Dim Rameaux C
Comment la figure du Serviteur souffrant touche la vie d’Israël ZOLLER (1881 – 1956)
L’histoire vraie que je vais vous raconter en lien avec la 1ère lecture (Is 50,4-7) concerne un jeune Juif, prénommé Israël ZOLLER. Il est né dans la partie de l’actuelle Pologne qui était alors autrichienne. A l’école, il sympathise avec un jeune chrétien prénommé Stanislas. Alors qu’il est invité chez lui, il remarque sur un mur un crucifix. Jusqu’à ce jour, il n’en avait encore jamais vu. Rentré à la maison, il interroge sa famille à propos de cet homme pendu à une croix : « Qui est cet homme suspendu à la croix ? » Ses parents lui répondent : « Ceci intéresse les Chrétiens, pas nous ».
Bien plus tard, Israël ZOLLER lira dans le livre du prophète Isaïe des passages que les biblistes appellent : les chants du Serviteur du Seigneur ou Chants du Serviteur souffrant. A quatre reprises, le prophète Isaïe présente un homme au cœur pur, totalement innocent, frappé, humilié et mis à mort pour nos péchés. Vendredi prochain (vendredi saint), nous entendrons le 4e chant (Is 52, 13 – 53, 12). En bon juif, Israël ZOLLER cherche à interpréter ces passages et en vient à se poser une question qui va devenir récurrente : « Le crucifié que j’ai vu, n’était-il pas ce serviteur du Seigneur ? »
1.Les caractéristiques de ce serviteur souffrant (Is 50, 4-7).
Arrêtons-nous un bref instant pour synthétiser en quelques points ce que nous avons
entendu dans la 1ère lecture :
1- C’est un disciple : c’est quelqu’un qui est humble. Il a un parler qui est accessible.
2- C’est un homme qui écoute Dieu et console son prochain : il soutient les autres et apporte
le réconfort.
3- C’est un homme qui souffre physiquement, mais Il ne résiste pas à ses persécuteurs.
4- Il met sa confiance dans le Seigneur : « je sais que je ne serai pas confondu. » « Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours »
Nous avons ici plusieurs éléments qui permettent aux chrétiens de découvrir que Jésus dans sa passion accomplit pleinement cette figure.
2.Essayons de voir les ponts de convergences les plus évidents avec l’extrait du récit de la Passion
« J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ».
« je n’ai pas caché ma face à devant les outrages et les crachats ».
« Je sais que je ne serai pas confondu ».
3.Jésus se manifeste une 1ere fois à Israël ZOLLER
Vers la fin de la 1ère Guerre mondiale, Israël ZOLLI (qui vient d’italianiser son
nom) est devenu rabbin à Trieste. Il fait une expérience mystique : sans savoir
pourquoi, comme en extase, il invoque le nom de Jésus…
– Il le voit comme en un grand tableau… « Je le contemplai longuement, sans
agitation, ressentant plutôt une parfaite sérénité d’esprit… »
– « Je me disais : Jésus n’était-il pas un fils de mon peuple ? »
4.Israël ZOLLI lit l’Ancien Testament et le Nouveau Testament et les compare :
Il réalise que les Juifs qui respectent les 10 commandements et 613 préceptes mettent par moment « L’amour de la LOI au-dessus de la loi de l’AMOUR » (Tu aimeras ton prochain comme toi-même). Israël ZOLLI se rend compte du décalage qu’il y a entre « Œil pour œil et dent pour dent » (Lévitique 24, 19-21) qui apparait en 1730 av JC, dans le code d’Hammourabi, le roi de Babylone. Cette loi avait comme but de réguler la vengeance pour éviter qu’elle ne soit supérieure au préjudice et « Aimez vos ennemis… priez pour eux » (Mt3 5, 44), ou bien encore la dernière parole de Jésus sur la croix : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Luc 23, 34). « Tout ceci me stupéfie, écrit-il ; le Nouveau Testament est, en effet, un Testament nouveau ». De plus, la concordance frappante entre le récit de la Passion du Christ dans l’Évangile et le Serviteur souffrant décrit par le prophète Isaïe huit siècles avant son avènement, ne lui laisse aucun doute sur l’accomplissement en Jésus de la prophétie
Jésus se manifeste une 2e fois : En 1940, la communauté israélite de Rome offre à Israël ZOLLI la place vacante de Grand Rabbin de cette capitale. En octobre 1944, 4 mois après la libération de Rome par les alliés, Israël ZOLLI préside dans la synagogue de Rome les prières du Grand Pardon pour la fête du Yom Kippour (Expiation). Le voilà saisit par une seconde extase : il voit à nouveau Jésus revêtu d’un manteau blanc… Alors qu’une grande paix intérieure l’envahit, il entend ces paroles : « Tu es ici pour la dernière fois. Désormais, tu Me suivras ».
Ces événements lui sont confirmés par sa femme et sa fille.
– « Aujourd’hui, tandis que tu te tenais devant l’Arche de la Torah, il me semblait que la
figure blanche de Jésus t’imposait les mains, comme s’Il te bénissait ».
– Notre plus jeune fille, Myriam, qui était retirée dans sa chambre et n’avait rien
entendu, m’appela pour me dire : « Tu sais, Papa, ce soir j’ai vu en rêve un grand Jésus
tout blanc ».
Quelques jours plus tard, il renonce à sa charge de Grand Rabbin et le 13 février 1945, il reçoit le Baptême et choisit pour prénom chrétien celui d’Eugenio Pio, en reconnaissance au Pape Pie XII pour son action déterminante en faveur des Juifs pendant la guerre. Selon l’historien israélien Pinchas Lapide, l’Église Catholique a pu, par son action charitable, sauver d’une mort certaine environ 850 000 Juifs habitant les territoires occupés par le troisième Reich Son épouse est également baptisée et leur fille suivra un an plus tard.
« Cet événement, dans mon âme, était comme l’arrivée d’un hôte bien-aimé. Je commençais seulement à entendre la voix du Christ exprimée plus clairement et plus fortement dans les Évangiles. Dans mon âme, Dieu ne se révélait point par les moyens de la tempête ni du feu, mais à travers un doux murmure… Je devenais conscient d’un Dieu que j’aimais, un Dieu qui veut qu’on L’aime et qui Lui-même aime…
Jusqu’alors, Eugenio ZOLLI a toujours vécu de ses honoraires de Rabbin et de professeur, mais en se faisant baptiser, il perd tout : « Je demande l’eau du Baptême et rien de plus. Je suis pauvre et je vivrai pauvre. J’ai confiance en la Providence ». Il est calomnié, on l’accuse d’avoir apostasié par intérêt. Il répond : « Les Juifs qui se convertissent aujourd’hui, comme à l’époque de saint Paul, ont tout à perdre en ce qui concerne la vie matérielle, et tout à gagner en vie de la grâce ».
4 A la fin de sa vie, il disait : « Vous qui êtes nés dans la religion Catholique, vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez d’avoir reçu dès l’enfance la grâce du Christ ; mais celui qui, comme moi, est arrivé au seuil de la foi après un long travail poursuivi pendant des années, apprécie la grandeur du don de la Foi et ressent toute la joie qu’il y a à être chrétien ». Une semaine avant sa mort, Eugenio confie à une religieuse qui le soigne : « Je mourrai le premier vendredi du mois, à quinze heures, comme Notre-Seigneur ». C’est ce qui se passe le vendredi 2 mars 1956.
Toi qui es là ce matin, peut-être es-tu touché par cette histoire. Puisse Jésus te donner le désir de Le connaître et de Le rencontrer. Puisses-tu avoir en toi ce désir de lire la Bible comme l’eunuque de la reine de Candace à qui le diacre Philippe expliqua le même passage et qui découvrit dans ce serviteur souffrant, la figure de Jésus de Nazareth. C’est ainsi que lui-aussi demanda la baptême (Actes 8, 26-40)