18e Dim TO
« Ton âme ne tire aucun profit de l’oisiveté »
Du temps de Jésus, on recourait volontiers à l’arbitrage des rabbins auxquels on demandait d’intervenir comme médiateurs ou régulateurs dans les conflits au sein des familles ou dans les villages. Certains contentieux étaient des disputes financières qui n’avaient rien à voir avec les saintes Écritures. C’est probablement à cause de son prestige et de ses enseignements que Jésus est sollicité dans cette histoire familiale par cet homme dont le frère aîné veut peut-être garder l’héritage en indivision. Plutôt que de se substituer au notaire ou au juge, Jésus va élever le débat, et répondre au niveau du sens de la vie en racontant la parabole du riche insensé dont la morale est de rappeler que les biens d’un homme ne lui garantissent pas la vie.
Notons tout d’abord qu’il s’agit d’une richesse honnêtement acquise. D’ailleurs, ce n’est pas la richesse que Jésus fustige, ni même l’idée d’économie, ce qu’il pointe du doigt c’est l’inconscience dont nous faisons parfois preuve en organisant notre vie comme si à tous les coups, demain serait toujours meilleur. Les plus anciens se rappellent de la chanson d’Annie Cordy : « ça ira mieux demain ». En pensant ainsi, nous négligeons l’instant présent et passons à côté des choses à vivre vraiment les petites joies données et reçues.
Arrêtons-nous un peu sur cette parabole ! Cet homme a travaillé dur pour ses récoltes et par chance pour lui, Dame nature a été généreuse envers lui : ses terres ont tellement rapporté et il se retrouve devant une surabondance inespérée. Plutôt que de vendre sa récolte et de cultiver à nouveau la terre l’année d’après, il décide de construire de nouveaux greniers pour y entasser toutes ses récoltes POUR LUI et se constituer ainsi des réserves afin de se mettre à l’abri des aléas. En agissant ainsi, il garde constamment la main sur ses richesses et il s’installe pour des vacances perpétuelles : le fameux farniente. « Enfin, je peux profiter de la vie ! » « Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence. »
Jésus veut tirer la sonnette d’alarme, car même si agir ainsi à vue humaine est légitime pour certains (je gagne au loto et je m’arrête de travailler), cet homme oublie que toute vie se termine un jour. Face à la mort il n’y a aucune sécurité pour personne. Les années passent, et on finit par oublier que les choses n’ont qu’un temps. « Tout ce que tu auras fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que tu l’auras fait ». Jésus aurait aimé un autre état d’esprit : « Dieu fait pleuvoir sur les justes et les injustes et briller son soleil sur les bons et les méchants ». La bonté de Dieu envers cet homme aurait l’inviter à être bon lui-aussi en retour. Or cet homme n’a pas de projet fraternel, il en reste au seul niveau de la jouissance immédiate. Si l’on « s’enrichit pour soi-même », comme dit Jésus, rien de ce trésor ne passera dans la vie définitive ; mais si un croyant s’enrichit « en vue de Dieu », s’il met toutes les ressources de son intelligence et de son cœur au service du dessein de Dieu sur lui et sur le monde, sa gérance généreuse libérera son cœur, et son trésor d’amour l’attendra près de Dieu.
Trois autres enseignements à retenir de cette parabole : Nous avons non seulement un corps, mais aussi une âme, c’est ce qui nous distingue de l’animal. Or, dans les jouissances et l’oisiveté, l’âme ne tire aucun profit. Au contraire, elle s’affaiblit. Nous ne ressemblons pas au chat qui s’étire et se couche après avoir mangé. Rappelez-vous aussi la parabole des talents dans laquelle Jésus fustige la paresse et encourage la liberté d’entreprendre. Travailler une année et réussir, puis se reposer sans persévérer alors que la santé et nos capacités nous auraient permis de la faire, c’est un gâchis énorme. C’est régresser, et c’est refuser à Dieu une gloire plus grande. Généralement, celui qui s’arrête, non seulement ne progresse plus, mais revient en arrière. Le trésor du Ciel doit augmenter d’année en année pour être bon. Autrement, ce n’est plus un trésor qui porte du fruit, mais un trésor inerte et cela se produit au détriment de la paix promise du Ciel.
Notre richesse, c’est aussi notre foi en la vie éternelle et l’amour que nous partageons avec les êtres qui nous sont proches : époux/épouse, enfants, parents, grands-parents, amis, rien de plus beau et de plus accomplissant que de sentir à la fois l’amour nous rejoindre mais aussi se diffuser à partir de nous. Oui la vraie richesse est celle de la foi, de l’amour qui lorsqu’elles se donnent la main donnent à tout homme de pouvoir être heureux tout de suite.
Attention au témoignage que nous donnons en tant que chrétiens : Rousseau (dans ses Confessions) écrivait : « L’argent qu’on possède est l’instrument de notre liberté, mais celui que l’on pourchasse est l’instrument de notre servitude ». Le démon de l’argent nous fait perdre du temps, rétrécit notre cœur, peut nous rendre malhonnêtes, et a le pouvoir d’enflammer les familles et de les diviser : les enfants contre les parents, les frères et sœurs à couteaux tirés pour des histoires de successions, de propriétés, et d’héritages alors que les cercueils n’ont pas de porte-bagages. Celui court après l’argent est un esclave de premier ordre. Au-delà des injustices, si vous vous fâchez avec votre frère, votre sœur pour des histoires d’héritages, vous n’êtes plus bénis par Dieu. Quand on est chrétien, il faut que les choses s’arrangent. On parle, on dialogue, mais on ne coupe pas les ponts, on ne reste pas dans la haine réciproque pendant des années. Si vous vous présentez comme cela devant Dieu, vous verrez qu’il vous le reprochera. Faisons attention, nous avons des consignes précises de vie et de paix, pour nous dès ici-bas dans l’évangile. Comment pouvons-nous rester dans de telles divisions dans nos familles avec la haine entre les dents. Ce n’est pas ce que le Seigneur veut, même s’il y a une injustice, il faut parler, ajouter un supplément d’amour être capable de quelques concessions, et vous verrez vous ne serez qu’heureux sur cette terre.