Le prophète Isaïe (2)

Le prophète Isaïe (2)

  1. La vocation d’Isaïe 6,1-13

Regardons maintenant le récit de la vocation d’Isaïe. Ici, de façon surprenante il ne se trouve pas au début du livre comme chez les autres prophètes.

L’explication la plus répandue est que ce récit est placé là :

  • Pour confirmer, ce qui a déjà été proclamé par le prophète dans les chapitres précédents.
  • Pour donner du crédit à ce qu’il va être amené à dire, et qui n’est autre que ce qu’on appelle « le livret de l’Emmanuel », qui va des chapitre 6 à 11, qui annoncent la venue du Sauveur. D’où la lecture qui en est faite durant l’Avent.

« L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds, et deux pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. Je dis alors : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. » J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! »

Dans la bible les vocations prophétiques présentent presque toujours la même structure. Comme celle de Moïse au buisson ardent, ou d’Ezéchiel à Babylone, elles comportent :

  • Une datation : ChezIsaïe, c’est très précis. Cela s’est passé « l’année de la mort du roi Ozias ». On sait que le roi Ozias est mort de la lèpre en -740.
  • Une théophanie : Moïse avait vu le buisson ardent, Ezéchiel avait eu la vision de la Gloire de Dieu, Isaïe, lui voit Dieu en personne. Il situe sa vocation au Temple de Jérusalem. « Je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ». Quand Isaïe nous dit : « je vis », cela veut dire qu’il s’agit non pas d’un récit, mais bien d’une vision.

Dieu y est présenté comme un roi, puisqu’il est fait mention d’un trône et de la traine du manteau. « Mes yeux ont vu le Roi » dit Isaïe au verset 5. C’est la première fois dans l’Ancien Testament que ce titre « roi » est donné à Dieu.

Les séraphins sont ceux qui se trouvaient aux angles de l’Arche d’alliance et ici, ils chantent d’une voix forte le Dieu trois fois saint, « Saint, Saint, Saint le SEIGNEUR, Dieu de l’univers. Toute la terre est remplie de sa gloire » : vous avez reconnu le Sanctus de la messe. La sainteté est un trait majeur de Dieuchez ce prophète. Nous la trouvons exprimée 29 fois dans son livre, 5 fois seulement dans le reste de l’Ancien Testament. Ce terme exprime l’idée d’un rapport spécial de Dieu avec Israël. Dieu est le Saint d’Israël, afin qu’Israël soit à son tour le saint de Dieu.

Dire que Dieu est « Saint », au sens biblique, c’est dire qu’il est Tout Autre que l’homme. Dieu n’est pas à l’image de l’homme ; bien au contraire, la Bible affirme l’inverse : c’est l’homme qui est « à l’image de Dieu » ; ce n’est pas la même chose ! Cela veut dire que nous devrions rester très modestes et très respectueux chaque fois que nous parlons de Dieu ! Il est le Tout Autre, il nous est impossible de l’imaginer tel qu’il est, nos mots humains ne pourront jamais rendre compte de lui.

« Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. » Une fumée se répand et une voix tonne si fort que les lieux tremblent… Isaïe a sans doute pensé à ce qui s’était passé pour Moïse sur la montagne du Sinaï, au moment où Dieu avait fait alliance avec son peuple et donné les tables de la Loi ; c’est le livre de l’Exode qui raconte : « Le mont Sinaï n’était que fumée, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; sa fumée monta, comme la fumée d’une fournaise, et toute la montagne trembla violemment. La voix du cor s’amplifia : Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre. » (Ex 19, 18-19).

Les objections : Moïse avait dit qu’il ne savait pas parler. Ici, la sainteté de Dieu amène le prophète à mesurer sa petitesse, son indignité, et celle du peuple. « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures ! »

L’assurance que Dieu sera là : Ici, elle s’exprime par un geste très suggestif : un des séraphins, un de ceux qui, justement, proclament la sainteté de Dieu, va accomplir le geste qui purifie l’homme, qui comble le fossé, qui permet à l’homme d’entrer en relation avec Dieu : « L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche… ». Ce sont certainement les pincettes et la braise qui se trouvaient sur la table à encens dans la pièce du temple appelée le saint saint.

Chez Ezéchiel, rappelez-vous, que pour le préparer à sa mission, Dieu lui avait donné à manger, un rouleau sur lequel se trouvaient toutes les instructions.

C’est vrai aussi pour nous, la découverte de notre petitesse, du fossé qui nous sépare de Dieu, est une première étape indispensable dans notre relation à Lui.

L’acceptation : « J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! »

« Va dire à ce peuple ». Cette mission, en Israël, revenait normalement au roi. Mais nous savons qu’elle est très mal, voire plus du tout assurée par le roi. Le prophète comprend donc que c’est lui qui va devoir l’assurer à la fois envers le roi et le peuple. Il fallait bien une telle « vision » de Dieu pour le préparer au service prophétique qui allait être le sien.

L’oracle se termine comme dans les chapitres précédents sur une note d’espérance, « Comme le chêne et le térébinthe abattus dont il ne reste que la souche. » (Is 6,13)

Comme d’un chêne coupé il reste un tronc qui, quoique mort en apparence, possède toujours la vigueur nécessaire pour produire de nouveaux rejets, de même, dans ce peuple, qui semble anéanti par ces terribles jugements, se maintiendra un reste qui deviendra la semence sainte d’un Israël renouvelé.  En vertu des promesses divines, ce peuple ne peut périr ; il est indestructible.

  • Isaïe et l’annonce du Messie

Deux ensembles :

2.1 Premier ensemble dans le premier Isaïe

  1. Le contexte

Achaz est dans la tourmente, « son cœur et le cœur de son peuple furent agités comme les arbres de la forêt sont agités par le vent » (Is 7, 2). Achaz fait bien partie de cette descendance davidique ; il connaît la promesse faite à David par le prophète Nathan : « Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

( 2 Sm 7,16) 

Mais tout semble perdu,

  • Il ne lui reste qu’une petite partie du Royaume.
  • La situation politique internationale est compliquée.
  • Il désobéit à Dieu en offrant des sacrifices à toutes les idoles et il va même jusqu’à faire la chose la plus atroce, malheureusement courante à cette époque dans les autres peuples : il a tué son fils unique pour l’offrir en sacrifice ; le deuxième livre des Rois dit : « il fit passer son fils par le feu » (2 R 16, 3).
  • Achaz craint pour sa dynastie, et ses craintes s’aggravent du fait qu’il a sacrifié son fils.

Isaïe invite le roi au calme et à la confiance. Dieu ne peut pas manquer à sa parole. Il tiendra ses promesses et n’abandonnera pas son peuple. C’est la conviction d’Isaïe. C’est dans ce contexte qu’à trois reprises, le prophète vient confirmer la perpétuité de la lignée davidique ; trois oracles que la tradition chrétienne a retenus comme annonces du Messie. D’où le titre des chapitres 6 à 11 : le livret de l’Emmanuel.

b)    Voici que la vierge est enceinte (Ch 7)

Et c’est là qu’Isaïe prononce ces paroles que nous entendons durant l’Avent, en année A : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) ».

  • Pour Achaz hier, cela signifie que malgré ses infidélités, malgré les infidélités du peuple, Dieu, Lui, reste fidèle. La jeune femme qui est enceinte, c’est la reine. La naissance d’un second héritier a pour lui une signification forte. Et l’enfant qui va naître s’appellera justement : « Dieu est avec nous ».

Dans l’Ancien Testament, ce nom est plein de sens. Dieu avec nous.  On retrouve plusieurs fois « Dieu sera avec toi ». « Je serai avec toi … ; je ne te délaisserai point, je ne t’abandonnerai point ». C’est Dieu qui fait la promesse « Je serai avec toi. » Il l’a dit à Isaac (Gn 2,3-24), à Jacob (Gn 31,3), à Moïse (Ex 3,12), et à chaque fois, le contexte est le suivant:  Dieu s’engage à accomplir les promesses qu’il a faites à Abraham. « Être avec » eux veut dire que Dieu va accomplir ce qu’il a promis à travers cette personne. A la fin de l’évangile de saint Matthieu 28,20, Jésus dit : « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».

  • Pour les chrétiens, cette prophétie annonce la naissance virginale de Jésus. C’est ainsi que saint Matthieu reprend cette prophétie pour parler de la naissance virginale de Jésus : « Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». (Mt 1,3)
  • La naissance de l’Emmanuel (Ch 9)

Deux chapitres plus loin, Isaïe se sert du même cadre pour y ajouter une deuxième révélation, tout aussi remarquable, des paroles que nous entendons cette fois à Noël :

« Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers ! » (Is 9, 5-6)

L’enfant reçoit quatre qualificatifs ; chacun d’eux se compose de deux mots. Ce ne sont évidemment pas des noms propres, mais des titres, destinés à exprimer ce qu’il sera réellement.

  • Pour Achaz, ce sont les vertus des héros de sa race : il aura la Sagesse de Salomon, la valeur militaire de David, les qualités religieuse de Moïse et des patriarches. Il incarne donc l’idéal du roi davidique.
  • Pour la tradition chrétienne et la liturgie, ces titres sont appliqués au Christ, le reconnaissant ainsi comme le véritable Emmanuel.
  •  Sur Lui reposera l’Esprit du Seigneur (Ch 11)

Isaïe dans un oracle plus tardif, décrit la figure du Messie. Encore un passage que vous connaissez : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé (père de David). Et sur lui reposera l’Esprit du Seigneur… Esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d’après ce que voient ses yeux, il ne se prononcera pas d’après ce qu’entendent ses oreilles. Il jugera les faibles avec justice, il se prononcera dans l’équité envers les pauvres du pays. » (Is 11,1-10)

La racine de Jessé, renvoie bien à la descendance du roi David. Et ce descendant de David sera habité par l’Esprit-Saint, il fera régner la justice et la paix dans un monde semblable au paradis des origines.

  • La leçon pour Israël, c’est que le mal ne peut pas durer. Aussi profond soit-il, aussi fort soit-il. Pour que la situation change, le peuple doit se convertir.
  • L’appel à la conversion est aussi pour nous aujourd’hui.

Nous savons nous chrétiens, que Jésus reprendra ces paroles à son compte, et pour le confirmer s’il en était besoin, conclura en disant « cette parole, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ».

« Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. »

Le texte de Martin Luther King « Je fais le rêve » est directement inspiré de ce passage d’Isaïe 11.

2.2 Dans le deuxième Isaïe : Le serviteur souffrant (Ch 42 à 53)

(Is 42, 1-9 ; Is 49, 1-6 ; Is 50, 4-9 ; Is 52, 13-53 à 53,12)

Nous sommes à la fin de l’exil babylonien. Et même si on commence à entrevoir la chute de Babylone, c’est une époque très difficile pour les déportés d’Israël car l’exil a été très long, et les exilés finissent par ne plus croire en un retour à Jérusalem.

C’est dans ce contexte que nous trouvons un ensemble de quatre textes très particuliers que l’on appelle : « Les Chants du Serviteur ».

Regardons les premiers versets : vous les connaissez aussi, probablement.

« Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois. (…) tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. » (Is 42, 1-4 et 7)

C’est Dieu qui parle de celui qu’il appelle « son serviteur ». Mais nous ne savons pas qui est ce personnage.

Le mot « droit – jugement » selon les traductions, revient trois fois.

  • Pour nous, le mot jugement ou la proclamation du droit, évoque souvent la condamnation, la punition, surtout quand il s’agit du jugement de Dieu et c’était particulièrement vrai à l’époque du second Isaïe, alors que le peuple est en exil suite à sa désobéissance envers Dieu. Mais ici, il n’est question que de douceur et de respect pour tout ce qui est fragile.
  • Autre caractéristique de ce jugement, il concerne toute l’humanité : tout le développement sur le jugement est encadré par deux affirmations concernant les nations, la terre ; c’est-à-dire l’humanité tout entière. La volonté de Dieu est une volonté de Salut, de libération, et elle concerne toute l’humanité.

C’est Dieu lui-même qui soutient son serviteur pour sa mission et qui lui explique en quoi elle consiste : « tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. »

Les cellules des prisons de l’époque étaient dépourvues de fenêtres ; sortir de prison, c’était retrouver la lumière du jour, au point d’en être ébloui après un long temps passé dans l’obscurité.  La mission du serviteur est bien précisée. Dieu lui dit : « J’ai fait de toi la lumière des nations ».

Mais qui est ce serviteur, investi d’une telle mission ? Ce même titre revient avec insistance dans les quatre textes.

Pour Israël : Nous trouvons la réponse en allant consulter la traduction que les Juifs eux-mêmes ont faite de ce passage : « Ainsi parle le Seigneur : Voici mon serviteur, Jacob, que je soutiens ». Ce serviteur, c’est Israël lui-même, ou ce qu’il en reste : le petit noyau qui essaie coûte que coûte de rester un serviteur de Dieu. Le prophète Isaïe parle d’abord pour ses contemporains. Un prédicateur qui, aujourd’hui, nous parlerait pour l’an 3000 n’aurait guère d’auditeurs ! Il faut donc chercher ce qu’Isaïe voulait dire à ses contemporains, en quoi son message pouvait les stimuler ?

  • dans votre souffrance, Dieu est à côté de vous ; dans votre souffrance, Dieu n’est pas contre vous, il n’est pas du côté de ceux qui vous humilient, il est près de vous, il se penche sur vous, avec un amour de prédilection.
  • deuxièmement, vous pouvez donner un sens à cette souffrance ; on n’a pas ici une explication du mystère de la souffrance ; elle reste un Mystère ; mais ce qui nous est dit ici, c’est qu’au sein même de la souffrance il y a un chemin de lumière : « à cause de ses souffrances, il verra la lumière » ! De tout mal, Dieu peut nous aider à faire sortir un bien !
  • Troisièmement, vous pouvez contribuer à l’œuvre de Dieu. Mais il est en même temps une lettre de mission. Israël doit continuer à croire au Salut et à en témoigner à la face du monde ; car en reconnaissant à travers lui l’œuvre de Dieu, les autres reconnaîtront que Dieu est Sauveur, et, à leur tour, l’accueilleront comme leur sauveur. Ainsi Dieu sera enfin connu et reconnu par tous ceux qui l’auront vu à l’œuvre. C’est en ce sens-là qu’Israël aura manifesté la présence de Dieu. C’est le sens de l’expression : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur ».

Indirectement donc, Isaïe ici annonce la fin prochaine de l’Exil. Effectivement, lorsque le peuple sera sauvé, libéré, il sera la preuve vivante que Dieu est Sauveur ! C’est de cette manière que des sauvés peuvent devenir des sauveurs ; non pas par eux-mêmes seulement, car Dieu seul est Sauveur, mais par le fait même d’être sauvé et d’en être les témoins à la face du monde !

 Alors on comprend la dernière phrase de notre texte : « Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». Une fois de plus, la Bible nous dit que le projet de Dieu est un projet de salut, de bonheur, et qu’il concerne l’humanité tout entière « jusqu’aux extrémités de la terre ».

On était tenté de se demander si ses divinités n’étaient pas plus puissantes que le Dieu d’Israël ? Certains s’éloignaient donc peut-être de la religion d’Israël. Le petit noyau fidèle, ce qu’on appelait le Reste est donc appelé à ramener spirituellement ses frères vers le Seigneur : On voit donc que dans ce texte, le mot Israël peut être employé dans deux sens un peu différents : au sens large c’est l’ensemble des déportés qui portent le titre de serviteurs de Dieu ; dans un sens plus restreint, c’est le noyau fidèle, le Reste, dont la foi n’a pas chancelé, malgré les années d’exil et de captivité, qui est chargé de ramener les autres dans la communauté des croyants.

Pour la tradition chrétienne, ce serviteur de Dieu, investi d’une telle mission de Salut pour son peuple et pour toute l’humanité, et sur qui repose l’Esprit de Dieu, c’est exactement la définition du Messie qu’est Jésus. Cela est très fort dans les passages que nous reprenons le jour des Rameaux, et le vendredi saint.

Le Christianisme, lui, en a fait un texte-clé de sa foi, déclarant que c’est de Jésus-Messie dont il s’agit, qui accomplit les prophéties de l’Ancien Testament. Pour nous le 4ème chant se rapporte à la Passion et la Résurrection du Christ

Ce texte, en effet, est repris en de multiples passages du Nouveau Testament pour parler de la Passion et de la mort du Christ. Par exemple :

  • « Comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir » (Is 53,7) // Jean Baptiste présente Jésus comme « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29)
  • Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs » (Is 53,3) // même Pierre va le trahir.
  • « Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé » (Is 53,5) // coup de lance
  • « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. »  (Is 53,7) « Les récits de la Passion où on nous dit avec insistance que Jésus n’ouvre pas la bouche pendant ses procès : Luc, 23, 9 « Hérode l’interrogea donc avec force parole mais Jésus ne lui répondit rien’.

Marc 15,4-5 ‘Pilate l’interrogea : tu ne réponds rien, vois tout ce dont ils t’accusent ? Mais Jésus ne répondit rien’ (qui reprend Is. 53, 7 ‘Il n’ouvrait pas la bouche, comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir)

  • « Il a été compté parmi les malfaiteurs » (Is 53,12) // L’épisode des 2 larrons dans Luc, qui reprend

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