Le retour d’exil

Le retour d’exil

  1. Le retour de Babylone sur le plan historique,
  1. Le roi Cyrus, empereur des Perses

Vers 550 avant JC, apparaît un grand conquérant, fondateur de l’Empire perse, (l’Iran) de la dynastie des Achéménides : Cyrus le grand.

Vers -539, Cyrus renverse Nabuchodonosor III en une bataille et s’empare de l’Empire babylonien.

Contrairement à Nabuchodonosor, Cyrus n’avait aucune intention d’imposer la religion, la langue ou la culture perse au sein de ses nouvelles terres. Son style de gouvernement se basait sur le respect des peuples qu’il gouvernait ainsi que sur la tolérance envers leurs traditions et religions. Il laissait la vie sauve aux vaincus, ne dévastait pas, ne pillait pas, ne déplaçait pas les populations.

C’est une bonne nouvelle pour les Juifs déportés à Babylone : il va les autoriser à rentrer dans leur pays, va leur rendre les biens volés et leur donner les moyens de reconstruire leur pays.

Ainsi lisons-nous au début du livre d’Esdras : « La première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume – et même consigner par écrit : « Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que son Dieu soit avec lui, qu’il monte à Jérusalem, en Juda, et qu’il bâtisse la Maison du Seigneur, le Dieu d’Israël, le Dieu qui est à Jérusalem ». Es 1, 1-3

Pour accomplir ses desseins, Dieu va passer par quelqu’un d’inattendu, Cyrus, un empereur étranger, un païen Cyrus, qui va promulguer un édit qui permet aux juifs de rentrer chez eux et il ordonne la reconstruction du Temple de Jérusalem.

  • « Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, » (Is 45, 1-6)
  • « Quand je dis à Cyrus : « Mon berger », il accomplira tout mon désir ! » (Is 44,28)

Un « Messie », tel que nous le voyons ici, n’est donc pas un roi à la manière des autres, un souverain qui gouverne et préside à l’exercice de la justice. Le seul acte politique de Cyrus envers les déportés d’Israël est de les laisser partir. Mais ce faisant, il agit dans le sens d’une libération des hommes, il accomplit ainsi l’œuvre de Dieu, mission analogue à celle du Messie.

A cette époque, les guerres ne se gagnaient que si elles avaient l’aval des dieux. Cyrus, dont la carrière a été si fulgurante, est tout à fait conscient d’être béni par Dieu et dans le dernier verset du deuxième livre des chroniques il rend hommage à Celui qui lui a donné les royaumes de la terre.

« Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem ! » (2 Chr 36, 23).

Ainsi se réalise la prophétie de Jérémie : « Oui, ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d’Israël, au sujet des ustensiles qui restent dans le Temple de Yahvé, dans le palais royal de Juda et à Jérusalem : ils seront emportés à Babylone (où ils resteront jusqu’au jour où je les visiterai), oracle de Yahvé. Alors, je les ferai remonter et revenir en ce lieu. » (Jr 27, 21-22)

Le cylindre de Cyrus, rouleau d’argile écrit en cunéiforme a été découvert en 1879 dans les ruines de Babylone. C’est une proclamation de Cyrus II,  consécutif à la prise de Babylone.

Le texte indique que Cyrus a bien été accueilli par le peuple de Babylone et qu’il est entré dans la ville en paix. Il glorifie Cyrus comme un bienfaiteur des citoyens de Babylone qui a amélioré leurs vies, rapatrié les personnes déplacées, restauré les temples et lieux de culte dans la région.

  • Un retour qui ne va pas de soi

Contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, quitter Babylone et faire le chemin du retour n’allait pas de soi :

  • Seuls les vieux se souviennent de Jérusalem. Leurs enfants sont nés et ont grandi en Mésopotamie.  Ils se sont installés et ont fait leur vie là-bas. Ils n’éprouvent ni l’envie, ni le besoin de retourner sur la terre de leurs ancêtres. Ils sont chez eux à Babylone.
  • Située entre deux fleuves, la région de Babylone, est une région très riche. Certains membres de la communauté ont pu accéder à des conditions de vie plus que confortables. La quitter pour un pays plus désertique n’était pas très engageant.  Ainsi, les tablettes de Murashu par exemple, (Diapo 4) découvertes dans la ville de Nippur, montre une famille juive de l’époque qui a réussi à monter une entreprise bancaire des plus florissantes, puisqu’elle permettra de financer une part au moins du retour des juifs en Palestine après l’arrivée des Perses.
  •  La situation là-bas, n’était pas très motivante. Les terres avaient été distribuées, les maisons occupées par des étrangers envoyés par Nabuchodonosor.

Il va falloir exhorter les Juifs à rentrer sur la terre de leurs ancêtres. Le scribe Esdras devra leur rappeler plusieurs points qu’en tant que peuple élu, ils ont une mission à remplir sur la terre donnée par Dieu.

  • En – 538 un premier convoi est organisé sous la conduite de Shesbaççar, prince de Juda. C’est un tout petit groupe.
  • Un deuxième convoi, le plus nombreux, se mit en route avec plus de 40.000 hommes, sous la conduite de Zorobabel qui appartenait à la lignée de David. Il était le petit fils du Roi Joachin. Il était accompagné du grand-prêtre Josué et ils transportaient les objets du Temple.
  • Quelques années plus tard, d’autres reviendront avec Esdras et Néhémie entre – 450 et – 445.

La Bible ne nous donne que peu de détails sur ce retour, signe que les choses se sont passées sans péril. A l’inverse de ce qui s’était passé au retour d’Égypte.

Le deux premiers chapitres du livre d’Esdras nous donne les noms des familles qui sont parties et leur nombre. Ainsi au chapitre 2

  • Ils vinrent avec Zorobabel, Josué, Néhémie, Seraya, Reélaya, Mardochée, Bilshane, Mispar, Bigwaï, Rehoum, Baana. Voici le nombre des hommes du peuple d’Israël :
  • les fils de Paréosh : 2 172,
  • les fils de Shefatya : 372,
  • les fils d’Arah : 775,
  • les fils de Pahath-Moab, c’est-à-dire les fils de Josué Joab : 2 812 ; les fils d’Élam : 1 254 ; (…) etc, etc.

Et  les deniers versets (65 à 68)  ajoutent : « L’assemblée tout entière était de 42 360 personnes,  sans compter leurs serviteurs et leurs servantes, au nombre de 7 337. Il y avait aussi 200 chanteurs et chanteuses. Leurs chevaux étaient au nombre de 736, leurs mulets de 245, leurs chameaux de 435, les ânes de 6 720.

Le roi Cyrus leur donna une escorte de mille cavaliers, afin de les protéger contre les attaques des peuplades vivant de vol, et de porter aux tribus installées sur le sol de la Judée l’ordre de céder la place à ses maîtres légitimes.

  • L’arrivée en Juda

Pourtant, une fois à Jérusalem, la déception est grande. La société a changé, et les exilés sont mal accueillis par les habitants du pays qui n’étaient pas partis en déportation. Différentes tensions voient le jour :

Des tensions religieuses :

  • Ceux qui étaient restés suspectent ceux qui reviennent d’avoir été contaminés au contact des païens. Mais c’est plutôt l’inverse qui s’est produit.
  • Ceux qui avaient été déportés à Babylone, faisaient partie de l’élite ( princes, prêtres, scribes et savants). Ils se considèrent avec une certaine supériorité, comme le « petit reste fidèle », qui a eu le mérite d’avoir traversé l’épreuve de l’exil. Leur théologie a beaucoup évolué pour la bonne raison qu’afin de ne pas perdre leur identité, les prêtres les ont encouragés à respecter de façon rigoureuse les rites comme le shabbat, la nourriture cachère, la circoncision, les purifications rituelles.

Ils considèrent avec condescendance ceux qui sont restés dans le pays, et qui, faute de chefs et de prêtres, ont contaminé le judaïsme avec des pratiques idolâtriques, ne mangent pas cacher et ne font pas shabbat. Ils ne respectaient rien : « Ils mangent de la viande de porc, ils ont dans leurs assiettes de la nourriture non cachère. » (Es 65.4) ils ont parfois contracté des mariages avec les populations installées par les Assyriens. Leur objectif est de reprendre fermement en main ces égarés.

Des tensions économiques et sociales :

  • Les Judéens restés sur place se sont installés sur des terres qui ne leur appartenaient pas toujours et ils accueillent mal les anciens propriétaires dont ils occupent les maisons et les terres.
  • Des étrangers introduits par les Babyloniens sont venus également occuper les terres à l’abandon. Ils n’étaient pas israélites. Ils n’avaient rien à faire en Terre sainte mais ils étaient là. Ils avaient leurs coutumes et leurs dieux. Ils revendiquaient la possession du pays et voyaient d’un mauvais œil les juifs reprendre leurs biens, s’installer dans le pays et rebâtir la ville.
  • De plus, la Judée n’est pas devenue pour autant un état autonome. Elle est devenue un protectorat Perse et appartient au district administratif de Samarie dont le gouverneur tolère difficilement que l’on empiète sur son domaine d’autorité.

Les Samaritains, étaient désormais un peuple mixte issu du mariage des juifs laissés en Palestine au moment de l’exil avec les colons païens que Nabuchodonosor avait envoyés vivre là-bas. La question de leur origine nous est relatée dans le 2e livre des Rois. « Ils craignaient l’Eternel mais servaient en même temps leurs dieux d’après la coutume des nations d’où on les avait transportés » (2 Rois 17, 23).

La parabole du Bon Samaritain fait référence au mépris des Judéens pour les Samaritains.

  • A tout cela s’ajoute une période de mauvaises récoltes qui va durer plusieurs années. On semait beaucoup et l’on récoltait peu. Il était parfois difficile de se rassasier.
  • Jérusalem est toujours en ruines et le Temple également.
  • La reconstruction de Jérusalem
  • La reprise du culte

A peine arrivé, il s’agit de pouvoir célébrer le culte, sur l’emplacement du Temple. Les premiers arrivés vont enlever les décombres et reconstruire un autel. Le culte a ainsi pu reprendre, au moins partiellement.

  • Le Temple

Vers – 535,  les fondations du Second Temple sont posées, au milieu de grandes manifestations de joie. Mais voilà que les Samaritains se présentent et demandent à prendre part à la construction et d’être accueillis comme membres de la communauté judaïque. Cela leur est refusé. La reconstruction est interrompue durant 15 ans.

Le découragement est total. Dieu envoie un nouveau prophète Aggée, bientôt soutenu par le prophète Zacharie, pour qu’enfin les exilés reprennent le travail.

Zorobabel se remet au travail, avec l’aide de tout le peuple. En 4 ans, le Temple est terminé (-516). On l’appellera « le Temple de Zorobabel ».

  • La ville et ses remparts

Un peu plus tard ce sont les murailles de Jérusalem qui sont relevées.

2.  La lecture spirituelle faite par Israël

– Un retour à Dieu : L’envoi en exil à Babylone avait été vécu par le peuple choisi, comme une punition divine à cause de l’idolâtrie. Pour les exilés Il ne fait aucun doute que la prise de Babylone marque l’apaisement de la colère de Dieu. Et même si le retour d’Exil n’a pas accompli toutes les promesses que le peuple attendait, l’évènement va prendre une place considérable dans l’inconscient collectif. Le retour géographique du peuple exilé, signifie un retour spirituel vers Dieu, un repentir. A tel point qu’il va être considéré comme un évènement rédempteur qui va se substituer à l’Exode (Jr 16.14-15). C’est de fait, comme un nouvel exode vers la Terre Promise. De même que Moïse avait conduit le peuple de Dieu pour quitter l’Egypte, maintenant Zorobabel va conduire le peuple pour le faire sortir de Babylone. Il est aussi accompagné d’un « Josué ». C’est très symbolique. Celui-ci est prêtre.

Ces évènements provoquent un nouveau départ pour le peuple de Dieu. Après son retour de Babylone, la nation d’Israël ne s’est plus jamais laissée séduire par l’idolâtrie et par les faux dieux des nations environnantes. Un réveil spirituel a eu lieu au moment du retour des Juifs d’exil et de la reconstruction du Temple, comme on le voit dans les livres d’Esdras et de Néhémie. « Dans ce mouvement de destruction-reconstruction de Jérusalem, certains ont fait le parallèle avec le déluge. Destruction quasi-totale à l’exception d’un petit reste qui prend place dans l’arche puis nouveau départ avec Dieu.

– Une restructuration religieuse : Les historiens se disent surpris par le fait que dans de telles conditions, la nation aurait pu ne jamais se relever. Or c’est l’inverse qui s’est produit puisque, avec le temps, les épreuves ont permis la restructuration du peuple judéen/juif autour d’une tradition religieuse profondément rénovée.

– Un enracinement dans la filiation d’Abraham : -Il y a très longtemps, Abraham qui était originaire de Babylone, avait fait à la demande de Dieu, le chemin vers Canaan. Maintenant ce sont les exilés qui le font pour rentrer chez eux. Voilà qui forgeait leur identité de « fils d’Abraham ». C’est quelque chose d’important, Jésus dira à Zachée après sa conversion « lui aussi est un fils d’Abraham. »

Diapo 5

  • Une action de grâce envers Dieu

« Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve ! Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie ; alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête ! Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert. Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie : il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence ; il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes. » (Ps 125)

Le psalmiste évoque deux images chères à ce peuple, celle de l’eau, celle de la moisson

En Israël, quand on évoque le passé, ce n’est jamais pour le plaisir de faire de l’histoire. C’est pour rendre grâce à Dieu pour ce qu’il a fait. Cette libération, ce retour à la vie, que l’on peut dater historiquement, devient une raison d’espérer d’autres résurrections, d’autres libérations. Et en chantant la libération et le retour de l’exil à Babylone, on priait Dieu de hâter le Jour de la libération définitive. C’est pour cela qu’à l’action de grâce se mêle la prière « Ramène, Seigneur, nos captifs… » Ces « captifs », ce sont d’abord ceux qui sont restés au loin, dispersés parmi les peuples étrangers. Mais ce sont aussi tous les hommes : depuis l’Exil à Babylone, précisément, Israël sait qu’il a vocation à prier pour toute l’humanité. Ou pour le dire autrement, Israël sait que sa vocation, son « élection » est au service de l’humanité. C’est très net dans la deuxième strophe de ce psaume : « Alors on disait parmi les nations Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » : ce n’est pas de la prétention ; c’est la reconnaissance de la gratuité de ce choix que Dieu a fait d’un tout petit peuple, pas meilleur que les autres (comme dit le livre du Deutéronome) ; c’est aussi la joie missionnaire de voir les nations devenir sensibles à l’action de Dieu, premier pas vers leur conversion, et donc leur libération.
La libération définitive de toute l’humanité, des « nations » comme dit le psaume, c’est la venue du Messie : on sait que la fête des Tentes comportait une dimension d’attente messianique très forte. C’est au cours de cette fête, par exemple, qu’on faisait cette immense procession avec les gerbes, dont parle ce psaume, en chantant des « Hosanna » (ce qui veut dire « sauve ton peuple ») ; on poussait également cette exclamation que nous connaissons bien « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » qui était une acclamation anticipée du Messie.
Après tant et tant d’aventures, ce peuple, notre frère aîné, comme dit le Concile Vatican II, est bien placé pour nous donner une superbe leçon d’espérance et d’attente : faisons confiance au « Maître de la moisson

  •  
  • Pour nous chrétiens

Les soixante-dix ans de captivité babylonienne sont une période importante dans l’histoire d’Israël, que les chrétiens doivent connaître. Comme pour d’autres événements de l’Ancien Testament, cet épisode historique manifeste la fidélité de Dieu à son peuple, son jugement du péché et la certitude de ses promesses. En effet, il devient un symbole de l’état de l’homme éloigné de Dieu.

Nous retrouvons Zorobabel, cité par saint Matthieu, dans la généalogie de Jésus « Après l’exil à Babylone, Jékonias (Johakin) engendra Salathiel, Salathiel engendra Zorobabel, Zorobabel engendra Abioud, Abioud engendra Éliakim, Éliakim engendra Azor, Azor engendra Sadok, Sadok engendra Akim, Akim engendra Élioud, Élioud engendra Éléazar, Éléazar engendra Mattane, Mattane engendra Jacob, Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. »  (Mt 1,12-16)

Vous connaissez des gens autour de vous qui sont morts spirituellement ? Le Saint-Esprit est capable de produire un renversement dans leur vie. Et vous-mêmes, il vous arrive peut-être de passer par des sécheresses spirituelles ? Il nous arrive tous de traverser des déserts. Nous perdons de l’intérêt pour la Parole de Dieu, nous prions moins, nous sommes moins fervents, nous prenons nos distances par rapport à des frères et sœurs dans l’Église.

Dieu est capable de transformer nos vies en profondeur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *