16e Dim
- Deux sœurs : deux priorités (v. 38 -40)
Marthe est la sœur de Lazare et Marie. En recevant Jésus à Béthanie, elle tient à remplir parfaitement son rôle de maitresse de Maison. Tout doit être parfait pour Jésus et les Douze. Mais préparer tout cela prend du temps surtout quand on vise la perfection. Elle a le souci de bien accueillir le Maître et c’est normal. Elle veut le servir au meilleur de ses capacités. C’est louable et il faut lui reconnaître cette bonne volonté. Dans le feu de l’action cependant, elle commence à stresser : son amour propre, et même son orgueil de maitresse de maison sont en jeu. Voici que deux attitudes néfastes commencent à gagner son cœur :
- Elle s’inquiète : Trois verbes décrivent son inquiétude naissante : v.40 : « elle était accaparée par les multiples occupations du service ». Au v. 41 : Jésus lui dit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses ».
- L’inquiétude fait donc son chemin et va engendrer l’esprit de comparaison. Marthe est tellement sûre d’avoir fait le bon choix en s’adonnant au travaux domestiques que l’attitude passive et contemplative de Marie la révolte. Elle bouillonne à l’intérieur d’elle-même. Elle essaye donc de mettre Jésus dans le coup : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Par ce petit reproche elle demande au Maître de lui donner raison et de reprendre sa sœur. Or elle prend un risque. En général, c’est comme lancer un boomerang, cela nous revient.
Marthe ne s’agace pas seulement de l’apparente immobilité de sa sœur, mais aussi parce que cette dernière enfreint les normes sociales de son temps. Si Marthe bouge dans tous les sens, Marie « est assise aux pieds du Seigneur, écoutant sa parole ». Or c’est la position du disciple au masculin. A l’époque de Jésus, ce sont les hommes qui apprenaient auprès d’un maître et il était inadmissible qu’une femme néglige les travaux domestiques pour s’instruire auprès d’un rabbi. Nous comprenons mieux l’incompréhension de la grande sœur. Pour Marie, il était clair que le service matériel avait des limites, et qu’avec un invité comme Jésus, il y avait mieux à faire que de servir, C’ÉTAIT DE SE LAISSER SERVIR.
- Deux sœurs : deux réponses du Seigneur
- Comment Jésus réagit-il avec Marthe : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses ». Tu dois évoluer !
- Comment Jésus réagit-il avec Marie : « Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. » Jésus ne fait aucun reproche à Marie, au contraire Il loue son attitude !
Nous pourrions résumer l’enseignement provocateur de Jésus en disant : quand on veut suivre Jésus, L’OREILLE A PRIORITE SUR LA MAIN ! Trois raisons à cela :
- Sans l’écoute vertueuse, notre attitude dans le service a tendance à se dévoyer. Si on ne prend pas le temps de se ressourcer aux pieds du Maitre, on tombe très vite dans la frustration, l’activisme, l’inquiétude, la comparaison futile avec les autres : « pourquoi, n’en fait-il pas autant que moi ». L’écoute attentive de Jésus et sa proximité sont les seules façons de pouvoir servir avec la bonne attitude de cœur. Même un service bon, louable, nécessaire et utile peut perdre à la longue sa saveur et sa droiture !
- Ce que le Seigneur peut nous apporter dépasse infiniment ce que nous pouvons Lui apporter. Parfois nous sommes comme Abraham dans la 1ère lecture, nous en faisons plus que nécessaire : 20 litres de farine pour faire des galettes et un veau gras pour trois visiteurs, c’est énorme. « Regarde Seigneur tout ce que je t’apporte ». Mais le cadeau de Dieu pour cet homme déjà âgé est bien plus grand : « dans un an tu seras papa ». Les dons de Dieu en force, en compassion, en pardon, en consolation par le moyen de sa Présence et de sa Parole sont toujours au-dessus de nos espérances. Marie avait compris qu’avec pareil invité, il y avait mieux à faire que de servir, c’est de Le laisser la servir. C’est d’ailleurs tout le sens de la venue de Jésus parmi nous : « car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Marc 10, 45).
- Rien ne peut nous enlever ce que nous recevons du Seigneur : Le verdict de Jésus est clair : « Marie a choisi la meilleure part, personne ne lui enlèvera ce qu’elle a reçu ». Quelle est cette meilleure part ? « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur » (Dt 8, 3), déjà cité par Jésus lors de sa tentation au désert. Marthe se préoccupe du repas au sens physique, Marie privilégie l’alimentation spirituelle : ce qui sort de la bouche de Jésus. Dans notre vie, on peut perdre : un être cher, la santé, des circonstances de vie favorable, des amis, mais rien, ni personne ne peut nous enlever la puissance des paroles de vie que l’on reçoit du Seigneur Jésus.
- Deux sœurs, deux choix de vie à ne pas opposer : être des contemplactifs.
Quand Mère Teresa a commencé à fonder les missionnaires de la Charité, on a reproché aux sœurs de passer / de perdre une heure de prière/jour dans la chapelle alors qu’il y avait tant de personnes à soigner dans les rues ou dans les mouroirs. Mère Teresa décida alors non de supprimer cette heure de prière, mais de la doubler car le service du pauvre est le prolongement de notre écoute de Dieu. Mieux vaut ne servir qu’une heure après avoir écouté le Seigneur plutôt que deux heures sans L’avoir écouté. En lisant la Bible, invitons l’Esprit Saint à nous parler à travers l’Écriture en appliquant puissamment cette Parole à notre situation, à nos combats, à nos difficultés, à nos choix du moment et aux circonstances de vie.
Lorsqu’on passe du temps à prier, à lire et méditer la vie de Jésus, notre service n’est plus le même, il se dégage de notre cœur un parfum savoureux qui n’était pas là auparavant. Les gens de notre entourage devraient voir la différence. C’est ça notre valeur ajoutée de chrétiens. Les personnes qui nous entourent devraient être rafraîchis par notre attitude, par les mots qui sortent de notre bouche. En priant et en lisant la Bible, Dieu nous remplit d’une force surnaturelle qui nous dépasse, c’est la force de l’Esprit-Saint. Quand on est rempli de la vérité de Dieu, on devient soi-même une source de nourriture pour les autres. Quand les personnes passent du temps avec nous, elles devraient être orientées vers la source par excellence qu’est Jésus lui-même. Demandons-nous : avec qui aurions-nous envie de passer plus de temps ?
- Avec Marthe, en lui demandant : « est-ce que le gâteau pour Jésus était réussi ? »
- Ou avec Marie : « Qu’est-ce que le Seigneur Jésus t’a dit ? S’il te plait, dis-le-moi, j’ai besoin de l’entendre à mon tour ».