25e Dim TOC
« Ne laisse pas les autres fausser la balance de ton jugement » (cf Amos 8, 5)
- Rapide survol de l’évangile : une parabole en 3 actes
Le premier acte : le licenciement du gérant malhonnête :
Le deuxième acte est le monologue de cet homme qui pense à sa reconversion.
Le troisième acte : Comme il a encore la main sur la comptabilité de l’entreprise, il lui vient l’idée de faire des fausses factures en faveur sa clientèle. Il se dit qu’un jour ses clients se souviendront de ce qu’il a fait pour eux.
Ce cas classique de corruption et de faux bilan vous fait peut-être penser à certaines magouilles lors de divorces, où, pour ne pas avoir à partager des biens liés à une entreprise, un des époux fait fermer une société. Ou encore à certains dépôts de bilan qui n’en sont pas et qui cachent autre chose. Notre société regorge de faits analogues, souvent à une échelle bien plus grande.
Aujourd’hui, nous voyons que dans la parabole il y a plusieurs valeurs en compétition :
- La valeur argent ; la valeur stabilité professionnelle ;
- La valeur réseau professionnel : l’amitié professionnelle qui par moment peut être une amitié intéressée. « Je suis ton ami tant que tu es intéressant pour moi et que je peux profiter de ta situation ».
Il y a parfois des gens qui au départ étaient vertueux mais qui pour s’assurer une place ou pour progresser dans leur parcours professionnel, sont prêts à mentir ou à en compromettre d’autres pour acheter leur silence. Parfois certains résistent, on les appelle des lanceurs d’alerte, mais ils le paient durement car ils sont très souvent la cible d’intimidations, de menaces et de représailles : licenciement, procès en diffamation, harcèlement… et ne se déplacent pas sans garde du corps. Ce sont des personnes dont on pourrait dire qu’elles sont comme le prophète Amos dans la 1ère lecture : elles refusent de « fausser les balances ».
- La situation du Royaume de Samarie au VIII° avant JC : 3 critiques du prophète Amos
- Du temps du prophète Amos, il y avait une prospérité certes, mais qui ne profitait pas à tous. Certains s’enrichissaient alors que d’autres s’appauvrissaient. Pour ne pas mourir de faim ou de froid, certains n’avaient plus d’autre solution que de se vendre comme esclaves : « Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales. »
- En théorie, le pauvre pouvait demander justice, mais Amos dénonce la corruption des tribunaux parce que les riches payaient les juges. Le prophète le dit très clairement dans son livre : « On change le droit en poison, on jette à terre la justice » (Amos 5, 7).
- « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée » – « Quand donc le sabbat sera-t-il fini » Aujourd’hui, nous dirions, « pfff, encore un jour férié où je ne peux pas ouvrir mon magasin et me faire de l’argent ! » Les fêtes juives étaient liées au calendrier lunaire. Or la nouvelle lune, le premier jour du mois, était un jour férié : ce qui veut dire qu’aucun travail, aucun déplacement, aucune activité commerciale n’étaient autorisés ; c’était par excellence le jour du repos et de la gratuité, exactement comme le sabbat (chaque samedi). Ce répit dans les affaires visait à tourner l’homme vers Dieu. Mais pour quelqu’un dont le premier souci était de gagner de l’argent, un jour férié était un jour de manque à gagner.
- « Ils faussent les balances » (Amos 8, 5).
La balance est à la fois un outil pour le commerce, la pesée ou le change de la monnaie, mais elle est aussi un des symboles de la justice (la déesse grecque Thémis a les yeux bandés en signe d’impartialité, la balance dans une main et le glaive dans l’autre). L’image de la balance faussée a donc un double sens : elle est le signe du mensonge, de la malhonnêteté, de la défiance mais aussi de l’absence de justice et de vérité. Pour conclure, je vous propose de réfléchir aux balances qui commencent à être faussées dans notre société :
- Récemment un gendarme me disait que sur le territoire géographique de sa brigade, il constate de plus en plus de vols non de nourriture mais de biens à la consommation dans les magasins. Le 7e commandement : « tu ne voleras pas » ce n’est pas un péché disait un élève.
- Le 13 septembre, le Conseil Consultatif National d’Ethique a donné son avis sur la question de la fin de fin de vie. Or dans son rapport, il utilise le même mot : « fraternité » pour qualifier à la fois l’aide active à mourir et l’accompagnement par les soins palliatifs. Comment appeler « fraternel » le geste qui donne la mort à son frère qui la demanderait ? Comment peut-on balayer d’un revers de main ou travestir si facilement le 5e commandement : « Tu ne tueras pas ».
Ce qui est difficile à comprendre c’est que ce qui n’était pas éthique hier devienne éthique aujourd’hui. Normalement, la dignité humaine et le respect qui est dû à l’être humain ne devraient pas changer au rythme des quinquennats. Comment en arrive-t-on à changer les mentalités, à fausser les balances en matière d’IVG, de mariage pour tous, de PMA et bientôt de GPA ? En suivant 5 constantes : a) suivre l’exemple de pays étrangers, b) suivre l’opinion de certains sondages, c) mettre un cadre à des pratiques illégales existantes, d) mourir plutôt que souffrir, e) et exercer son ultime liberté comme Jean-Luc Godard dont les médias se sont empressés de dire qu’à 91 ans, a eu recours à l’assistance au suicide,
- En 2020, Entre les deux confinements, le gouvernement a fait voter une loi sur la possibilité pour une maman de mettre fin à la vie de son bébé jusqu’au 9e mois pour motif de détresse psycho-sociale. Certains y ont vu un progrès de la loi de bioéthique, d’autres comme Michel Onfray, philosophe pourtant athée ont qualifié cela d’infanticide ! Comment comprendre que d’un côté, on cherche à sauver à tout prix des grands prématurés et que dans le cas de ces enfants largement viables on ne propose pas à la maman de l’aider à donner la vie à son bébé pour le confier sous « X » à un couple en attente d’enfant ?
C’est important que je vous parle de cela. J’ai conscience que c’est un sujet épineux qui peut concerner l’une ou l’autre personne dans votre famille. Si Amos déplorait qu’à son époque les balances soient faussées, c’est qu’il y avait des gens qui ont permis qu’elles le soient ! Il y a des gens qui ne se sont pas insurgés ou qui n’ont pas réalisé qu’ils pouvaient en être victimes un jour. Je voudrais, sans que nous posions aucun jugement sur personne, que nous puissions demander ce matin dans notre cœur, d’avoir un regard miséricordieux sur les personnes et que nous ayons le discernement nécessaire afin que les choses faussées ne passent pas par nous. Que par notre silence coupable nous ne laissions pas croire que c’est bénin de faire tout cela. « Ce n’est pas grave ! Après tout la Loi le permet, d’autres le font ! » Ce n’est pas parce que dans certains lieux la législation le permet que c’est juste moralement. « Seigneur permet que chacun dans notre vie nous puissions nous tourner vers Toi pour te demander : donne-nous la grâce de faire en toute chose ce qui est juste. Amen ».