Les 15 apparitions mariales à Pellevoisin (1876)

Les 15 apparitions mariales à Pellevoisin (1876)

Nous voici arrivés à la dernière des cinq apparitions de la Vierge Marie au XIXe siècle en France. Nous avons tour à tour étudié celles de La Rue du Bac en 1830, La Salette en 1846, Lourdes en 1858 puis Pontmain en 1871. Pellevoisin est certainement le lieu de pèlerinage marial le moins connu du M de Marie. Prenons le temps d’en découvrir le message.

Qui est Estelle FAGUETTE ?

  1. Estelle est née le 12 septembre 1843. Sa famille dégringole socialement et doit déménager à Paris pour que le papa puisse trouver un emploi. Vers 15 ans, Estelle déclare une maladie mal diagnostiquée à l’époque. Très pieuse, elle se dévoue pour ses parents et désire se consacrer à Dieu. Malgré les petits revenus familiaux, elle débute chez les Augustines de Notre-Dame de Paris, grâce à un prêtre qui lui fournit secrètement le trousseau. Mais une chute entraîne un handicap physique important l’obligeant à renoncer à son projet. Elle s’emploie alors comme domestique chez la comtesse de LA ROCHEFOUCAULD et fait venir ses parents qu’elle soutient financièrement. En 1875, elle est atteinte d’une péritonite qui dégénère, elle est considérée comme « perdue » par ses médecins. Se sentant abandonnée de tous, Estelle décide néanmoins d’écrire une lettre à la Vierge Marie en septembre 1875 et la fait porter à la petite grotte de Notre Dame de Lourdes située non loin de là. En voici un extrait : « Daignez écouter mes supplications, ma bonne Mère, et les redire à votre divin Fils. Qu’il me rende la santé si tel est son bon plaisir, mais que sa volonté soit faite et non la mienne. Qu’Il m’accorde au moins la résignation entière à ses desseins et que cela serve pour mon salut et celui de mes parents. » Le 18 décembre 1875, elle reçoit les derniers sacrements et s’abandonne entièrement à la Volonté de Dieu. Le médecin qui vient la voir dans la soirée du 14 février 1876, déclare qu’elle n’en a plus que pour quelques heures. Sur le point de mourir, la Vierge Marie lui apparaît une première fois dans la nuit du 14 au 15 février 1876 en réponse à sa lettre : « Ne crains rien, tu sais bien que tu es ma fille » lui dit la Vierge qui lui annonce encore cinq jours de souffrance : « Tu souffriras encore en l’honneur des 5 plaies de mon Fils ». Cette apparition, comme la suivante, est précédée par la venue du démon qui s’enfuit à chaque fois à l’injonction de Marie.  
  2. Le jour suivant, lors de la 2e apparition, Marie lui annonce : « Tu seras guérie samedi », mais elle lui rappelle que la croix sera présente : « Si mon Fils te rend la vie, c’est que tu en as besoin … Qu’a-t-il donné à l’homme sur la terre de plus précieux que la vie ? En te rendant la vie, ne crois pas que tu seras exempte de souffrances … et de peines. C’est ce qui fait le mérite de la vie ». Comment ne pas faire le lien avec la phrase de Jésus : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il Me suive » (Mt 16, 24).
  3. A la 5e apparition, Marie obtient de son Fils la guérison totale d’Estelle au moment où celle-ci communie. Nous redécouvrons là, la puissance de guérison de l’Eucharistie et l’importance de dire avec foi : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri (e) ». Marie révèle alors la douleur qui l’habite lorsque nous communions machinalement sans réaliser ce que nous faisons : « Ce qui m’afflige le plus, c’est le manque de respect qu’on a pour mon Fils dans la sainte communion et l’attitude de prière que l’on prend, quand l’esprit est occupé par d’autres choses ; je dis ceci pour les personnes qui prétendent être pieuses ». Estelle affirme : « Je me sentais guérie, excepté mon bras droit dont je n’ai pu me servir qu’après avoir reçu le Bon Dieu ».
  4. Le samedi 1er juillet 1876, lors de la 6e apparition, la Madone rassure Estelle par rapport aux difficultés à venir :« Du calme, mon enfant, patience, tu auras des peines mais je suis là ». Le lendemain, elle rappelle qu’elle est « venue particulièrement pour la conversion des pécheurs ».
  5. Au fil des apparitions, Marie éduque Estelle comme une maman tout à la fois exigeante et pleine de bonté. Lors de la 9e, elle fait comprendre que nous pouvons, par notre propre faute, passer à côté de biens des grâces (cadeaux spirituels) par notre négligence, notre manque de vie intérieure ou notre péché : « Tu t’es privée de ma visite le 15 août ; tu n’avais pas assez de calme. Tu as bien le caractère du Français, il veut tout savoir avant d’apprendre et tout comprendre avant de savoir. Hier encore je serai venue ; tu en as été privée. J’attendais de toi cet acte de soumission et d’obéissance ». Lors de la 11e apparition, Marie se plaint du manque de silence et de l’ingratitude de notre pays.Rappelons-nous, qu’en moins de 50 ans, Pellevoisin est le 5e lieu d’apparitions en France : « Dans l’Eglise, il n’y a pas ce calme que je désire … Qu’ils prient et qu’ils aient confiance en moi. Et la France ! Que n’ai-je pas fait pour elle ! Que d’avertissements, et pourtant elle refuse d’entendre ! Je ne peux plus retenir mon Fils … Courage et confiance ».
  6. La 15e et dernière apparition, le 8 décembre 1876, Fête de l’Immaculée Conception,Marie annonce son départ : « Tu ne me reverras plus … Je serai invisiblement près de toi ». Nous retrouvons ici les mêmes paroles d’encouragement que celles prononcées par Jésus au moment de son Ascension : « Et Moi, Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 20). Une parole bien consolante que nous devrions nous redire à nous-mêmes plus souvent, surtout dans nos périodes de doutes et d’abattements.

Un message pour aujourd’hui : « Publie ma gloire »

  • L’expression : « Publie ma gloire » dans la bouche de Marie est étonnante. Nous pourrions objecter que la gloire, c’est d’abord celle de Dieu ! Or, à Pellevoisin, la Vierge Marie dit à Estelle : « Publie ma gloire», c’est-à-dire : « Sois témoin de l’amour dont je vis, dont je suis illuminée ». Et Estelle reçoit alors la mission, non seulement d’accueillir tout l’amour du Seigneur que Marie met en son cœur et lui révèle, mais aussi d’en être le témoin pour le monde d’aujourd’hui : « Publie ma gloire ! » Trois mots qui révèlent tout un programme et devrait nous interroger sur la façon dont nous parlons nous-mêmes de Marie.

« Je suis toute miséricordieuse »

  • Ces paroles ne sont pas habituelles dans la bouche de Marie. Pellevoisin est le seul endroit connu où elle se nomme ainsi. Estelle est une pécheresse, comme chacun d’entre nous, mais elle ne réalisait pas encore bien l’offense qu’elle faisait à Dieu. A la deuxième apparition, elle en prend soudainement conscience au risque de manquer d’espérance et de croire que sa faute est si grave qu’elle ne peut être pardonnée. Mais la Vierge Marie lui dit : « Je suis toute miséricordieuse », ce qui signifie que Dieu n’a pas peur de la misère d’Estelle : Il veut lui pardonner jusqu’au bout son péché mais aussi le nôtre. Il veut se servir de la faute d’Estelle pour lui permettre de reprendre confiance. Ainsi, à Pellevoisin, Marie révèle à tous ceux qui passent jusqu’où va la miséricorde de Dieu, malheureusement si peu expérimentée ou reçue aujourd’hui à cause de la désaffection du sacrement de la réconciliation.

 

« J’aime cette dévotion » : le scapulaire du Sacré-Cœur

  • Lors de trois apparitions (9e, 14e et 15e) Marie parle à Estelle du Scapulaire. « J’aime cette dévotion » dit-elle en montrant le scapulaire du Sacré-Cœur qu’Elle porte sur la poitrine. Le 11 novembre 1876, Elle encouragera Estelle à en broder d’autres : « Tu n’as pas perdu ton temps aujourd’hui ; tu as travaillé pour moi … Il faut en faire beaucoup d’autres. Courage. » Le 8 décembre 1876, jour de la dernière apparition, Marie tient son scapulaire des deux mains et révèle à Estelle ce qu’elle a de plus précieux dans sa vie : le Cœur de Jésus. « Vois les grâces que je répands sur ceux qui porteront le scapulaire avec confiance. » En disant ceci, Estelle décrit la scène qu’elle voit : « La Sainte Vierge étendit ses mains ; il en tombait une pluie abondante, et dans chacune de ces gouttes, il me semblait voir les grâces écrites telles que piété, salut, confiance, conversion, santé. »

Qu’est-ce que le scapulaire ?

  1. C’est une pratique ancienne qui remonte au XIIe siècle avec saint Simon STOCK. Tous les religieux le portent sur eux. Il est matérialisé par cette bande de tissus au-dessus de la bure qu’on enfile au niveau de la tête et qui descend de part et d’autre du corps jusqu’aux pieds. Le scapulaire du Sacré-Cœur demandé par Marie est très discret. Il résume et réunit en un même symbole, deux grandes dévotions de notre vie chrétienne : le Sacré-Cœur et la Sainte Vierge. Il nous rappelle également que Marie nous conduit à Jésus miséricordieux. Être revêtu du scapulaire (ou porter la médaille du scapulaire), c’est donc dire au Seigneur que nous désirons être revêtus de tout l’amour du Christ, comme Marie.
  2. Tous ceux qui viennent à Pellevoisin sont invités à redécouvrir que le Cœur de Jésus les aime d’une manière brûlante. A tous, Marie donne le Cœur de son Fils. En 1900, le pape Léon XIII reconnaît officiellement le scapulaire du Sacré-Cœur et encourage tous les fidèles (baptisés ou catéchumènes de l’Eglise catholique) à le porter. De nombreuses indulgences lui sont accordées par l’Eglise.

La sainteté d’Estelle

  1. Lors de la 13e apparition le dimanche 5 novembre 1876, Estelle se demande pourquoi Marie l’a choisie. Voici la réponse de Notre-Dame : « Je t’ai choisie … Je choisis les petits et les faibles pour ma gloire ». Les dispositions spirituelles d’Estelle vont essentiellement se manifester par sa patience dans les épreuves. Après les apparitions de 1876, sa vie est totalement transformée. Tout ce que la Vierge lui avait annoncé dans la 5e apparition va se réaliser : « Tu auras des embûches, on te traitera de visionnaire, d’exaltée, de folle ; ne fais pas attention à tout ceci, sois-moi fidèle, je t’aiderai ».
  2. Estelle perd successivement son père en 1879 et sa mère en 1893. Douze années de calvaire vont se succéder de 1897 à 1909. En 1899, au cours de la troisième enquête canonique ordonnée par Monseigneur SERVONNET, une calomnie de la gouvernante de l’Abbé LENOIR, sur une « grossesse » d’Estelle circule au point que pour être disculpée, elle doit subir un examen gynécologique en 1902. Sous la pression du préfet arguant de troubles, l’évêque fait fermer la chapelle des apparitions et déplacer son confesseur le chanoine SALMON. C’est pour l’un et l’autre une grande et cruelle épreuve vécue dans l’obéissance. L’abbé BOULANGER, envoyé pour le remplacer, a pour mission d’anéantir les faits surnaturels des apparitions. Il s’en charge bien, même avec violence, en humiliant par moment publiquement la voyante au cours de ses prédications ; mais la Sainte Vierge est là.
  3. Suite au décès de Mgr SERVONNET, le nouvel évêque Mgr DUBOIS préside en 1910, le pèlerinage annuel et mute l’abbé BOULANGER qui sera remplacé par un autre prêtre. En 1912, Estelle est reçue en audience privée à Rome par le Pape Pie X. Le 22 novembre 1922, Rome accorde enfin à Pellevoisin le privilège de pouvoir imposer le scapulaire comme à Montmartre, à Paray-le-Monial et à Rome. En 1925, Estelle entre dans le tiers-ordre dominicain après sa prise d’habit de 1923, sous le nom de Sœur Marguerite-Marie. Elle meurt le 23 août 1929, à l’âge de 86 ans.
  4. Estelle a tout supporté avec calme, courage et confiance. Parmi les signes retenus par l’Eglise pour affirmer l’authenticité d’une vie, il y a les fruits spirituels : « Pour l’Eglise, les fruits spirituels d’une dévotion sont parmi les meilleurs critères de reconnaissance d’une apparition et de son message. Si, malgré toutes sortes de péripéties et parfois de polémiques, le sanctuaire de Pellevoisin reste un lieu de ressourcement spirituel et de pardon, on reconnaîtra l’arbre à ses fruits … » (Mgr PLATEAU, archevêque émérite de Bourges, le 29 août 1979). Réunis en Assemblée plénière en visioconférence le 10 juin 2020, les évêques de France ont autorisé l’ouverture du procès en béatification d’Estelle. 

« Calme, Courage, Confiance » : les trois « C »

16.  Au cours des quinze apparitions, les leçons de la Vierge Marie envers Estelle ont été nombreuses. Elle lui a appris comment grandir dans la foi, l’espérance et la charité et l’a éduquée pour qu’elle ne mette pas de limite à sa confiance. Connaissant sa fragilité, Estelle les a accueillies comme des conseils qui vont l’aider à davantage vivre l’abandon et la miséricorde de Dieu. « Courage et Confiance », « Ne crains pas, je t’aiderai ». C’est la grande pédagogie de Marie à Pellevoisin : elle nous apprend à ne pas lui lâcher la main, à lui faire confiance et à rester dans l’amour en toute circonstance.

Déroulement possible du cénacle

Choisir un chant d’entrée (à adapter selon le cas) :

Viens, Esprit Saint, viens en nos cœurs, et envoie du haut du ciel, un rayon de Ta lumière. Veni Sancte Spiritus. Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort. Veni Sancte Spiritus. Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime, le cœur de tous tes fidèles. Veni Sancte Spiritus. Sans Ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Veni Sancte Spiritus. Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Veni Sancte Spiritus ; Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. Veni Sancte Spiritus. A tous ceux qui ont la foi et qui en Toi se confient, donne Tes sept dons sacrés. Veni Sancte Spiritus.

  1. La première en chemin, Marie tu nous entraînes, à risquer notre « oui » aux imprévus de Dieu. Et voici qu’est semée en l’argile incertaine de notre humanité, Jésus-Christ, Fils de Dieu. Marche avec nous, Marie, sur nos chemins de foi, ils sont chemin vers Dieu (bis).
  2. La première en chemin avec l’Eglise en marche dès les commencements, tu appelles l’Esprit ! En ce monde aujourd’hui, assure notre marche ; que grandisse le corps de ton fils Jésus-Christ. Marche avec nous, Marie, aux chemins de ce monde, Ils sont chemin vers Dieu (bis).                                                                                                                              

Puis après avoir lu les pages 1 à 7, proposer un temps de partage :

  • Mes réactions sur l’un ou l’autre point de ce feuillet
  • Quelles sont les leçons de Marie, enseignées à Estelle, que j’accueille pour moi en ce carême ou dans la situation qui est la mienne ? 

La prière pour la paix à Notre-Dame de Pellevoisin : « Ô Marie, mère de toute miséricorde, la France est à nouveau éprouvée, inquiète devant la maladie, le chômage, la montée de la violence, la fragilité des familles et du tissu social, c’est pourquoi nous nous jetons à tes pieds. Tout au long de l’histoire mouvementée de notre pays, tant de saints et de saintes nous ont appris à nous confier à toi et ont témoigné de ta puissance d’intercession et de consolation. A Pellevoisin, pour nous ouvrir aux trésors de grâce infinis du cœur du Christ, tu as indiqué un chemin pour accueillir ta présence invisible et indéfectible. Accorde-nous de transformer la colère en courage, la peur en confiance et l’agitation en calme. Espérant la guérison entière que tu as obtenue à Estelle, nous voulons déjà rendre témoignage dans la joie de l’action de grâce à Celui qui nous fait communier à sa Pâque, Jésus, ton fils bien-aimé, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Amen ! Notre Dame de Pellevoisin, priez pour nous !   

Une dizaine du chapelet (chaque personne propose une intention pour le « Je vous salue Marie » qu’elle débute)

Prolongements possibles pour ce carême :

  • Communier en étant plus attentifs au sens de cette démarche à la messe
  • Donner moins d’importance aux écrans et commencer à lire l’évangile de saint Jean
  • Vivre le sacrement de la réconciliation
  • Approfondir par des lectures, l’un ou l’autre point souhaité. Il y a aura dans le sas du presbytère, des ouvrages mis à la disposition des personnes intéressées avec une feuille de prêt
  • Faire, d’ici Pâques, un petit pèlerinage dans l’un des lieux de culte de la vallée : Houppach, Stoecken, Ermensbach, Sewen, Notre Dame des Bouleaux, …

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