifices de paix. Là, Josué écrivit sur des pierres une copie de la Loi que Moïse avait écrite en présence des fils d’Israël. En face des prêtres lévites qui portaient l’arche de l’Alliance du Seigneur, tout Israël, ses anciens, ses scribes et ses juges, tous, Israélites de souche et immigrés, se rangèrent de part et d’autre de l’arche, les uns du côté du mont Garizim, les autres du côté du mont Ébal, pour que le peuple d’Israël reçoive d’abord la bénédiction comme Moïse, serviteur du Seigneur, en avait donné l’ordre. Puis Josué lut toutes les paroles de la Loi, bénédictions et malédictions, tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi. De tout ce que Moïse avait commandé, il n’y a pas une parole qui n’ait été lue par Josué en présence de toute l’assemblée d’Israël, y compris les femmes et les enfants, ainsi que les immigrés qui vivaient au milieu du peuple.
Josué élève donc un autel, y offre des sacrifices, rappelle toute la loi, et le peuple s’engage à y rester fidèle : Ainsi tout ce que Dieu avait transmis à Moïse fut transmis par Josué.
Josué mènera de nombreux autres combats violents pour conquérir la Terre Promise, mais avec l’aide du seigneur, il s’empara de presque toute la Terre Promise. Seules quelques places fortes restaient à conquérir. Chacun devrait continuer la conquête sur la partie qui lui serait attribuée.
- L’installation en Terre Promise et la répartition des terres entre les 12 tribus d’Israël
Après la conquête, Josué supervise donc la répartition des terres entre les douze tribus d’Israël, selon les instructions de Dieu : chaque tribu reçoit ainsi sa part d’héritage selon les promesses faites à Abraham, Isaac et Jacob.
« La répartition des terres se fit par tirage au sort comme Dieu l’avait ordonné » (Josué 14.2). En présence des chefs du peuple, le grand-prêtre tire le nom d’une tribu d’une urne, et un territoire d’une autre urne ; c’est ainsi que Dieu décide l’héritage qu’il donne à chaque tribu.
De cette répartition que nous voyons sur la carte, nous pouvons retenir :
- La tribu de Juda fut servie la première mais elle ne parvint jamais à conquérir Jérusalem C’est le roi David qui s’en chargera.
- Les deux fils de Joseph : Ephraïm et Manassé héritèrent de la part de leur père. Ils s’y installèrent en deux tribus distinctes.
- La tribu de Lévi mise à part pour Dieu, au service du culte, ne reçut aucune terre, mais 48 villes disséminées en Israël, servant de refuge, (chaque tribu possédait au moins trois villes lévitiques). Ces villes étaient censées protéger ceux qui venaient s’y réfugier pour fuir quand ils étaient poursuivis par une justice vengeresse ou par ce qu’on appelait les « vengeurs de sang », pour des crimes dont ils étaient innocents ou qu’ils avaient commis involontairement.