7e dim Pâques
Dans le livre des Actes des Apôtres, nous sommes exactement dans l’intervalle que nous vivons : entre l’Ascension et la Pentecôte. Jésus a quitté physiquement les siens mais l’Esprit Saint n’a pas encore été donné. L’ordre du jour de l’assemblée convoquée par Pierre concerne le remplacement de Judas. Il s’agit de reconstituer le groupe des 12 apôtres, qui n’est pas sans rapport avec les douze tribus d’Israël. Les apôtres sont aussi appelés les 12 colonnes de l’Eglise, symbolisés par les 12 points de consécration dans nos églises (12 croix – 12 bougies et parfois les prénoms des apôtres comme à Lauw).
L’apôtre Pierre exerce ici son primat. Mais pourquoi est-il plus légitime qu’un autre ?
- Ce qui le discrédite : il a renié Jésus trois fois ! Il s’est endormi au Jardin des Oliviers quand Jésus lui avait demandé de veiller au moment de son agonie, il a fait des complications quand Jésus a voulu lui laver les pieds, il s’est enfoncé dans les eaux en manquant de foi, pensant pouvoir marcher sur l’eau comme Jésus, et Jésus l’a même traité de Satan, (diviseur). Alors pourquoi lui ?
- Ce qui l’accrédite à nouveau : après la résurrection, Jésus lui est apparu personnellement. Quelques jours plus tard, lors de la pêche miraculeuse, Jésus lui a demandé par trois fois : « Pierre m’aimes-tu » et lui a dit Pierre : « sois le berger de mes agneaux, sois le pasteur de mes brebis ».
- Pierre, c’est aussi celui à qui Jésus affirme qu’il ne faut pas seulement pardonner 3 fois ou 5 fois, mais 70x7fois (70 7), ce qui signifie toujours ! C’est aussi lui le premier qui découvrira le tombeau vide.
- Mais ce qui manifeste la plus la légitimité de Pierre, c’est qu’il a cru au pardon de Jésus ! C’est là toute la différence avec Judas. Je ne sais pas si vous savez que le NT présente deux versions de la mort du traitre :
- St Matthieu parle d’une mort par pendaison
- Pierre (Actes 1, 18-19), évoque une mort différente : Judas, avec les 30 pièces d’argent a acheté un domaine ; il est tombé la tête la première, et se serait éventré. Dès lors, ce champ fut appelé le Domaine-du-Sang. Ce lieu fut celui du remords et du jugement, ce qui le situe à l’opposé de la colline du Golgotha qui évoque la repentance et le pardon. C’est en effet là, que Jésus a accueilli la demande du brigand crucifié comme lui et qui était probablement un assassin. Dieu accueille tous ceux qui se tournent vers Lui, même le pire des pécheurs. Judas n’a pas su entendre cela dans son cœur. Il n’a pas cru en un pardon possible, alors que Pierre a eu l’assurance de son pardon, sinon jamais, il n’aurait tenu ce discours.
« Il faut que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection », disait Pierre. Cette parole est encore d’actualité : il faut que toi et moi, nous devenions des témoins de la résurrection de Jésus dans notre milieu de vie, sinon qui le sera à notre place ? « Le chrétien est, dans l’Église et avec l’Église, un missionnaire du Christ envoyé dans le monde. C’est là, la mission qu’on ne peut différer de toute communauté ecclésiale : recevoir de Dieu le Père et offrir au monde le Christ ressuscité, afin que toute situation d’affaiblissement et de mort soit transformée, par l’Esprit Saint, en occasion de croissance et de vie » (Benoît XVI 14.05.2010 à Porto). Il ne s’agit pas d’imposer quelque chose, mais de proposer Jésus comme Pierre nous le recommande dans une de ses lettres : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. » (1 P 3, 15-16).
Les critères pour être apôtre :
- Pour Pierre : avoir accompagné Jésus dans son ministère terrestre, de son baptême à son ascension afin d’être témoin de sa résurrection. Il ne suffit pas d’avoir une connaissance de Jésus, pour être apôtre, il faut l’avoir accompagné. La foi est présentée comme un chemin, il s’agit de marcher par la foi. Selon ces critères, l’apostolat est limité dans le temps, et les apôtres ne peuvent plus avoir de successeurs. Nous pourrions ne plus nous sentir concernés par le fait d’être apôtre à notre tour. Certains seront peut-être « ouf », d’autres « Dommage ! »
- Paul défend une autre conception puisqu’il se présente comme apôtre alors qu’il n’a pas fréquenté Jésus de son vivant (1 Co 15, 9). Pour lui l’apostolat ne se définit pas par le compagnonnage terrestre du Christ, mais par le fait d’être envoyé pour témoigner du Christ. (1 Co 9, 1-2).
A toi qui doutes ou qui te sens illégitime peut-être ce matin :
- Accueille la prière de Jésus pour toi : « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde » (Jn 17, 18).
- Accueille l’invitation de Jésus le jour de l’Ascension : « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1, 8)
- Accueille la promesse de l’apôtre Jean pour toi : « Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu » (1 Jn 4, 15).