Marie et le mystère pascal

Marie et le mystère pascal

  1. Au cours des cinq premières rencontres, nous avons tour à tour étudié les apparitions mariales du XIXe siècle en France : La Rue du Bac en 1830, La Salette en 1846, Lourdes en 1858, Pontmain en 1871 et enfin Pellevoisin en 1876. Nous pourrions dire : « le M de Marie est bouclé, il ne reste plus qu’à partir en pèlerinage dans un de ces lieux, prioritairement, là où nous ne sommes jamais allés ! » De fait, nous aurions pu clore ici notre progression spirituelle, mais j’ai dans le cœur, que nous pourrions aller un peu plus loin en profitant encore de deux grandes fêtes liturgiques. C’est la raison pour laquelle, je vous propose les rencontres suivantes :
  2. La 1ere en lien avec la joie des fêtes de Pâques de ces derniers jours : « Marie et le mystère pascal »
  3. La 2e en lien avec le Lundi de Pentecôte récemment appelé par le pape François, la fête de « Marie, Mère de l’Eglise »
  4. La 3e sous forme de bilan et d’action de grâce à vivre avant l’été. 
  • Ce 6e cénacle se situe donc entre la fête de la Résurrection et celle de l’Ascension. Dans les différents évangiles que nous entendons, durant cette période, il est très curieux de constater qu’il n’est jamais question de Marie, pas même au tombeau le matin de Pâques !
  • En effet, dès que la loi juive du sabbat le leur permet, au lever du soleil, Marie Madeleine, Marie mère de Jacques, (l’épouse de Cléophas, le frère de st Joseph) et Marie Salomé (la mère de Jacques et Jean), se dirigent vers la tombe, avec les parfums qu’elles souhaitent mettre sur le corps de Jésus. Ces trois femmes ressentent douloureusement la blessure de la séparation définitive d’avec le Maître. C’est pourquoi, tout en marchant, elles s’interrogent : qui va leur rouler l’énorme pierre qui obstrue le tombeau ? Sans avoir la réponse immédiate elles se disent que Dieu pourvoira.
  • Curieusement, la Vierge Marie n’est pas là ! Comment accepter cette absence qui ne se justifie pas ? Comment Marie peut-elle concevoir que des femmes, même proches de son Fils, puissent toucher son corps pour oindre sa dépouille de parfum sans qu’elle, sa propre mère, ne soit présente ? Il n’y a qu’une réponse possible et c’est la bonne : Marie après avoir vécu toute la journée du vendredi saint s’est enfoncée dans la foi la plus vive et la plus intense. Elle est entrée dans le mystère pascal en tant que « fille de Sion ». C’est-à-dire, qu’elle a médité la vie de certains personnages de l’Ancien Testament qui ont été pour elle une préparation.
  • Arrêtons-nous par exemple sur LA MORT DE MOÏSE : 

Le livre du Deutéronome nous montre comment Moïse fait réparation et pénitence pour les péchés d’Israël (Deutéronome 8,18). Il demande à Dieu d’être effacé du livre, au besoin, pour qu’Israël vive (Exode 32,30-32). Il est toujours prêt à donner sa vie pour le peuple (Nombres 11,15). Il meurt en face de Beth-Péor (Deutéronome 34,6), là où s’est commis le plus grand péché d’Israël (Nombres 25,3.5.18), comme pour réparer ce péché. La mort de Moïse apparaît comme un moment de grâce, ayant de la valeur.

  • « Un prophète comme Moïse » était annoncé en Deutéronome 18,15. Depuis le Sermon sur la montagne et la multiplication des pains, Jésus accomplit ce passage de Deutéronome 18,15. Moïse était le berger d’Israël, JESUS EST LE BON BERGER, qui donne sa vie pour ses brebis (Jean 10). Les premiers chrétiens issus du judaïsme vont développer toute une catéchèse à travers les Evangiles pour présenter Jésus comme le nouveau Moïse. Cette ressemblance a dû donner à Marie :                                                                                  
  • Une certaine compréhension de la mort de son Fils,
  • Et une certaine inspiration pour percevoir sa propre souffrance au calvaire comme un temps fécond.

Marie n’est donc pas restée figée devant le corps de son fils, couvert de plaies. Elle s’est aussi souvenue de ces trois jours interminables qu’elle avait passés, près de 20 ans plus tôt à chercher son fils qu’elle avait retrouvé au Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi.

  • Essayons de redécouvrir à deux niveaux l’épisode de recouvrement de Jésus au Temple (Luc 2, 41-52) :
  • Comme un évènement qui fut une préparation à l’épreuve pascale, un entraînement spirituel, un événement permettant une prémonition.
  • Comme un récit que l’Evangéliste Luc a soigneusement mis en parallèle avec la Passion, ce qui est une manière de dire au lecteur que l’attitude de Marie pendant la Passion prolongera son attitude durant cet épisode-là.
  • Une préparation à l’épreuve pascale :            

Jésus n’a pas suivi son groupe. Il est resté assis au milieu des Docteurs de la Loi convaincu d’être dans la volonté de Dieu. Il ne s’est pas préoccupé de ses parents qui l’ont cherché longtemps ! Après trois jours de recherche, Joseph et sa mère lui disent : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois, ton père et moi, nous te cherchons angoissés. » (Luc 2, 48). Il est beau de voir que Marie se soucie d’abord de la souffrance de Joseph. Après que l’ange l’eut quittée à Nazareth, Marie avait gardé dans son cœur tout ce qui touche à sa maternité divine et à l’annonce de la royauté de son fils (Luc 1, 32-33). Par la suite, dans la vie quotidienne, il n’y avait pas eu de manifestation en ce sens-là. Marie avait respecté cette absence de manifestations. C’est sa façon de vivre une virginité spirituelle qui consiste à ne pas imposer à l’autre l’heure de la communication de son être profond. Par respect de Jésus, elle accepte de vivre une « peine du cœur », une « nuit de la foi », un « pèlerinage de la foi » – selon les expressions de saint Jean-Paul II concernant la vie quotidienne de Marie à Nazareth (Redemptoris Missio 17).

  • Marie retrouve son fils, là-haut, à Jérusalem, sur le mont du Temple, au milieu des docteurs. Peut-on dire que le moment de la révélation serait arrivé ? Oui et non. Oui, car Jésus se manifeste comme étant la Sagesse et le Fils du Père. Non, parce que Joseph et Marie « ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire » (Luc 2, 50).
  • La Résurrection ne sera pas non plus un fait évident manifesté aux foules. Ce sera un fait manifesté dans la douceur, aux disciples qui méditent les paroles de Jésus. C’est ainsi que le passage de Luc 2, 41-52 montre l’attitude spirituelle qui permettra d’accueillir la résurrection : « Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur » (Luc 2,51). Essayons de déployer ce point important en montrant mieux le parallèle entre cet épisode et celui de la Passion-résurrection.
  • Les parents de Jésus le retrouvent donc après trois jours (Luc 2,46), dans le temple, et Jésus explique qu’il « devait » être à la maison de son Père (Luc 2, 49). Plus tard, Il annoncera qu’il « doit » souffrir sa passion et ressusciter le « troisième jour ». Marie et Joseph ne comprirent pas ce que Jésus leur avait dit (Luc 2,50), tout comme les disciples ne comprendront pas le discours de Jésus sur sa Passion (Luc 9,45). Mais tandis que les disciples auront peur de revenir sur la question, « Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur » (Luc 2,51), jusqu’à ce que les choses s’éclairent. Pour Marie, les paroles de Jésus résonnent : même obscurément, elle les croit possibles. C’est ainsi qu’elle est spirituellement préparée à tenir debout au pied de la croix, et à accueillir ensuite la résurrection. Au fur et à mesure de la vie de Jésus, Marie pouvait ressentir cet épisode (Luc 2, 41-52) comme un présage pascal.
  • Quand Jésus enseignera les foules dans le Temple, les prêtres, les scribes et les notables en feront un prétexte pour le condamner à mort (Luc 19,47-48), Marie se souviendra que dans ce même contexte du Temple, Jésus à douze ans l’avait angoissée : Marie le croyait perdu, mais au bout de trois jours… Joseph et Marie sont « angoissés », et ils le « cherchent » (Luc 2, 44-48). De même, au temps de la passion, les disciples pleureront (Luc 24,17) et le chercheront (Luc 24,5). Marie se souviendra… L’épisode joue comme préparation et ou une prémonition.

Quand Marie verra Jésus adulte monter à Jérusalem, au lieu où est offert l’agneau pascal de la Pâque juive, elle se souviendra que son fils à douze ans est resté au Temple jusqu’à la fin de la fête de la Pâque (Luc 2,43). Sans doute, faudra-t-il un jour attendre jusqu’à la fin de cette fête de Pâque pour que s’accomplisse le dessein de Dieu.

  1. Un parallèle avec la Passion

L’évangéliste Luc a ainsi voulu mettre soigneusement en parallèle les deux évènements. En effets, les deux épisodes :

  • Sont vécus à Jérusalem durant la fête de la Pâque juive ;
  • Ils mettent en jeu Jésus face aux docteurs de la loi ;
  • L’angoisse de trois jours s’achève dans la maison du Père ;
  • Dans les deux évènements, il est dit que cela est nécessaire.

Par ce parallèle, le verset « sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur. » (Luc 2, 51) vaut encore à l’heure de la Passion. Il s’agit alors de garder en son cœur toute la passion de Jésus, c’est-à-dire d’y communier. Marie ne communie pas au Christ à l’heure de la Passion sans avoir vécu une union indissoluble, au jour le jour, avec son Fils.

  1. Mais, si l’attitude fondamentale de Marie est la même, ce qu’elle garde en son cœur s’est enrichi. Le contenu de « toutes ces choses » est bien plus grand qu’au seuil de l’Evangile. Cette passion, saint Luc nous la présente comme un combat spirituel : après les tentations au désert, Satan s’était en effet éloigné : « Ayant achevé toute tentation, le diable s’éloigna de lui, jusqu’au temps marqué » (Luc 4,13). Momentanément vaincu, Satan revient au moment favorable, lors de la Passion, pour détruire le plan de salut et pour s’opposer à l’amour rédempteur.
  2. Cette passion, saint Luc nous la présente aussi comme le lieu du grand pardon, Jésus invoque le pardon du Père, et promet le paradis au malfaiteur repentant. Son pardon est tel que le voile du temple se déchire : l’ancien Yom Kippour (jour du Grand Pardon) est supplanté par le nouveau (Luc 23, 33-44). Cette passion, saint Luc nous la présente enfin comme une montée vers le Père (Luc 1, 45). Et bien « tout cela » est aussi « dans le cœur » de Marie (Luc 2, 51) : le combat spirituel victorieux de Satan, le pardon, le retour vers le Père.
  3. On peut ainsi affirmer que l’habitude que Marie a prise, depuis l’enfance de Jésus, d’une intense contemplation et d’une profonde union à son Fils, cette habitude a préparé Marie à vivre tout le mystère pascal en union avec son Fils. Elle se souvient de toutes les paroles prononcées par Jésus, annonçant sa passion, sa mort et sa Résurrection.
  1. Si Marie n’est pas avec les saintes femmes, c’est parce qu’elle attend que la Vie éternelle surgisse dans son Fils. L’absence incompréhensible de Marie au tombeau est le signe indubitable que son fils n’y est plus et que quelque chose s’est passée entre elle et Lui. Les évangiles nous parlent de plusieurs apparitions de Jésus : les soldats, les saintes femmes, Marie-Madeleine, les apôtres au cénacle, Thomas, les disciples d’Emmaüs, les apôtres au bord du lac de Tibériade, le groupe des 500 frères, sans oublier l’Ascension. Si Marie n’avait pas été gratifiée d’une visite céleste, elle aurait été la seule à ne pas voir son Fils ! C’est tout simplement impossible après tout ce qu’elle avait vécu, offert, souffert pour Lui. Saint Ignace de Loyola dira, que si l’Evangile reste muet sur cette visite du Fils à sa mère, c’est parce que l’évangile nous suppose doués d’intelligence et que la rencontre du Fils ressuscité avec la mère va de soi.
  1. Déroulement possible du cénacle :

Choisir un chant d’entrée, puis après avoir lu les pages 1 à 7, proposer un temps de partage :

  • Ce que j’aimerais partager sur une joie, une grâce reçue, une prière obtenue durant le temps du carême ou de la semaine sainte ?
  • Qu’est-ce que je découvre sur la relation entre Marie et Jésus ?
  • Qu’est-ce que cela éclaire ou m’enseigne pour ma vie de prière ou ma relation à Jésus. Ou qu’est-ce que j’en retire personnellement ?

Une dizaine du chapelet (chaque personne propose une intention pour le « Je vous salue Marie » qu’elle débute)

O Mère bien-aimée, vous qui connaissez si bien les voies de la sainteté et de l’amour, apprenez-nous à élever souvent notre esprit et notre cœur vers la Trinité, à fixer sur Elle notre respectueuse et affectueuse attention. Et puisque vous cheminez avec nous sur le chemin de la vie éternelle, ne demeurez pas étrangère aux faibles pèlerins que votre charité veut bien recueillir; tournez vers nous vos regards miséricordieux, attirez-nous dans vos clartés, inondez-nous de vos douceurs, emportez-nous dans la lumière et dans l’amour, emportez-nous toujours plus loin et très haut dans les splendeurs des cieux. Que rien ne puisse jamais troubler notre paix, ni nous faire sortir de la pensée de Dieu; mais que chaque minute nous emporte plus avant dans les profondeurs de l’auguste Mystère, jusqu’au jour où notre âme, pleinement épanouie aux illuminations de l’union divine, verra toutes choses dans l’éternel amour et dans l’unité. Amen

Marthe ROBIN (1902-1981)

Raymond PEYRET, Marthe Robin, la Croix et la Joie. Editions Peuple Libre, 1981, p. 153

4. La première en chemin, pour suivre au Golgotha / le fils de ton amour que tous ont condamné. Tu te tiens là, debout, au plus près de la Croix
Pour recueillir la vie de son cœur transpercé. Marche avec nous, Marie, sur nos chemins de croix, ils sont chemin vers Dieu (bis).

5. La première en chemin, brille ton Espérance / dans ton cœur déchiré et la nuit du tombeau. Heureuse Toi qui crois d’une absolue confiance. Sans voir et sans toucher, tu sais le jour nouveau. Marche avec nous, Marie, aux chemins d’espérance, ils sont chemin vers Dieu (bis).

6. La première en chemin avec l’Eglise en marche / dès les commen-cements, tu appelles l’Esprit ! En ce monde aujourd’hui, assure notre marche ; Que grandisse le corps de ton fils Jésus-Christ. Marche avec nous, Marie, aux chemins de ce monde, ils sont chemin vers Dieu (bis).

Prolongements possibles :

  • Lire les Actes des Apôtres de façon à l’avoir terminé pour la Pentecôte
  • Lire sur internet quelques paragraphes de l’article de Françoise BREYNAERT, A l’écoute de Marie 3 – mystère pascal dont plusieurs extraits de ce fascicule sont tirés.
  • Lire les extraits de l’Ancien Testament cités par rapport à Moïse
  • Nous vous donnons rdv le lundi de Pentecôte à la messe à l’église de Rimbach. A l’issue, dans le respect des règles sanitaires en vigueur, il sera proposé de faire un petit pèlerinage jusqu’à l’église Notre-Dame de Sewen, en prévoyant un pique-nique. Il y aura une halte dans les églises d’Oberbruck et de Dolleren. Vêpres de clôture à Sewen à 15h00. Il est bien sûr possible de rejoindre le groupe à partir de l’un des villages ou au terminus.  Des renseignements complémentaires seront donnés aux responsables de cénacle.  

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